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Full text of "Le livre du chevalier de La Tour Landry: pour l'enseignement de ses filles. Pub. d'après les ..."

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Edgar Huidekoper Wells 



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LE LIVRE 



DC CHEVALIER 



DE LA TOUR LANDRY 



Paris. — Impr. Gniraudet et Joaaott, 338, me Saint^Honoré. 





LE LIVRE 

DE LA TOUR LANDRY 

Pour V enseignement de ses filles 

Publié d'iprèa les manuBcrite de Paris et de Londres 



H. ANATOLE DE MÛNTAIGLON 

AmiED <I6ti! de l'Ecole dt> €h.n» 




A PARIS 

Chez P. Jannbt, Libraire 




f r 






■ . K 



PRÉFACE. 



e livre du chevalier de La Tour a joui d'u- 
ne grande vogue au moyen âge. Souvent 
Iranscrit par les copistes , il obtint de 
S bonne beure les bonDeursde l'im pression. 
Publié d'abord par le père de lalypogra,pbie aogloi- 
se, le célèbre Caxton, qui l'avoit traduit lui-même, 
il fut, neuTans après, traduit et imprimé en Allema- 
gne, où il est resté au nombre des livres populaires. 
Moins beareux en France, le livre du chevalier de 
La Tour n'y eut que deux éditions, de la premiËrc 
moitié du ReizîËme siècle , connues seulement des 
rares amateurs assets heureux pour en rencontrer 
un exemplaire, asseï riches pour le payer un prix 
exorbitant- 

En publiant une nouvelle édition de ce livre, nous 
n'avons pas en vue son ublilé pratique. Nous voulons 
seulement mettre dans les mains des hommes 
des choses du passé un monument littéraire 
quabte, un document précieux pour l'histoire de: 





^J 



l'It 



ACE. 



mœurs. 11 esL piqimnt et iiistrucliF, en se rappelant 
coniDifl contraste les lettres de Fénelon sur ci 
de voir ce qu'étoil au xlv siècle un livre sur VU 
cation des Biles. 



La famiite du fhevalier de La Tour Landry. 




Hais I avant de parler de l'œuvre , il convient de 
parler de l'autenr, et de rassembler les dates et les 
Tuts, si petits el si épars qulls soient, qui ee rappor- 
tent à sa biographie, à celle de ses aucêlreB ei de ses 
liU : car, si son nom existe encore, l'on verra que 
sa descendance directe s'est bientôt éteinte, circon- 
stance qui , en nous fixant une limite rapprochée de 
lui, nous obligeoil par là mâroe d'aller jusqu'à elle , 
pour ne rien laisser en dehors de notre sujet. Celte 
partie généalogique sera la première do cette pré- 
face; nous aurons à parler ensuite de l'ouvrage lui- 
même, des manuscrits que l'on en connoit, et enfin 
des éditions et des traductions qui en ont été faites: 
ce seront les objets tout naturels et aussi nécessaires 
de trois autres divisions. 

Pour la première, deux généalogies manuscrites, 
conservées au\ Manuscrits de la Bibliothèque impé- 
t'iale', et qui nous ont été communiquées par M. La- 




Préface. vij 

cabane ; le frère Augustin du Paz, dans son His- 
toire généalogique de plusieurs maisons illustres de 
'Bretagne, Paris, Nie. Buon, 1621, in-f»; Jean 
le Laboureur , dans son Histoire généalogique de la 
maison des Budes, Paris, i656, in-f>, à la suite de Tfais- 
toire du maréchal de Guébriant ; le Père Anselme ; 
Bom Lobineau et Bom Morice , dans les preuves de 
leurs deux Histoires de Bretagne, contiennent des 
renseignements précieux ; mais il ne suffiroit pas d'y 
renvoyer, il est nécessaire de les classer et de les rap- 
procher. 

£t d'abord, le lieu de Latour^Landry, — siège de 
la famille, et qiû, après avoir dû recevoir son nom de 
son château seigneurial et d u nom d'un de ses membres, 
en est devenu à son tour l'appellation patronymique, 
— existe encore sous ce nom dans la partie de l'ancien 
Anjou , limitrophe du Poitou et de la Bretagne , qui 
forme maintenant le département de Maine-et-Loire, 
il se trouve dans le canton de Chemillé , à 27 kil. 
de Beaapréau , entre Chollet, qui est à 20 kil. de 
Beaupréau, et Yezins , éloigné de 26 kil. du même- 
endroit. Autrefois , le fief de Latour-Landry étoit 
a sis et s'étendant sur la paroisse de Saint-Julien de 



la notice manuserite, drenée par feu messire René de Quatreburbes , 
ieigneor de la Rongère , et comninni<iuée au mois de may 169a 
par M. le marqua de la Rongère , son fils. Dans l'une, cette men- 
tion est de la main de d'Hoiier, qui l'a signée , et qui a fait d'évi- 
dentes améliorations; elle est paginée lag A i56. Comme ehaenne 
de ces copies contient des renseignements particuliers, nous désigne- 
rons la copie du cabinet d'Hoiier, comme étant la plus complète , 
par Généai. nu, 1; et l'autre , qui n'est pas copiée jusqu'au bout , 
par GéuétU, m. », Quand nous citerons sans numéros, c'est que 
le Csit se trouve dans les deux. 



viij Préface. 

([ Conciles I », qui esV &i5 kil. de Mantes, canton de 

Loroui , dans la partie bretonne du département de 

U Loire-lnrérieure. Les restes du doDJOD des sei- 
gneurs subsistent encore maintenant, me dit-on , à 
Lalour-Landr^, notamment une grosse tour très an- 
cienne, dont on [ait , dans le paye, remoutur la cod- 
alruction au lii' siècle , et je regrette de ae pouvoir 
En donner de description *. 

Les généalogies manuscrites commencent par le liA- 
loiir-l.andry du roman du roi Ponthos, roman sur le- 
quel nous aurons à revenir plus lard, et comme, se fon- 
dant sur Bourdigné , elles mettent en 495 la descente 
Fabuleuiie en Bretagne des Sarrazins, contre lesquels 
ce I.8tour imaginaire se dislingua à cùtê du non 
moins imaginaire l'onthus . le généalogiste continue 
fort Daivemeot en disant que •• la chronologie , qui 
i> souvent sert de preuve pour connoitre le degfdde 
» fiUalion, Toit juger que ce Landry peut avoir été le 
!• père de Landry de Latour! vivant eQ577,etmaire 
» du palws sous Cbilpéric i" . » La copie de d'Hozier 
ne va pas si loin ; elle se contente de le croire Bon 
grand- père. Il n'est pas difficile mûntenanl de dire 
quelque chose de plus historique. 

Ain^i, Je croiroit: membre de la famille de La- 
lour l'Etienne de La Tour, Slefatm de Turre, qui fi- 
gure comme tÉmoin dans une pièce de 1166°, et 



,m i:iuuT Lioilrf, 
1. Dnni LnlH>»i 



Préface. ix 

dan9 006 pièce de 1182 ^ dan» ce dernier cas avec 
le titre » concluant pour notre supposition , de séné- 
cbai d^A^jou. En 1200, «n Landry de La Tour , sire 
dttdit lieu, de llsle de Bouin, de Bourmont, de la, 
Comouaille , etc. , eut procès à raison du tiersage 
de Mortaigne, à cause de llsle de Bouin *. Vingt ana 
après y on trouye un personnage de ce nom, et déj4 
avec le prénom de Geoffroy; au mois de mai 1220, 
le jour de }a Trinité, un Geoffroy de La Tour est en- 
tendu à Nantes à propos du ban du sel, que se dispu- 
t<Henit.le duo de Bretagne et Tévéque de Nantes ^.Trente 
ans «près, un autre Landry de Latour échangea cette 
terre, déjà nommée, de llsle de Bouin, avec le sieur de 
Macheoou^ contre celle de Loroux-Bottereau; et, vers 
la in de ce même siède, nous retrouvons un autre La- 
tour , encore ayec le prénom de Geoffroy ; car « Qeuf* 
» firey de la Tor, escuier », figure avec Olivier de Rogé, 
Bemabes , seigneur de Derval , Guillaume de Per- 
val et autres 1 dans une convention passée entre le 
duc de Bretagne Jean 11 étales nobles , par laquelle 
il consent à changer le bail et garde-noble e^ rachat ; 
la pièce est datée de Nantes « le jour du samedi 
» avant la feste SainWYkûre, en Tan de Tmcamation 
jst mil deus œnt sessante et quinze. (1276), meis 
» de janvier ^.T» 

». Dom Lobine«n , Premvn , col. 3i6 ; et Dom Morice , Preuve», 
I, col. 689, 

s. Généâl. wu. 1. 

3. Dom Lobiiiean, HUteire , I , «iS; Preuvee, col. 377; et Dom 
Morice , Histoire, I. 1750, p. i5o; et Preuves, I, eol. 847* 

4* Généal, m*. 1. 

5. Dora Lohintnkt Histoire , I, •7a ; Preuves, eol. 4*6 ;— et Dom 
Morice . Histoire, \, p. fto6 ; et Preuves^ I. col. 1039. 



Préface. 

nalureh . Meus, je le répète, cette conclusian, que je 
crois la plus probable, ao nous donne pas le nom de 
la mère de notre Geoffroy. 

En lout cas, celui-*! ne fut pas le seul enfant : car 
la généalogie manuscrite place comme second fils un 
Arquade de Rouge, ca nous apprenant, de plus, 
qu'il épousa Anne de la Haye Passavant ', fille de 
Briand de la Haye et de Mahaud de Rougé, sœur ai- 
née de Jeanne de Rougé, et toutes deux filles de Ron- 
nabes de Rougé. Ceci est pour nous très curieux; 
car, — comme on verra que notre Geoffroy épousa 
cette Jeaoïie de Rougé, sœur cadette de Hahaud, — 
Anne de la Raye, fille de Mabaud de Rougé, sœur aî- 
née de Jeanne, se trouvoit, en épousant Arquade, 
avoir sa tante pour belle-sœur. On pourroit en infé- 
rer aussi que, les deux belles- sœurs étantsans dou- 
te à la distance d'une génération, Arquade ctoil 
beaucoup plus jeune que Geoffroy, son frère aine. 

La mention la plus ancienne que nous trouvions 
de notre auteur nous est donnée par lui-même. Il ra- 
conte dans son livre la conduite dos seigneurs qui se 
trouvoienl avec le duc de Normandie, depuis le roi 
Jean, au siège d'AguiUon, petite ville d'Agenoie , si- 



poftiphiiun . ai 
eu Pi^lou H du 



Préface. xiîj 

tuée an confluent du Lot et de la Garonne. Comme 
Froissart' a parlé longuement de ce siège, qui, 
commencé après Pâques de Tannée i346, cette an- 
née le 16 ayril , fut levé au plus tard le 2a août ', 
il en faut conclure que notre Geoffroy, qui en parle 
comme un témoin, étoit déjà en état de porter les ar- 
mes. Nous sommes après cela long-temps sans le ren- 
contrer. Au premier abord , on seroit disposé à lé 
retrouver en i356 dans le sire de La Tour que Froi»- 
sart 3, et que le prince Noir dans sa lettre à Tévéque 
de Worcester sur la bataille de Poitiers^, mettent au 
nombre des prisonniers folts par les Anglois ; mais 
comme Froissart, dans son énumération des seigneurs 
présents à la bataille, qu'il donne un peu avant ^, met 
un sire de La Tour parmi les nobles d'Auvergne , il 
est probable que c'est de celui-là qu'il s'agit ^, et non 

1. Ed. Bachon , t. T, !!▼. i, part, i*^*, p. ais-63. 

«. Hiêtoire du Languedoc de Dom Vie et de Oom VaJssette , li" 
vre xxxj . § 18 A as ; éd. in-fol., t. IV, p> «59-69 ; éd. in-S"), t. Vif , 
p. 161-3. 

3. Froissait, éd. Buchoa, Ht. i , part, ij , chap. xlij, tome I, p. 
35i. 

4« Arekœologia Britannica^ in-i», I, p. s 1 3 ; et Buchon, I, 355 , à la 
note. — Le prince de Galles le met parmi les baonerets ; et c'étoit 
aussi le titre du nôtre , ce qui rendroit l'erreur encore plus facile. 

5. Froissart, IhiA., ch. xl , p. 35o. 

6. C'est délai encore qu'il est question dans le grand poème de 
Bertrand Du GuescUn, par Cuveliers, comme étant l'un de ceux qui 
se joignent au duc de Berry (137s) pour aller faire le siège de 
Saiote-Sevère . 

Le ngneur de La Tour en Auvergne fivé. 

Plus loin on l'appelle 

Le $igneur de La Tour qu'en Auvergne fut né. 

{CoUect. des docum. inédits , Chronique de Ou Guesclin , publiée 



xiv Préface. 

pas du nûtre , qu'il auroit cerUioement niU pirmi les 
nobles de Poitou. Haie c'est bien lui qui figure le i3 
juin t3G3 duiB l' la moustre de M. Mauvinet, cheva- 
II lier, et des gens de sa compagnie, sans le gouvet' 
u Dcmeat llloasleur Amaury, comte de Craon, Ileute- 
» nant du roy es pays de Touraine, Anjou et Poï- 
H tou. B On j trouve le iiom : o Monsieur G ieffroy de 
» La Tour u, suivi de la mention relative à l'objet de 
la montra : r< cheval brun ; ïi eecus ' u. 

C'est, comme on le verra, en 1371 et iSja qu'U a 
composé BOD livre; à cette époque, il dloît déjà ma- 
rié depuis assez long-temps pour avoir des fils et 
des Biles dont l'^ge demandolt qu'il eût à écrire 
pour eux des livres d'éducation. L'époque de sou 
mariage est inconnue; mois ou sait 1res bien le Dom 
de sa femme. C'éloit' Jeanne de Rongé 3, dame de 
Cornouaille, fille puînée de Donabes de Rougé, sei- 
gneur d'Erval •, vicomte de la Guei'cbe, conseiller et 
chambellan du roi^, et de Jeanne de Maillé, dsrae 
de Clervaux, fille elle-même de Jean do Maillé , sei- 
gneur de Clervaui, et de Tliomasse de Doué ; la sœur 
aJnée de Jeanne, c'est-à-dire Mahaulde Rougé, eut, 
comme on l'a vu , une fille , nièce de Jeanne, qui 



i. Qméal. «u.; Pd P.i . 



1 



Préface. xr 

épousa Arquade de La Tour Landry, beair-frère de 
oeIle-<;i. Nous aurons encore quelques mentions à 
inre de Jeanne de Rougé , mais nous préférons les 
laisser à leur ordre chronologique. 

En 1378, Geoffroy envoya des hommes au siège de 
Cherbourg ; mais il n'y fut pas lui-même, car, dans Tac- 
. te du « prêt fait à des hommes d'armes de la compa- 
B gnie du connétable, par deux lettres du roi du 8 
» et i3 ocV>bre 1378, pour le fait du siège de Chier- 
• bour -n , on lit à la suite de l'article M. Raoul de 
Hontfort : « Pour M. de La Tour, banneret, un autre 
» chevalier bachelier et onze escuiers, receus en 
» croissance dudit Montfort, à Valoignes, le 18 nov. ; 
» à lui , dccxiv liv. * i> 

Il est probable qu'en 1379, Jeanne de Rougé, fem- 
me de Geoffroy, a été gravement malade, car, le 20 
octobre de cette année', elle fit son testament, insti- 
tua ses deux' exécutrices testamentaires Jeanne de 
Mûllé, sa mère, et dame Huette de Rougé, sa sœur, 
dame de Roaille, et choisit sa sépulture dans l'église 
Notre4)ame-de-Meleray, au diocèse de Nantes, au- 
près de la sépulture de son père 3. 

En i38o, il résulte de la pièce suivante que Geo^ 



1. Dmn M «riee , Prêtant, II, e<^. 391. 

s. Du Pm . 167. qui appelle Jeanne de liste la mère de Jeano» 
de Rongé. 

3^ Mort deox ans après, en 1377 (Dn Pas, p* 656). Un autre 
Messire Bonnabet de Ronfé est indiqué par Bouchet {Annale» 
«tAquitaine , quarte partie, folio xiT ) eomroe tué à la bataille de 
Poitiers le 19 noTeabre 1 356, et enterré chez les frères mineurs de 
Poitiers. Lee armes è^ Rongé sont de gueules, à une croix pattée 
d'argent ; éSm m tresvent dans l'armoriai de Jean de Bonnier, dit 
Berry. kéiwt dTanMft di Chailes t^. (Fonds Colvert» n» 9653.6.5.) 



IVJ 



PRF.FACE. 



froy prit part à la guerre de Bretagne : a Nous, Jean 
D de Bueil , certifions à tous par noslre serment qa« 
» les persoDues ci-dessous nommez ont servy le roi 
o noslre dit seigneur en ses guerres du pays de Bre- 
M tagne, en noBtre cotnpaignie et soubs le gouveP- 
» nemeat de H. ie connétable de France, partout le 
n mois de février pause.... M. GouITroj, sire dé 
» La Tour, bannerel.... Donné à Paris, le 3a avril, 
p) aprez Pasquea i38o '. n Trois ans après, ntnls 
trouvons aussi le nom de GeoFFroy dans >i la moustre 
11 de Monsieur levesque d'Angiers , banneret, d'un 
n autre chevalier banaeret , huyt autres nlievaliers 
H bacheliers et de trente et cinq escuiers de sa com- 
B pagnie, receus ou val de Carsell le ij'^ jour de 
D septembre, l'an i3fl3. y Elle comaienoe : u Ledit 
■n MoDs'' l'evesque, baouerel. Mess. Geuffrayde La 
» Tour, banneret, el<;.*B 

En i383, la femme de Geoffroy de La Tour Laù- 
dry vivoit encore : car, dans cette année m^mo, son 
mari acquit avec elle le droit que Huet de Coesma, 
écuyer, avait au moulin de Brifont ou de Itrefoul, 
assis à Saint-Denis de Candé'; maiselle mourut avant 
lui, car il épousa en secondes noces Marguerite des 
Roches ', dame de la Mothe de Pendu , qui avoit 
épousé CD premières noces, le 2S mars i3^o, Jean 



PRéFAGE. xvij 

de-Clereodbaut» ohdvalier* ; comme on verra que les 
eofiliils des premiers mariages de Geoffroy et de Mar- 
goerito des Roches se marièreat entre eux y il n'est paç 
dÊBB probabilité, de penser que ce mariage tardif eut 
pournaison le désir de mêler complètement les bienç 
des deux familles, et qu'il précéda les mariages de leurs 
enfants, ce qui le reporteroit avant Tannée iSSg. 
. En prenant cette date comme la dernière où npus 
trouvions Geoffroy ,^ - et il est probable que les marier 
ges de ses enfants avec ceux de sa seconde femme , 
qui sont postérieurs, se firent de son vivant, — il seroit 
toujours certain qu'il a vécu sous les règnes de Phi^r 
Uppe vi de Valoiis, de Jean ij , de Charles v et de 
Charles vi; mais je ne puis dire en quelle année il 
est mort, car je ne crois pas qu il faille lui rapporter la 
mention du a Geoffroy de La Tour, esc., avec dix-neuf 
« autres », cité* parmi les capitaines ayant assisté au 
siège de Parthenay, qui fut fini au mois d'août i4i9« 
Outre la qualité d'écuyer, tandis que depuis long- 
temps Geoffroy est toujours qualifié de chevalier 
banneret, les dates seroient à elles seules une assez 
forte raison d'en douter; en effet, les années comr 
prises entre i4i6 et i32^, première année où il soit 
question de Geoffroy, forment un total de 73 ans, et, 
Qorame au ȏge d'Aiguillon, en i346, on ne peut 
pas lui supposer moins de vingt ans, il faudroit ad- 
flMttre qu'il se battoit encore à 93 ans, ce qui est à 
peu près inadmissible. Il faut croire que c'est un de 



t. Anelmt , VU, 583 D. — Clerembaut portoit bii|«lé d'argent 
0t de sable , de dix {uAcea. Généal, m$ê. 
a. Dom Noriee , Prtmtet , H, col. 99a. 

f. 



iviij Préface. 

eee (ils. On n'en indique parlant qu'un seul; mais il 
est certain qu'il en a eu au moiiia deux, puist^uei 
dans son livre, nous le verrons mentionner plusieurs 
fois «f«^I«. Pour terminer ce qui le conceme, j'ajou- 
terai que la généalogie manoscrite le qustifie de sû- 
gneur de Dourmocl, de Bremont et de Clei-vaui en 
Bas-Poitou, et que Le Laboureur < le qualiSe de ba- 
ron de La Tour Landry, de Beigneor de Bourraont, 
Clermont et Frigné, et de fondateur de Notre-Dame- 
de-Saint-Sauveur, prè5deCand6,ordrede Saint-Au- 
gustin. La Croix du Maine, I, 377, le qualifie de sienr 
de Notre-Dame de Deaulieu, ce qui est vrat, tirant 
■ana doute ce titre du propre livre de notre auteur*. 
Nous ne doolODS pas qu'il oe se trouve plus tard 
d'autres meotioni relatives à Geoffroy. Uejis d'autres 
histoires généalogiques, mais surtout dans des pièces 
conservées aux Arcliives de l'Empire et aussi dans 
celles d'Angers, il est impossible qu'il ne s'en Iroare 
pas iDcidemment de nouvelles menlious ; mais il au- 
toit fallu trop attendre pour avoir tout ce qui peut 
eiisler, et ce premier essai pourra même servir i 
faire retrouver le reste. 

Nous pourrions arrêter id ces détails géDéalogi' 
ques; mais >1 est difflcile de ne pas dire quelque* 
mots de ceux-^ mêmes pour lesquels Geoffroy avoil 
écrit, et, comme sa descendance mâle s'est éteinte au 
bout d'un siècle , de l'indiquer jusqu'au momeat 
où le nom, encore eiistant, de La Tour L^n- 



dry, 9k été ti*iuup«rté;daii6Mtiie autre famiDe par un 
niamge. Sur loule cette .deflceddapçe ,. M. Piçhon 4 
irottYé dans^^les :pièoeib.iariiui8crite8 les plps curieux 
el les ii^ils^ibQiidaAteidétalteyaQtaitaraetit toute la pr<v> 
oédm^ de è'^hdèremettté'aBè La. Tour Landry V il ^ 
iDaèleséiéiiiieiita<l*iâii0:étiide dé moeurs iiistoriquef 
trèi întéMsinte^etqu'tlaBkKMf Inalheureux de ne^pas 
lui Toir.èséeiilèr.tPourÏHitre âujcft , ^i se rapporte 
ipbm peftieàlièreiieiil à Geoffroy et à son œuvre; 
quelqiiMt iadiaatioDS fttffîronlé ! , 

i •ChadeB de' 141' Tenir Landry' se inturia deux fois, 
d%lM)rdà J<ann§ ddrSoudé S ensuite, ie 24 janvier 
l389*,4 ieumetGkirenifoauit, fille de Màr^erite des 
Roches^ seconde feléBie de Geoffroy, cette lois avee 
Ja cJause ^e^siieaBne dlerembaultdemeùroit hé- 
cilièredacS&jiaifldn^.CbarlèB eiiM hoirs, issus de oe 
inariage^ porieraent écartdé de, La Tour et de Clr- 
•r09ri>aiilt;.c0 qui n'arriva pas,- pàrceque Gilles Cle- 
cemboult 1 ^re de Jeanne > dévenu beau-frère de 
Qi^ries de'M.iTejQr, continua la postérité. La gé- 
néalogie jaftfnwerita £ût mourir Charles de La Tour 
au mois4^ootobrei i4t5, à la bataille d'Amcourt, et, 
'Welfietynous trouvons a Le seigneur de La Tour » dans 
4t les noms des princes, grans maîtres , seigneurs et 
» chevaliers firanebois'qui moururent à la bataille 
j» d'Aôneourt »» donnés par Jean Lefebvre de Sûnt- 
.Bemy àbsiiita ie son récita Nous aroi»d^àparlé^ 
■.».'•• •• ■• - 

1. GénétU, m$, 9« — k. Généal. nu, s. La Gén. i, ne parle pat 
do 00m de sa preauère femme. — Anselme, VU, 583 o. 

a. Ed. Buefaon» dans le Panthéon, ch. Ixiv, p. 409. — Man- 
airelet le cite avaai ; Paris, i6o3, m-fol. I, a3o t«*. 

S. Yoy. p. xtQ. 



xs Pbéfàce. 

d'uD Geoiïroy de La Tour, figurant au eiégo de Par' 
Ihecay eu i4)9i et probable m eot Bis de l'auteur 
des Enseignemenls. Peut-élre faut-il encore regarder 
comme un autre de ses fils un Hervé de La Tour, 
quiservoit comme gendarme en novembre i4i5 dans 
la compagnie d'Olivier Ductiâtel, en décembre de la 
même aaaée dans celle de Jeban du Buch, en juin 
l4i6 dans celle de Jeban Papol'. Cependant nous 
trouvoDS 4 la fin de \a, IraductiOD de Caiton, dont 
nous dirons plus tard la scrupuleuse eiaclitude, cette 
phrase : m hit ig reherced t'n the booke of my Iwo 
tonnes, absente de nosmanuacrilB, mais qui devoit 
se trouver dans celui suivi par Cailan, et étabiiroit 
qu'en 1^71 notre auteur n'avoit que deux fils. 

Quant aui filles, elles doivenl avoir été au nom- 
bre de trois ; en eUet , si aucun des manuscrits que 
nous avons vus ne parott avoir appartenu à Geoffroy, 
— et il serait difficile d'en être sur, à moins d'y trouver 
ses armes et celles de Jeanue de Rougé, ou même de 
Harguerile Desrochee, — toutes lesfoisqu'ily a uae 
mbiature initiale, on y voit toujours trois filles, et û 
n'est pas à croire que cette ressemblance ne soit pas 
origicairement produits par une première source 
autheulique. Malheureusement je n'en puis nommer 
qu'une, Marie de La Tour Landry, qui épousa en 
iSgl*, le 1" novembre^, Gilles Clerembaull, fils 
de la seconde femme de Geoffroy et frère de la fem- 
me de Charles, Bis de Geoffroy. Gilles Clerembault 
étoil chevalier, seigneur de la Plesse , et i 



3,1»1. 



J 



pRiFAGÉ. xxj 

d'eafants* de Marie de La Tour, morte évidemment 
ayant i4oo, puisque, le i5 octobre i4oo, il épousa 
letnne Sauvage, qui lui survécut^. 
* ^ Charles de La Tour Landry eut pour fils, N..., que 
les généalo^es manuscrites font figurer, comme son 
père, à la bataille d*Âzinoourt, en disant qu'il mou- 
mt peu après de ses blessures, sans lûsser d'enfants ; 
Ponthi», qui resta le chef de la famille; et trois au- 
tres fils', Thibaud, Raoulet et Louis, morts tous 
trois sans laisser d'enfants* Charles eut aussi au moins 
une fille, nommée Jeanne, peut-être l'aînée de tous^ 
pnisqu'on la cite la première *. Il se peut qu'elle ait 
élé mariée deux fois , cs^ c'est peut-être elle qu*il 
faut reconnoftre dans la Jeanne de La Tour Landry^ 
dame de Clervaux , qui fut femme de Je«ii ou Louis 
de Rochecbouart \ Ce qu'il y a de sûr, c'est qu'elle 
fut la première femme de Bertrand de Beauyau<^, 
seigneur de Précigny, Silli-le-Guillaume et Briançon, 
qui devint cons^er et chambellan du roi, président 
en sa chambre des comptes à Paris , grand-maître 
de Sicile et sénéchal d'Anjou. Il sortit de ce mariage 



'* i« Cénéol. MM. — ». Amdme , ui mpra, — 3. Généai» m$, t. 
. 9. Génémk mi». — Le L«b«orear, p. 80. 

3. AnMlme , IV, 564 B et 653 B, c. — Leur flUe Isabean éponta 
Renaud Chabot , qui eut nn grand procèa contre le seigneur de 
Lt Tour Landry au sujet de la justice de Clervaux . obtint , le ao 
jani -1464, pour Ini et son Ils aîné, réniiaûon d'un meurtre eoBiJnis 
à «ette occasion , et mourut vers 1476. " Anselme , Md» 

4* D'urgent, à quatre lions de gueules, eantonnei, armes et 
lampasses d'or, à une étoile d'aïur en cœur. — Sur nn beau ms* 
miscrit des Ethiques en firançms, qui lui a appartenis, cf. M. Paulin 
Pnria, Jfnmcaerifi/Vaiifoit, t. IV, 33o-a. 



xxij Peéface. 

Iroia lils et (ruls iilles <, et Jeanne ëtoil tnorle ven 
i436, puisque ce fut par contrat du a février i437* 
que Bertrand se rcinariaÂFrancoisedeBrezé;nansei»i 
lement il survécut encore à celle-ci, mais, après avoir 
épousé ea troisièmes noces Ide du Chàtelet, il épousa 
en quatrièmes noces [tlanche d'Anjou, Aile naturelle 
du roi René , et a les armes de toutes ces alljantiei 
» sontremarquéesdansleségllsesdes Augustin», Cor- 
» delières. Carmes et Jacubius d'Angers, où le corps 
9 de ladite Jeaone receut sépulture, ce qui estjustiflé 
» par son tombeau K n 

Pour PoDthus , nous savons qu'il fut chevalier, 
seigneur de La Tour Landry, de Counoont, du Lo- 
roui-Botlereau et baron de Bouloir en Vendaniois*; 
il donna en i4a4 aux prieur et couvent do Saint- 
Jean l'Ëvangélitte d'Angers !a dixmo des grains de 
ea terre de CoiVoaillee ", par acte signé de Jean de 
Lahëve " ainsi qu'il est remarqué au trésor des tiltres 
» deChasteaubriant°», etilpossédoil aussi une terre 
quelBducde6retagneluiconlisqua,parcequ'il tentât 
le parti d'Olivier de Chatillon'. Ce doit être lui qui se 
rendit otage à Mantes pour répondre de rcxécutîon 
du mariage (il mars i43i) entre le comte de Mont- 
fort et Yoland , fille de la reinede Sicile ", et qui reçut 
ensuite une coupe dorée, en même temps que sa (em- 



ni la UuuTO d» Bai». iB-i-. H , HO. 
>7<i E. — }. Gttl*al. nu- I- - i' Ctnial, 
1. tu. t. — E. GtiMI, ■■• I. - 7- Be^'^- 



PaiFAGB. xxiij 

méat sa fille i^cevoieiit d'autres présents^. C'est aussi 
probablement lui que cite Tauteur 4e rhistoire (l'Ârtus« 
4ocde Bretaigne^dansrénumération deceuxqui se soxxt 
faouyés.à la bataille de Formiguy*, le i5 avril i45c^ 
; l\ iBst aussi bien  croire que c'est lui q^i a fait 
-écrire p^.quelque clerc Je roman de chevalerie de 
Fonlbus, BI9 du roi de Galice^ et de la belle Sidoine, 
JUe du n>j de Bretaigne, souvent réimprimé ; c'était 
^a moyen de populariser l'illustration de la famille 
.et d'^ faire reculer tràs loin Tancienneté, — Bourdj- 
gné, comme on la vu, s'y est laissé prendre, -—que de 
la mettre aumiUeu d'une action à la fois romanesque 
et à demi^]^U>nquQ. Les La Tour Landry ont voulu 
avoir au^si leur roman,, pomme les Lusignan avoient 
.Jféiasine. Nous n'avons pas à entrer dans le détail de 
06 très pauvre- roman, qui se passe eii Galice, en Bre- 
tagne, et en Angleterre, lu à suivre les péripéties des 
jBBOurf dePontbus et de Sidoine, traversées par les 
(ourberies d|i traitre Guennelet et enfin courpnnées 
par un mariage. Qe qu'il nous importe de signaler 
c'est la certitude de l'origme de ce roman. Le héros 
4e i^toiro porteienom fort particulier d'un des nom- 
bres de la famille, ei, parmi. ses compagnons, se voit 
toujours au premier rang Landry de. La Tour. Tous 
les noms propres son^ de ce côté de la France; ce 
sont : Ge^^ECroy de Lusignan, le sire de Laval, d'Ou* 
celles et de Sillië, Guillaume et Benard de la Roche, 
le sire de Doé , Girard de Chasteau-Gaultier, Jean 



1. Dom Lobiaeaa, Prmoet, col. 1018; Dom Morice, Prewn, 
11, col. is3ft-^. 
fl. CoUection Mieliaad «t Potijonlat. V térie. II! , «96, 



xxiv Préface. 

Hnlevriér. Les quelques noms de localités frau^îil 
concourent aussi à la Diéme preuve : c'esl i Vanott 
que se tajt le gmod lourDois , et , quaod j'anoée se 
réunit, c'eEl à la tour d'Orbondelle , près de Tsll»- 
moDl ; or Tolmont est uu bourg de Vendée (Poitou] 
situé à i3 kil. des Sables. Un passage donnennt 
peut-être la date eiacle de la composition du roman, 
c'est lorsque, pour réunir une armée contre les Sai^ 
rasïns, on écrit à la comtesse d'Anjou : car, dit le 
romancier, le comte étoit mort et sou flls n'avoit que 
dix ans. Hais c'osl trop long-temps m'arréler à ce 
livra, qu'il était pourtant nécessaire de signaler'. 

L'on ne connoSt que deux enfants de Ponlhus, 
Blanche et Louis l"^ du nom. Blancbe épousa Guil' 
lauma d'Avaugour. soigneur do La Hocbe Habile, de 
GrefneuviDoctdeHesnil Raoulet, baillf deTouraine, 
veuf do tlarie de Coullietes, femme en premières 
noces de Cilles Quatrebarbes'. On donne ordiuaire- 
ment cette Blanche commit fille de Louis V du nom ^; 
mais la remarque de d'Uozicr* est formelle sur ce 
point : 1 Bien que les mémoires de la maison de La 
» Tour Landry remarquent icelle Blancbe de La 
s Tour estre issue de Louis et de Jeanne (juatrebar' 
s bes; néanmoins tous les tillres que j'ay mepereua^ 
B dent le contraire , et particulièrement l'arrest, sur 
requeste, du Parlement de Paris, que ladite Jeanne 



pRÉFàcÈ. xxr 

» i^atrebarbes, -demeurée veufve, obtint, le dernier 
» jour de décembre i453, contre Blanche de La Tour, 
f » aussy yeufve , où il est porté en termes exprès 
«qu'elle estoit scnur de feu Louis de La Tour, mary 
> de Jeanne Quatrebarbes. » Quant à Louis de Là 
'Tour, chevalier, baron dudit lieu et du Boulloir, sei- 
gneur de Bourmont, la Gallonnère, de la Comouaille; 
de Clenranx , Rue dlndre et Dreux le Pallateau , il 
épousa en i43o Jeanne Quatrebarbes, dame de La 
Toudie Quatrebarbes, etc.^ fille de Gilles Quatre-^ 
«barbes et de Marie de CouUietes^. Louis étoit mort 
avant i453, et, le aa juin i455, sa veuve, enpré^ 
sence de son fils Christophe , ratifie un acte fait le 6 
juin précédent par son procureur et le procureur de 
Blanche de la Tour, veuve de Guillaume d'Avaugour *. 
En i458 elle fit son testament, et nomma pour ses exé- 
onteurs testamentaires René, Christophe et Louis, ses 
enfants*. 

On vient de voir les noms des trois fils de Louis; 
un quatrième, Geoffroy^, paroît être mort de bonne 
heure, puisqull n*apas laissé de traces. Pour René, 
y se démit en i438 de ses biens, sauf le» seigneuries 
de la Gallonnère et de Comouaille, en faveur de Chris- 
tophe, son frère puîné, ûnsi qull est vérifié dans le 
Msor des titres de Ch&teaubriant ', se fit prêtre et 

• . . * 

1. Généai, nu, i , qoi donne font le» titres de Jetnne Qnttre- 



s. GémM, nu. i. 

3. Des extraits de ce testament et de qaelqnei jmtres pièces 
poatérieures sont jointe à la Géitéal. mê, i. 
4« Le Labonrenr (page 80), qui le eite arant ses frères. 
S. Géttéoi. m»» 1. 



xïvj Préface. 

mourul le 4 >"^ i%^'- Pour Christophe, Buurdi 
gné* nouB apprend qu'en i449 i' se trouva au siég 
de Rouen avec le duc de Calabre , fils du roî René 
qui étoit allé secourir sod père. En i4Ci> , il Irajisi 
gea pour des terres avec Pierre d'Avaugour, B! 
de Guillaume et de Blanche de la Tour; eu t463 
U donna procuration audit Pierre de recevoir le 
Foi et hommage dus à ses (erres ; en i4f>9 ■ i 
rend adveu de la terre du Genest au comla d 
Mooforl , et , la même aonée , fonde dans l'égliso di 
Genest des prières à dire le jour de la Toussaint 
avant la graDd'messa, pour les Ame^ de ses prédèoes 
fleurs^. Il mourut sans eii fan ts, puisque ce fui Louis 
2* du nom, qui resta chef de la famille. Uavoit épou 
6é Catherine Gaudin, Elle d'Anceau, sieur de Po^ 
ou Basée , et de Marguerite D'Espinaj Lauderoude 
maison alliée à celle de Laval *. 

C'est en lui que s'ét«igiiit la descendance m&le d 
noire Geoffroy^ car Louis n'eut que des iilles. On 
vu que Blanche, dont on le [aisoit le père, n'étoi 
pas sa DUb, mais sa tonte ; ses filles furent François 
et Marguerite, ufemoie de Renâ Bourré'', seigneurd 
u Jarzé, dont la postérité est tombée dans la maisa 
» Du Plessis des Roches Pichemel, de laquelle est U, 1 
n marquis de Jarzé°. » Quant à Françoise, fille tdué 
et principale héritière de son père Louis, elle épousa 
n le 3n juillet i494, Hardouin de Maillé, lo'dunom 

■ - Gtnlal. ni.; Le LabouKur. p. Sa. 



» né en i^a . Il s'obligea de prendre le nom et les ar-> 
a» mes de La Tour, sous peine de 5o,ooo écus; mais, 
^ «près la mort de ses frères sans hoirs mâles , il se 
« déclara aîné de sa maison, et François I^' releva ses 
» descendants de cette obligation, leur permettant de 
9 r^rendre le nom et lee armes de Maillé, en y ajou- 
9 tant le nom de La Tour Landr^f ^ » Les armel de 
Vaille' «ent bien 'Connuee, d'or à trois fascés ondéel 
de gueules; mais celles de La Tour Landry le sont 
Jttoi moins, précisément à cause de Tabandon qui en 
Alt lût. Le Laboureur (p«. 80) dit qu'elles sont d'iNr 
à une iasce crénelée de 3 pièces et massompiée de sa* 
ble ; Gaigni^es,;qui les a dessinées et blasonnées de sa 
main sur un feuillet de papier, passé, comme toute la 
partie héraldique de sa collection, dans les dos«ers 
du Cabinet des titres, nous donne de plus Témail de 
la lasce » qui étoit de gueules. La description qui s'en 
trouve en tête des généalogies manuscrites a un dé* 
taa différent: elle indique la fasce comme bretessée, 
e*e8t-à-dire crénelée, de trois pièces et demie. Il n'est 
pas rare die trouver uçe iiisce crénelée de d^oz pièr 
ces et^deux demi-pièces ; :dan8:le cas de trois pièces 
et demie, il faudroit , sa place n'étant pa5 indiquée» 
ipiettre W demHfMÀce.à dextfe; mais nous préférons 
BOUS teniir 4 U première ormoirie, 'qui est la plue 
probable, puisqu'elle, ne sort. pas des conditions orr 

1. Anieline , Vil» So% ; 1 1 La Ciiainaye de» Boit , IX , 3i4. 



Du livre d«ï Enseignements. 

Dès les premiers mois de son ouvrage , Geoffroy 
de La Tour Landry a pris Boin de dous apprendra 
la date de sa composition, par la fa^on dont il entre 
en matière: u L'on mil trois cens soiiaote et onze, u Si 
la mention du printemps n'est pas, comme il est pos- 
sible, tant elle est dans le goût des écrivains de l'é- 
poque , une pure forme littéraire, ce geroil même au 
commencement de l'année , puisqu'il parle de Via/Ut 
d'avril '. Le livre ne tut Qni qu'en iSja , car nous 
y trouvons cette date mentionnée formellement*, et 
nou^ n'aurions pas même besoin de cela pour en être 
Bûr, puisqu'à un autre endroit il est parlé de la bataille 
de Grécy comme ayant eu lieu a il y a nvj ans > ; 
comme elle s'est donnée, ainsi qu'on sait, le iG août 
l346 , les vingt-six ans nous auroient toujours don- 
né celle même date de i372> 

Il y a aussi une remarque curieuse à faire sur 
cette préface, c'est qu'elle a été écrite en vers, et 
Geoffroy, sans le vouloir, a pris soin de nous le faire 
tooclierdu doigt, quand il dit(v. p. 4) qu'il ne veut 
point mettre ce livre en rime, mais en prose, afin de 
l'abréger, c'est-à-dire de le faire plus court et plus 



A 



Préfacms* xxix 

rapidement. C*est la preuve la plus complète qu'il 
a Toulu d*abord récrire en vers, puisqu'on retrouve 
dans tout ce qui précède cette remarque, non seule"^ 
ment une mesure régulière, maôs presque toutes les 
rimes, tant il Ta peu changé en le transcrivant en 
prose. Pour le oontrer, il suffit d*en imprimer une 
partie de cettt feçon ; avec des changements absolu- 
ment insifiâfiants, on retrouve toute la phrase poé- 
ûqne: 

L*an mil trois cens soixante et onze y 
En un îardin estoys sous rombre. 
Comme k l'issue du mois d*aTril , 
Tout morue, dolent et pensif; 
Mais un peu je me re^ony 
Du son et du ehant que je 007 
De ces gents oysilloas saa? tiges 
Qui cbantoient dans leurs langaiges. 
Le merle , mauf is et mésange , 
' Qui an printemps rendoient louange, 
Qui estoient gais et enToisiez. 
Ce donlx chant me fist envoisier 
Et tout mon eueur sy esjoir 
Que lors il me va sou? enir 
Du temps passé de ma jeunesce 
Comment Amours en grant destresce 
M^af oient en eelluy temps tenu 
En son senr ice, où je fu 
Mainte heure liez, autre dolant , 
Si comme &it k maint amant . 
Mes tous mes manlx guerredonna 
Pour ce que belle me donna , etc. 

On pourroit encore continuer pendant plus d'une 
page; mais ced suffit pleinement à la démonstra- 



PnÉFACE. 

tîon. DiiTEEte, nous savons de Geoffroy hi-méme qirtt 
Bvoit écrit envers; car, quelques lignes après ce que 
nous venons de ciler , il continue — je rdiAbtic 
encore la forme des vers primitifs : 

En elle loul me deliloje, 
Car en celluf leuipa je Caisoje 
Chantons, ballades et ronilcBux, 
LaU, vlrelsji et rhans nouTeaux 
De teut le niieuli que Je savoje. 
Hiis la mort, qui Ireslous guerroie , 
La prisi , dont maiuie iriatcur 
Ay receu et maime douleur. 

Sans chercher d'eiemplea plus aDciens, ceux de Que- 
nés de Oétbune, de Thibault de Champagne et de tant 
d'autres , il est rnolba rare qu'on ne pensoroit de 
trouver à cette «époque des grands seigneurs ayant 
écrit eu vers. Ainsi, l'historien du grand maréchal 
de Boucicaut , oë en i368, et (ils de celui que con- 
nut DDlre GeoCFrof, parle unsi de lui : u Si preinl à 
D devenir joyeui, jol;, chantant, et gracieux plus 
n que oucques mais, et se preiot à f^re balade, ron- 
ideauijVirelajs, laiBetcomplaiQtesd'amoureux sen- 
B liment, desquelles choses faire gayeniept etdoulce- 
a ment Amour le feist en peu d'heures un si bon 
s maistre que nul ne l'en passoit; si comme il ap- 
II perl par le livre des cent ballades, duquel faire lu; 
» etie eeneschal d'Eu Teureatcompiû gnons au voyage 
» d'oultro mer.., Ji avoit ohoisy dame.., et, quand 
» à danse ou à Teste s'esbaloit où elle feut, là.... 
n chauloit chansons et rondeaux , doal luy raesme 
» avait tait le dît, et les disoit gradeuflemenl mut 



PAâfÀCÉl xxxj 

D donner secrètement à entendreà sa <iame en se 
9 coiiq;>laignant en ses rondeanx et chansons comment 
9 l'amoar d'elle lé destraignoit^. » Noms ne connais* 
sons aucune pièce de notre Geoffroy ; mais U eét po^ 
sible qu'il y en ait dans les recueils fait» au xt« 
siècle, et, sll s'en trouvoit portant comme suscrïptioo 
le nom de messire Geoffroy , on pourroit les Im at- 
tribuer. 

Non seulement il n'écrivit pas ses Enseignements 
eh vers , mus il ne paroît pas les avoir écrits tout 
entiers lui-même : car dans oe même prologue il 
nous dit (p. 4) q^'il emploie deux prêtres et deux 
clercs qu'il avoit à extraire de ses livres,» comme la 
» Bible , Gestes des Roys et croniques de France et 
9 de Grèce et d'Angleterre et de maintes autres 
» estranges terres », les exemples qu'il trouva bons 
à prendre pour faire son ouvrage. Dans tous lès cas; 
Tesprit du temps étoit trop porté à se servir éter*» 
nellement des faits de la Bible , de l'Ëvangile et de 
la Vie des Saints , pour que Geoffroy , n'eût-il em->- 
ptoyé personne , eût échappé à cette condition de 
son q[>oque ; mais c'est à l'inspiratÎQn toute religieuse 
de ces aides que nous devons la prédominance , ex* 
oelleate d'intention , mais littérairement regrettable^ 
des histoires tirées de la Bibles qui ne nous appren- 
nent rim. La ^viràon en neuf fautes du péché de 
notre première mère doit être aussi de leur fait , et 
je verrais encore une trace de leur collaboration dans 



1. L« Ihrre des faicts du bon meuire Jean le Maingre, dit Boif 
deaat, maréchal de Fnuice et gonvernear de Gennes, i'^ partie. 
•b. il.— CoOcet. Mkhwid et P«ii|ottUt. ^^^ •«"«> t. II. p. aai. 



xxxij Préface. 

la manière dont le plan luiQOncé n'est pas sui 
façon régulière :car, en plusd'un endroit. Ton trouve 
qull sera parlé d'abord de telle nature d'eiemptes et 
ensuite de telle autre, et, quand cela est fini, le livre 
revient sur ses pas pour reprendre nue pai'tie qui 
avoil paru Gomplète. Quoi qu'il en soit, que la quan- 
tité de ces exemples pieui cl leur phraséologie lente, 
et loul à tait analogue à celle des sermons du même 
temps, soient ou non du faitdes aides du chevalier ou 
du sien, la valeur et notérél du livre ne sont pas là. 
Si tout en étuit de cette sorte, il ne serviroit à rien 
de le remettre en lumière , car ces histoires pieuses 
n'ont en elles aucune utilité , pas même celle de 
donner l'esprit du temps ; celut-ciest assez bien conoo 
pour qu'on n'ait sur ce point nul besoin d'un nouvel 
exemple, et le livre n'esl pas assez ancien pour être 
'important comme monument de la langue, en dehors 
de sa valeur particulière. Ce par quoi il est curieux, 
c'est par les histoires contemporaines qu'il raconte ; 
c'est en nous montrant dans le monde, si l'on peut 
K servir de cette expression toute moderne , des per- 
sonnages historiques et guerriers', comme Boucicaut 
et Beaumanoir, en les faisant agir et parler ; c'est en 
nous entretenant des femmes et des modes de son 
temps, et, toutes les fois qull parle dans ce sens, soit 
que ces parties soient les seules écrites p)ar le cheva- 
lier même, soit qu'elles lui fussent plus heureuses. 
Bon style s'allégit et prend réellement de la forme et 
du mouvement; si même tout en étoil de cette sorte, 
son iniérêt et son importance en seroient sbgulière- 
menl augmentés. 
11 a, du reste, eu peu de bonheur auprès de quel- 



Préface. xxxiij 

ques uns de ses juges. L*auteur de la Lecture des Li- 
vres françois au T\y* siècle ^, Gudin dans son his- 
toire des contes ', et Legrand d^Aussy dans une no- 
tice spéciale', qui, par là même, auroit dû être phis 
étudiée et plus juste, en portent un jugement à pe« 
près aussi peu intelligent. Pour eux, le livre n^est 
composé que de capucinaàes ou d'obseénîtés. Sans y 
voir de capucinades, je conviendrai que tout le monde 
gagneroit à ce que la Bible eût été moins largement 
mise à contribution; mais il n*est pas possible de 
trouver le livre obscène, non seulement dlntention, 
mus de fait. Us se fondent sur les deux histoires de 
ceux qm firent formcation en Téglise , sur quelques 
réflexions et sur quelques conclusions peut-être un peu 
simples et même maladroites; mais il y a loin de là 
à ce qu'ils disent. Il seroit d*abord difficile d'admettre 
qu'un homme évidemment bien élevé et des meil- 
leures façons de son temps, versé à la fois dans le 
monde et dans les livres, et qui, de plus, est le père 
de celles à qui il s'adresse , eût été moins réservé 
qu*on ne Tétoit autour dé lui. De plus, en dehors de 
qudques passages, plutôt naïfs que grossiers , il fait 
preuve, an contraire, d'une délicatesse singulière: 
, iinai il seroit difficile de trouver à cette époque une 
•nalyse et une appréciation plus fines et en même 
temps plu» honnêtes des sentiments que les raisons mi- 



1. NélangM tirée é'nae grande bibliotbèqne. io-8, vol. D, 1780, 

». EUe forme le i*** vol. de see Contes. Parie, Dabin, 1804. a 
f d. in-8, 1 , aoi*8. 

3. Notiee des manoeerite de la Bibliotbèqne , jn-4<* , t. V, an 7, 
p. iM-i66. . 

3. 



.xwiv Préface. 

tes pur loi dans laboucbe de sa [emme, lorsqu'il a avec 
olle celte conversalion qui forme un des plus longs et 
des meilleurs chapitres. Maïs, pour dire qu'il y a dans 
ce livre même des groEsièrelcs , il faut do pas pen- 
ser à ce qu'étoit la chaire & celte époque , ue pas 
penser à ce qu'étoleot lesfabliaui^ or les femmes 
entendaient tes sermons à l'église, les fabliaux dans 
leurs châteaux ou dans leurs maisons, où l'on faisait 
irlesjongleurs. Dans ces siècles, tes femmes, pour 
e époque de leur vie, nlgnoroient 
its; rhonnéteté éloil dans lacon- 
-e arrivée jusqu'aux fornies 
vrai de dire, en considéranl 



la chose c 

duite et n'élolt pas encc 

du langage. Il seroit plus 



la questioD en conooissance (le cause, que le livre du 
chevalier témoigne, au contraire , d'un sentiment de 
réserve qu'il ne seroit, à cette époque, pas étonnant 
d'en trouver absent. 

Il y auroit eocore bien d'autres choses à dire sur le 
livre même ; à montrer, comme Caxtoo et le traduc- 
teur allemand l'ont dcjàdit,que Geoffroy n'a pas seu- 
lement fait un livre pour de jeunes Slles. mais un 
livre général qui s'applique à loule la vie des femmes. 
Il y auroit à eiamioer surtout les idées d'éducation 
et de morale qui en ressortent, et la forme sous la- 
quelle elles sont présentées ; mais il seroit nécessûre 
de beaucoup citer, et, comme les conclusions àUrer 
ressortent naturellement de k lecture elle-même , il 
vaut d'autant mîeui les laisser faire au lecteur, que 
le but d'une préface doit être beaucoup moins de 
juger complètement l'ouvrage, et d'en rendre la lec- 
ture inutile, que de donner les renseignements et de 
résoudre les questions de fajt que le livre ne peut 



Préface. xxxv 

donner ItiUméme et que le lecteur ne doit pas avoir 
à chercher. Je dinû seulement que Ibuvrage doit 
moins rester dans la classe des livres si nombreux 
^rits pour. des éducations spéciales — il y seroit par 
trop loin du Discours sur l'Histoire universelle et du 
Télémaque — qu'être joint aux livres si curieux qui 
8ont consacrés durant tout le moyen-àge à la dé- -^^^ 
fense ou à Tattaque des femmes. Il y tiendra sa place, 
du côté honnête et juste , auprès du livre de Chris- 
tine de Pisan, du Ménagier de Paris^ — plus piquant 
peut-être parcequll est plus vainé et s'occupe de la 
vie matérielle, mûs'plus bourgeois et moins élevé de 
ton et d'idées, — auprès d'autres livres encore qu'il est 
inutile d'énumérer ici. Tous ceux qui s'occuperont de 
l'histoire des sentiments ou de celle de l'éducation 
ne pourront pas ne point en tenir compte et ne pas ^ 
le traiter avec la justice qu'il mérite. 

Enfin , il est encore nécessaire d'ajouter que nous 
savons à n'en pouvoir douter , car nous l'apprenons 
de notre Geoffroy, qu'il avoit écrit un livre semblable 
pour ses fils. Il le dit positivement au commence- 
ment: a Et pour ce... ay-je fait deux livres, l'un 
» pour meê fiU, et l'autre pour mes filles , pour ap- 
» prendre à rouoiancier '... » Dans deux autres pas- 
sages * il y fait de nouveau allusion : « Par celluy 
» vice l'en entre en trestous les autres vij vices mor 
» tels, comme vous le trouverez plus à plainou livre- 
» de voz frères, là où il parle comment un hermite 
» qui eslut celluy péchié de gloutonie etlefist et s'en. 

L. Pag« 4 de cette édition. 
». Pages 175 et 179. 



;xxv] 



Préface. 



D yvra, et par celluy il cheist en tous les vij péchiez 
B morlels , et avait cuidié eslire le plus petit deB 
» vij 1 ; et plus loio, quand il parle da Christ por- 
tant sa croix , qui se retourne vers Les sûntes rem- 
Dies, « et leur monstra le mal qui pais avint au pays, 
> si comme vous le trouverez ou livre que j'ai (ait à 
a voz frères d. Le meilleur manuscrit de Paris avoit 
remarqué ce fait, car il met ici eu marge cette re- 
marque : a Nolei qu'il Bsl uug livre pour eea filz. n 11 
foUoit aussi que dans un manuscrit, probablement 
plus eiact ou plus voisin du premier original, il j 
en eût uue autre mention, précisément à la fin; car 
nous trouvons dans la Bdèle traduction de Casioa 
celte phrase, que nous avons déjà eu occasion deciter 
dans la parUe généalogique : n as ît is reherced in 
H the booke of my two sonnes andalso in an ewan- 
B giU. » 

Malbeureuscmenl nous ne savons ce qu'est devenu 
ce second livre du chevalier, écrit sans doute dans le 
mâme goût que ses Enseignements à ses Slles, qui 
devolt être aussi composé de récits pris dans les his- 
tcnres et les chroniques et d'aventures contempo- 
raines. Peut-4tre devons-nous sa perle et le peu de 
succès qu'il paroît avoir eu — car nous n'en avons 
trouvé de mention nulle part — à ce que le bon chev^ 
lier y aura trop laissé f^re à ses chapelains , et que 
le livre, ainsi presque uniquement rempli par de 
trop réelles répétitions, n'a pas eu assez d'intérêt 
pour sorbr du cercle pour lequel il avoil été fût. Il 
«t vrai de dire aussi que, son point de vue étant gé- 
néral, — des histoires masculines sont des histoires 
de Unies sortes — il se trauvolt avoir à lutter, pour 



PRiFACE. xxxvij 

Ifûre 8on chemin, contre tous les recueils de contes , 
tandis qu*une réunion dliistoires uniquement fémi- 
nines, étant quelque chose de plus rare et de plus nou- 
veau , a eu plus de chances pour sortir de la foule et 
pour demeurer en lumière. 

Quoi qu*il en soit, il existe peut-être encore en ma- 
nuscrit, mais sans le nom de son auteur , au moins 
d'une manière formelle, soit sur le titre, soit dans 
Tintroduction ; et le chevalier, qui, comme on Ta vu, 
ne révisoit pas le travûl de ses aides avec assez de 
soin pour lui donner une dispoâtion et une forme 
générale bien asûses, et n*a pas mis de fin au livre 
de ses filles, a bien pu ne pas écrire de prologue pour 
le livre de ses fils. Mais l'on auroit deux points de 
repère qui feroient reoonnoltre à peu près à coup sûr 
le second ouvrage : ce sont les deux histoires citées, 
celle de lliermite qui tomba dans tous les péchés pour 
s'être abandonné à la gourmandise comme au plus 
petit, et celle du Sauveur portant sa croix, prédisant 
aux saintes femmes le mal qui devoit arriver au pays, 
c'est-à-dire la ruine du Temple et la dispersion des 
Juifs. J'ai parcouru, sans rien trouver qui me satisfît, 
quelques uns des recueils anonymes dliistoires qui 
ont été écrits en grand nombre vers cette époque ; 
tfautres seront plus heureux que moi. 

m. 

Manuscrits. 

La Bibliothèque impériale possède, à ma connois- 
sance, sept manuscrits du livre du chevalier de 



xxxviij Préface. 

La Tour. Je vais les décrire brièvenient, en lH 
rangeant , dod dans l'ordre de leurs numéros , mala 
setoD l'époque de leur transcription et selon leur va- 
leur relative. 

Le plus ancien est le n° 74"3 du fonds frao^ois. 
Il est Bn parchemin, de Tormat în-rdio mediocrt , et 
écrit sur deux colonnes do trente lignes. Il a i4a 
Feuillets, dont les trois premiers sont occupés par la 
- tible, les feuillets 5 à ) a8 par le leile, et les feuilleta 
n8 à i4o par Thistoire de Griselidis. Le premier 
feuillet est tout encadré d'ornements courants , dans 
la miniature, le chevalier, assis sur un bancde gazon, 
est velu d'une jaquette très courte et coiffé d'un boo- 
DOt lilas, découpé de In façon la plus extravagante et 
Inmoins analogue aux conseils du livre surla simpti. 
cité B av(»r dans sa toilette. Les trois filles, en robes 
à longues manches, sont toutes trois debout ; l'ainée 
a sealo une ceinture, et la troisième a la tête nue. 
Les lettres capitales sont bleues à dessins rouges. 
Quoique le plus ancien, et certainement du ciimmen- 
cemeat du xv* stède , l'adjonctioD, toute convenable 
d'ailleurs, de Griselklis, prouvoroit que le manu- 
scrit n'eslqu'uno copie et n'apasotéliiitpourrauteur 
lul-okâiDe ; malgré cela — et maintenant pour recon- 
Doitre sûrement uu manuscrit fait pour l'auteur , Il 
faudroil y trouver ses armes et celles de l'une de sos 
deux femmes — celui-ci est excellent et le tneilteurde 
tous, avec celui de Londres, dont nous parlerons plus 

Le manuscrit qui vient après celui-là, et que j'ai 
connu le dernier, porte le n° long du fonds de Gai- 
gnières. 11 est in-folio mediocri sur parchemin , i 



Préface. xxxix 

deuxcoloonesde trente-six lignes, et agi feuillets, dont 
82 de texte, 2 de table et 7 pour l'histoire de Grise- 
lidis. La miniature est très grossière et peut même 
avoir été ajoutée postérieurement. 

Dans le n^ 7078 * du fonds françois, le livre du che- 
valier de La Tour n*est qu'une partie ; on petit voir, ' 
pour llndication des ouvragés qui raccompagnent , 
la description que M. Paulin Paris en a faite dans 
ses Manuscrits françois (V, 1842 , p. 71-86). Qull 
suffise ici de dire que dans ce volume notre texte' 
et la table des chapitres oiccupent , sur deux co- 
lonnes de 35 lignes en moyenne , les feuillets 55 à 
122^. La copie en est très inexacte, et le scribe' 
n*a pas dû être payé à la page , mais à forfsût, car 
pour avoir plus tôt fini, il ne s'est pas fait faute dé 
sauter des parties de phrase, dont l'absence n'ajoute 
pas à la clarté. Il doit même avoir touiiié des feuil- 
lets de son original ; car, sans que ses cahiers soient 
incomplets , on trouve deux fois dans sa copie une 
lacune qui correspond à celle d'un feuillet, et qui, la 
seconde fois, porte sur une des histoires les plus inté- 
ressantes, celle de M"**" de Belleville, dont il n'a tran- 
scrit que la fin. La langue commence déjà à s'y mo- 
difier. Une mention écrite sur la dernière feuille de 
garde porte qull a appartenu à Guillaume du Che- 
min y de Saint-Madou de Rouen ; sur la première 
feuille de garde est collé Técu des Bigot, d'argent à 
un chevron de sable , chargé en chef d'un croissant 
d'argent et accompagné de trois roses, posées deux 



1. En marge da feuillet 86 on Ut les denx noms : « Meittre Ro- 
bert le Mojae n et • GnilUame Saro, etcùyer, dem* à Sainct •••• » 



xl Préface. ^P 

en cher et uoe en poiate; on ; Ut ausùle nom de 
Thomas Bigot, père U'Emeric, et l'écu est répété sur 
le dos de lï reliure ; ce volume portait dans leur 
bibliothèque le ii° i48*. J'oubliois de dire qu'il y a 
une miniature initlslo en camaïeu , mais eaai împor- 

I.e maauBcrit de Sain t- Victor , n" 853, relié en 
l85a , en maroquin rouge, avec le H, F. de la der- 
niËre République, est sur parchemin, de format petit 
ÎQ.fa carré , i 89 longues lignes par page et d'une 
grosse écriture do la fin du iv' siècle. Les deux pre- 
miers feuillets sont occupés par une table divisée en 
89 chapitres ; le premier feuillet du texte, qui porte 
en haut la signature Dubouchet, l64a , a une détes- 
table miniature , et, sur la marge, deux ccussons en 
losange, partis, à deilre, d'or à la croix contre-hei^ 
nùnée , et , à seoeslro , de gueules à trois fasces da 
vair à la bordure d'or. Nous ne savons i qui appar- 
tiennent ces armes; noue ferons remarquer seulement 
que les maisons de Mercœur en Auvergneetde RoyË- 
re ea limousin portent de gueules à trois farces de 
vair*. Les douze derniers feuillets sont occupés par 
l'histoire de Griselidis, et c'est pour cela que le re- 
lieur a mis sur le dos ; Miroir des femmes marUt*. 

Le n° 7673' , qui porte dans le fonds Delamarre le 
n°333, eât sur parchemin et petit in-4° i deux co- 
lonnes très étroites et de 3o lignes. Il est incomplet 
en tête de quelques feuilleta, et commence an coote 
de celle qui mangea l'anguille : i' [lin exemple vous 



i.lUbliol. RleMiiuii 



Préface. xlj 

ik Yueil dire sur] le fait des femmes qui mangeoient 
» les bons morceaux en Fabs^ce de leuris maris. » 
Les derniers feuillets du ms. sont très mutilés ;^ il est 
même incomplet de la fin, car le recto du dernier feuil- 
let — leverso est collé smr une feuille de papier qui en 
soutient les morceaux — s'arrête dans la fin de l'his- 
toire de Catonnet. Les fers -de la reliure, qui est du 
dernier âède et isan» titre sur le dos , paroissent al- 
lemands. 

Le m 7668 est sur parchemin» de format petit in« 
4®, et dans sa reUure originale de Ihhs couvert de 
velours vert et garni autrefois de fermoirs. Il est 
écrit à longues lignes d'une- écriture très cursive et 
négligée, de la fin du xv« siècle; lee feuillets 1 à 125 
sont occupés par notre roman, ia6.A'i34 par la pa- 
tience de Griselidis, f35 ài3g recto par lliiistoire du 
chevalier Placides et de son martyre, après lequel il 
'fot nommé saint Eustache, enfin i39 verso à i44 
par le Débat en vers du corps et de Tâme, le même 
dont on trouve une édition dans le recueil que j'ai 
copié au British Muséum et dont laréimpression forme 
les trcMS premiers volumes de V Ancien Théâtre fran- 
çoie. A la fin du Débat se trouve la signature Ledru , 
évidemment celle du cc^iste. Le volume a feit partie 
de la bibliothèque royale du château de Blois , car 
on lit sur le feuillet de garde : Bloys^ et au dessous : 
« Des hystoires et livres enlrançoys. Pul» i» (pulpito 
3 iHîmo). — Contre la munûlle de devers la court. » 
An xvil« siècle , oa mit sur le premier feuillet le n? 
■ccuiii , et plus tard les n?» io5a et 7668, qui est le 
numéro actueL Au commencement, le chevalier, seul 
dans son jardin , est peint dans la grande lettre, et 



slij Préface. 

t'encadrem eut assez délicat de la page, formé de riii' 
ceaux, de Deurs et de fraises, offre deux M, Tua rose , 
l'autre bleu , et la place, malheureuse m eol grattée, 
d'un éou d'armoiries. 

Le n" 3189 du Supplément frauïois est un petit 
in folio sur papier, d'uue très mauvaise écriture de 
la Qn du xv siècle. Après un traité en frauçois sur 
les péchés et les commande m eots de Dieu, se trouve 
notre roman , incomplet d'un ou deux feuillets, cor 
il ne commence que dans la première histoire, celle 
des deux Hllee de Terapereur de ConstanUnople, par 
ces mots: a... toutes foiz qu'elle s'esveilla.etpriadfr- 
n votcment plus pour les mors que devant et ne de- 
» nioura guerresque ung grantroyde Grèce la feist 
B demander, etc. » 

Sans les autres bibliothèques de Paris , je n'en 
connois qu'un manuscrit sur véiin , de la Bn du iV 
siècle et sans importance, & U bibliothèque de l'Ar- 
senal ', il a été indiqué par Hvnel dans son catalo- 
gue des bibliothèques d'Europe [Lipsise, iWio, ln-4*( 
col. 340). 

Mais il n'y en a pas de manuscrits qu'en France, 
car, pendant mon séjour à Londres, j'en ai pu voir et 
collationner un excellent, aussi bon, sinon même 
meilleur que notre manuscrit y^oZ. C'est sur leur 
comparaison, et en me Servant des deux, que j'ai éta- 
bli le leite que je publie; ils sont les deux plus an- 
ciens, contemporains l'un de l'autre, et ne sont pas 
écrits dans un autre dialecte, ni même avec une or- 
thographe sensiblement dilTérenle, ce qui m'apennis 
ûe prendre toujours la meilleure leçon donnée par 
l'un ou par l'autre, sans craindre d'encourir le repro- 



Préface. xlnj 

w mélangé des fonnes contraires et mis 
6 des choses opposées. Il se trouve au Bri- 
leum, dans la collection du roi S où il porte 
numéro la marqué : 19 c viii. Ce manuscrit,' 
)hemin, est composé de cahiers de huit feuil- 
3 réclames» à 33 longues lignes à la page, 
{feuillets, chiffrés en lettres du temps de son 
m. Le livre de La Tour Landry y occupe les 
1-121 ; le livre de Melibée, par Christine de* 
es feuillets 122-146 , et l'histoire de Griseli- 
feuillets 147-162. Sur deux derniers feuillets,' 
t: restés blancs, une main postérieure a ajouté 
leille M* Jehan de Meung. En tète du texte se 
une miniature; le chevalier, vêtu d'une robe 
i longues manches et tenant un rouleau de 
sur ses genoux, est assis sur un banc de ver- 
i fait le tour du pied d'un arbre ; la partie du 
)ù il se trouve est entourée d*une haie carrée 
sèment coupée, et le fond n'est pas un pay- 
lais un treillis ; quant aux trois filles, toujours 
, l'ainée a une robe rouge avec un col ouvert 
e et de très longues manches ouvertes ; lés ro- 
i deux autres sont rouges pour l'une, couleur 
ir pour l'autre , et leurs manches très justes 
couvrent presque toute la main. Le manuscrit 
ppartemr ensuite à quelque artiste du temps, ' 
feuillets blancs et les gardes sont couverts 
légers croquis au crayon roux d'hommes ar- 
d'hommes et de femmes à cheval. 

Catalogue of the manuscripts of the King's library, an 
to tbe catalogue of the Cottonian library, by Pavid Caa< 
ily Ubrarian, 1734 , in-4 \ p. »9S« 



*liT 



Préface, 



La bibliothèque de Bourgogne à Bruxelles ei 
sède* deui manuscrits sur parcbemin [0°* 9^03 et 
9543]-, l'un d'eux a été, sous l'empire, à kBiblioth^ 
que duroi(Belg. n° ii5), où l'a vu Logrand d'Ausay, 
qui le cite en tête de sa notice surle Livre desEasoi- 
gnemeols insérée dans le 5* volume des Notices des 
Manuscrits; depuis il a fait retour à la Bibliotbèqua 
de {tourgogne. Nous ne les coanoissons pas ; mms le 
manuscrit 74'^ ^t celui de Londres sont trop bons, 
et en même temps trop conformes, pour qu'il nous 
eût été nécessaire d'en consulter encore d'autres. 

Enfin LaCroiiduHaine' nous apprend qu'il avoit 
aussi par deversiui le livre écrit i la main, et le duc de 
LaValltèreen possédoil aussi un ms., qui forme len" 
l338 ducatalogueenlroia volumes (1783, 1, p. loC): 
a Leàievalier de LaTour,\ùr-M., niar. rouge. Beau 
s manuscrit sur vélin du xV siècle , contenant g8 
* feuillets écrits en antûenne bâtarde, à longues li- 
» gnes. Il est décoré d'une miniature, de tournoures 
» et d'ornements peints en or et en couleurs, u II ne 
fut vendu que 60 livres, bien qu'il fût certainement 
très supérieur comme teite aux éditions de Guillau- 
me Euslace, qui se veudoient pourtant bien plus 
cher, comme on le verra tout à l'Iieure , car nous 
n'avons plus à parler que des éditions et (les traduc- 
tions de notre auteur. 



nit da I'IdwUIh léMnl. | 

J 



Préfàgb. xlv 

IV. 

Traductions et éditions, 

J*a i dit en commençant qull ayoit été fait deux 
traductions angloises du livre des Enseignements. 
L^une, la plus ancienne, qui remonte au règne de 
Henri VI , est inédite et est consenrée en manuscrit 
an British Muséum, dans le teds Harléien (n« 
1764* 67, C.^). C'est un man^fKnit à a colonnes de 
4i lignes, d'une excellent» ti très correcte écri- 
ture, malheureusement incomplet de la fin et qui 
a beaucoup souffert. Le premier feuillet a une lettre 
ornée et un entourage épurant, et tous les chapitres 
ont une lettre peinte. Au deuxième feuillet, on lit les 
signatures de deux de ses anciens propriétaires, Path- 
lus Durant et Iktvid Kellie y- écrites à la fin du xv!** 
siècle et au commencement du siècle suivant; on 
trouve marne au feuillet 37 cette mention, de la main 
de Kellie : u James by the grâce of God King of En- 
9 gland, France and Irelandand of Scotland and de- 
9 fender of the faith. » Dans son état actuel , le ma- 
nuscrit a54 feuillets et commence : a In the yere of the 
9 incamacion of our lord m ccc Ixxi as y was in a gar- 
9 den ail hevi and full of thought... », et se termine 
dansHûstobe des deux sœurs (p. a38 de notre texte), 
parles mots : a withoute ani wisete y clothed myself 
» in warme », suivi du mot dothes comme réclame. 
La traduction est exacte, )a langue excellente et cer- 
tainement bien moins traînante et embarrassée que 

1. Nares , CaUlofoe of Ihe mM. of Uie UurUian library , 4 vol. 
iB-f>, Loodon, i8o8*i5 ; II . p. ao8. 



xlvj Préface. 

celle de Caitoa. Du resite, ceui qui voudraient iToir 
de plus complets détails sur cette traduction anon;- 
Tae pourroDt en voir d'amples fragments Irsoscrlts 
dans un eiicellect article de la première Relraspee- 
tive Review, publiée à Londres il y a une vinglaine 
d'années'. La sévérité angluise paroft avoir empé- 
cbê l'auteur de citer les bistoires les plus curieuses 
préférable ment à celles dont l'Iionnéteté est la trop 
unique valeur; mais ces extraits su fli sent pleioemont 
pour faire juger du mérite de h traduction, et c'est 
pour nous la plus utile partie de leur travail. 

La seconde traduction est de Cailon, le plus an- 
cien irtiprimeur de l'Angleterre , et il est curieux de 
voir le livre de notre auteur être une des premières 
productionsde la presse dans unpafs étranger. On Bwl 
quel nombre Caxton a publié de traductions du fran- 
Sois, et il nous sufSt de le rappeler, car une énumé- 
ralion noua mèneroil beaucoup trop loin. Le livre 
est un iii'4'i ^ool les cahiers , de huit feuillets cha- 
cun , sont signés aii-niii]. tl commence par une pré' 
face du traducteur, qui dit avoir entrepris cet ouvra- 
ge sur la prière d'une grande damo qui avoll des fil- 
les; aucun bibliographe angloîs n'ayant fait même 
le nom de cette proteetrlce du 



Digiilnr, tiUlcil by Henri Sonlhen 



oITrlnil; euUl^, CunbrMglI. ud } 
7. p.ru II, T. .77-9*. - LVlioIe 



Préface. ^Ivij 

travail de Caxton , nous ne pouvons qu'imiter leur 
silence; nous aurions donné cette préface en appen- 
dice, si on ne pouvoit la voir reproduite dans l'édi- 
tion des Typographical antiquities de Jps. Ames, 
donnée par Dibdin * . Les caractères employés par 
Cazton sont ceax. dont on peut voir dans Ames le foc- 
simile d'après les chroniques d'Angleterre '. £'est.ce 
caractère irrégulier, plein de. lettres liées entre el« 
les et de mêmes lettres de formes différentes, qui 
2q>porte plutôt l'idée d'une écriture assez incorrecte 
que d'une impression; elle est très analogue à un fao- 
simile donné dans Ames (p. 88) d'une copie manus- 
crite d'Ovide qu'on attribue à Caxton. Après la pré- 
face, qui tient le premier feuillet , et la table qui en 
tient trois, vient le texte, qui commence : a Hère be- 
» gynneththe book wbiche the knygbt of the toure^ 
JD made and speketb of many fayre ensamples and 
» thenseygnements and techyng of bis doughters.: » 
Il se termine par la mention suivante : « Hère fy- 
» nyssbed tbe booke whicb the knygbt of the Toure 
» made to tbe enseygnement and techyng of bis 
» doughters translated oute of frenssb in to our ma- 
» temall Englysshe tongue by me William Gaxton , 
V whicb book was ended and fynysshed the first day 
» of Juyn the yere of oure lord ro.cccc Ixxx iij ^nd 
9 emprynted at Westmynstre tbe last day of Jan- 
y> yuer, the first yere of the règne of kynge Rychard 



!• London . 4 vol. iih-4'^. tSio. t. i, n» •; det Gtxton, p. tot-S. 
t. N" 4 d^ 1* planche de Buire portant le n» 8 , et placée ea 
face de la page 88. 

3. Caxton ne sait pas le nom de Landry. 



-i 



xlviij Préface, 

D the thyrd. d On a quelquefois mis i tort ce livre 
sous la date de i4B4; l'année t4S3 ayant été comprise 
entre le 3o mars et le iSavrîl, et Edouard IV éUnt 
mort le 9 avril i483, c'est bien cette aoiioe i483 
qui est la première anuée du règne de Richard IIP. 

Les exemplaires complets eo sont, du reste, assez 
rares. Ames (i8in) ne cite que trois exemplaires, 
celui de lord Spencer, du marquis de BlandFord et de 
Sa Majesté; ce dernier est sans doute l'exemplaire 
complet que nous avons vu au Britisb Muséum. Il y 
ea aurait encore un dans \a Blbliotbèque publique de 
Cambridge et deux à la Bodléienne, mais imparfaits 
tous deux d'une feuille. Uu exemplaire sur idlia, 
marqué 5 1. 5 e\t,, chez M. Edwards, cat. de 17941 
n" 1267, étoil en 1810 chez M. Douce; mais ce fut 
un prix bien vite dépassé ; ainsi l'exemplaire de la 
vente de WhiteKnights fut payé 83 livres ) shilling, 
et celui de la vente de Brandt, on 1807, fut aoheld 
111 livres G shillings pour lord Spencer*. 

QuaDt à la traduction même, elle est d'une in- 
croyable fidélité et d'une si naïve exactitude, que, 
par ses méprises, et il y en a, on pourroit recoanottre 
ft coup sur le manuscrit même suivi par Caxton, et, 
si on le rencontroit , U ne pourrait pas y avoir de 
doutes sur ce point, tant sa phrase est calipiée si 
son leste, avec un mot à mot si fidèle que la pureld 



n, BiMdiIKcii SpflKtrisn 



n-aS7.\.ÎV., 



..67-«, 



Préface. xlix 

de son anglois 6n souffre le plus souvent. Du reste, on 
en pourrabientôt juger, carM. Thomas Wright, auit 
publications de qui notre ancienne littérature doit 
autant que Tanciénne littérature de son pays, en va 
publier uiie réimpression etactc pour le Warton 
Club, dont il est un des fondateurs. Si la traduction 
inédite du British Muséum étoit complète, il faudroit 
incontestablement la suivre, à cause de sa supério- 
rité sur celle de Gaxton. On pourroit prendre le parti 
de composer Védition pour les trois quarts avec la 
traduction inédite et pour là fin avec Gaxton. Cepen- 
dant la langue des deux traducteurs est si différente, 
qu*en mettant une paiiie de Tœuvre de Tun à la 
suite de Tœuvre de 1 autre, onauroit à craindre d*ar- 
riverà un effet trop disparate, et, comme le Caxton 
est introuvable, les bibliophiles préféreront peut- 
être en avoir la reproduction entière. 

Enfin j'ajouterai, à piropos de' l'édition de Gaxton , 
que, si rare qu'elle soit maintenant, c'était au xvi® 
siècle, en Angleterre, un livré qui étoit tout à fait en 
circulation i J'en donnerai pour preuve ce curieux pas- 
sage du Book ofHusbandry, publié en i534 par Sir 
Anthony Fitz-Herbert, qui avoit la charge importante 
de lord chief justice ' . L^appréciation est trop curieuse 
pour que je ne la reproduise pas en entier ; parlant de 
la fidélité qu'une femme et un mari doivent avoir dans 
les achats qu'ils font au marché, il continue : a Je pour- 
» rois peut-être montrer aux maris diverses façons 

1. Je tire le ptstage, non du livre, nécessairement inconnu à un 
étranger, mais de l'article qui loi est consacré dans la nouvelle 
Rétrospective Review, London , RusseU-Smith, in-8o. No 3, May 
i853, pages a64-73. 

4. 



I 



Phéf* 



T doDl leurs femmes les trompent, et indiquer de raé- 
u me commeDt les maris trompent leurs femmes. 
u Mais pi je le faisois , j'indiquerois de plus subtiles 
u fai^Ds de tromperies que l'un ou l'autre o'en sa.-. 
i< voit auparaviiDl. A cause de cela, il me semble 
Il meilleur de me taire , de peur de faire comme le 
ï ciievalier de La Tour, qui avoit plusiottfB fll- 
B les, et, par l'affeotiou paternelle qu'il leur portoil, 
» écrivil un livre dans une boune intentioD, pour les 
n mettre à même d'éviter et de fuir les vices et de 
n suUre les vertus. Il leur eoseigoo dans ce livre 
» pomment, si elles étolent courtisées et tentées par 
» un bomme, elles devraient s'en défendre. Et, dans 
'• ce livre, il munlre tant de façons si oaturoUes dont 
i> un bomme peut arriver à son dessein d'Amener 
» une femme à mal , et ces façons pour en venir 
u k leur but sont si subtiles , si compliquées , îma- 
» gioécs avec tant d'art, qu'il seroît difficile à aucune 
u de résister et de s'opposer au désir des hommes. 
■ Par ccdil livre, il a fait que les hommes et les fem- 
» mes conuoissenl plus de vices, de subljlités, de 
B tromperies, qu'ils n'en auroient jamais connu si le 
1 livre n'eût p&s été fait, et dans ce livre il se nom- 
M me lui-même le cbevalïerde La Tour. Aussi, pour 
» moi, je laisse les femmes faire leurs affaires avec 
n leurjugement. n 

Le jugement de lord Fitï<Herbcrt eufiiroit à prou- 
ver que Dibdin, pour avoir décrit le livre, ne l'avoit 
pas autrement lu ; car, renvoyant, dans les additions 
de Ames [T. 374], à la notice de Legrond d'Aussy, et 
faisant allusion aui passages purement naïfs dont 
c>'lui-cl fait des obscénilos, Dibdin ajoutoit qull (al- 



J 



Préface. Ij 

loit espérer que Gaxton avoit sauté de pareils passa- 
ges. Je n'ai pas eu le temps de vérifier le Gaxton , 
nous n'en avons pas d exemplsdres en France ; mais 
je répondrois à Tavance de son honnêteté de traduc- 
teur, qui n'a pas dû se permettre le moindre retran- 
chement. Seulement Dibdin, qui avoit le volume à sa 
disposition , auroit pu 8*assurer du fait et ne pas en 
rester à cette singulière espérance. 

Le livre eut la même fortune en Allemagne qu'en 
Angleterre : car il en parut en i493 une traduction 
allemande faute par le chevalier Marquard vom Stein. 
Comme Gaxton, il fut plus exact que ne le furent plus 
tard les éditeurs françois, et n'ajouta rien au livre des 
Enseignements ; mais , plus heureuse que celle de 
Caxton, sa traduction fut souvent réimprimée. La pre- 
mière édition, in-folio, parut à Bàle, chez Michel Fur- 
ter, sous ce titre : a Der Ritter vom Tum, von den 
» Exempeln der Gotsforcht vfi erberkeit y>, c est-à-dire 
Le Ghevalier de La Tour, des exemples de la piété et 
de rbonneor. En tête se trouve une préface du tra- 
ducteur, mais qui ne contient que des généralités de 
morale ; nous ferons remarquer seulement que, peut- 
être par suite (l'une faute d'impression ou d'une dif- 
férence dans un manuscrit, la date delà composition 
du livre n'est plus 1371, mais 1370. Le volume, 
d'une superbe exécution, et dont le British Muséum 
possède un très bel exemplaire, a 73 feuillets et est 
orné de 4^ gravures sur bois, réellement faites pour 
Touvrage, bien dessinées et bien gravées. Le cheva- 
lier y est toujours représenté armé de pied en cap , 
même dans la gravure initiale, où il est , idée assez 
bizarre, représenté endormi au pied d'un arbre, pen- 



lij Préface. 

ûmi que ses deux Hlles sont debout à cAté de lid; 
mais, à part colle singularité, celte suite dVHugfro- 
(t'oii» est tout à fait reniarqDable. Après celle édi- 
tion, nous citerons les suivantes, d'après Ebert < : 
une à Augsbourg, chez Schônsperger, 1498, in fo- 
lio; une à Bile, chezFurter, en i5i3; — Ebert di- 
sant aussi qu'elle a 73 feuillets et des grai'ures sur 
bois, il est possible que ce soit la première édition 
avec une nouvelle date changée, et, dans tous les cas, 
la nouvelle en est une réimpression, où l'on doit re- 
trouver les m é m ea bois - une^Striisbourg,cbezKnob- 
louch, en iSig, in-4'i enfin uneautre à Strasbourg, 
ebsz Cammerlânder, en i53S, in-folio, avec des gn- 
vures sur bois. Il y en a Ba.ns doute eu d'autres édi- 
tions; toujours est-il que tout récemment, en 1849. 
le professeur allemand O.-L.-B. WoIfTen a faille 8- 
volume* de sa collection de romans populaires qu'il 
a publiée à Leipzig chez Otto Wigand. Le prologue 
y est plus court, et l'on y voit, bien qu'en très petit 
nombre, quelques histoires nouvelles, celles de Pé- 
nélope et de Lucrèce, absentes de l'ouvrage origi- 
nal , mais qui prouvent que , dans ses éditions suc- 
cessives, la traduction de Marquard vom Slein a subi 
quelques remaniements. Le lilre y est devenu : n Un 
M miroir de la vertu et de l'faouneur des femmes et 
u demoiselles, écrit pour nnstmclion de ses 611m 
" par le trËs renommé olievatier de La Tdur, avec 
n de beUes et utiles histoires sacrées et profanes. > 

1. AlIfi^nciiiH bibUa^pUichfi Ltiikon •oa Friedridi AUt 



Préface. liij 

Ce ne fut qu'en i5i4que parut la première édition 
Françoise , à Paris, chez Guillaume Eustace^. C'est 
un in-folio gothique , à deux colonnes, de xcv feuil- 
lets chiffrés, précédés de 3 feuillets pour le titre et la 
table et suivis d'un feuillet séparé , au recto duquel 
une gravure en bois représentant le pape , l'empe- 
reur et le roi de France , et au verso la marque de 
Guillaume Eustace. Cette gravure se trouvoit déjà au 
verso et la marque sur le recto du titre, qui est ce- 
\{iï-<iï : (c Le chevalier de la tour et le guidon des 
» guerres, Nouvellement imprimé à Paris pour Guil- 
» laume Eustace , libraire du roy, Cum puillegio 
» Régis », et au bas : a Hz se vendent en la rue 
» neufue nostre Dame , à lenselgne De agnus dei , 
» ou au palais, au troisiesme pilier. Et en la rue 
» saint-iacques, à l'enseigne du crescent. » A la fin 
se trouve cette mention : ce Cy fine ce présent volu- 
i> me intitulé le chevalier de la tour et le guidon 

V des guerres , Imprimé à Paris en mil cinq cens et 
» quatorze . le neufiesme iour de novembre. Pour 
» Guillaume Eustace, libraire du roy et juré de lu- 
» niversité , dempurant en la rue neufve nostre-da- 

V me, à lenseigne de agnus dei , ou au palais , en la 
» grant salle du troisiesme pillier, près de la chap- 
)> pelle où len chante la messe de mes seigneurs les 
D présidons. Et a le Roy, nostre sire , donné audit 
>} Guillaume lettres de privilège et terme de deux 
» ans pour vendre et distribuer cedit livre affîn des- 



X. La Croix du .Vaine (BibUotkéque firançoise, édit. de 1779 . I, 
161 et »77) ne parle que de cette édition , sur la foi de laquelle il 
• dit que le Gmd4m de* gutrrtê étoit de notre auteur. 



hv Préface. 

u Ire remboursé de ses fraîz et mises. Et detfend le- 
B dit Ecigaeur à tous libraires, imprimeurs et autres 
D du rof aulme de son limprimer sus p^nne de eon- 
a flscatiaa deedilz livres et dameode arbitraire jus- 
a ques après deux ans passez el acomplis à comp- 
■a ter du iour et dal« cy dessus toÎs que ledit livre a 
«sté acheué d'imprimer, o 

Le texte des Enseigoements, dans cette édition de 
Guillaume Euslace, occupe les Teuillels i â Ixrii; le 
feuillels liiiïi à iixxv soal occupés par le livre de 
Helibée el de Prudence, que l'éditeur a trouvé, com- 
me on le voit dans le manuscrit de Londres et celuide 
Paris (7073*), à la suite de celui dont il s'est servi; 
mms, avec peu de scrupule et pour bien donner au ctie- 
lier de La Tour le livra de Hëlibée , sur lequel nous 






lu.il 



aécrlt un raccordement par lequel ilmelMëlïbée dans 
laboucheduchevaJier.EnQn, les feuillets IxiKvàicv 
offrent le Guidon des guerres a fait par le chevalier 
» de La Tour n, ouvrage de stratégie qu'un aulre rac- 
cordement' de Guillaume Eustace met aussi daosk 
bouche du chevalier. H rorinoilprobablemenl la troi- 
sième partie du manuscrit suivi par Guillaume Eus- 
a,e alct n'est nullement du chevaiier de la Tour *. 






la dii H. P. Pirti (Ku. ryi» 



Préface. Iv 

Le texte est orné de gravures sur bois, mais, moins 
soigneux que l'éditeur allemand, Eustace a employé 
bon nombre de bois tout faits, dont quelques uns se 
rapportent très peu au sujet qu'ils sont destinés à 
présenter aux yeux. Dans les exemplaires sur papier 
le format est très petit in-folio ; dans ceux sur vélin, 
la justification a été réimposée, et le volume est plus 
grand. La Bibliothèque en possède un superbe exem- 
plaire, avec 27 miniatures, que M. Van Praët' dit 
avoir passé dans les ventes de Pajot, comte d'On- 
sembray (n*» 627, 240 1. 19 s.), de Girardot de Pré^ 
fond (n* 890, 1^ l.), de Gaâgnat (n*» 2253, 200 1.), de 
La Vallière (n' i339, 3oo l.), de Mac Carthy (n» i549, 
61 5 1.]. M. Brunet (I, 649) P&i'oit traiter comme le 
même celui qu'il indique comme vendu chez Morel 
Vindé 63i fr., et chez Hibbert, 33 livres, 12 shilings. 

Comme texte , il faut reconnoitre, à la louange de 
Guillaume Eustace, que, pour un éditeur du seizième 
siècle, il pourroit avoir fait bien plus de modifications. 
Le prologue est beaucoup moins en vers, Forthogra- 
phe est modernisée ; mais le texte a certainement été 



étonnant que les bibliographes n'aient pas remarqué la fausseté 
d'attribution de ces deux ouTrages. Debure (Gâtai. La Vallière , I, 
4o€), cataloguant l'imprimé à la suite d'un ms., avoit , sans nier 
l'attribution . fait remarquer que le Gmidon ne se trouToit pas 
dans celui-ci. 

1. Van Praét, Livres sur vélin de la bibliothèque du roi, t. IV. 
■o 388, p. s63— 4> Ebert nous apprend qu'il y en avoit aussi un 
exemplaire sur vélin dans l'ancienne btblioUièque d'Augsbourg. Ce 
doit être celui que M. Van Praét indique comme vu par Gereken 
(Reisen. I, sGs) et par Hirsching (Reisen, II, 180) chez les frères 
Veitb, é Angsbourg. Un troisième exemplaire devroit s'en trouver 
daaa la bibliothèque de Genève (Van Praet, «64). 



plus respecté qu'il 






:. La ^conde 



ir celle-ci, 
grossières, à ce que medil 



'ordmaire i 
iiDpresEion, qui doit cependiuitnS^ 



coDlraire pleioe de Tautes 



juge très compétent, qui 
est in--4'' de 'jo8 pages, 
y compris <i pages de table. Elle a un frontiâpii'e r»- 
présenlant un chevalier armé, un gooou en terre , et 
a pour litre : « S'ensuit le chevalier de La Tour et le 
u GuldoD des guerres, avec plusieurs autres belles 
u exemples, imprijnés nouvellenieDt par la veuve 
u Jehan Trepperel'.n H. Brunet, qui la dit gothique 
et nous apprend qu'elle a élé vendue, chez Heber, 
6 livres i5 sbillingB, ajoute o et Jehan Jehannolc, 
après le nom de la veuve Trepperel. M. Berlin en 
possédoit un exemplaire qui, i sa vente (i 653, D- 
133), a été adjugé au prii do 780 fr. 

Après avoir examiné suecessivemcnt, comme je l'a- 
vois promis, la biographie et l'œuvre du chevaUeTt 
ÛQBÎ que les roanusci'ils et les éditionE de kod lîvn, 
je lui laisse enfin la parole, en m'excusanl de la lon- 
gueur à laquelle ces développements sont arrivëB. 
Uals si, dans un travail d'ensemble sur notre aa- 
cienoe lit téralure, l'ouvrage du chevalier de La Tou^ 
peut n'être cité qu'en passant, tous les renseigne- 
ments qui s'y rappoilent dévoient être réunis dan» 



n essai qui lui est spécialement 
trouve en tête de son livre. 



etfu^ 



s.. 




Cy commence la table du livre intitulé du chevalier de 

la Tour, qui (ut (ait pour l'enseignement 

des femmes mariées et à marier. 



e. premier chappitre contient le prolo- 
gue. 1 
Le second chappitre parle de ce que on 
doit faire quant oo s'esveille. 6 

Le tiers chappitre parle de deux chevaliers qui 
amoient deux suers. 7 

Le quart chappitre parle d'aae damoiselle que un 
seigneur vouloit violer. 9 

Le quint, que on doit faire quant, oq est levé. 10 

Le VI*' ,de deux filles d'un chevalier, dont Tune estoit 
devotte et Tautre gounnandoit. . ^^ 

Le VII% comment les femmes et les filles doivent jeû- 
ner! 14 

Le VI11«, d'une folle femme qui chéy en un puis. 16 

Le IX*', d'une bourgeoise qui mouru et n'avoit osé 
confessié son pechié. 19 

Le X«, comment toutes femmes doivent être cour- 
toises. 23 

Le XI% comment elles se doy vent contenir sans virer 
la teste çà ne là. 24 



Iviij Table 

Le XH', de la fille du roy de Dan Démarche, qui per- 
dit le roy d'Angleterre par sa folle caDtenancc, ^5 

Le Xll[', de celle que le chevalier de la Tour refusa 
pour sa legière manière. aS 

Le XIHI"^ chappitre parle comment la BIlo du roy 
d'Arragon par sa toile manière perdy le roi d'Es- 
paigne. 3o 

Lb XV", de celles qui estrlvent les uoes aui: au- 

Le XVI', de colle qui raenga l'anguille. 35 

Le XVII", comment nulle femme ne doit estre ja- 
louse. 3G 
Le XV1II°, de la bourgeoise qui se fist ferir par son 
oultrûge. 4o 
Le XIX°, de celle qui sailly eus la lable. 4' 
Le XX°, (le celle qui donna la chair aui chiens. 44 
Le XXI°, du dubat qui fut entre le sire de Beauma- 
noir el une dame. 46 
Le XX11=, comment il fait périlleux à estriver à gens 
sgavans, el parle de la datne qui prist lengon au 
marescbal de Clermout. 5o 
Le XXIIl', de Bouciquaut et des trois daines, Ai 
Le XXllll", de trois autres dames qui vouldrenl tuer 
un chevalier. 54 
Le XXV°, de celles qui vont voulenliers aux joustes 
et aux pelerïnojges. 55 
Le XXVI" chappitre parle de celles qui ne veullent 
veslir leurs bonnes robes aux fosles. 58 
Le XXV1!< parla de la suer saint Dernart, 6i 
Le XXVIll', de celles qui ne font que gengler i 
l'église. 63 
Le XXIX', de saint Martin de Tours et de saint Brice 



DES Matières. Ivk 

et du dyable. 65 

Le XXX'', de celle qui perdy ^ ouir la messe. 66 

. Le XXXI«, d une dame qui employoit le quart du jour 

pour soy appareiller. 70 

Le XXXII% de celles qui oyent voulentiers la 

messe. 71 

Le XXXIIl", de la bomie contesse qui tous les jours 

Touloit ouir trois messes. 72 

Le XXXIU^ chappitre parle de celles qui vont en 

pelerinaiges sans devocion. 73 

Le XXXV«, de ceulx qui firent fomicfition en Te- 

gUse. 80 

Le XXXVl«, du mo'me qui fist fornication en Te- 
glise. 81 

Le XXXVIP, des mauvais exemplaires et des ma- 
lices de ce monde. 82 
Le XXXVIIP, des bons exemplaires du monde. 83 
f Le XXXI X«, de Eve notre première mère et de ses 
' foUes. 85 
Le XL' chapitre contient la tierce folie de Eve. 88 
Le XLI^ fait mention de la quarte folie de Eve. 89 
Le XLII*", la quinte folie. 90 
Le XLIII% la VI» folie. 91 
Le XLII1I% la VII« folie. 93 
Le XLV% la VIII» folie. 9* 
Le XLYI% la 1X« folie. 96 
Le XLYIl", d*un saint preudomme evesque qui pres- 
cba sur les cointises. 98 
Le XLVIII' de celles qui cheyrent en la boue. 100 
Le XLIX**, d'une damoyselle qui portoit baulx cuevre 

chiefs. 102 

Le L** parie d*un chevalier qui eut trois femmes et 



^L( 



Ix Table 

comment sa première femme fut dampnée. io5 
Le Lis de la seconde femme du chevalier et comment 

elle fut sauvée. 107 

Le LII«, de la tierce femme du chevalier et des tour- 

mens qu'elle souffry. 109 

Le LUI*', d'une grant baronnesse et des tourmens que 

Tennemy lui Hst. m 

^e LIIII*' parle de la femme Loth. 1 13 

Le LV^i chappitre parie des filles Loth. 1 15 

"^ Le LVI« parle de la fille Jacob. 117 

Le Lyil% de Tfaomar, la femme Honnan. 118 

Le LVIII% de la femme du prince Pharaon. 120 

Le LIX«, des filles de Moab. 122 

Le LX<^, de la fille de Madian. i23 

îV^Le LXI*, de Thomar, la fille du roy David. 126 

^lie LKII®, d'un bon homme qui estoit cordier. 126 

Le LXIII*' parle du pechié d'orgueil et de Apemena 

la royne de Surye. i32 

Le LXIIII» chappitre parle de la royne Vastis. i34 
Le LXV*', de la femme de Aman. i36 

Le LXVI« chappitre parle de la royne Gesabel. i38 
Le LXVII^', de Athalia, la royne de Jherusalem, et de 

Bruneheust, la royne de France. i4o 

Le LXVIII« chapitre parle d'envie, et de Marie, la suer 

Moyse. i42 

Le LXIX*' parle des femmes Archaria. i43 

Le LXX*' parle de convoitise et de Dalida, la femme 

Sampson. i44 

Le LXXP chappitre parle de courroux et d'une da- 

moyselle de Bethléem. i46 

Le LXXII« chappitre parle d'une dame qui ne vouloit 

venir au mandement à son seigneur. i48 



DES Matières. Ixj 

Le LXXIII^ chappitre parle de flatterie. i^ 

Le LXXIIII^ chappitre parle de descoavrir le conseil 
de son seigneur. i5i 

Le LXX V« chappitre parle de desdaing, et de Midiol, 
la femme David. t53 

Le LXXVI^ chappitre parle de soy pignier devant les 
gens. i54 

Le LXXVII® chappitre parle de foie requeste et puis 
de la mère David, et après de la duchesse d'A» 
thènes. i55 

Le LX\V111« chappitre parle de trayson. «56 

Le LXXIX* chapitre parle de rappine. «67 

LelIIIxx* chappitre parle de patience, et de Anna, la 
femme Thobie, et puis de la femme Job. i58 

Le II Un et I' chappitre parle de laissier son seigneur 
et de Herodias que le roy Herodes fortray à son 
frère. 161 

Le 11ll»Il<' chappitre. Cy laisse à parler des mauvai- 
ses femmes, et parlera des bonnes et de leur bon 
gouvernement , et comment Tescripture les loue ; 
et premièrement de Sarra, la femme de Abra- 
ham. 162 

Le 1IlixxllI« chappitre parle de Hebecca. i63 

Le lllh^llll'' chappitre parle de Lia, la femme 
Jacob. i65 

Le IllluV" chappitre parie de Rachel. 167 

Le llIlnVI» ohappitre parle de la royne de Chip- 
pre. 168 

Le ininVlle chappitre parle de la vertu de charité 
et de la fille du roy Pharaon. 169 

Le IllIxxVlll*' chappitre parle d'une bonne femme de 
Jhenco , app^ée Raab, et puis de ssdncte Ana- 



/ 



Ixij 



Tali-e 



!, ot puis (le saincle Arragonde. 
Le lllhilX' chappitre parle d'ubstioence et parle du 

père et de la mère Sampson. 174 

Le II1l"^X' chappitre parle de aprendre sagesce et 

clergie. 1 76 

\/ Le 1111>>XI° chappitre parle de Rulb. 179 

Le ini"XII" chappitre parle de souslenir son sei- 

.^_^ gneur. )8o 

Le ]Ill"'Xni" chappitre parle de adoulcir Tire de 

ma seigneur. 1S2 

Le I1I["«XIIU« chappitre parle dequerre conseil. i83 
Le 1IIl'>XV'chBppitre parle d'unRpreudelemme. i85 
Le ]ni""XVI' chappitre parle de Sarra, la femme 

Thobie. 187 

Le 1II1<>XV1I' chappitre parle de la rojce Hes- 

ler. .89 

Le llIliiXVIIl' chappitre parle de Suiianne, la Temme 

JoBchim. igi 

Le I1II"X1X' chappitre. Cy commence à parler des 

femmes du nauvel testament . et premièrement de 

saiucte Helizabcth , mère de saiut Jehan Bap - 

tisle. ig3 

Le centiesme chappitre parle de saincte Harie Hag- 

>^ daleine. 194 

Le CI" chappitre parle de deux bonnes dames, Fem- 

nies à mescréans. 196 

Le Cil' chappitre parle de sajncte Marthe, suer à la 

Uagdaleine. 197 

Le cm- chappitre parle des bonnes dîmes qui plou- 

royent aprèa noslre seigneur quant il porloil la 

croix. 199 

Le Cllll" chappitre parle de pechiéd'yre et puisd'u&B 



DES Matières. Ixiîj 

bourgoyse qui ne vouloit pardonner ce que une 
femme luy avoit meffait. 201 

Le CV<' chappitre parle comment les dames doyvent 
venir à rencontre de leurs amis quant ilz les vien- 
nent veoir à leur hostel. 2o4 
Le CVI*» chappitre parle de l'exemple de pitié et com- 
ment un chevalier fist champ de batûUe, pour une 
pucelle délivrer de mort. 206 
Le CVI1« chappitre parle des trois Maries. 208 
Le CVUl* chappitre parle du saige. 210 
Le CIX« chappitre parle de Nostre-Dame. 212 
Le CX« chappitre parle de Tumilité Nostre-Dame . 214 
Le CXl^' chappitre parle de la pitié Nostre-Dame. 216 
Le CXÎI<' chappitre parle de la charité Nostre- 
Dame. 218 
Le CXIIP chappitre parle de la royne Jehanne de 
France. 220 
Le CXIIII* chappitre parle de plusieurs dames 
vefves. 221 
Le CXV« chappitre parle d'un simple chevalier qui 
espousa une grant dame. 224 
Le CXVI^' chappitre parle de bonne renommée. 226 
Le CXVII« chappitre parle comment on doit croire 
les anciens. 227 
Le CXVIII" chappitre parle des anciennes coustu- 
mes. 229 
Le CX1X« chappitre parle comment nostre Seigneur 
loue les bonnes femmes. 233 
Le Vh« chappitre parle de la fille d'un chevalier qui 
perdy à estre mariée par sa cointise. 236 
Le VI"I« chappitre parle de messire Fouques de 
Laval qui alla veoir s'amie. 239 



liiv Table des Matières. 

Le VIoII' cbappitre parle des Gallois et des Gd- 

loises. 341 

Le VI"III' chappilre parle comment on ne doit pu 

croyre trop legieremenl. a44 

Le VliïIIII" chapitre parle du débat qui fut entre le 

chevalier de Latour et sa femme sur le tait de amer 

par amour. M^ 

Le VluV' cbappitre parle de la dame qui eâprouva 

l'hermite. 266 

Le VI»VI' cbappitre parle d'une dame qni estoit ri- 

Le VIi>VlI° chapitre parle d'une dame bonuou' 
rable. 374 

Le VIiiVIII' cbappitre parle dea trois enseiga»- 
ments que Catbon dist â Cathoueet , son fllz, et 
comment Catbon essaya sa femme. 377 

Cy fine la table du livre composé 

par le cbevalier 

de la Tour. 





l'E LIVRE 

__J^;^J^eul tour 

Etnr. ■ ^''^^ filles, 

'^'^'-'^-enae Prolog 

"*] an và\ trois cea<! ^r.- 

""« -«"'x n,e gue^ecf 'n^ "^ «-an.. Mes 

pour ce que beUe 

4 




a Le LtvnE 

et bonne me donna, qui de honneur et de tout bien 
. Bcavoiteldebelmain^en el de bonnes mœurs, el des 
bonnes estait la meillour, semesembloit,etla.t1eur. 
En elle tout me deliloye ; car en ccUui temps je fai- 
EOye diançons, liûï cl rondeaux, balades et virelayzt 
et chans nouveaux , le mieulx que je savoye. HaiB la 
mort qui tous guerroyé, la prist, dontutainle dou- 
leur en ay receu et mainte trislour. Si a plus de ne 
ans que j'en ay esté irisle et doulent. Car le vray 
cuer de loyal amour, jamais à nul temps ne à oui 
jour, bonne amour ne oubliera et tous dizluiensou- 
vieudra. 

El ainsi, comme en cellot temps je pensOye, je 
regarday emmy lavoye, et vy mes filles venir, des- 
quelles je avoye granl désir que ù bien el à honneur 
tournassent sur toutes riens; car elles csloyent jeu- 
nes et petites et de sens desgamies. Si les devoil 
l'en loul au commencement prendre k chastier coar- 
bùsemcnt par bonnes exemples et par doctrines, û 
comme faisoit la Royne Prines, qui Tu royne de Hon- 
grie, qui bel el doulcemcntsçavoît chastier ses filles 
et les endoctriner, comme contenu est en son livre. 
El pour ce , quant je les vy vers moy venir, il me n 
lors souvenir du lempsquejeunces(oyeclqueave&' 
ques les compaignons clievauchoie en Poitou et en 
autres lieux. El il me sAuvenoit des faiz et des dii 
que ili me recordoient que ilz Irouvoient aveeques 
les dames et damoyseiles queilz prioieut d'amours; 
car il n'csloit nulz jours que dame ou damoisellc 
peussent trouver que le plus ne voulsissent prier) 
el, sy l'une n'y vouUisl entendre, l'autre priassent 
lans attendre. £t se il^ eussent ou bonne ou maie 



DU Cheyalibr de La Tour. 3 

responoe, de tout ce ne £Gusoyent-ilz compte; car 
paour ne honte n'en avoient , tant en estoient duiz 
et accoustumez , tant estoyent beaux langagiers et 
empariez. Car maintes foiz vouloient partout des- 
duit avoir, et ainsi ne faisoient que décevoir les 
bonnes dames et demoiselles, et compter partout 
les nouvelles, les unes vraies, les aultres men- 
çonges , dont il en advint mainte honte et maint 
villain diffame sanz cause et sanz raison. Et il 
n'est ou monde plus grant trayson que de décevoir 
aucunes gentilz femmes, ne leur accroistre aucun 
villain blasme ; car maintes en sont deceues par les 
grans seremens dont ilz usent. Dont je me débaty 
maintes foys à eulx et leur disoie : a Gomment estes- 
vous telz qui ainsi souvent vous parjurez ? car à nulle, 
forz à une, tendre ne devez. » Mais nulz n'y mettroit 
arroy, tant sont plains de desarroy. Et, pour ce que 
je vis celuy temps dont je doubte que encore soit 
courant, je me pensay que je feroye un livret, où je 
escrire ferove les bonnes meurs des bonnes dames 
et leurs biens faiz, à la un de y prendre bon exemple 
et belle contenance et bonne manière , et comment 
pour leurs bontés furent honnourées et louées et seront 
aussi à tousjoursmaiz pour leurs bontés et leurs 
biens faiz , et aussi par celle manière feray-je escrire, 
poindre , et mettre en ce livre le mehaing des maul- 
vaises deshonnestes femmes , qui de mal usèrent et 
eurent blasmes, à fin de s'en garder du mal où l'en 
pourroit errer comme celles qui encore en sont blas~. 
mées , et honteuses et diffemnées. Et pour cestes cau- 
ses que j ay dessus dictes , je pensay que à mes filles, 
que je véoie petites , je leur feroye un livret pour 



4 Le LivRK 

aprcndre à roumancer, affîn que elles peussent 
aprendre el ealudier, el veoîr et le bien cl le mal 
qui passé est, pour elles garder de cellui temps qui 
avenir est. Carie inonde est moult dangereux et 
moult envyeulx et merveilleux; car tel vous ritet 
vous fait bel devant qui par derrière s'en va bourdant. 
Pour ce forte cbose est à congooistre le monde qui à 
présent est, et pour cesles raysons que dîct vous ay, 
du vergier je m'en alay et trouvay cnmy ma voye 
Jeux preslrea et deux clers que je avoye, el leur dii 
que je vouloye faire un livre cl un exemplùre pour 
mes mieg aprandre ù roumancier et entendre com- 
ment elles se doyvenl gouverner et le bien du mal 
dessevrar. Si leur fia mettre avant et traire des 
livresque je avoye, comme la Bible , Gestes des B(^8 
et croniqucs de France, et de Grèce, et d'Angle- 
terre, et de maintes autres estrauges terres; et chas- 
cun livre je fis lire , et là où je irouvay bon exomple 
poureïlraire, je le fis prendre pourfnirc ce livre, que 
je ne veulx point mettre en rime, ainçoys le iiâHi 
mettre en prose, pour l'abrégier el mie ubt entendre, et 
aussi pour la granl amour que je ay â mes. enfansi 
lesqueh je ayme comme père les doit aimer, et dont 
mon cuer auroil si parfaite joye se ils loumoyeni a 
bien et à honneur en Dieu servir el amer, et avtnr 
l'amour et la graco de leurs voysins el du monde. 
El pour ce que tout père el mère selon Dieu et na- 
ture doit enscignier ses enfans et les deslourner d6 
maie voye et leurmonslrer le vray cl droit chemïii, 
tant pour le sauvemont de l'ame el l'onnour du corps 
lemen , ay-je fait deux livres , Tua pour mes filz cl 
l'autre pour mes filles, pour aprendre à rommancier, 



DU Cheyalibk de La Tour. 5 

et en aprenant ne sera pas que ne retiengnent au- 
cune bonne exemplaire , ou pour fouir au mal ou 
pour retenir le bien ; car il sera mie que aucunes foiz 
il ne lear en souviengne d'aucun bon exemple ou 
d'aucun bon enseignement, selonc ce qu'ilz cherront 
en taille d'aucuns parlans sur celles matières. 




Lb PREMIER GhAPPITRB. 

t c'est moult belle chose et moult noble 
que de soy mirer ou mirouoir des anciens 
et des anciennes histoires qui ont été es- 
criptes de nos ancesseurs pour nous mon- 
strer bons exemples et pour nous advertir comme 
nous yéons le bien fait que ilz firent, ou de eschever 
le mal comme Ten puet veoir que ilz eschevèrent. 
Sy parlay ainsy et leur diz : Mes chières filles, pour 
ce que je suiz bien vieulx et que j'ay veu le monde 
plus longuement que vous , vous veuil-je monstrer 
une partie du siècle, selon ma science qui n'est pas 
grant ; mais la grant amour que j'ay à vous, et le grant 
désir quej'ay que vous tournez vos cuers et vos pen- 
sées à Dieu craindre et servir, pour avoir bien et hon- 
neur en ce monde et en l'autre, car pour certain tout 
le vray bien et honneur, garde et honesteté de homme 
et de femme vient de luy et de la grâce de son saint 
esperit, et si donne longue vie et courte es choses mon- 
daines et terriennes, telles comme il luy plaist, car du 
tout chiet à son plaisir et à son ordonnance , et aussy 
guerredonne tout le bien et le service que on luy a fait à 



6 Le Livre 

ceni doubles, el pour ce, mes chières filles, ^t-îl 
bon servir tel seigneur, qui h cent doubles reat et 
guerredonne. 



Cf parle de ce qa'on doit fat) 



t M^ a f* [pour ce la première œuvre cl labeur que 
M Q^i homme ne femme doil faire , si est entrer 
m nUS '^' '^''^ ^^ service ; c'esl à cnlendre que, 
'.»wS[ déscequeons'eaveille, alors le reoongnois- 
tre à seigneur et à créateur, c'est assavoir dire ses 
heures et oroysons, et , se ilz sont clers, luy rendre 
grâces etiouenges, comme de dire : Laudate Domi- 
num , omnes génies , benedicamus patrcm et filium , 
et dire choses qui rendent grâces et mercis à Dieu ; 
car plus haulie et saincte chose est de gracier et 
mercierDieuquelerequerre, carrequerro demande 
don ou guerredoit, el rendre grâces et loueoges 
est service et le mesUer des anges , qui touïjours 
rendent grâces à Dieu, honneor el louanges; car 
Dieu fait mieulx à gracier el mercier que à requerre, 
pour ce que il scet mieulx qull fauK à homme Cl & 
femme que ils ne sccvent eulx meismes. Après le 
doit l'en prier pour les mors avant que l'en s'endor' 
me, et aussi les mors prient Dieu pour ceulx qui 
prient pour euh , cl non oublier la doulce vierge Ma- 
rie, qui jour el nuit prie pour nous, el soy reconuiun- 
der à ses sains et à ses ssincies , et ce fait , l'on se 



DU Chetalier de La Tour. 7 

puet bien endormir ; car ainsi Ten le doit faire, tou- 
tes foys que Ten s'esveille, et ne doit l'en pas oublier 
les mors. Je vous en diray un exemple conutnent il 
est bon de prier Dieu et gracier pour les morts tou- 
tes les foiz que Ton s'esveille. 




De deux chevaliers qui amoient deux suers, 
Cbavviirb IIK 

omme il est contenu es histoires de Con- 
stantinnoble que un empereur avoit deux 
filles, dont la plus jnenne cstoit de bonnes 
meurs, et amoit Dieu et le adouroit, toutes 
foiz quelle s'esyeilloit, etprioit pour les mors. Si 
couchoient en un lict elle et sa suer ainsnée, et quant 
Tainsnée s'esveilloit , et elle ouoit à sa suer dire ses 
heures , elle s'en mocquoit et Ten bourdoit, lui disoit 
que elle ne la laissoit dormir. Dont il advint que jon- 
nesse et la grant aaise où elles estoient nourries 
leurfist amer deux chevalliers frères, moult beaux et 
moult gens, et tant durèrent leurs plaisirs et leurs a- 
mours qu'elles se descouvrirent Ihine à l'autre de leurs 
amourettes , et tant qu'elles mistrent aux deux che- 
valliers certaines heures pour venir à elles par nuit 
privéement* Et quant celui qui devoit venir à la 
plus juenne cuida entrer entre les courtines, il 
lui sembla qull veist plus de mille hommes en 
suaires qui estoient environ la demoiselle. Si en eut 
si grant hidcur et si grant paour qull èa iut tous 



8 Le Livre 

ef&ayex, dont la fiÉvre le pristet fui malades au Ut. 
Haiz à l'autre chevalier ne aviol pas ainsi , car il en- 
tra entre les courtines et cnt«inla la fille aînsnëc dft 
l'Empereur. Et quant l'Empereur sccut qu'elle fiit 
grosse, il la fist noyer par nuit et le cbevaÛer fîst es- 
corcbier. Et ainsi par celui faulx délit morurenl tous 
deux. HlBJz l'autre fille fut sauvée par ainsi comme 
je vous sy dit et diray. Quant vint à lendemùn l'en 
disoit par tout que le chevalier esloit malade au lit ; 
celle par qui le mal lui fust prins le viol veoir el lui 
demanda comment le mal lui esloit prins. Si luy eâ 
dist la vérité , comment il se cuida bouler es courli- 
nés, el il vit à mervdlle granl nombre de g:eDS en 
suaires environ elle, dont, ce disl-il, si graut paouret 
liideur me print que a pou que je n'euraigay, et én- 
cores en suis-jc tout efIrayË. El quant la damoiselle 
oyst la vérité , si en fust loule csmerveillée, el mer- 
ciaDieu moult humblement, qui sauvée l'avoit d'es- 
trepérïeeldeshonourèe, el dès là en avant elle aoara 
Et loua Dieu iDulesfiiriz qu'elle s'esveilla et pria moult 
doucement pour les mors plus que devanl, et se tint 
chastement et nettement, et ne demeura gaires quo 
un p-ant roy de Grèce la tîsl demander à son père, 
et il luy donna, el fust depuis bonne dame et denolle, 
et do moult granl renommée. El ainsi fut sauvée pour 
aourer el gracier Dieu et pour prier pour les dcf- 
functs. EtGasuerûnsnËe.quisemocquoitetsebour- 
doit, elle (ut morte et deshounorÉB, cl pour ce, mes 
chîëresfilles, souviengne vous de cest exemple, toutes 
foiz que vous esveillerez, el ne vous endorme:s jus- 
ques â ce que vous ayez prie pour les dciïans com- 
me faisoit la fille l'empereur. 



DU Ch£yalier de La Tour. 9 

Et encores vonldroye-je que vous sceussiez rexem- 
ple d^nne damoisdle que un grant seigneur vouloît 
avoir, par beau ou par laist, à faire sa voulenté et 
son fol plaisir. 




Cjr parle d'une damoiselle que un grant seigneur 

vouloit violer. 

Chappitrb III1^ 

ont il advint que oellui seigneur la fis! 
cspier en un jardin où elle estoit reposte 
et mucée pour la paour de lui. Si estoit 
en un fort buisson et disoit vigilles des 
mors, et le grant seigneur par ses espies entra ou 
jardin et la vist. Si cuida tantost accomplir son fol 
délit; mais, quant il cuida touchier à elle, il lui sam- 
bla qu'il veist plus de x mil hommes ensepveliz 
qui la gardoyent. Si eut paour et s'en tourna en 
fuyant et lui manda que, pour certain, jamaiz il ne la 
poursuivroit de tel fait, et qu'elle avoit trop grant 
compaignie à la garder. Et depuis parla avecques 
elle et lui demanda qui estoit la grant compaignie 
qui estoit avec elle de gens aisepveliz ; et elle lui dist 
qu'elle ne savoit, fors que à ceste heure que il vint 
elle disoit vigille des mors. Sy pensa bien que ce fu- 
rent ceulx qui la gardoient. Et pour ce est bel exem- 
ple de prier pour eulx à toutes heures. 



Cy parle de ce que 



i doit faire qiutnd 01 

PPITBB V'. 



(ijoit^ elles filles, quant vous prendras â vous 

^ E^X f^"'' ^' coniinanciés vos heures. Ce 
fBf^B doit cstre voatre premier labeur el vostre- 
premicr fait, et, quant voaB les dires, dictes-les 
de boB cuer et ne peiuez iwint ailleurs que votis 
pais^eï; car vous ne pourrie?, aler deux cbeoiins ft 
un coup, ou vous yrez l'un, ou vous yreï l'autre. 
Ainsi est-il du senicc de Dieu. Car, si comme 
dit le saigti en sa sapience , autant vaull celui qui 
oit el riens n'entent comme ccUuy qui (diasce el riens 
ne prent; et, pour tant, cellui qui pense es choses 
terriennes, et dit paternoslres el croisons qui lou- 
chent choses celestielles , c'est un tut contraire et 
une chose qui riens ne prouftite; ce n'est fors que 
à mocquer Dieu, el pour ce dit la Saiucle Escripture 
que la briefve oroison perce le ciel. Mais c'est à en- 
tendre que plus vault une briefve oraison courte 
dicle de bon cuer et devotemenl que unes grandes 
heures el longues et penser ailleurs, ou que autres 
qui parlent d'aucunes choses leurs heures disant. 
Hais toutes voycs qui plus en dist dévouement et 
plus vaull cl en a l'en plus de mcritles. El enco- 
res dist la Saincle Escripture que, tout ainsi com- 
me la doulce rousto d'avril et de may plais! à la 






DU Chevalier db La Tour. ii 

terre et Tadoulcist, etlafaitgenner et fructifier, tout 
ainsi plaisent les heures et les croisons à Dieu, dont 
vous trouverez , en plusieurs lieux et légendes des 
sains confesseurs, des vierges et des saintes dames, 
qullz faisoient leurs litz de sermens de vigne et se 
couohoient dessus pour moins dormir et avoir moins 
de repos, pour plus souvent et menu eulx esveillier 
pour entrer en oroisons, et ou service de Dieu ilz cô- 
toient jour et nuit, et pour cellui service et labeur ac- 
quièrent la gloire de Dieu, dont il monstre au monde 
appertement que ilz sont avecques luy en sa sainte 
joye , pour ce que il SssX pour eulx grans miracles et 
cvidens ; car ainsi guerrëdonnc Dieu le service quo 
Ten lui fait à cent doubles comme j ay dit dessus , 
et pour ce, \ï^\\(ts fiJies, dictes vos heures de bon 
cuer et dévotement sans penser ailleurs , et gardés 
que vous ne desjeunés jusques à ce que vous ayéa 
dictes vos heures de bon cuer ; car cuer saoul ne 
sera jà humble ne dévot. Après gardez que vous 
oyez toutes les messes que vous pourrez ouir , car 
grant bien de Dieu vous avenra, et sy est bonne et 
saincte chose et contenance , dont je vous diray un 
exemple sur celle matière. 



Cy parle de deux fUleê d'un chevalier, dorU 
estoit dévoile et tatUre gourmandoitt\ 



a|=jtte^ 1 chevalier esloil qui avoit deuk 
01 E^K '^'"'^^ esWlt de sa première femme, et 
M^^M^ l'autre de la seconde. Celle de la pre^ 
*^^-"^ mlÉre éloit à merveilles dévoie , ne ja- 
mais ne mangasi jusqucs à tant qu'elle eust dictes 
ses heures toutes et ouycs toutes les messes qu'elle 
pouvoit olr. Et l'autre lillc estoit sy chtcre tenue et 
sy couvée que l'on lui laissoit faire le plusde sa voo- 
lenté , que , dès si tost qu'elle avoit ouye une petite 
messe cl dictes deux paiemostrcs ou trois, die s^ 
Tcnoil en la garde robe et là mcogoit la souppe au 
maUn ou aucune lescherie, et disoit que la teste lui 
' lâisoit ma! à jeûner. Hais ce n'csloit que mauvaise 
amorson , et aussy quant son père et sa mère es- 
toient couchiez , il conveuoil qu'elle mangast aucim 
bon morsel d'aucune bonne viande. Si mena ccsie 
vie tant, qu'elle fust mariée à un chevalier saige et 
malideuK. Dont il advint que au fort son seigneur 
Eceust sa manière, qui estoit mauvayse pour le corps 
et pour l'ame; si luy montra moult doulcement et 
par plusieurs foiz que elle faisait mal de telle vio 
mener. Hais oncqucs ne s'en voult chasticr, pour 
beau parler que l'en luy sceust faire. Dont il advint 
une fois qu'il avoit dormy un sompoc, si lasla delez 



BU Ghevalfer de La Tour. i3 

lui et ne la tronva pas ; si en fut yriés , et se leva de 
son lit en un mantel fourré de gris et entra en une 
garde robe , où sa femme estoit , le cla^ier et deux 
variez; et mangoient et rigoloient tellement que 
Ten n'ouyst pas Dieu tonner, tant dcmenoient et 
jouoient hommes et femmes ensemble. Et le sei- 
gneur, qui regarda tout celluy arroy , en fut durement 
yrés; si tenoit un baston pour ferir un de ses var- 
iez, qui tenoit rebrassée une des femmes de cham- 
bre , et fery sur le varlet de ce baston qui fust sec, 
duquel en sailli une esclice enTueilde sa femme, qui 
estoit delez luy, en telle manière qu'elle eut Tueil 
crevé par celle mésaventure et par celle mescheance. 
Si luy messéoit trop à estre borgne, et laprist le sei- 
gneur en telle ha^nc qu'il se avilla et mist son cuer 
ailleurs , en telle manière que leur mesnage alla à 
perdicion du tout. Gest fait leur advint pour la mau- 
vaise ordenance de sa femme, qui accoustuméc s'es- 
toit à vivre dissoluemcnt etdesordonnéementle ma- 
lin et le soir. Dont le plus de mal sy vint devers 
elle , comme en perdre son oeil et Famour de son 
seigneur, dont elle en fust en mauvais mesnaige. Et 
pour ce faitr-il bon dire toutes ses heures et oyr tou- 
tes les messes à jeun, et soy acoustumer à vivre sobre- 
ment et honestcment , car tout ne chiet que par ac- 
coutumance et à Vusaigier, comme le prouverbe du 
saige dit : 

Mettez poulain en ambléure. 

Il la tendra tant comme il dure. 

Si comme il advint à sa sueur. Elle se acoustu- 
ma en sa jeunesse à servir Dieu et TËglise, comme 
dire ses heures devottement et ouyr toutes les mes- 



i4 



Le Litrb 

Il pour ce il advinl que Dieu l'en guerre- 



ses à jeun. 

donna et lui donna un bon cbevalier ricbe et puia- 
soDt, etvesquiavecques luy ayse et honnorabLemfinL 
Sy avini que leur père, qui moult estoit proudon- 
me, les ala vcoir toutes deux ; si trouva chiez l'aiw 
grans honneurs et grans richesses et y fui racev 
moull hoanorablemeoi, et chiez l'aulre, qui afdt 
Teueil trait, il y trouva l'arroy cl le gouveraeniQil 
nice et malostru. Dont, quaol il fu rcvenuz & son 
hoslel , il compta tout à sa fenime et lui reprouchft 
qu'elle avoii perdue sa fille, tant l'avoit couvteel 
nourrie chieremenl, et lui avoit laissié la resne tnip 
longue eu lui laissas l fdre toute sa voulenlè.pai 
quoy elle esloit en dure partie. El par cest esanple 
est bon de servir Dieu et ouir loules les messes que 
l'on puet oyr à jeun, et prendre en soy honneslerâi 
de boire et de mangier es droictcs heures d'eatoUT 
prime et tierce, eldesouperft heure convenable, se- 
lon le temps ; car telle vie, comme vous voudrez tenir 
et user en vosire jonnesce, tenir et user la voiildrei 
en vostrc vieillesce. 



Cj- parle comment toutes les femmes doieenl 

juner. 

CnAPPitaK VII'. 

^te«j9i* pri's , mes chiàres tilles, vous devrei 
^Ê^^X J'^'"^^''' t^"' comme vous serez à marier , 
^^K^ trois jours en la sepmaine pour mieux 
nimS^Ut donter voire choir, que elle ne s'eagaye 
trop , pour vous lenir plus nellomeut 



DU Ghetalier de La Tour. i5 

en service de Dieu , qui vous gardera et guerredon- 
nera aa double, et, se vous ne pouvez jeûner les 
trois jours, au moins jeûnez au vendredi en 1 onneur 
du précieux sanc et de la passion Jhesucrist que il 
soufiry pour nous , et, se vous ne le jeûnez en pain 
et en yaue, au moins n'y mengiez point de chose qui 
preingne mort, car c'est moult noble chose, comme 
j'ay ouy racompter à un chevalier qui ala en une ba- 
taille de Crcstiens et des Sarrasins. II advint que uns 
cresliens ot la teste coupée d'une gisarme toute des- 
sevrée du corps; mais la teste sy crioit et demandoit 
confession , tant que le prestre vint , qui la confessa 
et lui demanda par quelle mérite c'estoit que elle 
pou voit parler sans le corps , et la teste lui repondit 
que nul bien n'estoit fait à Dieu qu'il n'empétrast 
grâce , et qu'il s'estoil gardé le mercredi de mengier 
char en l'onneur du filz de Dieu qui y fut vendu, et 
le vendredy il ne mengoit de chose qui prensist mort, 
et pour ce service Dieu ne vouloit pas qu'il feust 
dampné ne que il morust en un pechié mortel , dont 
il ne s'estoit pas confessé. Si est bon exemple qu'il 
se fait bon garder de mengier chose qui prengne 
mort au vendredi. Et après, belles filles, fait bon 
jeûner le samedy en l'onneur de Notre-Dame et de 
sainte virginité qu'elle vous veuille empêtrer grâce 
à garder nettement vostre virginité et vostre chas- 
teté à la gloire de Dieu et à l'onneur de voz âmes, et 
que mauvaise temptacion ne vous maistroye. Et si 
est moult bonne chose et moult noble déjeuner l'un 
des deux jours en pain et en yaue, qui est grant vic- 
toire contre la chair et moult sainte chose. Et si vous 
dy pour vérité que il ne chiet que à vostre voulenté 



«6 Le Litre 

et de vous y accoustumer; car tout no chiot que par 
accoutumauco de dire ses heures , d oir la messe et 
le service de Dieu , do jeûner et de faire saintes œu- 
vres comme tirent les sainles femmes, selon qu'il est 
contenu «>s U'^gendes et ^s vies des sains et dos sain- 
tes de paradis. 




Cr parle trune femme qui ehêr en un puis, 
Chappitre VUl*. 

ont je vouldroyo que vous eussiez ouy 
et releim rexemplo ilo la foie femme qui 
jcunoil le vondriHiy el le saminly. Si vous 
comploray d'une folle femme qui estoiten 
la ville de Romme, qui lousjours jeunoit le vendrady 
en lonneur de la passion du doulx Jhesucrisl, et le 
samedi en l'onneur de la virginité Noslre-Uamc, et 
aussy ces ij jours elle se tenoit neUement. Si advint que 
par une nuit elle ala i\ son amy en folye , si esloit 11 
nuit obscure , et va arriver en un puis île vint toises 
de parfont, ou quel elle va cbcoir, et ainsi comme elle 
cheoit, elle s'escria : NostrcDame ! Si chév surlVaue 
et se trouva à dur connue sur une place, et luy vint 
une voix qui lui dit : a Pour ce que tu jeunes le ven- 
dredy et le samedy en l'onneur de la vierge Marie et 
de son filz , et que tu gardes ta char nettement , tu 
es sauvée de ce péril. » Sy vindrent lendemain les 
gens pour puisier de Teauc, et trouvèrent celle fem- 
me en ce puis , duquel elle fust tantost traite et mise 















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i8 Le Litre 

l'ame ou corps, qui n"os[ que fumier, boue et vera. 
Et quant le chctif corps a pechié par ses faulx délits, 
pour chacun peclûé il avient une tache noire A I'b- 
me. Cl se tient jusqucs à tant ce que le corps, qui a 
fait le délit et le pechiè, l'ait confessé el rcgebi aussi 
laidement et en la manière comme|il a tait, el faitte 
satisfacion. Et pour ce. belle fille, la voix de l'avi- 
sion vous dist que vous la curËs el ncLoyez les iacbes 
d'icellui vaissel, ce sont les taches de vos péchiez, 
et le faictes blanc comme il vint de l'orrèvre, c'est 
comme vous venistes des fons de baptême. Après 
vous dist que vous le meissiès en lieu où il feust tenu 
net el que voua le gardissiez d'ordure , e'est-à-dira 
que vous vous gardissiez d'aler en lieu où l'on vous 
allraye & faire pechié , el vous gardés de plus pe- 
cliier. Car bon esl de soy confesser ; mais mîeulx 
est, depuis la confession, de soy garderdey rechcoir 
arrière, car le recheoir est pire que le premier, et 
quant l'on se confesse , l'on doit tout dire sans riens 
retenir, elle direen la manière que on l'a fait. Donc, 
ma belle tille , dbt le prcudommo , je vous eu diray 
un exemple d'une bourgoyse moult puissant. 



BU Chetalier »e La Toce. 19 



Cy parle de la èoargKjnrse qmi mamrvU wamt «fer 
eonfeuer son peekîé. 



II-. 




ne booTgoîse eCoit qei «roit iHcme re- 
Domiiée d'estre créais kasas et cfcarito- 
ble, or die jeQZMÎl tros îcdss 4e £1 sep- 
maine, doot les ^ esioûnt «a psâ et es 
eaue; après elle doonoit moâh de grsss sanGOBes. 
et visiloit les malades, ec Bocrrtssoct les «pcdâos . 
et estoH aux messes jnsqvs an icâii . •?< dâctt raer- 
veilles de heures, et fid»it tonte !a siiKie w qse 
bomie feimne peost ûîre. S adrmt qce i^fle très- 
passa. Si luy Toolt Nostre Seî^Deor wocstrer poor 
exemple comment elle estoh perdre par mi seol pe- 
cfaië mortel; car la fosse oà elle fct mise se prist à 
filmer et la terre à ardoir. et aToit-oa Tea de naît 
trop de tourment sur la fosse. Si s'en esmerveîlliient 
moalt les gens du pais que c'eslût à dire ; car ilz 
pensoient qu^elle fenst sainrée sur tontes. Si eut nn 
saint homme en la dté, qni print la croix, Tesiolle 
et Veaue benoiste , et vint là ; si la conjura de par 
Dieu et en fit reqnesle à Dieu qull lui pleusl leur 
demonstrer pourqnoy cdle pueur et ce tourment 
estoit ; lors s'escria ime toîx qui disoit : a Oyez tous , 
je suis telle, la poyre pécheresse dampnée ou feu 
pardurablement , car Dieu demonstre que mon che- 
Uf corps rend famée et tourmoit pour exemple. Si 



30 Le Livre 

diray comment. 11 m'avinl que par la gayeté de ma 
char Je me couchay avec un moyne. Si ne losay oii«- 
ques regehir ne confesser, pour double d'estre accu- 
sée Gl pour la honle du monde, et craignoie plus le 
bobant du nioadc que la vengeance espirituelle, el 
pour cuidier offacier mon pechié je jeunoie et don- 
noye le mien pour Dieu, je ouoye les messes, et àh 
Eoye moullde heures, el me sembloil que les grans 
biens et abstinaoœs que je Taisoye eslaindroient 
Wen le peschié que je n'osoie regehir ne confesEer 
au preslre , el pour ce. j'en suis decoue et perdue. 
Car je vous dis à tous que qui meurt en pechîë mor- 
tel et ne le vuclt regehir, il est dampné perpètuellft' 
ment, ainçois doit dire sou pcchit aussi viIlaiBn&- 
ment comme il fui fait et par la manière, n Et quaM 
elle eut tout ce dit, lous ceuU qui là esloienl furent 
moult esbabis; car il n'y avoit nul qui ne pensasl 
qu'elle feust sauvée. El ainsi dist li preudons cesl 
exemple à celle femme qu'elle confessaal et qu'elle 
deist tous ses pecbiés ainsi comme elle les avait 
tait, et elle ostcroit les laichcs du vaissel d'argenl, 
ce sont les laiches de son ame , el sy confessa celle 
femme, et fut depuis de sainte vie, el ainsi son.co- 
mancement de sauveraent ne fut que par les jeunes 
comme le vendredy pour la sainte passion, et le sa- 
medi pour la virginité de Nostre-Dame, dont elle fut 
sauvée du péril du puis, car il n'est nul bien qui ne 
soit mery. Sy est une moult sainte chose \ et, de lanl 
comme le jeûner fait plus do mat k la teste et au 
corps, de tant est la jeune de plus granl mérite et de 
plus grant valeur ; car, se la jeune ne faisoil mal i 
leimer , l'on n'y auroit point de mentes. Et encore» 



BU Ghbyalier de La Tour. si 

pour monstrer exemple comment jeune est de grant 
mérite , li rois de Nînyve et luy et sa cité en fut 
sauvez, si comme U est contenu ou grant livre de la 
Bible. Car Dieuavoit fidt fondre plusieurs villes pour 
les grans pechiés en quoy ilz se delictoient. Sy manda 
Dieu par le prophète à icelluy roy et à celle cité 
qulls seroyent aussi perilz se ils ne s'amendoient. 
Lors le roy et le peuple de la cité eurent moult grant 
paour, et, pour appaisier lire de Dieu, tous ceulx qui 
avoîent aage de jeûner jeûnèrent xl jours et xl nuis, 
et se mîstrent à genoidz , sacs sur leurs testes, et 
^r leurs sacs nûrent cendre en humilicté, ^, quant 
Dieu vit leur abûssement et leur humilité , il eut 
mercy d'eulx ; sy furent sanvés et rappeliez de celle 
pestilence. Et ainsi par leur humilité et par leurs 
jeunes ils furent garentîz. Et pour ce , mes belles 
filles, jeune est une abstinence et vertu moult con- 
venable et qui adouldst et refiframst la char des mau- 
vaises voulentéz, et humilie le cuer et empêtre grâce 
vers Dieu, dont toutes jeunes femmes, et espedaul- 
ment les pucelles et les veuves, doivent jeûner, com- 
me dit vous ay cy dessus par plusieurs exemples , 
lesquels, se Dieu plaîst, vous retendrez Inen. 



Cy parte eommcni toutes fem 



^^ç^ près, mes belles filles, gardez que vous 
^^^^D soiez courloises et humbles, car il n'est 
^^^^ nulle plus tM>ile vertu , ne qui tant atlraite 
S@%n à avoir la grâce de Dieu el l'amour de tou- 
iCGgens.queeslrehumbleset courtoises; carcourtoi- 
sie vaint les félons o[^uilleux cuers, et à l'exemple de 
l'eapervier sauvage, par courtoisie vous le ferez franc, 
si que de l'arbre il vendra sur vostre poing, el se voos 
lui estiez en riens rudes ne cruelz, jamais ne vendroit, 
El donc, puisque courtoisie vaint oisel sauvaige, qui 
n'a nulle rayson en soy, doit caurlotsie mater el re- 
fraindre tout cuer de homme et de femme, ià (ant 
n'aienl le cuer orgueilleux , fier se félon ; courtoisie 
est le premier chemin et l'entrée de toute aniîstië et 
amour mtHidaine, et qui vaint les haulz couraigcs et 
adoulcist l'ire et tout le couroux de toute amistié, et 
pourtant est belle chose désire courtoise. Je coa- 
gnois UD granl seigneur en ce pals qui a plus con- 
quis clievaliers c t escuierset autres gens à le servir on 
faire son plaisir par sa grant courtoisie, au temps qa*!! 
sepovoit armer, que autres ne faisoient pour argent 
ne pour autres choses. C'est messire Pierre de Cram, 
qui bien fail k louer de honneur et de courtoises sur 
tous les autres chevaliers que je congnoys. Après je 



DU Gheyalier Dt La Tour. 23 

congnoys des grans dames et autres qui sont moult 
courtoises et qui en ont moult de belles grâces ac- 
quises de Famour des grans et de petits ; se vous 
mcmstrés vostre courtoisie aux petits et aux petites, 
c*est de leur faire honneur et parler bel et doulce- 
ment avec eux et leurs estre de humbles responses ; 
ceulx vous porteront plus grant louange et plus grant 
renommée et plus grant bien que les grans. Car 
l'honneur et la courtoisie qui est portée aux grans 
n'est foicte que de leurs droiz, et que Ton leur doit 
faire. Mais celle qui est faite aux petits gentilz hom- 
mes et aux petites gentils femmes et autres main- 
drez , telles honneurs et courtoisies viennent de franc 
et de doulx cuer, et li petiz à qui on la fait s*en tient 
pour honnouré, et lors il Tessauce par tout, en donne 
loz et gloire à cellui ou & celle qui lui a fait honneur, 
et ainsi des petis à qui Ton fait courtoisie et honneur, 
vient le grant loz et la bonne renommée, et se croist 
de jour en jour. Dont il avint que je estoye en une 
bien grant compaignie de chevaUers et de grans da- 
mes, si osta une grant dame son chapperon et se hu- 
milia encontre un taillandier. Si y avoit un chevalier 
qui dist : a Madame , vous avez osté vostre chappe- 
ron contre un taillandier », et la dame respondit que 
amoit mieux à Tavoir osté contre luy que à Tavoir 
laissié contre un gentil honrnie. Si fut tenu à grant 
bien de tous pour la bonne dame. 



24 Lb Livre 




Comment elles se doivent contenir sans virer 

la teste çà etlà, 

Cbappitre X1«. 

près , en disant voz heures à la messe ou 
ailleurs, ne samblés pas à tortue ne A 
grue ; celles semblent à la grue et à la 
tortue qui tournent le visaige et la te»- 
te par dessus et qui vertillent de la teste comme 
une belette. Aiez regart et manière ferme comme 
le liniere, qui est une bcste qui regarde devant 
soy sans tourner la teste ne çà ne là. Soiez ferme 
comme de resgarder devant vous tout droit plaine- 
ment, et, si vous voulez regarder de costé, virez vi- 
saige et corps ensemble; si entendra len vostre estât 
plus seur et plus ferme, car Ton se bourde de celles 
qui se ligierement brandeilent et virent le visaige çà 
etlÀ. 



BD Chevalier de La Tour. a5 




Cjr parle de eelie qui perdît le rojr é^Afigleterre 
par sa foie contenance, 

Chappiteb XII«. 

ont je Yourroye que vous eussiez bien re- 
tenu Texcn^le des filles du roy de Dan- 
nemardie. Si vous en compteray. Ilz sont 
quatre voys de çât la mer qui anciennement 
se marièrent par honnour, sans convoitise de terre » 
conmnedes filles de roys ou de haulz lieux, qui soient 
bien nées ou qui aient renommée de bonnes meurs, 
de bel maintien, et fermes, et de bonnes manières, et 
les convient veoir se elles ont ce que femmes doivent 
avoir et se elles sont tailliéès de porter ligniée. Ces 
ii^ sont li roys de France, qui est le plus grans et le 
plus nobles ; Tautre est le roy d^Espaigne ; le tiers le 
roys d'Angleterre ; le quart est le roy de Hongrie , 
qui est de son droictmareschal des <;restiens es guer- 
res contre les mescréans. Si avint que le roy d'En- 
gleterre estoit à marier , et oy t dire que le roy de 
Dannemarche avoit iiiij moult bdles filles et moult 
bien nées, et, pour ce que icellui roy estoit preude et 
la royne moult preude femme et de bonne vie , il 
envoya certains chevaliers et dames des plus soufiS- 
sans du royaume à son povoir, pour veoir icelles fil- 
les ; si passèrent la mer et vindrent à Dannemarcbe. 
Et, quant le roy et la royne virent les messagiers , si 
en eurent moultgranlîoye«etleshonnourèrentetfos- 



36 



I.B LlVHfi 



loyèrenl iiij joors, et imlz ne savoîi la vérité, laq 
ilz esliroicnt. Si ce coinlirent les filles et s'aflaitérent 
au mieulx qu'elles porent. Si avoil en la compaïgnie 
un chevalier et uue dame, moult congnoissant & 
moult soubtilz, et qui bien inectoieni l'eueil cl l'ea- 
tente de veoir leurs manières et conleuances, et au- 
cunes foiz les menaient en parolles. Si leur serobli 
que, combien que l'ainsnéefeust bien la plus belle, elle 
n'avoit mie le plus senr estai, car elle regardtHl 
menu et souvent çà et Ift et tournoit la teslc sur l'es- 
paulc et avoil le resgart bien verdlleuit. Et la ^* fiUo 
avait à merveilles de plait et de parolles, ei respon- 
doil souvent et menu avant qu'elle peust tout enten- 
dre ce dont on luy parloit ; la tierce n'estoit pas U 
plus belle à deviser, mais elle estoil bien la plus «jf- 
gréable et si avoit In manière et le mântien seur et 
ferme , cl paroloil assez pou et bien meurement , et 
son resgart esloit humble et ferme, plus que de nulle 
des iiij. Si eurent conseil et avis les ambassadcun 
et messagiers que ilz retoumeroienl au roy leur sâ- 
gneur pour dire ce que trouvé avoïent, et lors il pren* 
droit laquelle qui lui plaîroil. Et lors vlndrcol su 
roy el à la royne pour congié prandre de eulit et le» 
merciérent de leur bonne compaignie et de l'onnonr 
que ilz leur avoient faite, cl qu'ilz raporiefoienl à leur 
seigneur ce qu'il leur sombloil de leurs filles, et sur" 
ce il fcroit à son plaisir. Li rois leur donna de beaux 
dons. Si s'en partirent cl vindrcnl en Angleterre, et 
racontèrent A leur seigneur l'onncur que le roy et la 
royoeleuravoienlfaile. Aprèsrapporlèrcnllesbean- 
lei des filles el leurs manières et leurs maintiens, ety 
fui assez parlËdechascuned'elles, et y eut assés qui 



BU Chevalier de La Tour. 97 

soustenoient à prandre rainsnée ou la seconde par- 
honneur, et que ce seroit plus belle chose d'avoir 
rainsnée, et, quant ilz eurent débatu assez, li roys, 
qui estoit safes homs et de bon sens naturel , parla 
derrenier, et dit ainsi : « Mes anoesseurs ne se mariè- 
rent oncques par convoitise, fors à honnourctàbonté 
de femme, ou par plaisance. Mais j*ay ouy plus* 
souvent et menu mésavenir de prendre femme par 
beauté et plaisance , que de celle qui est de meure 
manière et de ferme estât , et qui a bel maintieng ; 
car nulle beauté ne noblesce ne s'apareille , ne passe 
bonnes meurs, et n'est ou monde grant aaise comme 
de avoir fenune seure et Senne d'estat et de bonne 
manière, ne n'est plus belle noblesce. Et pour ce 
je esliz la tierce fiUe, ne n'auray jà autre. » Lord si 
Venvoya qucrre, dont les deux ainsnées furent en 
grantdespitetgrantdesdaing. Et ainsi celle quiavoit 
Ut meilleure et la plus seure manière, fut royne d'An- 
^terre, et Tainsnèe fut refusée pour le vertillement 
et lefpereté de son visaige et pour son resgard qui 
estoit un peu vertilleux , et l'autre seur après le 
perdit pour ce qu'elle avoit trop à feire et estoit trop 
emparlée ; si prenés, belles filles , bons exemples 
en ces filles du roy de Dannemarche , et n'aies pas 
trop l'ueil au veoir ne vertillous, ne ne tournés 
le visûge ne çà ne là ; quant voua vouldrez resgarder 
quelle part que ce soit, virés visaige et corps en- 
semble , et ne soies pas trop emparliers , car qui 
parle trop ne puet toujours dire que sdge. Et 
doitron bien à loisir entendre avant que respondre ; 
mais, si vous y fiiictes un peu de pause entre deulx, 
vous en respcmdrez mieulx et plus saîgement ; car 



que le proverbe dît : aulant vault cellui qui oïl el 1 
rieos n'entant comme cellui qui chasse et riens ne J 
prent, comme dessus csl dit. 




Cy parle de celle que le ehevalier de La 

laissa pour salegiêre manière. 



i WU'. 



i| Il if II III iiii Mil iilii lli ililli vous diray-je pour 
W ^^ exemple d'un fait qui m'en avint sur cestc 
W W^B ^^^'^'^- " "^'i" 'l"^ "'^^ ^'^'^ 1"° ^'^ '"^ 
ItBuwëw parloit de me marier avecques une bdle 
noble femme qui avoil père cl mère , cl si me ment 
mon srâgneur de père In veoir ; et quant nous [uma 
Ift , l'en nous fîst grant chière el liée. Si resgard^ 
celle doni l'on me parloit, et In mis en paroltes de 
tout plain de choses, pour savoir de son estre. Si 
clieismes en paroles de prisonniers. Dont je lui ifis ; 
n Hadamoisellc, il vaudroitmieulx cheoir a estre vos- 
Lre prisonnier que â tout plûn d'autres, et pense que 
vnslre prison ne seroil pas si dure comme celle dei 
Angloj'S». Si me rcspondit qu'elle avojtvcunagmrcs 
eel qu'elle vouldroil bien qu'il fcusl son prisonnior.EI 
lors je luy demanday se elle luy teroil maie prison, 
et elle me dit que nennil el qu'elle le tandroit ûna 
rïiier comme son propre corps, el je lui dis que celui 
,►«) (stoil bien eureux d'avoir si doulce et si noble pri- 
■on. Que vous dirai-je ! Elle avoit asscx dnlângaiga 
((lui sambloil bien, selon ses parolles, qu'elle savoit 



»r Chetali£i 3i La Tm 2.i 

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le je suis, «i V - ,* ijlsû •: \v as ^ r:!l -- .izs- 
oit d'elle •*: le Siii tsc:^. £* iscii - :- -.j; la. 
pour la r^s ^tl:: .-îprr-î zuuSrrî -2 i :— rrji; 
pertise r:: r.r «r-'z^i-ii; 1 ---ît 5: -Ir- 1 .-.: - -z 
îrciay lir pi jî I:r=: ni 'li le ijiz. œ- :- .rii:. l— . 
s an et i-=r_^ n ni»: u^î J:^^!:!^^. •?•• « - : - • .r* 

Qt . a«?* -Tii-cr^ l-e< t» 1. ;; r£ : . w^ . .i.-f 
atttilz frinnes >* xn ii-'i -tfL>f. . r-fii -r-.r- :« 
>ulces r".a "■ ,*: r^*?. iiinii: ■ i^r -- .-r::.-r. l'-f.ti; -• :-z^ 
ères, p^y e?r."«."-.«rT:ï. -• •=r-«jcir^t vir. ..--.t.-::: -*. 

T trC'P >ç.rr-zrzKZZ. lar :• il: rs .s..- - r. r--.- ; -r. 
€01 se b>:c ix: !2r "HiUiir?. in r.. >r: . .-.: 
ariage to-^ r^o ç^aâ «mc'jor. î«:ci :*.' TiiLiii*«f. 
iz l'en espemu «i *l*îs isi:r^> i:u-.«*»5. r: -:.i^* v 
ïDSoient. 



Comment la fille au roy (TArragon perdit U ny j 
d'Espaigne par sa foie n. 

Chappitbb 

^^-^ e vouidroye que vous sçussicz l'exeo^ 
^^m ^ commenl la lille ainsnée au ro; d'ÂrriT- 
l^Û ^< ë'^" Perdit ]e roy d'Espoigne par sa Mlie. 
K&-tfîa 11 eai contenu es gestes d'Espaigne que le 
ray d'Arragon avoil deux filles. Sy en vooll le roy 
d'Espaigne avoir une , el , pour mieulx eslire celle 
qui li ploiroit mieulx , il se conlrelisl en guise d'un 
servant et ala avec les ambassadeurs, c'est-à-dire KS 
messagiers, et ala avec luy un evesque el deux btr 
rons. Et ne demandés pas si le roy leur fist graol 
honneur et granl joye. Les tilles du roy se appar^U- 
renl et aloumëreot au mieulx qu'elles peurenl, at 
par especial l'oinsnèe, qui pensoit que les pan^M 
l'eussent pour elle. Si furent leans trois jours pour 
veoir et resgarder leurs contenances , dont il advinl 
que, au matin, le roy d'Espaigne, qui esioil desgiû- 
sië, resgardoit la contenance d'elles. Si rcsgarda 
que quant l'en salua l'ainsnée, que elle ne leur res- 
pondist riens que entre ses dens, et csloit fiëre «t de 
granl pori; mois sa suer estoil humble el de gnuit 
courtoisie plaine, et saluolt humblement le granl el 
le petit. Après il resgarda une fois que les deux suen 
jouoieut ensemble aux tables à deux chcvalieis; 
maiz l'ûnsnëe icnsa ft l'un des chevaliers et mena 



BU Gheyalier be La Tour. Si 

forte fin ; maiz sa suer puisnée, qui aussy avoît perr 
du, ne îaâsoii semblant de sa perte, ains faisoit aussy 
bonne chièrc comme se elle eust tout gaingné. Le 
roy d*£spaigne resgarda tout ce ; si se retraist à côté 
et appela ses gens et ses barons, et leur dit : a Vous 
sav^ que les roys d'Espai^e ne les roys de France 
ne se doivent pas marier par convoitise , fors noble- 
ment et à femmes de bonnes meurs , bien nées et 
bien tailliées de venir à bien et à honneur, çt à 
porter fruit , et pour ce j'ay veues ces deux filles et 
leurs manières , et me senû)la que la plus jonne est 
la plus humble et plus courtoise que n'est Tautre, et 
n*est pas de si hanltain couraige ni de si haulte ma- 
nière comme Tainsnée, comme j'ay peu appercevoir, 
et pour ce prenés la plus jeune, car je Veslis. » Si lui 
respondirent : « Sire, Tainsnée est* la plus belle, et se- 
ra plus grant honneur de avoir Tainsnée que la plus 
juenne.» Sirespondit queil n*estoitnul honneurne nul 
bien terrien qui s*acomparaige à bonté et à bonnes 
meurs, et par especial à Tumilité et à humblesce^ et 
pour ce que je Tay veue la plus courtoise et la plus 
humble, si la vueil avoir. Et ainsi Tesleut. Et adonc- 
ques Tevesque et les barons vindrent au roy d'Arrar 
gon et luy demandèrent sa fille plus juenne, dont le 
roy et tous ses gens en furent moult esmerveillez 
quHzne prenoientrainsnée, qui estoit la plus belle de 
moult. Maiz ainsi avint que la plus jeune fut royne 
d'Espaigne, pour estre hmnble et de doulces parolles 
au grant et au petit , et par sa courtoisie fut esleue. 
Dont Tainsnée eust grant desdaing et grant dcspit, 
et en fut toute forcennée, et pour ce a cy bon exem- 
|de comment par courtoisie et par humilité Ton ao- 



39 Le LiTftR 

«roisl en l'amour du monde : car il n'est riens si ptu- 
sans coinnic cstre humble el courloÏBe et saluer k 
grant et le petit, et non pas bire chtère de perte ne 
dega^D, car nulles geuUlz femmes ne doivent avoir 
nul efTro; en elles; elles doivent avoir gentilz cuera 
et'dedoulSes responces el esire humbles, comme 
Dieu disft en l'Envangille, que qui plus vaull eiscet 
plus SB humilie, car qui plus se umilie plus s'es- 
saulce , comme fisi cestc mainsnèe fille du roy d*A^ 
ragoa, qui, par sa courtoisie et son humilité, conqniïl 
à estre roync d'Espaigne et l'osla à sa suer l'aiosnÉe. 



Cy parle de eelhs qui estrivent les u 
aux autres. 

CBXPPiins XV". 



a elles filles, gardez que vou 
S eslrîT ft fol , ne à folle , ne à gens foli qui 
S| ayent malc teste : car c'est grant péril. Je 
s en dirai un exemple que j'en vL 11 
n chastel, où plusieurs dames el danitûgel- 
les demeuroient. Si y avoit une damoiselle, fille d'an 
chevalier bien genlUz ; si se va courrouscier à jeu de 
labiés, elle et un gentil homme, qui bien avoit m^e 
teste el rioteuse, et n'estoit pas trop saige. Si fut le 
debal sur un dit qu'elle disoit qu'il n'estoit pas droit; 
tanl avint que les paroUcs se liaulcèrent et qu'elle 
dil qu'il esloitcornarl et sol. Hz laissèrent le jeu par 
tenson. Si dis i la damoiselle : u Ma chière cousin^ 



BU Chbtalier be La Tour. 33 

ne vous marrissiez de riens qall die, car vous savez 
qu il est de haultes paroles et de sottes responces. 
Si vous prie pour vostre honneur que vous ne prei- 
gnez point de débat aveoques luy, et le dis féablei- 
ment, comme je voulsisse dire à ma suer. » Maiz elle 
ne m'en voult croire, ains tença encore plus fort que 
devant, et lui distqull ne valoit riens, et moult d'au- 
tres parolles. Et il respondist, conmie fol , qull va- 
loit mieux pour homme qu'elle ne £dsoit pour fem- 
me. Et elle lui dist quil ne disdt mie voir, et creu- 
rent leurs paroles et surmonlérent tant que il deist 
que , s'elle feust sûge, elle ne venist pas par nuit es 
chambres aux hommes les hûâer et accoler en leurs 
liz sans chandoille , et elle s^en cuida bien venger, 
et lui dist qu'il mentoit, et iï luy dist que non faisoit 
et que tel et tel lui avoient vene. Siavoitlà moult de 
genz, qui furent esmerveillez, qui riens ne sçavoient 
de ce , et si y ot pluisseurs qui dirent que ung bon 
taire lui vaulsist mieulx , et qu'elle s'estoit batue par 
son baston mcsmes, c'est-à-ddre par sa langue et son 
hatif parler. Et après celles parolles , elle ploura et 
dist qull Tavoit diffamée, et il ne demoura pas ainsi, 
car il l'assaillit arrière devant tous et estriva et ten- 
ça tant que il luy dist encores qull y avoit veu pis, 
et dist paroles encore plus ordes et plus honteuses 
au déshonneur d'elle, que jamais ne luy chierroit 
pour secourre qu'elle face , et ainsy se ahontaga par 
son fol couraige et par sa haultesce de cuer. Et pour 
ce ainsy a cy bon exemple comment nulle femme ne 
doit tencier ne estriver à fol, ne à folle, ne avecques 
gens qu'elle sache qui aienthaultain couraige ; ainsi les 
doit l'en eschever, et, se l'en voit qu'ilz vueiUent par- 

8 



34 ^^ Livre 

1er haultement ou grossement, Ten les doit laîssier 
tous piquiés, leur dire : « Beaulx s«nis, je vois bien 
que vous voulés parler hault ou noter; je vous lai- 
„ ray le champ et m'en yray » , et puis soy en aler et 
départir, si corne fist un chevalier que je congnoys 
bien, à une dame qui avoit maie teste et envyeuse, 
et disoit moult d'oultraiges au chevallier devant tous. 
Si dit le chevaUier : ce Dame , il vous plaist à (&re 
tant de merveilles ; se je vous escoate , je ne vous 
&is nul tort. Je voy bien que vous estes marrie, dont 
me desplaist. » Mais pour tant celle ne se voult onc- 
.ques taire, maiz tença plus fort, et quand le cheval- 
lier vit qu'elle ne se vouloit souffrir ne taire pour 
riens, si prisl un petit bouchon de paille que il trou- 
va et le mist devant elle, et lui dist : « Dame se vous 
voulez plus tencier, si tencez à ceste paille, car je la 
laisse pour moy et m'en iray. » Et il s'en ala et la 
laissa. Si fut tenu pour bien fait au chevallier qui ain- 
si l'escheva , et eue fut foie et seulle et ne trouva 
à qui plus tencer, et s'enffrenaisist se elle voult. Et 
ainsi le doit l'en faire, car l'en ne doit mie estriver à 
fol, ne à gens tenseurs, ne qui ayent maie teste. Aios 
les doit-en eschever, comme fist le chevallier à la da- 
me, comme oy avez. 




BU Gheyalier de La Tour. 55 

De celle qui mengaTenguiUe. 
Chapfitrb XYK 

n exemple vous vueil dire sur le fait des 
femmes qui maoguent les bons morceaulx 
en Vabsence de leurs seigneurs. Si fut une 
demoiselle cpii avoit une pye en caige, qui 
parloit de tout ce qu'elle vëmt faire. Si avint que le 
seigneur de Tostel faisoit garder une grosse anguille 
dedans un vaissel ou un vivier, et la gardoit moult 
doerement pour la donnera aucuns de ses seigneurs 
on de ses amis, si ilz le venissent veoir. Si avint que 
Jadamedist à sa daviére que il seroit bqn de menger la 
grosse anguille, et au fait ilz lamengèrentetdistrent 
que ilz diroient à leur seigjneur que le loerre Tavoit 
mangée. Et quant le seigneur fiit venu, la pye lui 
commença à dire : a Mon seigneur, ma dame a man- 
.gië Tanguille. » Lors le seigneur ala à son vivier et 
ne trouva point de son anguille. Si vint à son hostel 
et demanda à sa femme que estoit devenue Fanguil- 
le, et elle se cuida Inen excuser, maiz il dit qu'il es- 
toit tout certain et que la pie le lui avoit dit. Sy ot 
céans assez grand noise et grant tourment. Maiz 
quand le seigneur s*en fut alez, la dame et la clavié- 
re si vindrent à la pye et lui plumèrent toute la teste 
en lui disant : a Vous nous avez dcscouvertez de 
Tanguille. » Et ainsi fut la povre pie toute plumée. 
Maiz de là en avant, quant il venoit nulles gens qui 



t,-' 



Lï Litre 

r. >ï<M.. Vf- -o :•:• :?:•<$<•!:: ^rani front, la pie leur 

»Ni . , * rs m: -Mr\i x'^ -i! Vtry::ÎIe. » Et pourcea 

•% v.« •'v î*»:'!!» vi--»»!'!:*: t:.V«? wnsme ne doit men- 

^,.... . . »^.^, -ri-s.»' \l: si ".tfîïcwn!!? sans le sceu de 

< ••• <-»ii:îv- • <• •• .• •!» f!n::i«:y'£ ivec gens d*on- 
** « • • • » "î "r.N ■ »» jtr "i ii^'ds mocquée et 

-u- • .- • - :.T^: ii. I :uuse ie la pie qui s*en 



■ I 



.^ |vV.\ "^ . • '•.^* . •«• -.LTrosifL^. qui! 

XV »•» . V •,*••> 'T ••.îs:::«:c: sec sri- 

,M^ : ••* . ' ' \ "•.' V -M.'irsi in ^il..>îi,et 

< .* ^ •. . ■'' i'\* : .V -r ,ii3!>:«eîle, 

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". ."• x;i . i.r-îî>£»:' ;:oxi un 

*^»c. » ••• •• •. ■* M- u-» rv. ru? elle 

i.. «>.... .^, ^ . ,. I.,... ^ -x ,• fi - 1-,-,, r^ wt 



DU Chetaliëa ds La Tour. 37 

saîfQ. Si en 4it celle danuHseik toute sa vie dfll&iile 
et boiteuse, et son mary lu reprouchpit bien sou- 
vent qull lui eust mieulx valu de non estre si jalouse 
que de avoir fait défaire son visage. £t ainsi par celle 
laideur et mescheance , il ne la peut depuis si par- 
fiiictement amer comme il souloit devant, et ala au 
cbange. £t ainsi perdit Tamour et Tonnour de son 
seigneur par sa jalousie et par sa follie. £t pour ce 
a-ey bon exemi^ à toute bonne femme et à bonne 
dame comment elles ne .doivent faire semblant de 
telz choses, et doivent soufifrir bel et courtoisement 
leur douleur, se point en ont, si comme souffîit une 
mienne tante, qui le me compta plusieurs fois. Celle 
bonne dame Ait dame de Languillier, et avoit un sei- 
gneur qui tenoit bien mil et y" livres de rente, et te- 
Doît moult noble estât. Et estoit le chevallier à mer- 
veille luxurieux, tant qu'il en avoît tousjours une 
ou deux à son bostel , et bien souvent il se levoit de 
delèz sa femme et aloit à ses folles femmes. Et, 
quant il vaM>it de folie , il trouvoit )a cbandoille alu- 
mée et llëaue. et le toaillon à laver ses mains. Et 
qwit il estoit revenuz, elle ne ly disoit rien, fors 
cpi'elle luy prioit qull lavast ses mains , et il disoit 
que il venoyt de ses chambres aisées : aEtp<Nirtant, 
mon sdgnoir, que vous venés des chambres, avez 
vous i^us grautmestier. de vous laver.» Ne autre ne 
lui reprouchoit, maiz que aucune foiz elle luy disdt 
privéement, àeulxtoosdeulxseulz : «Monseigneur, 
je sçay bien vostre fiiit de telle et telle. Maiz jà par 
ma foy, se I>ieu plaist, puîique c^est vostre plaisir et 
que je n*y puis mettre autre raonède, je n'enierayneà 
vous ne à elles pire chière ne sen]l>lant. Car je se- 



roys bien folle de tuer ma teste pour l'esbat é 



, puisque autremeol ne peut & 
is prie , mon Bcignenr, que ai 



^ Maii.îÈ» 



fadeï point pire chière, el que je ne perde TOslre 



e bon semblant ; 



u seurplus je 



me deporieray bien et en soufreray bien tout ce 
qu'il TOUS en pliûra coraoïander. » Et aucunes fois , 
par ces doulces parolles , le cuer lui en piléoit el s'en ' 
gardoit une grant pif^. Et ainsi toute sa vie , par' 
granl obéissance et par grant courtoisie le vainqwnt; 
car par autre voie jamaiz ne l'eust vaincu , et Imt 
que au dcrrenier il s'en repcntist et se chasiia. Cy B 
bon exemple comment , par courtoisie et par obéis- 
sance , l'on puet mieulx chastier el desvoyer son sei- 
gneur de cclluy faict que par rudesse. Car il en eât 
le plus de tclz couraiges que , quant elles leur coo- 
renl sus, i!z se appunaisisseni et en font pis. Poor. 
tant, à droit resgarder, ne doit pas savoir le mary 
trop mal grÈ à sa femme se elle est jalouse de luy* 
Car li saige dit que la jalousie est grant aspresse dV 
mour, et je pense que il die voir; car il ne me chaul- 
droîl se aucun, qui riens ne me serdl ne quejàcaiiM 
n'auroye d'umer, se il faîsoil bien ou mal ; maiz de 
mon prouchain , ou de mon amy , je en auroye dou- 
lour et dudl au cucr se il avoit fait aucun grant mal -, 
el pour ce jalousie n'est point sans grant amour. 
Haiz il en est de deux manières , dont l'une est jàrè 
que l'autre ; car il n'en est aucune où il n'a nulle bûme 
raison, cl que il vault trop mieux s'en souffrir ponr 
leur honneur et pour leur estât. Et aussi l'omme ae 
doit pas trop rnsd gré savoir à sa femme se elle est 
un pou jalouse de luy ; car elle monstre commoit le 



BU Gheyacibr de La Tour. 39 

cuer lui duelt. Ainsi comme elle a grant paour que 
aultre ait Famour qu*elle doit avoir de son droict, 
selon Dieu et saincte Eglisse. Maiz la plus saige en 
fait le mains de semblant, et se doit reffraindre bel et 
courtoisement et couvertement porter son mal , et 
tout ainsi doit faire Tomme , et soy refraindre saige- 
ment au moins de samblant que il pourra; car c*est 
grant sens qui s'en peut garder. Maiz toutesfoiz la 
femme qui voit que son seigneur est un petit jalons 
d'elle , se il s'apparçoy t d'aucunes follies plaisantes 
qui ne lui plaisent pas , la bonne femq^ le doit por- 
ter sai ge men t sanz en faire semblant oevant nul. Sy 
elle luy en parle par nulle voye, elle le doit dire à 
eulx deulx le plus doulcement que elle pourra, en 
disant qu'elle scet bien que la grant amour qu'il a 
avecques elle lui fait avoir paour et doubte qu'elle, 
tourne s'amour ailleurs et lui dire qu'il n'en ait jà 
paour, car, se Dieu plaist, elle gardera l'onneur de 
eulx deulx. Et ainsi, par belles et doulces paroUes, 
le doit desmouvoir et ester de sa folle merencolie; 
car, se elle le prent par yre ne par baultes paroles , 
elle alumera le feu et luy fera encores penser pis et 
avoir plus grant doubte que devant. Car plusieurs 
femmes sont plus fières en leurs mensçonges que en 
parolies de vérité, et pour ce maintes foiz font plus de 
doubte. Et aussy vous dis-je que la bonne dame , 
combien que elle ait un pou de note et d'ennuy, elle 
n'en doit pas moins avoir diier son seigneur pour un 
pou de jabnsie , car elle doit penser que c'est la très 
grant amour qu'il a à elle, et comment il a grant 
^ioobte et grant stoussy en son cuer que autre ait l'a- 
mour que il dûîi avoir de son droit, selon l'Église et 



Dieu, et penser cl regarder se aullre hù fbrb 



mour que il doit avoir.et quejamûz ; 



cl'a; 




que la joie de leur mariage scroit perdue, et leur m 
liage tourné à déclin et Uumera de Jour en jour. 
Et une chose, dont maintes se danaentmaUesljaloa-' 
sie et fait grant soussi et estroit penser, et pour ce 
a cy bon exemple comme l'en drat a 
couraige et son penser. 



Cf parte de la bourgoise qui 
par son oultraige. 

CnAPPitaEXVnr 



^te*sp prts ne doit l'en point àson seigneur estri- 
^^^y ver ne luy respondre son dosplaiair, eom- 
^^^M me )a bourgoise qui respondoit â chas- 
Hi^SaUt cune paroUe que son seigneur luy disoil 
lant anvieusement, que son seigneur fut fcl et cour- 
rousciëdesoy veoir ainsi ramposner devant la gent; 
â en ot honte , et lui dist une foiz ou deux qu'elle se 
teusl, el elle n'en voulsisl riens faire. Et son sei- 
gneur, qui fut yrië.baulça le poing et rabbalibletTc, 
et oultre la fery du pié au visaige et luy ronqitl le 
nez. Si en fii toute sa vie deffaite, et ainsy par son 
ennuy et par sa note elle ot le nez tort, qui moull 
luy mesadviul. U luy eust mieux valu qu'elle se 
foust leue et soufTcrtc; car il est raison et droit <|ue 
le seigneur ait les haulies parolles, et n'est que 
Uonncur t la bonne femme de l'escouler el de soy 



Dc CheyalieIH db^ La TotR. 4c 

ieiàlt en paix et laisser tef hanlt perlor à son aet* 
gbenr, et aussy da contraire, car c'est grant honte de 
mtr femme estriver à son seigneur,. s(Ht dr<^t, soit 
lort , et par especial devant les gens. Je ne dis mie 
qriie, quant elle trouvera espace seul à seul , que par 
bel et p«r courtoisie, die le puet bien aprendre et \ny 
monstrer courtoisement quil àvoit tort, et ail est 
homme de Dieu il luy en saura bon gré, et s'il est an- 
tre , se n'aura elle &it que son droit. Car tout ainsy 
le ddt fiiire preude femme à l'exemple de la satge 
dame la royne Hester, femme du roy de Snrie , qui 
xnoult estoit colorique ethatif ; maiz sa bonne dame 
ne lui respondoit riens en son yre ; maiz après, quant 
elle véoit son lieu , elle fÎEÛsoit tout œ qu'elle vou- 
loit , et c'estoit grant senz de dames, et ainsi le doi- 
yent finre les bonnes dames à œste exemple. Gestes 
femmes, qui sont foies et rempon^ises, ne sont pas 
de Tobeyssance comme fut la femme d\m mardiant, 
dont je vous en diray l'exemple. 



De eeïle qui saillit sur là table. 
Cbappitei X1X«. 

ne fois i?vikil que trois marchans ve- 
ndent de l'emplette de querre draps de 
Rouen. Si dist l'un : C'est tn^ borne 
chose que femme, quand elle obeist vou- 
kntiers à son seigneur.— -Parlôy, fist l'autre, la moye 
m*obeist bien. — Yiayement, dist l'ïiutre , larmoyé, 




4a 



Le Litre 



si comme je pense , me obeisl plus. — Voire , 
liera, mcctons une fennaille, laquelle obeyra mïettt^ 
etqOimieulxferaaucommandemenl de son marj. — .1 
Jelevueil, firent les autres. Sy fut mise la fermaill«,r 
et jurèrent tous trois que nul ne adverliroit sa fèo»^ 
me, fors dire : Ce que je commanderay soit fait, com-"^ 
ment que ce soit. Si vindrcnt premièrement chn ' 
l'une. Sy disi le seigneur : Ce que je commenderay 
soit fait, comment que ce soit. Après cela le seigneur 
dist à sa r^ume : SaiUiez en cebassiu. — Et elle re» 
pondit : A quoy, ne à quelle besoingnc ? — Pour ce, " 
dîsl-il, que je le vueil. — Vrayement, dit-elle, je 
sauray avant pourqaoy je saille. Si n'en lîst rien ; à 
fût le mary moult fel , si luy donna une buffe... 
Après ilz vindreol ctaiès le second marchant et disti' 
ainsi comme dist l'autre, que son commandement 
feust fait, et puiad'illec ne demeura guèresajK^g- 
tpi"û la commanda à saillir ou bacin. El elle disl : ■ 
Pourquoyî El au fort elle n'en voolt riens faire, el 
en fut batue comme l'autre. Si vmdrenl chez le dors 
marchant. Si csloil k table mise et la viande dessns. 
Si dist aux autres en l'oreille que après menper il 
lui commanderoil à stûllir ou bacin. Et se misreat h 
table , et le seigneur dit devant tous que ce que il 
conimanderoît feust fait, comment qu'il feust. Sa Eem- 
me, qui le amoît et craiguoit, oyt bien la parolle; 
sy ne sçeut que penser. Si advint que il mengèr^tl 
oeu&molès,elD'yavoil point de sel fin sur la laUe. 
Sy va dire le mary: Femme, saul sur tultie; el )■ 
bonne femme , qui ot paour de luy désobéir, salllft 
sur table et almli table el viandes, et vin el voirres,- 
ct esouelles, tant que tout ala par la place. Conw: 



DU Chevalier DE La Tour. 43 

meut, dist le seigneur; estH» la manière? vous ne 
sçavés autre jeu fère; estes-vous desvée? — Sire, 
dist-elle, j*ay fait vostre commandement; ne aviez 
voua pas dit que vostre commandement feust fait, 
combien qull feust? je Fay faict à mon pouvoir, 
combien que ce feust vostre dommaige et le mien ^• 
carvoua m'aviez dit que je saillisse sur la table. — 
Quoy, dist-il , je disoye : Sel sur table. — En bonne 
foy, disi-elle, je entendoye y saillir. Lors y ot assés 
ris et tout prins à bourde , dont les aultres deux 
marcbans vont dire qull ne falloit jà commander 
qu'elle saillist ou badn, et qu'elle en avoit assez fait, ' 
et que son seigneur avoit gaaingnié la fermaille , et- 
fut la plus loée de obéir à son seigneur, et ne fut 
mie batue comme les autres, qui ne vouloient foire le 
ammandement de leurs seigneurs; car gens voittu- 
riers sy jchastient leurs fenunes par signes de cops;* 
et aussy toute gentil femme de son droit tnesmes doit 
Ten chastier et par bel et par courtoisie , car autre* 
ment ne leur doit Ten faire. Et, pour ce, toute gen- 
til î&Bome monstre se elle a franc et gentil cuer ou 
non, c'est assavoir qui lui monstre par bel et par 
courtoisie, de tant comme elle aura plus gentil et 
franc cuer, de tant se chastie elle mieulx , et obeist 
et Mt plus debonnairement le commandement de 
son seifpiieiir, et a plus grant doubte et paour de luy 
désobéir.!. Cw les boimes craignent comme fist la 
bonne fenmie au ti^s marchant , qui , pour doubtè 
de désobéir à aon-seigneur, elle sailly sus la table et 
abaty tout, et ainsi doit toute bonne fenune fère, 
cnâidre et obdr à -son seigneur, et fîEdre son com- 
anndementj soit tort, soit droit, se le commande- 




ilranWii^^H 



Ls Lit»! 
neat n'est trofi onteagnx, et, te il ; 
dt daMasmte, M denniHC le bbsrae , 
ti^toaséffteBT. Or tous a; un peu traîUië de IV 
bcânance et de la ounte qoe l'oa doit arw * aonatl- 
gDear, et cammenireii ne doit pssrespoodreàck» 
«me parolle de son sci^cur ne d'autre^ et qod f^ 
ril il y a et cxnnment la iille d'un chevalier en Abl 
son boaDouretsonestalengnntbalence, poiffM" 
Iriver et respondre an fol esmier, qui pour ce dat 
que fol el que nice et sot. Hais il est mainies gêna 
qui soM de sy haulUines paroles et de sy Dunntît 
coanàge qullz dient eu haslivelé loni ce qnllc HS- 
veut, cl que à la bouche leur vienL Pour ce mtcr 
grani péril de prendre tensou & telles gens. Carqiti 
1^ prem, il met son bonoeur en grant adventun; 
car mainlcs gens en leur yrc dienl plus que ilt M 
scevent pour eulx mieulx vcngier. Si tous laissent 
de ceste malière ei tous parleray de celles qui igit- 
nent la char aux peliz chiens. 



De celle qui donnait la char aux 
Chappitrb XX'. 



s parleray de i%Ue qui dooixA is 
^ chair et les bons morscaulx à ses petii 
P chiens. Une dame cstoit qui avoil deux 
• pelis chiens. Si les avoil sy chiCTS qu'elle 
y prcnoii moult granl plaisance et leur faisoit faire 
leur escuielle de soujtpes, ei puis leur donnoit de la 




DU Chevalier de La Tour. 45 

char. Sy y ot une fois nnfirére mendiant qui lui dist 
que ce n'estoit pas bien âût que les chiens fussent 
gros et gras là où les povres de Dieu estoient povres 
et maigres de faing. Si lui en soeut moult mal gré la 
^une, et pour ce ne se voult chastier. Sy advint que 
la dame aooucha au lit malade de la mort, et y avint 
teUes merveilles que Fen vit tout appertement sur 
son lit deux peti): chiens noirs, et, quant elle transît» 
ilz estoient entour sa bouche et lui lechoient le bec, 
et, quand die fut transie, Ton lui vit la bouche toute 
ndre, que ilz avolentlediée, comme charbons, dont 
je Touy compter à une demoiselle qui disoit qu'elle 
Tavoit veue , et me nomma la dame. Pourquoy a cy 
bonne exemple à toute bonne dame commlsnt elle 
ne doit point avoir si grant plaisance en telle chose, 
ne domier la diar aux chiais ne les lescheries, dont 
les povres de Dieu meurent de faing là hors , qui 
sont créatures de Dieu et fois à sa semblance , et 
sont ses serfe et ses sergens , et cestes femmes ont 
pou ouy la parolle que Dieu dist en la sainte euvan- 
giUe, que qui fjedtbien à son povre il le Êdst à luy 
meismes. Cestes femmes ne resemblent pas à la 
bonne royne Blanche, qui fut mère saint Loys, qui 
ne prenoit point desplaisir ains faisoit donner la 
viaiule de devant elle aux plus mesaisiéz. Et après, 
saint Loys, son filz, le fiôsoit ainsy ; car il visitoit les 
povres et les paissoît de sa propre main. Le plaisir 
de toute bonne femme doit estre à véoir les orphe- 
lins et povres et petiz enfimzpar pitié, et les nourrir 
et les vestir comme fiûsait la sainte dame qui estoit 
comtesse du Mans, laquelle noorissoit bien xxx or^ 
pMiBSy et disoit que e^esloît S(m esbat^ et pour ce 



46 Le LtvBE 

fat unie de Dieu, el Ot bonne vie el bonne fig^ 

ren plos grant clarté el planté de petU eoEun: 

iiHVt;ce nefiircnl pas Irapeiiz chiens que l'on vil* 
la mort de l'autre, comme ouy avei. 



Du dehttt qui fui entre h sire de Beat 



Cbappitrb XXK 



rumaUn^J 



s bdles filles, je vous prye que vooi 
le soyez mie des premières à prendra )m 
s Douveaulx.elqueencestui casTOW 
z les plus tardives et les detruiilm, 
cl par cspecial de prandre estât de femmes d'c8tnili|e 
pals , sy comme je vous diray d'un debal qui fM 
d'une baronnesse qui demouroit en Guienne et du 
are de Beaumaaoir, père de cestuicy qui A prêtent 
est, qui fui malicieux et saigc chevallier. La dante le 
arraysounoil de sa femme el lui dist : n Beau cousio, 
» je vien de Brelaij^e, et ay veu belle cousine vostre 
s femme, qui n'esl pas ainsi aloumëe, ne sa robe e^ 
9 toffée comme les dames de Guicnne et de plusieun 
u autres lieux ; cor les pourfiï de ses courste et d<t 
B ses chapperona ne soni pas assez grans ne de la 
ï guise qui queurt à présent.» Le che^-alier luy ras- 
poodi : u Ha dame , puisqu'elle n'esl pas arrayëe à 
" voslre guise et comme vous , cl que ses pourfii 
V vous semblent peliz et que vous m'eu blâimés, 
t sachiez que vous ne m'en blasmcrés plus ; aîns b 



DU Chevalier de La Tour. 4y 

» feray plus comte et aussy nouvellement arrayée de 

' 2> nobles cointises comme vous ne nulles des autres ; 

x> car vous et elles n'avez que la moitié de vos corsés 

9 et de vos chapperons rebufTez de vair et d'ermines ; 

3> et je feray enoores mieulx, car je lui feray ses cor- 

» ses et ses chapperons vestir en Tenvers, le poil de- 

s hors. Ainsi sera mieulx pourfillée et rebuffée que 

» vous ne les autres. » Après luy dit : « Ma dame « 

D pensés-vous que je ne vueiUe qu'elle soit bien ar- 

2> rayée selon les bonnes dames du paix? mais je ne 

x> v&û pas qu'elle mue Testât des preudes femmes et 

x) des bonnes dames de honneur de France et de ce 

» paîs qui n'ont pas prins l'estat des amies et des 

» meschinesauxAngloysetauxgensdescompaignes; 

:b car ce furent celles qui premièrement admenérent 

j> cest estât en Bretaingne des grans pourfilz et des 

» corsés fendus es costez et lés floutans ; car je suy 

XL du temps et le vy. Sy que, à prendre Testât de 

S) telles femmes le premier , je tiens à petitement 

9 conseillies celles qui le prennent, combien que la 

9 princesse et autres dames d'Angleterre sont après 

. J> long temps venus qui bien le pevent avoir. Mais 

V j'ay tousjours oy dire auxsaigesque toutes bonnes 

9 daines doivent tenir Testât de bonnes dames du 

. 9 royaulme dentelles sont, et que les plus saiges sont 

. 9 celles qui derrenièrement prennent telles nou- 

.9 yeaultez. Et aussy par renommée Ton tient les da- 

» mes de France et de oestes basses marches les 

9 meilleurs dames qui soient et les moins blasmées. 

» Mais en Angleterre en a moult de blasmées , si 

» comme Ton dist ; si ne sgay se s'est à tort ou à droit. 

9 Et pour œ est-il mieubL de tenir le fait aux dames 



48 Le Litre 

D qui ont meilleur renommée, d Si furent ccstCB ptb- 
roles dictes devant plusieurs , dont la dame se tint 
pour nice et ne sçeul que elle luy deust respoDdre, 
dont plusieurs se priodrent à rire et dirent enlreetu 
quTl lui vaulsisl mieulx un bon laire. El pour ce, 
belles tilles, a cy bonne exemple de prendre et te- 
nir l'estat moyen ei l'ostai des bonnes dames de son 
pays et du commun du royaulme dont l'en est , c'est 
assavoir dont les plus des bonnes dames usent com- . 
munément, et cspcclaulment les preudcs dames, 36- ' 
Ion ce qac cbascune le doit faire; car à prsndre 
nouvel estât venu d'esirangcs femmes ne d'aulrnj 
pays, l'en est plus lost moquée et rigolèe que dû lonîr 
j'eslat de son pays, si comme vous aveiouy dire que 
le bon chevalier, qui saigcs esloil et de grant gon- 
vernement, en reprint la dame. Et saichiez de oôllk 
que celles qui premiers les prennent dotiueot assez 
â jangler et à rigoler sur elles. Hais, Dieu mert^. 
aujourduy, dès ce que une a ouy dire que aucune i 
une Douveaultë de robe ou de atour, aucunes de cel- 
les qui oyent les nouvelles ne finiront jamais jusqws 
k tant qu'elles en aient la copie, et dicnt â leurs lei- 
gaeurs cliascun jour : a Telle a telle cliose qui irop 
s bien lui avient, et c'est trop belle chose; Je VOU 
u prie, mon seigneur, que j'en aye. a Et se son sdgnaor 
lui dist : « M'amic , se celle en a, les autres, qui sont 
B Temmes aussi sages comme elles, n'en ontpoinu— 
» Quoylsire, se ellesnesescevent arrayer, qu'enay- 
» je à lâireî puisque telle en a, j'en puis bien avoir 
» et porter aussy bien comme eile. u Si vousdy qu'el- 
les trouverontlantde si bonnes raisonsàleurdil, qu'il 
conviendra que elles aient leur part de-ceUenouveaulii 



DU CHEyA.LI£R DE Là ToUR. 49 

et cointise. Maiz cestes manières de femmes ne sont 
mie Toulentiere tenues les plus saiges ne les plus sça- 
vans, fors qu'elles ont plus le cuer au siècle et à la 
playsance du monde. Dont je vous en diray d'une 
manière qui est venue, de quoy les femmes servantes 
et femmes de chambres, clavièresetaultres de mendre 
estât, se sont prinses communément, c'estrà-dire qu'el- 
les fourrent leurs doz et leurs talons , autant penne 
comme drap, dont vous verrez leurs pennes derrière 
que ilz ont iaK>ttées de boue à leurs talons, tout aussy 
comme le treu d'une brebis soilliée derrière. Si ne 
priseriés riens celle cointise en esté ne en yver; car, 
en yver, quant il fait grant firoit , elles meurent de 
froit à leurs ventres et à leurs tétines, qui ont plus 
grant mestier d'estre tenues chaudement que les ta- 
lons , et en esté les puces s^ mucent, et pour ce je 
ne prise riens la nouveaulté ne telle cointise. Je ne 
perle point sur les dames ne sur les damoiselles 
atoumées, qui bien le pevent faire à leur plaisir et à 
leiir guise ; car sur leur estât je ne pense mie à parler 
chose qui leur doye desplaire, que je le poisse sçavoir ; 
car k moy ne affîert ne appartient fors les servir et 
honorer et les obéir à mon povoir, ne je ne pense sur 
nulles en parier par ùest livre, fors que à mes propres 
filles et à mes femmes servantes, à qui je puis dire 
et monstrer ce que je vueil et il me plaist. 



Comment il fait périlleux estriver à gens sçafoiu J 
du siècle, et parle de la dame qai priât M 

son au mareschal de Clermont. 



Cha 



; XXIK 



tf;^s^ filles filles, je vous diray un exemple coni- 
^ W^ "'S"' '' f^*'' P^illeux parler ne tenir eatrif 
k| ^Êv, * gens qui ont le siècle à main et ont ma- 
Sitw^ffi iiiÉre el sens de parler. Car voalentias 
l'en gauingne pou à leur tenir estrif de bourdes 
ne de jangles , qui bien ne leur plaisent. Dont ïl 
adviul à une grand festc , où il avoil moult de gnos 
dames el seigneurs, et \h fut le mareschal de Clo^ 
mont, qui à mer^-cUlcs avoit le âècle à mùn, o 
me de beau parler et beau maintient, et de stavoir 
bien son estre entre tous chevaliers el dames. S j 
avoit une grant dame qui lui dist devant tout : 
o Clermont, en bonne foy, vous devci grant guer- 
redonà Dieu, car vous estes tenu pour bon chevalier 
et assez beau, et savez merveilles. Se feussiez s 
parfaiz , se ne fust voslre jangle et vosire mauva&e 
langue qui par foiz ne se puet taire. — Or, ma da- 
me, disl-il, est-ce donc la pire tache que j'aje?— 
Je pense que ouil, dist^elle. — Or voons, dist-tlien ce 
liil : il me semble, à droit jugier, que je ne l'ay pas 
si pire comme vous avez , et vousdiray pourquoi; 
vous m'avez dit el reprouchié la pire tache que j'^e 
selon voslre advi» , et , se je me uis de dire la [io 



DU GHEYALtER DE Là TOUR. Si 

que vous aîez, quel tort vous fois-je? Madame, je né 
suis pas ^ legier en parler comme vous estes. >> La 
dame escouta et ama mieux ne avoir jà parlé, ne es- 
trivé à lui, pour plusieurs raisons que je ne dy pas, 
lesquelles j'ay ouy compter qu'il en fust assez parlé, 
et distrent plusieurs que tçpp graint appertise n'a 
mestier , et U luy vaulsist mieux à soy estre teue. 
Et pour ce a cy bon exemple : car il vault mieulx au- 
cunes foys soy taire et soy tenir plus humblement 
qae estre trop apporte ne commander parolles à telz 
gens qui ont parolles à main et qui n'ont nulle honte 
de dire parolles doubles à plusieurs entendemens. JSt 
pour ce regardez bien à qui vous «nprâodrez à parler, 
et ne leurs dittes pcnnl de leur desplaiûr , car Testrif 
d'eulx est moult périlleux. 



Cjr parle de Bouciquaut et de iij dames, 
comment il s'en chei^it, 

Chavpitrs XXIIK 

;ncores vous parleray de ceste matière, 
I comment il avint à Bouciquaut que trois 
dames lui cuidoient faire honte , et com- 
ment il s'en chevit. Bouciquaut estoit saige 
et beaul parlier sur tousles chevaliers, et si avoit grant 
siècle et grant senz entre grans seigneurs et dames. 
Sy advint à une feste que trois grans dames se seoient 
sur un comptouer et parloient de leurs bonnes ad- 
ventures, et tant que Tune dist aux autres : a Belles 




5a Le Livre 

cousines , honnie soit elle qui ne dira veriié par bon- 
ne compaignie , se il y a nulle de vous qui en cesté 
année feosl priée d'amours,— Vrayement.disl l'une, je 
l"ay esté depuis un an.— Parma fby, dist l'autre, â ny 
je moy.— El moy ausM, se dislla tierce. — Eldîatîà 
plus appertc : Honnie soit elle qui ne dira le nom de 
celluy qui derenieremenl nous pria. Par foy, se voi» 
dictes, je vous diray- Sy se vont accorder à dire Toir. 
— Vrayement , dist la premitre , le derrcnier qui me 
priafusl Boodquaut. — Vraiemenl, dist l'antre, et 
moy aussi. — El, disl la tierce, m lisWl moy.— 
Vrayement, dislrent les aollres, il n'est pas si loyal 
chevalier comme nous cuidions. Ce n'est que un bour- 
deur et un trompeur de dames. Il est céans; en- 
voyons le querre pour luy mettre ao nei ce iwt. » 
Sy renvoyèrent querre , et il vint ; si leur demanda : 
s Mesdames, que vous plaistî^Nous avonsàparitf 
à vous ; seez vous cy. » Sy le vouloienl faire seoir k 
leurs piei, mais il leur disl : «Puis que je suis venus 
ft voslre mandement, faictes-moy mettre des quar- 
reaulx ou un siège a moy seoir ; car, se je me seoje 
bas , je pourroye rompre mes estaclies , et vous me 
pourriei mettre sus que ce seroil aultre chose. ■ 
Si convint que il cust son siège, et quant il fin! 
asâs, icelles, qui bien furent yrécs, sy vont dire: 
a Comment, Bouciquaut, nous avons eslâ decenes 
du temps passé , car nous cuidions que vous fussiet 
voir disant et loyal ; et vous n'estes que on trom- 
peur et un moqueur de dames; c'esl vostrelaciie. — 
Commeni, madame, «avez-vous que j'ay fallî — 
Que vous avez fait î Vous avez prié d'amours bel- 
qui cy sont, et sy avés vous moy, ei û 



DU GHETALIBa DB Là ToUR. 53 

aviez juré à chascune de nous que vous Tamiés sur 
toutes autres. Ce n'est pas ymr, ains est mensconge ; 
car vous n'estes pas trois en vault, et ne povez avoir 
trcMS cuers pour en amer trois, et pour ce estes faulx 
et decevable, et ne devez pas estre mis ou compte des 
bons ne des loyaulx dievaliers* — Or, mes dames, 
aveat-vous tout dit ? vous avez grand tort, et vous diray 
pourquoy ; car à Teure que je le dis à chacune de 
vous, je y avoye ma plaisance et le pensoie ainsy, et 
pour ce avez tort de moy tenir pour jongleur ; nuuz 
j^ sonffiir me convient de vous, car vous avez vos 
parlers sus moy. » St quant elles virent qull ne s'es- 
bahissoit point, si va dire Tune : « Je vous diray que 
nous ferons. Nous en jouerons au court festu à la- 
quelle il demourra. — Vrayement, dist Tautre, d'en- 
droit moy je n'y pense point à jouer, car j'en quitte 
ma part. — Vrayement, fist l'aultre, sy fieds-je moy. 
— Lors respondit : Mes dames, par le sabre Dieu, je 
ne suis point ainsi à départir ne àlaissier ; car il n'y 
a cy à qui je demeure. » Si se leva et s'en ala, et elles 
demeurèrent plus esbahies que luy, et pour ce est 
grant chose de prandre estrif à gens qui scevent du 
aîède ne qui ont si leur manière et leur mainlieng. Et 
pour ce a ey bon exemple comment l'on ne doit point 
entreprendre paroUe ne estriver avecques oellesgens ; 
car il y abîen manière. Car celles qui aucunesfois eui^ 
dent plus saveur en sont par fois les {dus deceo^a, 
dont je vouldroye que vous sceussiez l'exemple seoi- 
hlaUe à eeste ey sur cette matière. 



De iij atiltrea damea qui accutèrentun ehm 

Cbapfitbb XX11II*. 

QVM^l fui ainsi que trois daines avoient âî 
^m mW "" chevalier de le) cas et de telle Aete- 

I^MB raoce, el l'avoienl enfermé dans une chani- 
il^M^ bre lout seul et chascuoe dame avoit une 
(lommeelle, et au fort le jugièreol-cUes ^ mort, et que 
jamëz par telle guise QC dccerroil dame ne denÛH 
selle, Elsyestoieot sy courrouciées et s; yrécs mn 
luyque chascuoe tenoitle cousiel pour le ocdFe;i 
nul deblasme ne cxcusalion ne lui valait riens. Sy 
leur va dire : n Mes dames et damoiselles, puisqall 
B vous plaisl que je meure, sans remède ne meny 
u avoir, je vous pry à toutes qull vous plaise ft mcç 
n donner un don. o El au fort elles lui accordërenl. 
n Sçavcï-vous, dist-il, que vous m'avez octrt>yéî » 
— « Nennil, distrent-elles, se vous ne le dictes. ■ — 
Voua m'avez octroyé, disl-il, que la jJob pule de 
» voua toutes me frappera la première, v Lors sî fu~ 
rent esbahies et s'entreregardérent l'une Vautre , el 
pensa chascunc endroit soy : Se je frappoyc la pre- 
miére.jescroye honnie et deshonnorée. Et, quant il 
les vit aina esbahies et en esmay , il sailly en ]nés el 
court à l'uis, et le defferma et s'en yssy et ^nsi se sa 
va le chevalier. El elles demourèrcnt toutes esbahies 
et mocquëes. Et pour ce un poy de pcnsement vatill 
moult à besoing, soit h homme ou â Temmc. Si v 



DU Chetalibr de Là Tour. 55 

laisse de ceste matière et revien à celles qui ont 
moult le cuer au siècle , comme à estre es joustes et 
es festes, et aler voulentiers en pelerinaige, plusppur 
esbat.que pour dévotion. 




De celles qui, vont voiUentiers aux joustes 
et aux pellerinaiges. 

Chappitrb XXV«. 

e vous diray une exemple d*une bonne 
dame qui recouvra un grant blasme sans 
cause à une grant feste d'une table ronde 
de joustes. Celle bonne dame estoit jeune 
et avoit bien le cuer au siècle, et chantoyt et dans- 
soyt voulentiers, dont les seigneurs et les chevaliers 
Tavoient bien chiëre, et les compaignons aussi. Tou- 
tes voyes son seigneur n*estoit pas trop liez dont elle 
y aloit si voulentiers. Msds elle vouloit bien en estre 
requise , et son seigneur lui en donnoit grans eslar- 
gissemens que on la requist et priast d*amer, et son 
seigneur le fedsoit pour paour d'accpierre la maie 
graoe des seigneurs , et que on ne deist pas quil en 
feust jaloux ; si la leur octroyoit-il pour aler à leurs 
lestes et esbatemens, et il mectoit moult de grans 
misc^ pour Faocointir à celles festes pour Tonneur 
d^eulx. Mais elle povoit bien apparcevoir que,"sll 
eust esté au gré et plaisance de son mary, elle n'y a- 
last pas. Et, si comme il est accoustumé en esté, 
tenap^.que Ten vdlle à dances jusques au jour, il 



Le Livre 



56 

adt-iot.unerobei 
elle fust la nuit, l'en estaigny les torches el fisl 1^ 
grans hu7 el paoa cris, el qnuit vint que l'en : 
porta la lumi^ , le frère du seigneor de celle da 
vit que un chevalier lenoil celle dame et l'avoït m 
im pelii à eosté, et, en bonne foy, je pense lenufr- 
menl qu'il n'y eust nul mal ne nulle villenie. Hait 
toutes ibis le tibre du chevalier le disl el en pad> 
tant que son seigneur le sccut cl en cul si grant dn^ 
que il l'en mcscrul toute sa vie, ne depuis a 
■ ?ers elle si grant amour ne si granl plaisance , amir 
me il souloil; c^r il en fut fol el elle folle et s'entre- 
rechïgn&rcnt , et en perdirent aussi comme tout Icar 
bien et leur bon mesnagc, cl par peijl d'acholsaa. 

Je sijtiy bien une autre belle dame qui tiéB nw* 
lentiers esioitracoée aux gratis fesles. Si fu bbiniAe 
et mescreue d'un grant seigneur. Dont il advinIqu'eUc 
fiil malade de si longue maladie, qu'elle fut ti 
dclTaictc et n'avoil que les os, tant esloit malade, if 
cuidoit transir de la mort, et se (ist apporter be«u eSn 
DieuE. Lors disl devant tous:o Mes seigneurs, mes 
D amis et mes amyes, veeK en quel poini je suy. Je 
B souloye eslre blanche, vermeille et grosse, el la 
» monde me louoil de beaultË ; or povei;-vous veotr 
y que je ne semble point celle qui souloit cstre; je 
» souloye amer feslea , joustes el loumoys; n: 
11 temps est passé ; il me convient que je aille A la 
» terre dont je vins. Et aussi, mes cliers amis et 
u amies , l'en parle moult de mal de moy et de mon 
D s^gneuriIoCraon;mtiis, parceluy Dieuquejedojs 
u recevoir et sur la dampnacion de mon ftme, il no 
D me requist oncques, ne me tist villcooie n 



DU Chetàlisr de La Tour. 57 

» le père qui me engendnt; je ne dy mie qu*il ne 
» ooscbast en mon fit ,- maiz ce fut sans villennie et 
9 sans mal y penser. » Si en furent maintes gens 
esbahis, qui cuidoient que aultrement feust , et pour 
tant ne laissa pas à estre blasmée ou temps passé 
et son honneur blessié , et pour ce a grant péril à 
toutes bonnes dames de trc^ avoir le cuer au siècle , 
ne d*estre trop désirables dealer à telles festes, qui 
s*en pourroit garder honnourablement^, «ar c'est 
un fiût où moult de bonnes dames reçoivent moiilt 
de blasmes sans cause. Et û ne dis-je mie quil ne 
conviengne parfoiz obéir à ses seigneurs et à ses 
amis et y aler. Mais, belles filles, se il advient que 
vous y ailliez et que vous ne le puissiez: refuser bon- 
nement , quant vendra la nuit que Ten sera à dan- 
der et à chanter^ que pour le péril et la parleure du 
inonde vous fiuâez que vous ayiez tousjours de costé 
TOUS aucun de voz gens on de voz parais ; car se il 
advenoit (pie Ten estaingnist voz torcheô et la clarté , 
qallz se tenissent près de vous , n<Hi pas pour nulle 
doobtanee de nul mal, maiz pour le pieril de niau-» 
vais yeolx et de manvaiies langues , qui tousjours 
eqiîent et disent plus de mal quil n'y &, et aussy 
pour plna senremeni garder son honàonr contre!» 
Janglemn, qd voulentiers disent le mal et taisent le 
bien. 



De celles qui ne veuUent vestir leurs bonnes 
robeH aux festea. 

Cbappitre XXVK 

gj=jM£-* n autre exemple vous diray de celles qui 
SI y^K ""^ veulent veaiir leurs bonnes robes aux 
M 1^» feslcs cl aux dymeaches pour l'onneur de 
'^"-^ Noslre Seigneur. Donl je vouldroye que 
vous sceussiez l'exemple de la dame qoe sa dein<nsclIo 
reprist. Une dame esioit qui avoit de bonnes robes 
el de riches ; mais elle ne les vouloit veslir aax di- 
menches ne aux festcs, se elle ne cuidast trouver no 
blés gens d'cstat. Et advint à une fesle de Noslre- 
Oame, quîfutàun dimanche, siluy vadiresB damoy- 
selle:nMadame,que ne veslés-vousnne bonne rot» 
pour l'onneur de la fesle! car il est feste de Nosb^ 
Dame et dymenche. — Quoy! dist-elle, nous né 
verrons nulles gensd'cstal. — Ha! madame, ce dist 
la damoysclle , Dieu et sa mCre sont plus grans el les 
doisi l'en plus honnourer que nulle chose mondaine i 
car il puet donner ou loUir de toutes choses à son 
plaisir, car lout le bien et honneur vienide lui, et 
pour ce doit l'en porter honneur à la fesle de luy et 
de sa benoyte chière mËre et t leurs sains jours. — 
Taisiei-vous , dist la dame , Dieu et le prestre et la 
gens d'esglise me voyent diascun jour ; mais les gens 
d'eetat uc me voyent pas, el pour ce m'est plus graot 
hcmneur de moy parer et coinloier conlre enlx,*-— • 




DU Chevalier de Là Tour. 59 

Ma dame, distla damoiselle, c^est mal dit. —Non 
est, dist la dame, layssiez advenir ce que advenir 
pourra, d Et tantost, à ce mot, un vent, chault comme 
ftn, la ferit par telle guise qu*elle ne se pot bou- 
gerne remuer, ne plus que une pierre , et dès là en 
svant la convenoit porter entre les bras, et devint 
grosse et enflée comme une pipe. Si recognut sa fol- 
lour et se voua en plusieurs pèlerinages et si fist 
porter en une Utièro, et à toutes gens d*onneur elle 
disoit la cause comment le mal lui estoit prins, et qùé 
c*e8toit la veng^nce de Dieu, et que bien estoit em- 
ployé le mal qu'elle soufiroit; car toute sa vie elle 
avoit porté plus d*onneur au monde que à Dieu, et 
avoit plus grant joye et plus grant plaisir à soy coin- 
toier quant gens d'estat venoient en lieu où elle fust, 
pour leur plaire et pour avoir sa part des regards, 
qu*elle ne faisoit par devocion es festes de Dieu ne de 
ses sains. Et puis disoit aux gentih et aux juennes 
femmes : « Mes amies, veez cy la vengencede Dieu » 
et comptmt tout le Mi et leur disoit : a Je souloye 
avoir beau corps bel et gent, se me disoit chascun 
pourmoy plaire, et, pour la louange et le bobant de 
la gloire que je y prenoye , je me vestoie de fines 
robes et die Ixûmes pennes hïea parées, et les faisoie 
faire bien justes et estroites ; et aucunesfoiz le fruit qui 
estoit en moy en avmt ahan et péril, et tout ce faisoie 
pour en avoir la gjioire et le loz du monde. Car quant 
je ouoye dire aux oompaignonsqui me disoient pour 
moy plaire : a Veez çy un bel corps de femme qui est 
9 bien taillié d'estre amé d'un bon chevalier », lors 
tout le cuer me resjouissoit ; mais or povez veoir 
qoelle je suis, car je suy plus grosse et plus con- 



straiale que une pipe, ne je ne semble pointceUi 
tal ; ne mes belles robes , que je avoye si chières que 
je ne youloye veatir aux dymencbes no aux bonnes fes- 
tes'pour l'honneur de Dieu, aemeauroQtJamaismes- 
tier.Hes belles Tilles elamies, amas Dieu, carU n'a 
monslré ma folio, qui espargnoyc mes bonnes rdJes 
Buxfestes pourmoy cointoier devant les gens d'estal 
pouravoirlelosctieregact des gens. Sy vous prye, 
mes amies, que vous prengniez icy bon exemple* > 
Ainsy se complaignoit la dame malade, ei (iil biai 
molade et cnflëe par l'espace de vij ans. El aprÉs. 
quant Dieu eut veu sa contricion et sa repenUnoe, 
si luy envoya santé et la gary toute saine, et fut dte 
lors en avant moult humble envers Dieu, et donna le 
plus de ses bonnes robes pour Dieu, cl se tint ûmpfe- 
ment et ne eut pas le cuer au monde comine^ 
souloit. Et pour ce, belles filles, a cy bon eunq>te 
commeut l'on doit plus parer et vestir sa bonne 
robe aux dimcnches et aux fesLes', pour bonnctir M 
amour de Dieu, qui tout donne, et pour l'amour de 9i 
doulce mère et de ses sains, que l'on ne doit ihin 
pour les gens terriens, qui ne sont que bouc et terni 
pour avoir leur grlce et leur los ne les regards d'etiU ; 
car celles qui le font par lelz plaisances , je pense 
quil desplaise à Dieu , et que il en prendra sa ven- 
genceencest siècle ou en l'autre, sy comme il tislde 
la dame , comme vous avez ouy, et pour ce y a bon 
exempte t loules bonnes femmes et bonnes dunee. 




DU Gheyalibr de La Tour. 6i 

De la mer saint Bernart. 
Chappitrb XXVIK 

n antre vous vueil dire après de ceste ma- 
tière, n advint que saint Bernart, qui fut 
moult saint honune et noble et de hault 
lîgnaige, laissa toutes ses possessions et 
grans noblesses pour servir Dieu en abbaye ; et pour 
sa sainte vie il Ait esleu en abbè. Si vestoit la haire 
et faisoit grans abstinences et estoit grant aumosnier 
aux povres. Si^avoit une suer moult grant dame, qui 
le vînt veoir à grant foyson de gens et moult noble- 
meot adoumée de riches robes et d*atour de perles 
€lt de précieuses pierres, et vint en cest estât devant 
son frère qui preudomme estoit, et quant le saint 
bommé ^^t en cest grant arroy sa suer, sy se seigna 
et Iny tourna le dos , et la dame eut grant honte et 
lui envoya sçavoir pourquoy il ne daignoyt parler à 
elle, et il lui manda que elle lui avoit fait grand pi- 
tié de ravoir veue en tel ourgueil et desguisement et 
ûtesi deffaite. Et lors elle osta ses riches robes et ri- 
ches atours et se arroya moult simplement, et il lui 
dist : a Belle suer, se je aime vostre corps, je doy pair 
raison plus amer vostre ame; ne cuidiez vous pas 
quil ne desplaise à Dieu et à ses angelz de veoir tel 
bobant.'et tel orgueil mettre à parer une telle charoin- 
gne, qui, après vq jours que Famé en sera hors, purra 
que obture ne le pourra sentir ne veoir sans grant 



fia Lf. Livre 

horrcuret abbominacion. Belle suer, que ne peoscz- 
VODS uno fob de journée comment les povres ineii' 
rent de froît elde faiug là hors, que du x' de vostre 
coinlerie et de voz noblesces feussent plus de xl per- 
soimesrGssaisûctreTestus contre le froitî » Lors lui 
dist le saint proudomitie lanL de bien et lui desclaîra 
s; la folie du monde et les bonbons, el aussi le ssu- 
vemenl de l'ame, que la bonne dame ploura et de- 
puis list vendre le plus de ses robes et de ses rlcbés 
atours, et l'argent donna pour Dieu, et pristsimplos 
Teslemens el humbles atours, el mena sy sainte vie 
que elle eut la grâce de Dieu ei du monde, c'esl-é- 
dire des saiges et des preudcs gens , qui vauU mieux 
que celles des folz. Et pour ce , belles Qlles, a oy 
bon exemple comment l'en ne doit pas tant avmr le 
cuerau monde, ne mettre en ses coinUses poiir|dai(e 
auxfok el au monde, que l'en ne départe a_Dieu,<pa 
tout donne et donl l'en puet acquerra son sauvemont ; 
cor il vault mieulï moins avoir de ricties robes et 
d'atours que les povres gens n'en ayont leur part; 
carquimettoul pour avoir la plmsance du momie, 
je suis certain que c'est folie cl lempladon d'ennomy, 
et se doit l'en mieulx parer pour bonneur et amour 
de Dieu, c'est aux dimanclies et aux fesles, en reve- 
rancc et louange de luy et de ses sains, que pour ia 
folle plaisance du monde, qui n'est que umbre el veai 
au rcgart de lui qui tout puel et tout donne, et tous 
diz durera sa gloire. 




DU Ghetalibr de Là Tour. 63 

De celles gui ne font quejengler aux esglisea, 
Chappiteb XXVIIK 

n autre exemple vous diray de celle qui 
loquençoit et jengloit à Tesglise quant elles 
doivent ouir le divin office. Il est contenu 
es gestes de Athènes que un saint hermite 
estoit, preudons et de sainte vie. Si avoit en son her- 
mitage une chapelle de saint Jehan. Si y vindrent les 
chevaliers , les dames et damdselles du païs en pelé- 
rinaige, tant pour la feste comme.pour la sainteté du 
preudomme. Si chanta Termite la grant messe, et, 
quant il se tourna après Teuvangille, si regarda les 
dames et damoiselles et plusieurs chevaliers et es- 
cuiers, qui bourdoyentet jengloyent à la messe et con- 
seilloient les uns aux autres. Si regarda leur folle 
contenance, et vit à chascune oreille de homme etde 
femme un ennemy moult noir et moult orrible qui 
anssy se rioyent et jengloyent d'eulx et escripvoient 
les parolles que ils disoient. Ces ennemis saiiloient 
SOT leurs cornes, sur leurs riches atours et sur leurs 
coîntises, aussi conmie petiz oiselez, qui saillent de 
brandie bi branche. Sy se seigna li preudomme et 
se esmerveilla. Et quant il fut à son canon , aussy 
comme en la fin , il les ouy flater et parler, et rire 
et bourder. Sy fery sur le livre pour les faire taire , 
mais aucuns et aucunes y avoit qui se teurent point. 
Lors dist : a Beau sire Dieux, foictes les taire et faictes 



64 Lb Livse 

congiUHStre leurs folies. Lors tous ceux qui se rioian 
et qui jeagloient se prindreul à crier et à braire , 
hommes et femmes , comme gens demoniacles , et 
soufroienl si grant doulour que c'estoil pileuse cho*e 
à ouïr- Et quant la messe fu chantée, les^thcrmile 
leur dit comment il avoit veu les ennemis d'enfer 
eulx rire des mauvaises conlenances quUz faisoîent 
à la messe , et après leur disl le grant péril où ilx 
cheoycDl de parler et de y bourder, et le grant pe- 
chiè où iU ontroient , comme à la messe et ou sgt- 
vioe de Dieu nuls el nulle n'y dort venir fors pour le 
ouïr humblement et dévotement et pour adaucer ci 
prier Dieu .[El après leur dist comment il veoît les en- 
nemis saillir et saulteler sur leurs cornes el sur Ite 
attours de plusieurs femmes, c'estoii ù celles qui Ic- 
noient parolles et contens aux compaignons et k cel- 
les qui pensoicnt plus en amourettes et aux deKt du 
monde que à Dieu, pour plaire et avoir les resgan 
des musars. Sur celles y veoit les ennemis espb- 
guer ; maiz sur celles qui disoieni leurs heuree et 
esioicnt eu leur devocioo, il n'y estoil pas, eom- 
bien que il y en avoil d'assez ceintes el bien parées; 
car il lient le plus au cuer. Et après leur dist quecelles 
quisecoinlissoienl pour mieulx e^lre regardées el y 
prenoieni plus grans plaisances que au service de Dieu, 
donnoienc grant esbat à l'ennemy. Après â advint 
que ceuk et celles qui cryoienl el estoienl lourmeo- 
tez, que les femmes gellcrenl leurs cornes , Icuts 
atours el leurs coinlises comme louics forcenaées; 
et lAutesfoiz flrenl illecques leur neufvaîoc, et au chieT 
de ix jours, à la prière du sainl henÂiie , ili rcvin- 
drent en leurs sens, et furent bien cbssliez dëfllï en 



DU Ghbtjulibr db La Tour. 65 

avaotde pwrlernede jengler oa servicedeDieu. Pour 
quoyil y a cy bon exemple comment nul ne nulle ne 
doit parl^ ne destourber le divin office de Dieu. 




D'un exemple qui as^int à la messe saint Martin. 
Chafpiteb XXIX«. 

t encores vouldroye que vous seeussiez 
qu'il advint à la messe de saint Martin de 
Tours. Le saint homme chantoit la messe ; 
sy lui aidoit son clerc et son filleul ; c'estdt 
saint Brioe, qui après luy fut arcevesque de Tours, 
lequel se prist à rire, et saint Martin s'en apparceut , 
et, quant la messe fîist chantée, saint Martin Tappdlla 
et luy demanda pourquoy il avoit ris , et il respondy 
qull avoit veu Tennemy qui mettoit en escript ce que 
les femmes et hommes s*entredisoyent tant comme 
il disoit la messe , dont il advint que le perchemin 
d'un des anémia fot trop court et petit , et il le prist 
à tirer anz dens pour le esloigner , et, comme il le 
tira fort, il lui esdiapa telement que il se fery de la 
teste contre la masière. El pour ce m'en ris. Et, qvant 
saint Martin eutouy saint Brice, et qu'il avoit veu ce, 
il Tii lûen qu'il estoit saint homme. Sy prescha sur 
cesie matito aux fiettOBes oomment c'estoit grant 
pecbiè de parler ne de oomeîllier à la messe , ne au 
service de Dieu, et qu'il vanldroit mieulx la moitié à 
i]*y estre paaque y parler ne y conseillier ; et encores 
sousfieniieiit les grans elers que l'en n'y doit dire 

5 



G6 Lb L [THB 

nulles heures, Uinl comme la messe dure el pag g 
cial tanl comme l'euvangille dure ne le per omnJ^ 
El pour ce, belles Elles, à cy bonne exemple comment 
vous devez contenir humblement et dévotement fi 
l'église, ne y lenir parolles ne jangler à nulluy^ 
riens quil aviengne. 



De telle gai perdit à oïr la nu 

CbappitugXXK 

u^l^sw n grant exemple vous diray de ceuli qni 
M ^^R P^'' ''^'' P^^^^ perdent à ouirta mcsscci 
M ^wJm la font perdre aux autre». J'ay ouy comp- 
as— ^ 1er le comple d'un chevalier el d'une danw! 
qui, dès leur jeunesse, prenoient moult grant délit k 
dormir i baulle heure ; sy le mùntindrent par telle 
guise que bien souvent ilz perdoicnt â oir la messe 
et la Soient perdre â leurs parois^ens ; Car la pa- 
roisse où ilsdenwuroient esloJt leur, elillec personne 
oe les osoit désobéir. Sy avint que à un dymencbe 
îlimandËreRlqueren les atlendbt, et quant ilz fiireiit 
venuz il fui midy passé. Sy rcspondîrenl pIu«euTs & 
la personne ou chappelain de l'es^lisc que il cetoil 
heure passée et pour ce il ne osa chanter et n'y ru 
point de messe celuy dymenche.ci fîst moult de mal 
aux bonnes geos; maïs à GOulTrir le leur convint. Si 
avint la nuit ensuivant en avision au chappelai^ 
y ïo\z ou par IroÎE, qu'il lui sembloil qu'il I 
mie graut compûgme de brebis en un champV 



BU Chbtâlibr DE La Tour. 67 

rM pcNDt de herbe. Si les voaloit mettre en un pas^ 
tîs pour paistre , où il n'aroit que une entrée « et 
ei) celle entrée avoît un porc noir et une truye cou- 
chiez au travers du chemin. Ces porcs estoient cor- 
nuz ; si avoient sy grant* paour lui et les ouailles 
^Hz n^osoient entrer ou pastis et s'en aloienttantost 
arrière à leur toit, sanz paistre ne sans mengier. El 
puis une voix lui disoit : Laissiez-tu à entrer ne à 
obéir pour ces bestes cornues ? et lors il s'en esveil- 
la, et tout aussy comme il advint au prestre, il advint 
edle nuit au chevalier et à la dame tout en la ma- 
nière, maiz que il leur sembloit qu'ilz estoient devenuz 
le porc et la truie, et estoient cornus et ne vouloyent 
laissier passer les brebis ou pastis, et après cela ve- 
noyt une grant chasse de veneours noirs sur grans 
chevaulx noirs, et avoient grant quantité de lévriers 
et de grans chiens noirs, et, de ce qu'ilz arivoient, 
il leur sembloit qullz descombloient sur eulx et lors 
fidsoient la chasse sur eulx grant et merveilleux, et 
eomoientet huchoient, elles chiens glatissoient et les 
prenoient es cuisses et es oreilles, et dura la chasse 
moult longuement, tant qull leur sambla qullz es- 
toient prins par force et ocds, et sur ce ilz se esveU- 
lërenttous esmerveillez et effiroyez , et ceste advision 
leur advint deux foiz. Sy advint que la personne de 
resglise vint chiez le dievalier. Et lors le chevalier et 
la dame lui racontèrentleur advision, et aussi le pros- 
tré la sienne. Sy en forenl tous esmerveillez de 
quoy leurs advisions ressembloient; si dist le prestre 
au chevalier : a Sire, il y a un saint homme hermite 
cyprès en celle forest qui bien nous saura faire saiges 
de oeste chose. » Lors y alèient et comptèrent au 



€8 L.B LiTEK 

saint homme leurs advisions de point en p(û«l, M 
preudomme, qni moult estait saigesel de sûniévie, 
leur déclare tout leur iai t, et diat au chevalier : s Sire, 
vous et vostre femme esles les porcs noirs qui gar- 
diez le pertuis et l'entrée du pastis que les brebis n^ 
alassent paistre , ne que ih ne mangeassent de te 
bonne paslure , c'csl-ù-dire que vous, qui esles sei- 
gneur de la parroisse où vous demeurez , avez dra- 
tourbé les paroissiens et les bonnes gens de ouir le 
saint service de Dieu , qui est pasturc et repaîsse- 
meal de vie, especialement de la vie de l'ame, par 
vosire paresse et par voslre repos, qui dormei le 
jour comme porcs ; et les cornes que vous aviez es- 
toient les branches de pccbiè, el par cspèôal tes 
graus péchiez que vous faictes t faire perdre à aul- 
truy le bien fait et le service de Dieu, que voua m 
povez amender fors que par grant lAunnent. El 
pour lavengence dumelîait vous est demonstrë que 
vous en serez chaciez cl tourmentez des ennemis 
d'enfer , et pris et malz par pure chace , si comme 
vous kustes par voslre advision , et sy vous dy oer- 
tainemenl qu'il vous vaulsist mieulx cent fois pour 
une ne ouir point de messe que la toilir aux autres 
ne que osier au preslre sa devocion. Cor, quant il 
atlendoil trop longuement, il se cDurout«ît ou pe- 
chiédlre, dont les uns vont en la taverne, lea aultret 
s'en vont et les aultres perdent leur devodon , el 
parfois le prestre s'enyre et pcrt sa bonne devocion, 
et chante sur son péril ; el tous ces péchiez el ces 
maubt viennent par vous et par vostre pechië de pa- 
resse, dont vous en rendrez compte, et en serei 
ohacez, tourmentez, prins el mis & mort, c'est & dire 



jiD Chbyalibb Bfe La Tour. 6$ 

en Yoyed'estre dempné. » Lors le chevalier fu moult 
esbahy et demanda oonseil comment il en pourroH 
&ire. Lorsle saint homme lui dist que par trois dimen- 
dies il se agenoillast devant les paroissiens et leur 
criast mercy que ilz luy voulsissent pardonner le 
mefiEût et que ilz voulsissent Dieu prier pour luy et 
pour sa femme , et qu'il leur voulsist pardonner y- 
ceulx meffaiz, et que dès là en avant il seroit Tun des 
iHremiert à Teg^ise ; sy le cmifessa Termite, et luy 
baflla celles penitanoes et autres , si que dès là en 
avant il se diistia, et memèrent, lui et sa fenme , 
nostre Sdgnear , de leur avoir demonstrè celle de- 
monstraaoe. Si vous dy que dès là en avant ilz es* 
toient luy et sa kmme de» premiers au moustiery et 
aussy li preudoms dist an prestre la vision et la luy 
desdarasureelle matière, etque Dieux devoitestre le 
plus craint et doubté que le monde, et premier servy . 
Pour quoy , belles filles , prennez cy bon exemple à 
vous ^urder que par vostre personne vous ne &ciez 
perdre la messe à plusieurs, ne leur devodon par 
vostre paresse ne par vostre négligence , car mieulx 
vous vauldroit à n'en olr point, et je vouldroye que 
vous sceussiez et eussiez apris Texemple de la dame 
qd mettoit le quart du jour à elle appareillier . 



Vatie dame qtà melîoU U quart du ji 
à elle appareiUier. 

CB^rrtTBB XXXI*. 

le estoii qui avoit son b 
]l delei l'esglise. Simettoit lon^emcnlâso; 
m apparciUicr eUltourner, si que il ennufiNI 
V moult a la personne de celle église cl au 
paiToisûens. Si avint par un dlmenche qu'elle esUil 
tuodIi longue, et lousjours mandons! qu'elle Teusia- 
leadue, commeat que ce fusl. Sy estoil moull haulle 
heure et cnnuyoit A tous. Si en y avoyt plusiran 
qui s'cDlredisoieat : « CommcoL ! cesie dame ne sera 
mats huy pignëe ni mirée î » Si en avoit aucune qui 
distrent : i Hal mirer lui coTtiil Dieux , qui tant de 
Tois nous &il icy muser el attendre.» Et si comnie il 
pleust a Dieu, si comme pour oxcmplaire, ainsi com- 
me elle se miroil a celle heure, elle vit a rebours 
l'enDemj ou mirouer qui lui monstroit son derrière, 
si lait, si orrible, que la dame issy hors de son sens 
comme demoniacle ; sy fut uo long temps malade , 
et puis Dieuï luy envoya santé, et se chastia â tura 
que clic ne misl plus grand paioe a soy arroyer ne 
esire sy longue , mais mercya Dieu de l'av<Hr ainô 
chaslièe. Et pour ce cy a'bon exemple comment l'en 
a doit pas estre ainsi longue à soy arroyer et se 
oppareilûer que l'en en perde le saint ser\-ice ne le 
faire perdre a aulruy. 




BU Chbyalier Dfi Là Tour. 71 

- - — — --*—■>--- — — ^-^ r — ■ ■ -- --■*■■ , la I, 

Dé celle qui ouoit ifoulentiers la messe. 
Chappitrb XXXII*. 

r TOUS diray sur cestc matière un exem- 
ple d'une bonne dame et de sa sainte vie, 
qui amoit moult Dieu et son service, et la 
journée qu'elle ne ouist messe, elle ne 
mengast jà de chûr ne de poisson et fust à grant ma- 
laise de corps. Sy advint une foiz que son chapellaîn 
fust tellemept malade qull ne povoit chanter ; la 
bonne dame ala et vint moult à malayse de quoy 
elle perddt la messe. Sy ala au dehors en disant., : 
« Biaux sîre Dieux, ne nous oubliez pas, et vueilliez 
nous pourvecHT de vostre saint service ouir. » Et 
en celles paroles elle regarde et voit deux frères qid 
venoient ; lors elle ot grant joye et leur demanda ae 
iU cfaanteroient messe, et ilz ddstrent : a Oil , dame, 
ae Dieax plaist 1», et la bonne dame mercya Dieu ; si 
dianta le plus jeune des frères , et k Teure qull fist 
les trois parties du saint sacrement, le viel frère re- 
garda et vit saillir Tune des parties en la bouche de 
la bonne' dame ea manière d'une petite clarté. IjC 
jeune frère regardoil partout qu'estoit devenue Time 
des pirties et trembloil de paour ; et le vieil frève 
8*en apperoeost moult bien de la tristeur deson eom- 
paigDon ; ay vint à lui et lui dist qull ne s'esmayaat, 
etqueoequeilqueroitestcnt sailli en la bouche de 
la dame pour certain. Et lors il feost aaaoré etjl 



fa Le Livre 

mercya Dieu de ses ^ns miracles, et aii 
vint & la bontie dame qui lanl amtnt le saint service 
de Dieu. Car, pour ccrtaiu, cy a bon exemple; car, 
selon la sainte escripltirc , ceuli qui ayment Dieu et 
son service. Dieu les aymc. si comme il monsira 
ai^rlemenl k celle bonne dame qui tel désir avoîl 
de le veoir et de l'ouir, comme ouy avez. 



D'une conleMe qui chascunjour vouloil 



I 



Cbapmtks XXXIIK 

e vouldroye que vous eussiez bien kI b w 
^ l'exemple d'une bonne conlesse qui tous 
■ ïurs vouloit ouïr trois messes. Sî'sloU 
'i en pelerinaige ; sy va cheoir l'un de ses 
cbappelains d'un cheval à lerreet se mesboignasi quil 
ne peut chanter. Sy fut la bonne dame A trop grant 
mesehief de perdre l'uue de ses messes. Si sa codI' 
pidgnoit moult humblement à Dieu el devolonent , 
etDieux lui envoya un angelc ou un sùnt en guise d'un 
prestre ; mais, quand il o( chanta el il fut desvesUi, 
l'en ne sceut qu'il advint , pour serchier que l'en 
sceusl faire. Sypensa bien la bonnedaniequeÙeux le 
luy avoyt envoyé et l'en mercia moult bumblenieni. 
El pour ce a cy exemple comment Dieux pourvoit 
oeulx qui ont devocton el amour en son saint ser- 
vice et à luy , et je pense qu'il y ail pou de femmes 
Bujourd'uy qui bien ne se passent ft moins de Irohi 



BU Ghbyalibr DR Là Tour. 75 

messes ouir, et leur souffist bi^ d\iiie, tant ont pe<- 
lîie amour et detodon en Dieu et en Bon service ; 
car ouir son service repute sa propre personne. Car 
(juiraime et craint , il le vnelt souvent veoir et ouir 
sa.sainte parole; etaussydu contraire, quifi*y abien 
le euer s*en passe ligierement , comme plusieurs 
font ai]yourd*iiy, qui ont plus le cuer au siècle et au 
délit de la char que à Dieu. 




De ceUeê qui vont vauUniiers e$ peUerîna^es. 
Chapfitrs XXXIllI*. 

n autre exemple vous vneîl dire d^une 
dame qui estoit juenàe et avoit le euer au 
siècle. Si estoit un escuier qui estoit amou- 
roux d'elle , et elle ne le heoit pas aussy, 
et pour phtt avoir d'aise et de lieu pour parler et 
pQ«r boimier ensemble , éfle tiûsoit accroire à son 
aeigiMiir qu^elle s'estoit vouée pour aler en peleri- 
Ba%e, et son seigneur, qui preudhomme estoit , le 
aonffiroit, pour ce que il ne luy vouloit pas desplaire. 
Sy advfa&t une fois que elleetyceluy escuyer alèrent 
en im pelerinaige d'une place de nôetre Dame. Si 
fax&it moult aysiez emny le chemin de parler en-^ 
semble , car ilz y entendiMcnt bien plus que i dire 
leure heures et y tvolent bien plus grant plaisir et 
plus grant ddit^ dont il advint que, quant ilz forent 
Venus là et ilz forent au bon de la messe, l^emiemy, 
qd tousjours est ea eguet de enfienâ>er et tempter 



74 



Lb Ln 



>l femme, les tint si subgiez de 
tacion el en celluy fol plaisir, qu'ilz avoieat plus leiin 
yeulï el leurs plaisances (t resgarder l'un l'aulre cl k 
faire peiiz signes d'amours qu'ilz n'avoient au divin 
service , ne que à dire dévotement leurs heures. S 
advint, par appert miracle, que il prist si grani ntali 
la dame saudainemenl, que celle se eslraingnotst et 
ne sçavolt se elle cstoit niorle ou vive. Si en fust em- 
poriëc cnire bras en la ville comme cbose morle, et 
fut trois nuix et IroiE jours sans boire et sans tittm- 
gier, et n'y congnoissoil l'en ou mort ou vye. Sy fttt 
envoyé querre son seigneur et ses amis , qui fur«it 
mouh doulans de ceste aventure, el la reganJoienl 
et si ne sçavoienl se elle en mourroit ou vivroit, dont 
il advbt que la dame , qui en grant doulour cstcâli 
vît une advisioD moult merveilleuse; car illuysraiv- 
btoyt qu'elle veoit sa mère et son père, qui mon c»- 
toyent pieçà, et b mère luy monstra ses mamdleB: 
«Belle fdle, veez cj la nourreture ; aime et liomieara 
ion seigneur comme tu feia ceste mamelle , puiscpH 
l'eaglise te l'a donné. « Et après son père luy djst^: 
u Belle fille , pourquoy as-tu plus grant plaisance ne 
plusgrant amour â un autre que à ton seigneur f re- 
garde œ puis qui est de costé loy, et saichiez , se ti 
chiez ou feu de maie chaleur , que lu chieiras der 
dans. D Et lors elle regardoit et veoit un puis plein 
de feu delei luy si prôs que à pou qu'ell 
Si en esWit toute eflrayèc, et après son père et m 
Jnère lui monsiroient bien cent preslres ireslous ra- 
vestus de blanc , el le père et la mère lui dîsoîonl t 
a Belle fille, nous vous mercions d'avoir reveshins* 
tes gens cy. h Et après cela il lui sembloit qu'elle 



DU Chetaxi£r bbXa Tour. 7$ 

veoit l'ymaige de Nostre Dame qui tenoyt une cotte 
et une chemise et lui disoît : a Geste cotte et ceste 
chemise te gardent de cheoir en ce puis. Tu as ordi 
ma maison et mocquêe. » Et en ycelluy effroy elle 
i(*es?eilla et gelta un grant souspir. Si eurent son 
aeigneur et ses amis grant joye, et virent bien qu'die 
ii*e8l(Mt pas morte, et la dame se trouva vaine, el 
lasse de la vision et paoureuse du feu et de la flambe 
du puis où elle estoit deue cheoir. Sy demanda un 
prestre, cpie on luy ala querre, un saint preudomme 
religieux qui estoit grant derc, yestoit lahaire et est- 
toit moult de saincte vie. Si la confessa et elle luy 
dist toutes ses advisions et la grant paour que elle 
avoyt eue de cheoir ou puis , et aussy elle luy dist 
tous ses péchiez et ses jeunesses, et le saint homme 
lui desdara son avision et lui dit : 
. « Dame, vous estes moult tenue à Dieu et à sa donlce 
» mérè, qui ne vueillent mie la perdidon et la daipp- 
3 nadon de vostre amè , ains vous desmonstrent vos- 
ii Ire péril et vostre saulvement. Premièrement. ilz 
» vous ont &it demonstrer vostre père et vostre mère, 
9 dont vostre mère vous disoit : Bdle fille , voy les 
» mamelles où tu preiz ta nourreture ; ayme et ho» 
M oeiffe ton sdgneur conmie tu fdz cestes mamelles. 
V Mm doolee iutnye , G*est à entendre que, puisque 
» sainte église vous a dooné sdgneur, que vous le 
9 devez doubter et amer tout aussy comme vous 
» amiez la mamdle de vostre mère et y prenez nov^ 
9 rissement. Et anssy comme Fenfant laisse tontes 
9 dioses pour la lette et ladoulceurdulait, dont il 
■9 prent croissemeol et nourretiire , aussi doit toute 
abonne femme sdon Dieu et selon sainte loy amer 



>6 



Le Livre 



s son seigneur sur tous autres, et laisùer te 
D très amours pour celle ; m comme nostre seîgneoî 
D par sa sainte propre bouche dist que l'on loi 
» deguerpiat père et mère , suera et frères et toutei 
B autres choses pour l'amour de son seigneur, et que 
D ce n'estoieni pas deux cbars. Tors une, que Dieu aTtdl 
» conjointe on une et que homme ne povoit séparer, 
» c'est-à-dire que homme ne povoit ny ne dev(nt 
D fourtraire l'amour l'un de l'autre, puisque Keia 
B et l'csgliBe les avoil unys et conjoins ensemble. El 
B eoixires vous dist vostre mère que vous y prenis- 
D ùez nourreture comme en ses mamelles, c'esiM- 
■B dire et entendre que se que vous amez vostre td' 
» Bncur sus tous, que ce seroit votre nounitiire et 
» vostre bien, et honneur vous accroistra de jour en 
• jour comme l'enfant croist par la nourriture de It 
s mËre et de sa mamelle, c'est la doulceur du lait, 

■ qui signifia la granl doulcenr, la joye et l'ai 
B qui doit estre en loyal mariaigc, et la grâce de Dien 
o y habile. Après vostre père vous dist : Belle fille, 
B pourquoy as-tu plus grant plaisance et plus gnuit 
9 amour à aullre que à ton seigneur! regardâcepnii 
B qui est delèz loy, et saches, se luobez sd fende 

■ maie chaleur, que (u y chierros. C'eat-A-dire qw^ 
n se vous amez plus aullrc que vostre Hàgoeur, na 
n que autres habitent k vous, forsqne luy, que w 
B charrez ou puis, où vous serez arse el touslée pi 
D le dclil de la maie plaisance et malle chaleur qae 

■ vous avez eue uUeurs. Et pour ce vous morira-il 
> le puis de feu et la vengeance et la punidon qall 
u convient souffrir pour le délit de celle folle fÀù- 
B sauce. Après ilz vous monsirèrent les prwinG 



BU Chetalieh hb La Tour. 77 

9 l)l8D8 et Yoas dissent que tous les aviés revestu»; 
9 pour ce vous ea merdoient ; c^estoit signiffianoe que 
V YOU8 aviez &it revestir les.prestres et. fait dire des 
p inçsses pour eulx» dont ilz vousremercioient , car 
9 soiez certaine que aussi comme vous faictes pour 
9 eulx et pour les autres deffuncts , que ilz prient 
s pour TOUS et sont marriz quant ilz voyent que ceulx 
;» qui font bien pour eulx sont en voye de perdicion. 
9 Si comme vous avez bien peu apparcevoir queilz 
9 sont.très bien marriz de la temptadon que vous 
» aviez eue et de la folle plaisance par laquelle vous 
3» estiez en voye d*estre perdue, et pour ce voua en 
3» venoyent secourir pour amour du bien fait et des 
9 messes et des aumosnes que vous aviès ilût et &it 
9 flaire pour eulx. Après veistes limage de Nostre- 
9 Dame qui tenoy t une cotte et une chemise et disoit ; 
9 Geste cotte et ceste chemise te gardent de cheoir 
9 en ce puis, car tu as ordi ma maison et Tas moquée. 
9 G*eatr-à-dire que vous aviez esté en son esglise et 
9 plus pour plaisance d'autruy que pour Tamour 
9 d^elle, et c'estoientles folz regars et les iblz plaisirs 
9 que vous preniez en celluy par qui d'amours vous 
9 emprensistes la voye et le voyaige , et pour ce 
9 vous dist la voix que vous aviez ordy et moquée 
.9 samaison, c'est son église ; car tous ceulx et celles 
9 qui y viennent par autre plaisance que par dévpcion 
9 du saint lieu et se couvrâotdu service pour trouver 
9 lieu d'esbat et délit terrira, ceulx moquent Tesglise 
9 et la. maison de Dieu. Ainsi fut-il de vous, selon 
9 vostre faitetvostreadvision. Après vous Tordeistes 
9 et empeschastet, comme la voix vous dist. Ce fut 
9 quant vous.aviez plus le cuer à luy et en la plaî- 



;8 Le Livre 

B sancc de Tolie que au divia service , et de cellui 
B mctlitU Dieu vous a voulu tnooslrer vostre def- 

■ faulte et vous fisl venir celluy grant mal el celle 
s grant hachie que vous avez senti. El cesle grâce, 
s qui vous vint par chasliement et demonstraoce , 
» fut par le service et bien tait que vous feysies t 
D deux pavres femmes, dont vous donnasies t l'une 

> nnc cote et à l'autre une chemise , el vous dist la 

> voix que la 00 tte et la chemise vous avoyeni gardée 
» de dieoir ou puis, c'est-à-dire que le bien faite! 
B l'aumoBnc que voua aviez fait pour Dieu tous 

> avoit gsrdè de périr et d'cslre perdue, se vous fiu- 

■ tiet cheoite en la folie oii vostrc cuer avoit mil 
» s'entenie et sa folle plaisance. Sy devez granl 
B guerredon à Dieu et grant service de voua avwr 
B daigné demonstrcr vostre erreur. Si vous derei 
B en avant garder d'encheoir un tel pcril comnie de. 
B perdre honneur et l'ame d'tivoir plaisance de amer 
B nul tant comme voslre seigneur, à qui vous >vet 

■ promis foy et loyaulté, ne le changer pour pire 
» ne pour meillour, et celle le change, qui plusuiM 
» autre que son semeur et mont et paqure sa foj 
B el sa loy. Si vous est. Dieu mercy, beau mirauer.* 
Et ainsi li demonstra le prcudomme son advision et 
laeonfessaetl'enaeignalemieulxquTlpol, ella da- 
me guerist et mcrcia Dieu , et laissa toute sa toile plai- 
sance, dont il advint, bien environ demi an ou eavî- 
Ton après, que l'escuier, qui l'amoit par amours, viol 
d'un voyaige et d'une armée où il avoit esté. Si U 
vint veoir, cointe el jolis , et si commenta à bounkt 
et jangler et lui user d'un tel langaige , dont aulres- 
fcys luy avoit usé; sy la trouva toute estrange; lors 



BU Cheyalibr DE La Tour. 79 

fut tout esbahy et esmerveillé et luy demanda : 
« Ma dame , à quel jeu ay-je perdu le bon temps, la 
» joye et Tespérance que j'avoye en vous de vivre 
9 joyeusement? » Et la dune lui respondit que tout 
odfui temps est passé ; car jamais je ne pense à amer 
ne avoir plaisanoe à nuUai fors en mon seigneur. 
Et lors elle lui compta Tadventure qui lui advint. Si 
eoida ifioult la tourner; nudz il ne peut, et, quant 
il vit qull ne pot et qu'elle estoit si ferme, si la 
kûssa ei dist à plusieurs la bonté et la fermeté d'elle, 
et Fen prisa et la honnonra plus. Et pour ce a cy bon 
exemple comment Ton ne doit pas aler aux sains 
Toiaiges pour nulle folle plaisance , fors pour le divin 
service et amour de Dieu , et aussy comment il fiût 
bon faire prier et faire dire messes pour son père et 
pour sa mère et pour ses autres amis; car aussy 
ilz prient et empêtrent grâces pour les vifis qui bien 
font pour eulx, conmie ouy avez; et aussy fait Ten 
bien de donner pour Dieu , car Taumosne si acquiert 
grâce de Dieu à celluy qui la donne, si comme ouy 
avez. Sy vous diray un autre exemple qui avint en 
mie église qui est en ma terre, et a nom Nostre-Dame 
de Beaulieu. 



8o L« LiTftB 




Deceulx ^ui firent fornication en fesgUse. 

CHAFPITftB XXXV*. 

il avint en celle église à une vigiiles 4e 
No$tre4)ame que un quiavoit nom Pevrot 
Luart et qui estoit sergent de Cande en la 
mer, si coucha avec une femme sur an 
autel. Si advint un miracle qu'ilz s'entreprindrentet 
s'entrebessonnèrent comme chiens, tellement tiullx 
lurent aussy pris de toute le jour à journée , ai qpe 
ceulx de Tesglise et ceulx du païx eurent assez kinr 
de lez venir veoir ; car ils ne se povoient départir^ el 
convint que Ton venist à procession à prier Di^ pour 
eulx, et au fort sur le soir ilz se départirent. Donifl 
convint que Tesglise feust puis dédiée, et oonvmlpir 
pénitence qu'il alast par troix dimenches cnviroii 
Tes^ise et le cymetière, soy bâtant et recordant son 
péché. Et pour ce a cy bon exemple comment Fen 
se doit tenir nettement en sainte église; et enoores 
vous diray un autre exemple sur ceste matière, com- 
ment il avint es parties de Poitou n*a pas trois ans, 
dont je vous en diray Texemple. 




DU Chevalier be La Tour. 8i 

Du moine qui fist fomicatîon en V église» 
Chafpitrb XXXVK 

n Poitou avoit une abbaye qui a nom Chie- 
vre Paye , dont Tesglise a esté empirée 
pour les guerres. Le prieur d'icelle abbaye 
avoit un nepveu qui avoit à nom Pigière. 
^ avint à un jour de dymenche que Ton dit matines 
et la messe. Si demandoit Ten partout cellui Pigière, 
et ne povoit estre trouvé. Mais toutefois tant fut quis 
et cerchié qull fut trouvé en Tesglise en un coin- 
gnet sur une fenune, embessonné, et ne se povoient 
départir Tun de sus l'autre, et telement que tous y 
vimlrent, etlepovre moigne avoit grant bonté et 
grant dodl, et si y estoit son oncle et tous les aultres 
moignea, et toutes voyes au derrain , quant il pleust 
à Dieu, Us se départirent, et celuy moyne Pigière de 
duâl et de honte laissa Tabbaye et s*en ala ailleurs. 
Se fut moult grant exemple comment Ton se doit 
garder de faire mal pechié de délit de char en Tegll- 
se ne d'y parler de chose qui touche celle orde matiè- 
re, ne si entreregarder par amour, fors que par amour 
de mariaige. Car comme Dieu dit en TEuvangUle, 
si comme racompte Tun des euvangelistres, que le 
doulx Jhesocrist entra en une esglise qui lors appe- 
lée étoit le temple. Sy y vendoit Peu merceries et 
marchandise, et, quant Dieu vit ce, si les mist hors, et 
dist que la maison Dieu devoit estre tenue necte^ 

6 



8i Le Livre 

ment ei qu'elle devoit eslre mayson de saintes croi- 
sons el de priÈres, non pas mmaon de marchandises 
ne maison à faire nul délit de pechîè ; cl, à conforter 
ceste raison, Noslre Seigneur en a bien demonlré ap- 
pert miracle, coramevousaveï ouy qu'il a tait nagaires 
en CCS deux églises , comment il lui dcsplail que on 
ordiat sa sainte maison ne son egliec. 



V exemptai 



Jeledy pour « 



1 



Bvons par le mond< U 
15 exemplaires , et y a moull de ceulx qol 
seprenneutpUistoïilauxmauvaisesque aux bonnes, et 
ceulx qui le fonifoloycnt, et se desnalurentelse met- 
tent hdrs du droit chemin , c'est des commuideniens 
de Dieu le père, qui tout bien et sauvcmeni enseigna 
et le baille par escripl par loy, laquelle nous leooas 
pelitemcnl. Car nous veons quele plusdemondcsc 
gouverne selon le délit de la char et selon la viUnno 
gloire du monde, comme les uns qui se ourgueillis- 
sent pour leur boaul£, pour leur richesse, pour leur 
genlillesce; aullresy a qui sont envieux desbienset 
des honnours qucils voimt a autruy plus que à eulx; 
aulresya qui sont yreus et gardent leur mal coer «t 



DU Ghbyalier be La Tour. 83 

félon en rencune, autres qui sont sus la lecherie de 
luxure espns et enflambez plus ordement que buefs 
ne bestes sauvaiges , autres qui sontlecheurs et frians 
sur leurs gueulles de bons vins et délicieuses vian- 
des; autres sont avers et convoyteux d'avoir Taulruy 
bien, autres qui sont hoqueleurs, larrons , usuriers , 
rapineux , parjures, traittres et mesdisans , et cestes 
manières de gens monstrent bien que ilz sont enfTans 
de la doctrine à leur maistre que ilz ressemblent; par 
sa doctrine et temptacion et par son conseil ilz font 
iceulx maulx; c*est Fennemy de ténèbres qui les at- 
tise et les esmeut à faire yceulx péchiez et les y 
tient bien jusques à la desliance de vraye confession, 
par laquelle ilz sont délivrez, et de ceste manière 
de gens est le plus du monde entechiez et surpris. 



Des bons exemplaires du monde, 
€haffitrb XXXYIII*. 

prez, y a d'aultres qui sont plus saiges 
et qui.ontplusle cueret Fesperance en 
Dieu, et, pour lamour de la crainte que \\l 
ont envers luy, ilz se tiennent chaste- 
mesDl et nettement, et se combattent contre les ten- 
tations des brandons du fieu de luxure , et aussi se 
tiennent plus soubrement de viandes délicieuses, 
par quoy la diar est temptëe, car la délicieuse 
viande et les bons vins et les deliz du corps sont 
alumail et tison du feu de luxure. Et autres qui ont 




84 Le Livre 

grâce d'avoir soutïisance cODtre convoitise, et au- 
tres qui ont fi-anc cuer et pileux aux povres , et sont 
loyaulx «justes vers leuraproucbains et voÏMiis, et 
son! paisibles , et , pour ce , Dieux les fait vivre en 
pais et paisiblement; car qui le mal cl In note 
quicrl, le mal et la douleur treuve; voulentiers 
le voit l'en advenir. Car aucunes gens par leur 
greni yre et convoitise se bastent de leurs basions 
mesmos et se pourchassent de jour en jour pôae 
et ennuy. Et pour ce, Dieux bencisl en l'Euvan- 
gille les débonnaires de cuer et les paisibles; el 
toutes ccstes gens , qui ain^ se Uennent ncltemenl 
en la cramte el en l'amour de Dieu et de leurs voï- 
âns.monstrent bien qu'iU ressemblent à leur bon 
màistre , c'est-à-dire à Dieu le père , de qui ils tien- 
nent ses sabs commandemcns , si comme sûnie 
ir ilz ont eu franc cuer i les 
an Élz de Dieu, qui 
vie et de joie pardurable, el 
iul bien et sauvement puiser. 
. , ajés jour et nuil le cuer ou 
lui, et l'amcz et le craigniez , et il vous sauvera de 
tons perilz et de toutes lemplacions mauvaises, el 
pour ce, mes belles filles, je vous \-ueiI monslrer et 
desclairer par ce livre les preudes femmes et bonnes 
dames que Dieux loue en sa Bible , qui , piiT leurs 
saintes euvres et bonnes meurs, furent et seront i 
tousàours mais louées, pour quoy vous y prengniei 
bon exemple à vivre à tousjours mais honneste- 
ment et nettement comme celles firent. Et aussj 
vous monslrcray et desclareray aucunes mauvuses 
qui furent diverses et crueuses , lesquelles (iiiërent 



Eglise leur enseigne 

retenir, 

est bon exemplaire de 

fontaine où l'on puet le 

Et pour 



su Chetaliek se La Toue. 85 

mal , afin de y prendre bon exemide de tous garder 
du mal et de la perdkâon où dks cfaeyrent. 




De Et^ej nosire première mère. 

Chappitee XXXIX^ 

le premier exemple de mal et de pediié, par 
t quoy la mort est entrée en oestoy monde, 
^si vint par Eve, nosire première mère, qm 
petitement garda le commandonent de 
Dieu et ronneur où il ravoit mise ; ear il Favoît fntle 
dame de toutes choses vivans qui eslûjent aoobz le 
ciel, et que tous lui obeyasoient eCfeisBenI sa Toolenlé. 
Et se elle ne feust dieute en pecliîé de desobeys- 
sanœ , il n'y eust poisson en la mer, ne beste sur 
terre , ne oisd en Tair que tous ne fenssent à son 
obeyssanoe , à en prendre et à en deviser là où il Iny 
pleust, sans nul desdit, et aossy elle eust enfms 
sans dottlour et sans péril , ne jamais ne eust Ten 
feimg ne soif, frrât ne cfaant, travail ne maladie , ne 
tristesse de cuer, ne mort terrienne nulle. Nulle eaue 
ne la peust noyer, ne fea ardoir, ne glaive, ne aul- 
tre chose blescier; nnOe cbose ne Iny peust nuire, 
ne fayre oouroucier. DoDeqoes pensons et r^ardons 
comment un pediié, sans {dus, la mist de si grant 
honneur et gloire si bas et en tel servage; car elle 
perdit toute Tonnear et la richesse, laissa la gldre 
et toute robeyasanœ pour le pechié de désobéis- 
sance. Or resgankms donoques en quoy pedia la 



S6 Le Livre '^^M 

première femme, atfm, mes chiéres filles, de TttriT 
en garder, si Dieuplaist, par la bonne doctrine que 
ïous prendrés en bons exemptes. Sy vous dy que le 
premier pechiâ de nostre mère vint par mauvaise 
accointance, pour ce qu'elle linl parlement au ser- 
pent, qui avoîl, ce dil l'escripture, visaige de femme 
moull bel et moult humble, lequel parloil humble- 
ment et coinlement; si l'cscauia voulenliers el pri- 
vëement, dont elle fist que folle; mr se au com- 
mencement elle ne l'eust voulu escoulcr et s'en esirê 
venue à son seigneur, elle l'cust desconHt à sa grani 
honte. Et ainsi le fol escoutemenl lui fist dommaige. 
El pour ce , belles filles , n'esl pas bonne chose d'es- 
conter gens qui langaigent et qui ont l'art de bel 
parler, ne que eacouler doulces pnrolles et cou- 
vertes; car par fois elles sont decevables et veni- 
meuses, el en puel l'en acquerre blasme. Après cel- 
Ini serpent advisa son point el la trouva senlc et 
loing de son seigneur, et pour ce lui monstra A 
loysir son faulx langaigc , et dont il n'est pas bon de 
demourer seul à seul à nuUuy , se il n'est de ses 
prochains. Et je ne dis mie que l'on ne doyc faire 
honneur et courtoisie à chascun scion ce qu'il vault; 
mats l'on met trop plus son honneur en balance de 
trop respondre que de pou ; car l'une parolle altrail 
l'autre et à cbacunes foys convient qu'il en soit dit 
d'aucunes dont îlz se pueent après jangler ou bour- 
der, et pour ce est bon exemplaire à toute droite 
dame. 

La seconde folie de Eve nostre première mère est 
i ce qu'elle respondy trop legîÈremenl, sans y penser, 
quant l'ennemi Lucifer lui eust demandé peur ^oan 



DD Chevalier de La Tour. 87 

elle et son mary ne mangoient du fruit de Tarbre de 
vie, comme ilz faisoient des autres. Ce fut celle qui 
respondit sans le conseil de son mary, et lui y tint 
parolle , dont elle fit que folle, et luy en meschey ; 
car la responce ne lui avenoit mie, ains appartenoit 
à son seigneur à en respondre; car Dieu avoit baillé 
la garde d'elle et du fruit à son seigneur, et divisé de 
quel fruit ilz mangeroient. Et pour ce peust avoir res- 
pondu que il en parlast à son seigneur, non pas à elle, 
et sefeust couverte et deschargée. Et pour ce, belles 
filles, devez prendre en ce bon exemple que, se au- 
cuns vous requiert de foUe ou de chose qui touche 
contre vostre honneur, vous vous pouvez bien cou- 
vrir et dire que vous en parlerez à vostre seigneur ; 
ainsi vous les vaincrez et ne ferés pas comme la se^ 
conde folie de Eve, qui fîst la responce, sans ce que 
elle s*en oouvrist ne sans le conseil de son seigneur. 
Et pour ce, belles filles, je vouldroye bien que vous 
rcCenissiez Texemple d*une bonne dame de Acquillée, 
que le prince d*Acquillée prioit de folles amours. Et, 
quant Û Teust assez priée et assez parlé, elle lui res- 
pondit que elle en demanderoit ravis à son seigneur; 
et quant le prince vit ce si la laissa ester et oncques 
plus ne lui en parla, et disoit à plusieurs que c'estoit 
une despar&ities dames de son paîx, et ainsi la bonne 
dame en receut grand pris et grant honneur. Et 
ainsy le doit fakre toute bonne dame , non pas res- 
pondre de soy meismes, comme fist Eve. 



«ÎS^ 



p 



La iij' fautte de Eve. 

Chappitmb XL'. 

j^^^^l a tierce folie de Eve fui qu'elle dc reconla 
1^ ^9^ pas A droll la defTcnso que Dieu avoil 
i^ ^^B '^"'^ ^ ^'^^ ''t ^ '^i' seigneur-, doçtns y 
"tr.ju ^ mist division. Car Dieu leur avoit dit que 
se'ût muigeoient de cellui fruit qu'ils en mourrcùeal, 
elpour ce, quant elle fiât larcsponce au serpens, elle 
ne diat mie plaitincment la vcritâ, aiuçois dist : •• Se 
nous en mangions, nous en morrioiis par adventure- ■ 
Ainsi mist condicion en la rcsponse, si comme main- 
tes folles femmes font quant l'on leur parle de folie. 
Hais Nosire Seigneur ne leur avait pas mis de par 
aventure. Car la simple responsc de par aventure, 
que rennemi trouva en elle , lui donna pié de par- 
ler plus largement et dc plus la tempter, tout sanj 
comme celles qui escoutent et respondent k^iëre- 
mcni à ceulx qui les requièrent de fol amour. Cor, 
par les simples responses et par l'escouler, îli don* 
nenl voye et lieu de parler plus avant, ûnâ comme 
il avinl k Eve, noslre première mère, qui cacoula 
l'ennemi janglcr et rcspondil sans le conseil de son 
seigneur. El pour ce l'ennemi la tempia et lui dist : 
n Vous en pourrez bien mangier, et si n'en mourrai 
mie, ains sere^ aussi beaulx comme Dieu cl si seau- 
reï bien et mal. Et sçavez-vous pourquoy ïl a def- 
fendu que vous ne mangiez point de co fruil! Pour 



DU Chetalier d-e La Tour. 89 

ce que, se vous eo mengiez, vonsseriez aussy beaux 
et aussi clers et- aussi puissans 'Comme lui. » Ainsi 
la folle cuida qull dLst vray, et le creut par convoitise 
et par beau parler, tout aussi comme font les folles 
femmes qui croient de legier les belles paroUes des 
jangleurs qui les conseilloient à foloier contre leur 
honneur et leur estât par flatterieset folles promesses, 
et leur jurent assez de choses qullz ne leur tiennent 
mie. Aucunes îm les folles les croyent tant qu*elles 
viennent et ae- consentent au fol délit , dont elles se 
trouvent depuis deceues et moquées. Car, quant ilz 
ont Dût leur foldéHt, ilz les Udssent comme diffa- 
mées honteusement. 




De la quarte folie de Eve, 
Chappitrb XLK 

la quarte folie de Eve si fut du fol regart , 
I quant elle regarda Tarbre et le fruit de 
vie que Dieux leur avoyt deffendu. Si 
luy sembla trop bel et delitable, dont le 
désira par le regart et en fut temptée ; ainsy par le 
fol regart cheit en folle plaisance. Et pour ce a grant 
péril à regarder legierement. Car le saige dit que le 
pire-ennemi est Tueil, dont maintes ont esté deceués 
par &ulx regars. Car il est maintes gens qui de leur 
grant art font on &ulx semblant et un faulx regart , 
comme maintes gens qui regardent afâcheement et 
font le débonnaire et le gracieux, et font le pensis en 



90 



Le Ln 



leurs faux regars, dont maintes fois maintes ei 
deceuea, car elles cuidi^nt qu'ilz le Eacenl par dcs- 
Ire&se d'amours, et ilz ne le font que par faux semblant 
pour les décevoir. Et pour ce a cy bon exemple pour 
soy gailtier de faux regardcurs. Car maintes fotz l'im 
y est doceu. Car, quant l'ennemi les trcuve en I0I2 
fols regars et dclix, il les point cl enllambe de foie 
lemptacion , par qiioy il les tient liez du fol ddil, et 
du fol délit les fait cbeoir en l'orl fait, dont elles per- 
denlcorpselame; doncques tout vient par fol regvl. 
Dont je vouldroye que vous sceussieK l'exemple du 
roy Duvid, que, par un fol regart de regarder la 
femme lirie, il cheyt en fornication d'avoultire, puis 
eu omicide, comme de faire tuer son chevalier Une, 
drat Dieu en prinst plus grant vongcnce sur luy et 
Gur son pueple, dont l'achoyson avint p; 
cl regart, si comme il advint à Eve, noslre première 
mËre, qui par son fol plaisir et regart chey ou fol bit, 
dont Coût le monde et l'umain lignaige l'acheta chicre- 
menlct àgranldouleur. Car par celluy regart et cel- 
luyfaitla mort vint au monde. Elpource osicy bni 
exemple de non regarder folemcnt ne alticheemeal. 



Cda 



m/e folie de £.'e 

PITBB XLIK 



a qubtc folie fut de louchier, ( 
Sliabita au fruit, dont il vaulsîst-q 
y que elle n'eusl eu nulles m 
lest périlleux le louchier aprËs le regard > 
quand les deux vices se consentent de mauvaise VO* 



BU Chetalie'r Dfi La TauR. 91* 

lente. Et pour ce dist le saîge en la sapience que- 
Ten se doit garder de touchièr à délit dontlé cuer isoit 
blesdé ne r&me ; car fol atôuchementeschaiiffé le cuer' 
et enflambe le corps. Et, quant raison est aveuglée 
qui doit le cueur et la fenestre gouverner, Fenchiet 
enpediié et en fol deliz ; et encore dit le saige, qui se 
▼éullseurement gouverner et nettement garder, doit 
deux ibis ou trois aviant ses mains regarder que à nul 
for fiût àtoucbier , c'est à dire, avant que le faire et 
entreprendre, deux foyz ou trois y penser. Carié' 
touchièr et le bayser esmeuvent le sanc et la char 
telement que ils font entrobliér la crainte de Dieu et 
honneur de cestmonde. ÂinsimonUdemal se esmeul 
et avient par fols baisiers et atouchcmens, tout ainsi 
comme il avint à Eve qui atoueha au fruit de vye. 



De la ly • folie de Eve, 
C H AP PITRB XLIII''. 

vj* faulte si hit pour ce que elle men- 
du fruit deffendu ; ce fut le plus fort 
[du dolereux &it. Car, par celluy fait 
Lnous et tout le monde fusmes livrez au 
péril de la mort d'enfer , et estrangez de la joye 
pardurable. Si avons cy grant exemple comment par 
le trespassement d'une petite pomme soyent devenus 
tant de douleurs et^demaulx. Hé, Dieux, comment ne 
poise Ten assavoir comme Dieux pugnira ceulx qui 




ga Le Livre 

foDl teh forraix de viandes et qui se delîltenl eO bl 
niorseauls de quoy ils nourrissent leurs ventres et 
leurs charongnes , qui par celui délit la fonl ea- 
mouvoir en fol délit de luxure el d'autres pecbiez. 
Pourqud; ne regardent-ilz aux povres lanûLIcuxqui 
meurent de froit el de faing et de soif, dont Dieux 
leurdemandera compte au grantjour espovenubleî 
Et saichiez que pecbiè n'est pas du tout 11 trop ipen- 
gier, mais au délit de la saveur de la viande; dooi le 
saigc dit que la mort gist dessoubz les délices, ausâ 
comme le poisson qui prent l'aini par la viande tpi 
y est alachée , el c'est la mort. El aussi comme les 
poisons et le venin est mis ou bon morcel , dont 
l'omme mueri, el aussi la saveur du délit , que l'on 
proniés délicieuses viandes, ocâenl l'ame el la péris- 
sent par le délit du corps , et aussi Cûmme le deBal 
de la pomme ocdst Eve nostre première mère ■ la- 
quelle vint au pechié, comme font maintes gens; car 
îlz viennent ù escoutcr la folie, et puis aux regars cl 
puis au (ouchier, et du louclùer au baisier, et du 
baisier au fait du faulx délit, comme Rt Eve, qui as- 
savoura la pomme après le regart et le touclûer. 



BU Chbyalieb de La Tour. 93 




De la vij^ folie de Eve, 
Chappitrb XLIIIP. 

yQ^ folie de Eve fut pour ce qu*elle ne 
ireut pas ce que Dieu lui avoit dit que 
iUe mourroit scelle mengoyt du fruit 
Mais Dieux ne lui avoit pas dit qu'elle 
mourust si tost de la mort du corps , mais sim- 
plement luy (iïst que elle mourroit. Si fist-elle 
première ; ce feust ce /pie elle eut desobëy à Dieu , 
et cheoitte en son yre et en son indignadon. Après 
elle mourust de la mort du corps , ce fut quant elle 
eust esté une grant pièce au labour du monde et souf- 
fertes maintesdoulours, peines et mesaîses, si comme 
Dieu lui avoit dit et pronmiis, etau derrenier, après la 
mort, elle descendy en la prison qui estoit commune, 
dont nul ne eschappoit, c'estoit le porche d'enfer ; or 
elle fot en prison , elle et son mary et leur lignée, 
jusques à tant que Dieu vint en la croix ; ce fut Tes^ 
pace de V" ans et plus, et adonc Dieux les 
délivra et œulx qui Tavoient servy et ebey en la 
vieille loy, et les mauvus laissa; il print le grain et 
lessa-il la paille ardoir. flelas ! que ne pensons, nous et 
eeulx qui sont endormis et nourris en péchié jusques 
au jour d^, de nous amender, et non mie d'estriver 
tousjours à la folle espérance de cuidier tousjours 
vivre ne de attendre à soy admender sur son derre- 
nier joar,et ilz ne voiaitpas la mortqui seaprouche 



g4 Le Livre 

d'eulx de jour ea jour el vient soudainement, comme 
le larron qui enire par l'uis dorriËrc el emble les 
biens, coppe les gorges, et ne scei l'en quant il rienl, 
et après celluy larron luy embeUst de jour en jour 
à embler el persévère tant que il est prins et le des- 
Iruil l'en ! Et ainsi esl-il des pécheurs qui pecbent de 
jour en jour , tant que la mort les prenl , et ne sa- 
vent lore, comme le larron, à qui tant embeUisi de 
mal fmc qu'il ne se peut tenir d'aier et de venir et 
soy delictcr en ses larrecius tant qu'il est prias el 
mis à mort, et aussi esl-il du pécheur qui tant vait et 
vient à sa foie plaisance et à son fol delict que l'oD 
s'en apparvoit, et csi sceu tant quelle est dif^mée et 
deshonnourËe du monde el liaye de Dieu et des anget. 



De la i-Hj' folie de Eve 

CaAFPITBB XLV°. 



UedoniSP 



1 viij" folie fut qu'elle qu 
Siairesonpécliié, «ce futqueeUe 
^pomme à son mary et luy pria que il en 
mengast avec elle , cl il ne loi voutott du« 
desobéir comme fol, et pour ce furent tous deuipii- 
sonniers du pechiË et de aostre graut mal ; donl a cj 
bon exemple que, se femme conseille mal à son sei- 
gneur, il doit penser se elle lui dit bien ou mal el 1 
quelle Bn la chose puet venir. Car l'en ne doit mis 
estro si enclin à sa femme ne si obéissant que l'en ne 
peiue se elle dit bien ou mal ; car ilz sont maintes 



DU Chetalier de La Tour. 96 

femmes auxquelles ne leur chault , mais que leur 
Youlenté soit faicte et accomplie. Dont je congneux 
un baron qui tant crut sa femme que par son fol 
ccHiseii il prist mort , dont ce fîit dommage. 11 lui 
vaulsit mieux qu'il Teut moins crainte ne congneue, 
et aussi, comme Adam, qui folement creut sa femme, 
à sa grant doulour et à la nostre. Et aussy, toute 
bmme femme doit bien penser quel conseil elle 
veult donner & son seigneur, et qu'elle ne luy con- 
seille mie à foire diose dont il ait honte ne dom- 
maige pour acomptir sa foie youlenté. Car, se elle 
est'saige, elle doit penser et mesurer à quelle fin ou 
bien on mal la chose puet venir ; car eÛe y partira 
et ou bien et ou mal. Et , pour ce y doit bien poiser 
avant qu'elle riens lui conseille, ne ottroye, ne pour 
amour ne pour hayne d'autruy. £t , aussi comme 
Eve ne vouJoit bien faire, elle ne devoit mie conseil- 
lier à £aire mal ; car il y eust assez eu d'elle. Et pour 
ce est cy bon exemple, se l'on ne veult foire bien , 
que Ton ne doit pas conseillier à autruy à foire mal. 
Et aussy, se l'on ne vuelt jeûner et bien faire, l'en ne 
doit pas autre desconseillier ne destourber à auitruy; 
ains dbt le saige que l'on a sa part ou pechié , c'est 
à dire cculx qui lui estent sa devocion et qui le con- 
seilient & desjeuner et à foire pechié. Et , pour ce , 
qui n*a voulenife de bien faire, si le laisse Ton bien 
foire aux autres, et ne leur conseillier riens contre leur 
ame , car ilz partidperoient au pechié. 



La ix* folie de Eve. 

Chappitbb XLVl". 

(■ folie et lu grsigneur fut la derreuiè- 
. car, quant Dieu la mîst à raison pour- 
^quoy elle Bvoyt trespassË son commande- 
Simenl et fait pechier son seigneur. Ion 
elle excusa et dist que le serpent lui avait laiL bire 
et conseillië. Dont elle cuida aUegier son pocUè pont 
chargier autruy. Dont il sembla que Dieu s'en cour- 
rouça plus que devant, pour ce que Dieux lui res- 
pondist que dont de là en avant en seroit la busîllt 
entre elleel l'cnnemy, pour ce qu'elle crut contre luy 
et qu'elle vouloil eslre pareille b. Dieu , et pwir tt 
qu'elle passa son commandement, et pour ce ([u'ellt 
creul plus l'cnnemy que lui qui L'avoit faiele, et pour 
ce qu''elle dcceut son seigneur par son fol coosâl et 
que elle s'cslbri^ de excuser sou meffaictel son pe- 
cMé, et pour cesles causes Dieu ordonna la balailte 
entre homme et femme et l'enneiny. Car moull " 
desplut à Dieu l'excusacion , comme il fait aujour- 
d'uy de lelK qui viennent à confesàon devant leur 
prestre , qui est en lieu de Dieu , si se excaseni «a 
leur confession devant leur prestre, et polliceol 
meffait, c'est-à-dire qu'ih ne dient pas leurs pedûéf 
sy vilment comme ilz ont mcRait, et en ont honte de 
le dire ; maiz ih n'avoient pas honte de le foire. El 
pour ce ilz ressamblent à nostre première mère En 



DU Chevalier de La Tour. 97 

qui se excusoit. Maiz saint Pol dit que qui veult estro 
bien nettoyé et lavé, il doit dire aussy laidement con- 
tre luy et plus comment il le &it, ou autrement il 
n'est point nettoyé. Car, si comme dist saint Père, 
tout aussi comme demeure voulentiers le larron là où 
Ten le celle et là où Ten muce son larrecin, et ne va 
pas voulentiers là où Ten Tescrie et hue, tout aussy est- 
il de Tennemy qui emble les âmes par ses tempta- 
dons , et se muce et reboute es corps et es lieux où 
il n*csl pas escrië , ne hué , ne descovert par confes- 
sion; car celui qalse confesse souvent et menuFes- 
cric et le hue, et est la chose qui soit qu'il plus het 
et craint. Sy vous laisse à parler de nostre première 
mère Eve et comment Tennemy la fisl pechier et er^ 
rer. Si vous parieray comment nulle saige femme ne 
doit estre trop hasdve de prendre les nouveautéz 
ne les premières cointises, comment un sains homs 
en prescha nagaires , et après ycelle matière vous 
parieray de Fexemple d'un chevalier qui ot trois 
femmes, sur celle matière, et puis je retoumeray au 
compte et à la matière des mauvaises femmes, com- 
me Û est contenu ou livre de la Bible, et comment il 
leur prist mal , et pour estre exemplaire de vous 
en garder. Après la matière des mauvaises femmes, 
je vous comptteray des bonnes, et comment TEscrip- 
tare les loue. 



» 



D'un ei-e/iijiic qui prcscha sur les comn'»^ 

Chappiibe XLVll". 

) e voua diray comment un st 

ïvesque prescha nagaires , qui à mer 
i les esloit griml clerc, et esloil on un sep- 
1 avoil grant foyson de dames el 
de damoj'selles , dont il y en avoit d'allournëes ik la 
nouvelle guise qui couroit, et estoient bien branchuea 
el avoient grans cornes. Dont le sainl homme com- 
mea^a à les reprendre et à leur baillier moult de 
exemples, commeal le déluge ou temps de Mo£ fui 
pourTorgueil et desguiseures des hommes, et espé- 
dalementdcsfcmmes, quisccontrcfidsoieDtdeBtourB' 
cl de robbes. Dont l'enitcmy vil leur orgueil el leurs 
desguiseures, et les list chcoir en l'ordure du vil pe- 
cbié de luxure, et, pour ceulx peclûËs, il co des- 
plust tant b Dieu qu'il fist pleuvoir xl. jours et xl. 
nuis sans cesser, tant que les yaues surmontèrent Ja 
terre de x. coudées sur la plus haute moniaigne, 
el lors tout le monde fut uayé et perilUé. El ne de- 
meura que Noé et sa femme el iraiz fili! el Irtûï fil- 
les, el tout advint par celui pcchiÉ. Et après, quant 
l'eveaque leur eust monstre cet exemple cl plusieura 
autres, il dist que les femmes qui esloieot ainsy cor-_ 
nues Ql branchues ressamblcnl les Umaa c 
les licornes, et que elles faisoleut les cor 
hommes cours vesUis, qui monstroient leurs a 



BU Ghstalieh se La Tour. 99 

leurs brayes et ce qui leur boce devant, c'est leur 
vergoigne, et que ainsi se mocquoient et bourdoient 
Tun de Tautre , c'est le court tèstu de la cornue. 
Et encore dist-il plus fort, que elles ressamblent 
les cerfs branchus qui baissent la teste au menu 
boys , et aussy , quant elles viennent à Tesglise , 
regardés les moy, si Ten leur donne de Veaue be- 
noyste, elles baisser<mt les testes et leurs branches. 
Je doute, dist l'evesque, que Vennemy soit assis entre 
leurs brandies et leurs cornes ; et pour ce les Mi- 
il baisser les têtes et les cornes, car il n'a cure d 
Teaue benoysie. Si vous dy qall leur dist moult 
merveilles et ne leur cela rien de leurs espingles ou 
de leurs atours, tantqull les fist mornes et pensives, 
et eurent sy grant honte qu'elles bessoient les testes 
en terre, et se tenoient pour moquées et pour nices. 
Et y en a de celles qui ont depuis laissées celles 
branches et celles cornes et se tiennent plus simple* 
ment aujourdliuy ; quar il disoit que telles cointises 
et telles contrefaictures et telles mignotises ressam- 
Moyent à Hraingne qui fait les raiz pour prendre les 
mousdies ; tout aussy faitl'ennemypar sa temptacion 
la desguiseure aux bonunes et'aux femmes, pour en- 
namourer les uns des autres et pour prendre les mu- 
sars aux delizdes folz regars, et, par les mignotises des 
fioles plaisances qullz croyent et ceulx folz regars et 
iblles plaisances, Tennemy les tempte et point, et 
les prent et lie, comme fait l'yraingne qui prent les 
mousches en ses rais et en ses tentes. Car telles con- 
tre&ictures et desguiseures sont les raiz et les tentes 
derennemycommel'yraingnelesmousches, si comme 
nuH)inptc unswt bermite en la vie des pères, à qui 



100 Le IjIvrb 

il fut demonLrë par l'ange, si comme vous pwfB 
trouver escript pins b plain. Après ce leur dist t]UO 
le plus du blasme du pcchiè csloit en celles qui 
premièremcnl prennent telles dcsgulaeures , et que 
les plus tbUcs estaient les plus hardies, et que toute 
bonne ^amc et saige doit bien soy craindre de les 
entreprendre jusqu'à ce que toutes conunuoËment 
les ajciit entreprinsQS et que Tonne puisse plus buîr 
selon le monde. Car, selon Dieu, les premières se- 
ront plus blasmées, et mises èshaulx sièges les der- 
renières. L'e\;csquo, qui prudomme esloil, dist an 
bon exemple, sur le fait de celles qui se hastoient de 
prendre les premières nouvcllelez et cointises, et dist 



I 



' cbeirent en la houe. ^^^^^^ 

IIBE T^^l 

le plusieurs dames cl *''^^|^| 
t conviées à une nopces. S^^^ 



^muculI advint que plusieurs dames cl d 
j^c^selles furent conviées à une nopces. ! 
[^ PS renia la beneyçon et s'en vindrent tOutA 
tt^â^piè par esbat là où on devoU foire le 
(Ësncr. Sy avoit un bien petit maroîz entre deuiL, e( 
bien mauvoiz chemin. Sy dislreut les plue jucnne* 
fommcs : Nous yrons bien par ces marois ; car le 
chemin y est plus droit. Les autres, qui esloicni les 
plus meures Cl les plus saiges, distrent qu'elles 
yroîeut le grant chemin, car 11 estoit le plus sec el le 
plus seur. Les juennes, qui estoicnt plaidnes de leurs 



DU Chevalier de La Tour, toi 

voulentez, n'en vonldrent rien faire, et Guidèrent 
aler au devant et prindrent le chemin des marois, 
où il avoit vieilles cloyes pourris, et, quantelles furent 
sur les cloyes, les cloyes fomlirent et elles cheyrent 
en la boue et en la fange jusques aux genoulx, et 
furent toutes souilliées,etconvintqu'elles retournas- 
sent arrières à Tautre chemin, après les autres, et el- 
les se ratissèrent à coustaubc leurs diausses et leurs 
robes, et fiirent crotèes et souillées , et ne demandez 
mie comment, et on les demanda bien partout, et tant 
queronentmen^ë le premier mes avant qu'elles ve- 
Dissent. Et quant elles vindrent sy comptèrent codh. 
ment elles estoîentchaitez en la boue. Hé ! dist une 
bonne damé et saige qui esUxt venue le grant chonin , 
vous nous cuidiez estre au devant pour estre les 
premierez à Fostel, et ne nous vouliez suivre. Il est 
bien employé ; car je vous dy pour vray que telle se 
cuide avandé qui se desavance , et telle cuide venir 
la première qui se treuve la dernière. Sy lui bailla 
ces deux parolles doublement et couvertes ; car, se^ 
Ion ce que dist le saint preudomme , ainsi est-il de 
ce siècle ; car celles qui premières prennent les 
nouveanltëz et les joûvetéz qui viennent par le 
monde, elles cuident moult bien faire desavancer les 
anltres pour av<Hr les plus de regars ; mais, pour un 
qui le tientàbien, il y en a x. quy le tiennent a mau- 
vaysets'énmoqaentetbourdent; car telz les en louent 
par devant qui en trayeni la languejpar derrière et 
86 mocquent d'elles et en tiennent leurs parlemâu ; 
mais nulle ne croit m sa folie. 



Cy parle de tenir moyen estai. 
CaAPPiTBB XLIX'. 



^ yMgg l elle se tient ft la mieulx \ 
«m^Kniieremenl se coinloye; mais celles qai 
ft.^ B^^ premièrement prenneat telles nouveauléa, 
5* B w » ce dit le preudomme, ressemblenl bus 
juennes femmes qui se souillèrent en la boue,dODl 
l'en se bourde d'elles ei de leur chemin nouvel, El 
celles qui se tiennent plus meuremenlelsimplemail, 
ce sont les saiges qui alèrent le grant chemin senr ; 
car Von ne se puet bourder de celles qui se tiennent 
mcurement. Je ne dy mie, puisque lestât et b nou- 
yelleté est courant pnr tout el que Ulules s'y pren- 
nent, il convient qu'elles suyvent k siècJe et Ikcen) 
comme les autres. Mais les saiges y doivent reculer le 
plus qu'elles peuvent, et au forlcn prendre sur elles 
avant moins que plus, cl elles ne se hasieroni pas 
tant devenir au devant comme celles qui chejTenien 
la boue pour cuidier venir les premières, cl elles fu- 
rent les derrenières, et Turent souilliées cl honuyea. 
Pour ce, mcschières filles, esl-il bon da ne se hasier 
point el de tenir le moyen estai, c'est â en Taire pli» 
sur le moins que sur le plus. Maiz il est aujourd'hui 
un ai mescbanl siècle; car se aucune jolie ou aucoM 
nice preni aucune nouveaulté cl aucun nouvel ceM, 
laniost chacune dira à son seigneur : a Sire, l'en nts 



■ disi que telle a telle chose qui trop bel est et trop 



DU GHKYALIEa'DE La ToUR. 1o3 

» bien lui siet. Je vous prye que j'en aye ; car je suis 
» aussi gentil femme et vous aussi gentil homme, et 
» aussy puissant comme elle et son seigneur, et avons 
D aussy de quoy bien paier comme eulx. s> Et trou- 
vera raysons par quoy il convendra qu'elle en ait, 
ou la noise et le meschief sera en Tostel , ne jamais 
n'y aura paix jusques à ce que elle en ait sa part 
aussi comme l'autre, soit droit, soit tort; elle ne re- 
gardera pas que le plus de ses voisines en ayent 
avant, ne ne enquerra se les bonnes dames qui sont 
renommées et tenues pour saiges en ont encore pirins 
telles nouveaultez; il convient que elles aillent les 
premières comme firent celles qui cheyrent en la 
fonge. Si est grant merveilles de telles, cointises et 
de telles nouveaultez, dont les grans clercs dient que 
les honmries et femmes se dcsguisent en telle manière 
que ilz ont doubte que le monde périsse, comme il 
ûsi ou temps de Noé, que les femmes se desguisè- 
rent et aussy firent les hommes; maiz il despleut 
plus à Dieu des femmes que des hommes, pour ce 
qu'elles se doivent tenir plus simplement. Dont je 
vous en diray une merveille que une bonne dame 
me compta en ccst an, qui est l'an mil trois cens 
Ixxy. Elle me deist que elle et tout plein de da- 
moisdles estcnent venues à une feste de Sainte-Mar- 
guerite, où tous les ans avoit grant assemblée, et là 
vint une damoisele moult cointe et moult jolye, et 
estoit plus diversement arroyée que nulles des autres, 
et, pour son estrange atour, toutes la vinrent regar- 
der comme une beste sauvaige ; car son attour ne 
sambloit à nul des autres, et pour ce eut-elle sa part 
des regars. Si luy demanda û bonne dame : a M'a- 



io4 Le LivKE 

mie, eommeDl appellez-vons eesl aUOurf » Et ci 
lui nspooiii que l'on l'appciloil l'attour du gibeu • — 
a Du ^betl » dtst la cUune. n En nom Dieu, le nom 
» Q'esl pas bel , ne l'atour plaisant. » Si als la vois 
amont ei aval que celle damoiselle avoit nommé son 
alour l'alour du gibet, et chacun s'en jengla, cl la 
veDoient veoir comme petis enfans. Si demanday ii 
la bonne dame la manière de cellui atour; sy la me 
devisa; maiz en bonne foy je le retins pcUteoient, 
mail que, tant qu1l me semble, qu'elle me disl qu'il 
esloit buull levé sus longues espiègles d'argent phiB 
d'un doy sur la leslc comme un gibet pour eslre 
esuwigement. Si o'estoil pas leuue celle damdadle 
i trop sage , et esloit mouit bourdée ; et ainsi dua- 
cune nycc amolune sa nouveaulté cl sa desguiseurc. 
Sy vous laisseray à parier de cestes desguisures ot 
atours; je vous ay diteomment l'evesque les «bas- 
tioyl el souieuoit et prouvoyt par la sainte eacriptuTO 
que, quant les bommcs et par espccial les femmes su 
cointissoienl et desguiâOienl,que c'estoil conlro mal 
temps de morlalit^ ou de grans guerres, comme an- 
denncment est advenu , et comme encore on lo puei 
Tcoir chascun jour et le appercevoir, el que c'est un 
pet^ié d'orgueil, par quel les angels cheyreul du del, 
par qui le déluge vint quant le monde fut iwyè, pac 
lequel la luxure y est conceue par h reôi 
orgueil. 




DU Gheyalibe Dk La Tour, loa 

Du chevalier qui eut iij femmes, 
Chappitrb L*. 

elles filles , je yoùldroye que vous scens- 
, slez et eussiez bien retenu l'exemple d'un 
cbevalior qui ot troys femmes. 11 fut un 
chevalier môult preudomme et de bonne 
vie qui avoit un onde herante, âiint homme et de 
religieuse vie. Ce chevalier eut sa prenûère femme 
qu'il ama à merveilles. Si va advenir que lamort, 
qui tout prcnt,la print, dent le chevalier fut â dolent 
que a peu quil n'en mourut de dueil et de couroux. 
Si ne savoit son confort prendre fors que aler soy 
pomplaittdre à Termite son oncle, que il savoit saint 
homme. Si vint a lui pleurant et doolousant et re- 
grettant sa femme, et.le saint hermite le eonfortoit le 
plus bd qull povoyt, et au fort le chevalier le pria 
i joîAtet mains que il voulsist Dieu prier que il sceust 
se die estoit perdue ou sauvée. Le saint homme eut 
pitié de son neveu et ala en la chappdle et adoura 
Dieu, et requist que il lui pleust lui demônstrer où 
elle esloit, et qnûit il eut esté grant pièce en oroi- 
son, il s'endonni et lui !ut ad\is qu'il veoit la povre 
ame devant monseigiiear saint Michiel et lennemy 
de l'autre part, et estoit en une balance et son bien 
fieût avec elle et d*antre partie l'ennemy avec les 
maulx qu'elle avoit fiûts, et, entre les autres choses, 
la chose qui plus pesoit et qui plus lagrevoit, c'cs- 



io6 



Le Livre 



loienl ses robes qui moult cstoieot fines et fourfi 
de vair el de gris et letlicèes de herimiies. Si se es- 
crioill"ennemi eldisoit: « Ha, saint Hichîel, sire, 
B cesie femme avoil dix paires de robea, que longues, 
» que courtes, que costcs hardies, et vous saveï bien 
D qu'elle en eust assez de la moitié moins, c'est 
B d'une robe longue et de deux courtes et de deux 
» Colles hardies, pour bien se y passer setcu une 
a simple dame, et encore elle s'en deusl bien passer 
s t moins selon Dieu ; elle en a trop de plus de nidt 
n lié, el de la valeur d'une de ses robes I. panel 
D gens en eussent I. bonnes cottes de burci, qui (hU 
s souffert tel Iroit et tel mesaise en cest yver envîroa 
» elle, ne oncques pitié n'en eust, et du forfait de 
B ses robes ces povres en fuissent revesluz et garaniii 
» de froit n. Sy apportoit l'ennemi les robes qui par 
forfait estoient , et les mbt en la balance, et les an- 
neaulx et petits joyaux qu'elle avoit receux des com- 
pagnons par amooroltes, et grant foysou de nuiea et 
de mauvaises parollcs que elle aviût dictes en àiSùr 
ment autniy par envie et toulir leur bonne renoiD' 
mée; car moult avoit esté envieuse et mesdisant;» 
elle n'avoit riens fait que tout ne feust illecques rap- 
porté , et toutes ses robes et celles chosetcs furent pe- 
sez en la balance , tant que ses maulx passèrent son 
bien ftut et l'emporla l'ennemy, et lui vesty ses robes 
toutes ardontes et pliunnes de feu el de flambe, et ta 
povre ame plouroit et se doulousoil moull piteuse- 
ment. Et puis l'ermite s'esveilla et racompts ce ftiltt 
chevalier son neveu, et commanda que toutes an 
robes feussent données pour Oîcu et toutes depBrtiea 
aux povres. 



DU Chevalier de La Tour. 107 




De la seconde femme du chevalier. 
Chapitre LP. 

près le chevalier se remaria, et furent 
lE)ien V. ans ensemble, et puis elle morust ; 
et le chevallier, se il fut dolent de la pre- 
mière , il fut bien autant ou plus de la se- 
nde, et vint à son onde plourant et menant grant 
leil , et luy pria , comment il avoit autrefois fait , 
ill sceult où estoit sa femme, et pour la pitié de 
f le preudomme se mist en oroyson. Si vist et 
I fot revellé et demonstré qu*elle seroit sauvée ; 
liz die seroit c. ans ou feu de purgatoire pour cer- 
nes faultes qu*elle avoyt faittes en son mariaige, 
fti que un escuier s'estoitcouchié avecques elle, et 
or autres petitz péchiez , et toutesfois si s'en es- 
A^tte confessée plusieurs fois ; car, s'elle ne s*en 
181 bien confessée, elle eust esté dampnée. Si dist 
saint homme au chevalier cpie sa femme estoit 
Hirée, dont il eut grant joye. Si regardez que pour 
. pechiè celle fut tant en feu ; mais bien puet estre, 
comme dit le saint homs , que ilz avoient commis 
délit environ x. on xij. foiz; car pour chascun fait 
délit Ten est vi}. ans ou feu de purgatoire, non ob- 
mt la confession, car le feu de vg. ans n*est que 
or esporgier et purifier Famé de chascun fiiulx 
lit Si ne lUvoit-elle pas foit à homme marié , ne 
irestre, ne àmoiiie, ne engendré enflant; mais 



jo8 Le Livre 

pour cellui pechiô mortel , pour chac 
l'en le fait, l'en est vij. ans ou feu et en tlambe en 
purgatoire, non obatant la confession. Sy prenez icjTi 
belles filles , exemple comment celluy làulx ilelil râl 
chicr actielÉ, et comment il convieol une toh le 
comparoir, cl auBsy de celles qui ont tant de robes cl 
qui mcstenl tant du leur pour elles parer pour avoir 
les regars du monde et la plaisance des gens. C'eH 
un ^rant alu mail, dont l'en chietvoulenliers au pwiUfi 
d'orgueil, cl de cellui d'orgueil en cellui de boilMr 
qui sont les deux pires pechiéa qui soient, et-ipp 
Dieux plus bel. Et or regardez comment il ea priA 
à la première femme du chevalier, qui en fut damp- 
nëe et perdue, et toutesfois en a-il mainles par le 
monde , qui ont bien le cuer à lairc achcicr une robe 
de Ix. ou de iiii" francs; mais elles lendrtùeot A 
granicbose se elles avoient donne pour Dieu « 
seul franc ou une cote d'un franc k un povre hoiiH 
me; or regardez comment celles qui ont plu- 
àeurs corsÈs oi robes, dont elles se passHiûeQl 
Uen de moins, comment elles enrespondrontesiraio- 
temenl une fois. El pour ee, toute bonne femme, 
selon ce qu'elle est ei selon sa puissance, s'en doil 
passer au mains qu'elle puct, el donner pour Dieu le 
seurplus pour OGlre vesiue en l'autre sR-cle. ti 
comme fircnl les saintes dames et les saintes vier- 
ges, comme racontent leurs légendes, comme de 
sainte Elisabcib , de sainte Katherine el de sdnlt 
Agathe el de plusieurs, qui donnËrenl leurs TOlm 
Ot leurs biens aus povres pour l'amour do Dieu* Kl 
i testes exemple le doivent faire toutes boniiM In- 
mes. Or vous ay parlé des deux premiëroa fera 



DU Cheyalieii de La Tour. 109 
du cheTalief ; si vous parleray de la tierce femme* 



■■I ^ 




De la tierce femme du chevalier. 
Chapitre LU*. 

près le chevalier eut la tierce femme 
et furent grant pièce ensemble ; et toutes- 
foizellemorut à la parfin, dont advint 
que le chevalier deut morir dedueil et de 
regret , et , quant elle fiit mcMie , le chevalier vint à 
ton oncle, et lui pria quil voulsit prier pour sa 
femme. Toutesfoiz le prcudomme en pria tant quil 
luy vint en advision que un ange le signoit et mons- 
troit le tourment que Ten la feisoit souffrir, ne pour 
qiioy; car il veoit appertenant que un ennemy la 
teopit d'une de ses griffes par les cheveux et par la 
liesse , comme un Uon tient sa proie , si qu'elle ne 
povoit la teste remuer ne çà ne là , et puis lui met- 
toit alesnes et aiguilles ardans par les sourcilz , et 
par les temples, et par le front jnsques à la cervelle, 
et la povre ame s'escryoit, à diascune f(Hz qu'il lui 
bouioit Talesne ardent. Sy demanda pourquoy on 
luy Êûsoit cette gnnt doukor, et Pange lui respon- 
doyt que c'estoit pour œ qu'elle avoit affaitié ses 
aoorciz et ses temples, et son front creu , et arra- 
chié son peil poorsoy eoidîer embellir et pour plsdre 
au DMHide., et qall .oanvenoyt que en chascune 
place et pertuis dont ehascim poÛ avoit esté osté, 
^pM chascun jour coitfiiodlement y poignist Fa- 



1 10 Le Livre 

Icsneardanl. Et aprËs, quant il luj oi Mt-J 
frir ce martire, qui mouli longuement dure, ud 
autre anncmy moult hideux vint ft grans dens hideu- 
ses ei aiguës , la preudre au visaige et luy broyer el 
mascliier, el après cela vint avecques grans bran- 
dons de feu ardant luy enflamber el bouler en vi- 
saige ^ enVayement el douleurouscmenl que l'er- 
mite en avoit telle paour et hideur qu'il tratnbloil 
tout, mais l'ange l'asseura el luy disi qu'elle l'avoyl 
bien desservy ; si demanda pourquoy et il respoit' 
dy : Pour ce qu'elle s'esloît lardËe et peinte le vi- 
saige pour plaire au monde , et que c'esloit un àet 
pires péchiez qui feust et qui plusdesplaisoitàpîea, 
OBTc'osLoit pechié d'orgueil, par lequel l'cnalbûtle 
pecliié de luxure et tous aultres péchiez moriell 
dont le monde périt par le déluge et depuis plu- 
sieurs citez en sont arses et fondues en abtsme, car 
sur toute rien il desplait au créateur, qui tout tou^ 
ma, dont l'en se veult donner plus grant beaulté qu 
nature ne luy apporte , el si ne souEBsl pas à homme 
ne à femme eslre fait et compassé à sa sainclc ymvge 
où les sains angcis tant se délitent; car si Dieu eust 
vonlu.de sa sainte pourvcance, elles n'eussenipas esté 
femmes, ainsçois les eust faictes besies mues ou 
aorpens. El donc pourquoy regardent-elles à la grani 
beauté que Dieu leur a faictes, et pourquoy mcstent- 
elles ft leur visaige ou à leurs chiefs aultre chose que 
Dieui leur a donné. Et pour ce n esl-il nue de MT^ 
veilles se elles endurent ceste pénitence, car oeelti- 
disll'angel. Ta biendeservy, étalez vewr IcoQliU. 
el vous verres le visaige moull effrayé et hUMf. 
Sire, dit Termite, sera-elle guères en oellui WflP- 



DU Chevalier de La Tour, m 

meqt? Et Tange dist : mU ans, et plus ne lui en voult 
descouYiir. Maiz quant Tennemy lui mettoit le bran- 
don de feu ou visaige , la povre ame se escrioit , et 
doulousoit et maudissoit Teure (ju'elle avoit onc- 
ques esté engendrée, et estoit foible et douloureuse. 
Et de la paour que le saint hermite en eust il se es- 
veilla tout effrayé, et vint au chevallier et lui compta 
son advision, et dont le chevalier fut moult esbahy, 
et ala veoir le corps que Ton vouloit ensepvelir» 
Mais le visaige en estoit si noir, si let et si orrible à 
veoir que c'estoitgranta£Qiction. Adonc creut-il bien 
que c*estoit voir ce que son onde Termite luy avoit dit. 
Si en ot grant horreur et abhominacion et pitié ensem- 
ble, et tant que il laissa le siècle, etvestoitle vendredy 
et le meccrêdy la haire, et donna le tiers de toute sa 
revenue pour Dieu, et usa de saincte vie de là en 
avant, et ne luy chaiUoit des boubans du monde, 
tant fust effrayé de ce qu'il avoit veu de sa femme 
derreniére et de ce que le preudomme lui avoit dit 
qull avoit veu. 



D'une princesse. 
Ckappitrb LIIK 



t , pour affermer cest exemple, comment 
elle peut bien estre vraye, je vous en 
compteray d'un autre, lequel n'a gaires 

advint. Je vy une baronnesse bien grant 

dame, laquelle Fen disoit qu'elle se fardoit, etvy 




lia Lk Livre 

cellujr qui luy bailioit ctaascun an telle cttm 
avoit d'elle bonne pension par chascun an, si comme ' 
il disoit en son privé. La dame fui nn temps moult 
honnourée et moultpuissan te. Symorust son seigneur 
et vint en abûssani de Bon honneur et estai , et fiit 
un temps que elle avoitplusdelx. paires dérobes, sy 
comme l'on disoit. Mais depuis, à la pariin, elle s'en 
passa bien ù moins et en ot bien peUlcment, dont 
j'ay ay raconter à plusieurs que , quant elle fui 
morte, son visaige devint tel que l'on ne sçavoit qne 
o'csloil ne quelle conlrefaiture; car ce ne sambloîl 
point visaige de femme, ne nul ne le prisl pour ri- 
saifie de femme, tant estoil hideux et orrible à veoir. 
Sy pense bicnquc le fardementdel&painture, qu'elle 
vouloil faire et mettre en elle, estoil l^cho)-soD de 
cellui fait. Pourquoy, mes belles filles, je voii3 prj, 
prenez cy bon exemple et le retaiez en vos cuere, et 
ne a^iouslez k vos faces , que Dieux a bictes à sa 
EOinleymaige, fors ce que luy et nature y ont mis; ne 
rapetissiez voz sourcilz ne fronts, et aussy & vos die- 
veux ne mettez que lessive : car vous trouverei, de 
divinmiracle.enresglisedcNosire Dame do Roche- 
madour plusieurs tresces de dames el de Jamoiset' 
les qui s'estaient lavées en vin el en autres choses 
que en pures lessives, et pour ce elles ne pcu- 
rent entrer en l'esglise jusques & tanl que elles 
eurent fait coppcr leurs tresses, qui encore y sont- 
Ce fait est chose vraye et esprouvëe. Et ^ voia dy 
que ce fut très grant amour A monstrcr à ceUts à 
qui elle les monstra : car la glorieuse viergu Marie 
ne vouloyt pas qu'elles perdeisseni leurs pas, leur 
travail ne leurs pellerinages, ne que elles feusK»! 



DU Chevalier de La Tour. ii3 

perdues pardurablement ; sy leur voult monstrer 
leurs folies et les ramençr de perdicion. Sy est cy 
moult bel. exemple et mirouer,. et moult évident à 
ouïr, et à concevoir, et 4 vecûr à toutes manières de 
femmes pour le temps à venir, et pensez comment 
de Taagedu temps de Noê, que tout le monde noya et 
perist par les orgueilleuses deffaictures, et les des- 
guisures, et par les feu'demens des folles femmes , 
dont les lecheries et viles luxures yssirent , par 
quoy ilz furent tous et toutes perilz et noyez , fors 
vig. personnes sans plus. 




De la femme Loth* 
Chappitrb LIIIK 

n exemple vous diray de la femme Loth , 
*que Dieux avoit gettée de Gomorre, elle 
let son seigneur, et troix de ses filles, et 
Dieu luy avoyt deffendu qu*elle ne regar- 
dast point derrière elle ; mais elle n*en fist riens , 
ainçoys y regarda, et pour ce devint comme une 
pierre , tout aussy comme Saint Martin de Verlo, 
quant il fist fondre la dtë de Ërbanges , qui estoit 
en Feveschië de Nantes, laquelle fondy par le pechié 
de luxure ei d^orgueil, aussy comme fist la cité dont 
Lotbfùt sauvé, c est deGomorre, Sodome, et autres v. 
citéft que Dieu fist ardoir par feu de souffre jusques 
en abysme, et devindrent lac et eau , et furent tous 
perilz, et la cause iiit to^pour le vil pechié de lu- 



(itl Le Livre 

xure, qucja ne fail à nommer, qui put Uni ordemcnt 
que la pueur en va au ciel et beslourne lOul le ciel 
là toute l'ordre de nature. Sy on fiirenl vg. dtés arses 
de fouldrcs poans pour ce que ilï usoieni de Torde 
ardeur du (eu de luxure. Car qui le povoit faire « le 
feiaoil et s'eu efforçoyt de lo faire, sans y garder loy 
ne raison de nature, et tout aussy comme leurs cuers 
esloienl ars et espris de celluy vil pechié et feu de 
luxure , nostre Seigneur les ardy eulx et ions leurs 
bjcns par fouldrcs de feu et de souffre , qui tant est 
horrible et punnl. Et ainsi , l'une chaleur altrait 
l'autre, elcefutlavcngenccct lapugniciondeDieule 
père. Si est bel exemple commcnll'cn se doit garder 
du feu de luxure fors du iait de mariage , qui est 
commandement de Dieu et de sainte Eglise. Après 
ce que lu femme Lotli regarda derri^reselle pour vcoîr 
le tourment des pécheurs qui perissoienl par eçtlay 
feu de fouldre, et ai Bsl contre le commandeineutde 
Dieu et la defTense qui luy avoileslâ^le, etiitUsi-' 
gnîfiance â cculx que Dieux délivre de péril et 06tt 
parfois depechitmorlel, c'est âceulx à qui il doima 
grâce de eulx confesser et de repentir, et quant ilz 
sont neltoîez et confessez, et que l'en leur a deffen- 
duqu^U ne regardent point derrière eulx. C'est A dire 
que ilï ne retournent plus en peehié et que îli se gar- 
dent nettement dorénavant, et puis ilz rclournenl 
arrière à leur [techiè , ou en fait ou en dit, et se re- 
mettent arrières au peiil cl en l'ordure où ilï estolenl, 
tant que ilz devendront pierre, et néant, et plus 
queneanl, si comme elle fist. Je voutdroye que vous 
seeussieï l'exemple de la damequî laissa son seigneur, 
oui esioit moult bel chevallier, et s'en ala avecqucs un 



BU Gheyàlier bk Là Tour. ii5 

moigne , et les frères d*elle la poursuyvoient , et la 
quislrent tant qiillz la trouvèrent la nuit couchiée 
avecques le moigne. Si coppèrent les chos^ du 
moigne et les jettèrent au visaige de leur siier, et 
puis les mistrent tous deux en un grantsac, et grant 
foyson de pierres dedens, et les jettèrent en un es- 
tanc, et ainsi furent tous deux perilz ; car de mau- 
vaise vie mauvaise fin : car c'est un pechié qui con- 
vient que une fois soit sceu ou pugny. 




Des filles Lotk. 
Chappitrb LY*. 

;ncore vous diray-je un exemple des filles 
Loth, comment Fennemi les tempta vilain- 
nement. Elles virent leur père tout ' nu 
sans braies ; si furent toutes deux temptées 
de sa compagnie, ets'entredescouvrirent leur fait, et 
vont entreprendre à enyvrer leur père ; si le festoyè- 
rent et le firent tant boire que il fut yvre, et lors eues 
se couchièrent et si se mistrent delez lui et Tesmurent 
à fomicatioa, et tant qull les despucella toutes deux, 
car il cuidoit que ce feussent autres qu'elles, et ainsi 
feut deceu par vin. Si est moult périlleux pechiè de 
gloutonnie que de vin, et en avient moult de maulx; 
et toutesfoiz elles engrosserait toutes deux et eurent 
deux fils, dont l*un eut nom Moab et Fautre Anion, 
dont les païens et la mauvaise loy descendit d'eulx. 
Et moult en vint de maulx par celluy pechié. Et dist 



/ 



ii6 Le Litrz 

l'en que elles se coinliérentels^DOUrguillérent, et 
pour ce l'ennemi les templa plus ligieremenl â faire 
celluy vilpechi^, et disiren que l'une ^aUza l'autre 
et ainsi l'autre le Ust par mauvaiz caoscil. El pour c« 
je TOuldroye que tous aceussiez l'exemple de la foie 
damoiscUe, qui, pour un ctiappcron que un chevalier 
luy donna, elle fist tant et borgigna que sa dame fi£t 
sa voleulé et que elle la fist deshonnourer ; dont il 
avint tel meschiefque, au fort, un varlel que le sei- 
gneur avoil nourry s'en appcrccust et le disl à son 
seigneur, et le seigneur s'en mist en espic, taal que 
il trouva le fait, Si occist ie chevallier que il trouva 
avecques sa femme, et sa feaimc il mist en charire 
perpétuelle, où elle mourut doulereusemenl. Sy tA- 
vint que le seigneur passât devant la cbartre où ^ 
estoil ; si l'escouta et elle se doulousoit en soy M 
maudissoit qui lui avoit ce fait &irc ne conseitlië. fil 
alors il envoya scavoir qui esioît celle qui le oonBeil 
Itty avoit donné, et elle dcscouvry sa danKHseUe. &l 
lors le ctievalior la fist venir devant luy et luy com- 
manda qu'elle deist vérité, et au fort elle luy disl la 
vérité et qu'elle en avoyt eu un chapperon, et le sœ- 
gneur luycavaya<iuerrelechapperon, Dt> qutuilille 
vist, sy lut dist : « Ma damoiselle, mal le veisies ce 
a chapperon et pour pou de chose vous estes deBaioU 
u et avez esté cause do ma trifitesse, et je juge ^va)» 
a col et ie chapperon soit couppè toutensemltic. v S 
luy fist veslir cl coupper le col et le cliapperon (oui 
ensemble, et ainsy fut fait ce jugement. &y reganla 
comment il fait bon prendre bonne compaignio U 
femmes de service nettes qui n'ayent eu nul hlauue; 
car cestc damoyselle n'avoii pas esté trop SBiee,CMa- 



DU ÛHETALIlfrR nu liÀ ToUR. Hj 

me Ten dit Et pour ce est l^ime ehese de prendre 
bonnes fmnmes et neltesf; car mauvai$es feitimes 
conseillent tropde rad à juenne dame, comme fiât U 
folle suer des fillesLotb ôt; comme fi^ celle folteda^ 
noyselle, qui en eutsmi gnenredon et sa desserte. 



" ■ ■ !■ 




De la fille Jacob» 
Chappit&b LVK 

e vous dUray un autre exemple de la fille 
Jacob , qui , par sa joliveté de cuer, laissa 
Tostel de son père et de ses firères pour 
veoir Tatour des femmes et Tarroy d*un 
autre pays. Dont il avint que Sichem, le filz de Amon, 
quiestoit grans sires, la regarda et vist qu'elle esto|t 
belle, et si la pria de folle amour, tant qull la> desçia- 
oella« Bt, quant lesxij. firères d'elle le sœurent, si viii- 
(beot là et le occistrent, luy et le plus de son lignaîge 
etrde ses gens du pays, pour la honte que ilz eurent 
de leur suer, qui- ainsi âvoit esté despucelléek Or 
mgardez comment par 161e femme vient le grant 
isiat et.le domroaige» car par sa juennesee et par son 
legiepcoQrai|eadi^edlegrantoedsion, toutaussy 
«omme-fl fui de. te fiUé au roy de Grèce,, qui, par sa 
fUe«oioiir et par fdlz^aeiiiblaos, elle ^pcoiota. le: filz 
d\in eoDte^ qui Fengroissa!, dont le rdy son père en 
figt guerre aq çonle, et en morut plus àe mil person- 
nes» et eust la guerre encores plus duré quantlf^ frère 
4tt roy, qui.saiges ettoît, yiot au roy, son firère etlui 



ii8 Le Livre 

disi : a Sire, je me merveille mooll quepoiirt 
B et le délit de voslre fille a esté perdu mainl bÔD 
« chevalier et maint bon preudomme par sa jolivelé. 
» 11 vous vaulsisl trop mieulx que elle n'etisloncques 
» esté née. r Et lors disl le roy qu'il disoîl voir. A- 
donc il fist prendre sa fille par qui 1c mal avait esié. 
si la fÎBl deapeeier d'cspées par menues pièces, el de- 
puis disl devant U)us qu'il esloit bien raison qu'elle 
îéusl ainsi despeciée . par qui tant de bonnes gêna 
avoienl esté mors et occis. 



De Tkaniar, qui fust femme Honam 

CHAPPtTBK LVIl'. 

gCJ^i-^ e vueil que vous oyez Veiemple jSa 
n^ ^ "'^' l"* '"^ femme Sonaln, qui estoilï 
^^^ Juda, filz de Jacob et frère de Joseph. 
^&-ffl2ï Geatui Honain fut trop pervers el félon el 
de mauvaise vie, laquelle je ne vueil pas toute dire, 
dont Dieux voulsl qu'il en morut soudainement el 
pileusemenl. Et quant Thamar se vil sans seigneur, 
dont elle n'avoit oncques eu lignée ne enfant, se 
pensa i^ue le pËre de son seigneur engendroii bien 
et qu'il n'cstoil pas brehaing , et pour ce convoita à 
avoir sa compaignie folement et contre la loy. El 
tant fist qu'elle vint couchier par une nuit avec loy, 
et le deceut tant qu'il engendra deux cniïans, dont 
l'un ot nom Phares et l'autre Amon, dont mcuU de 
mal en vint et mainte tribuladon; caf les enbus^ 



DU Cheyalier DE Là Tour. 119 

sont mal engendrez et qui ne sont de loyal mariage , 
ce sont ceulx par qui sont les guerres et par qui les 
ancesseurs sontperduz. Parquoy je vouidroye que 
vous sceussiez l'exemple du roy de Napples. Il est 
contenu es croniques de Napples qull y ot une foie 
royne qui ne garda pas son corps nettement ne loyal- 
ment à son seigneur, et tant qu'elle conçut un filz 
d ung autre que du roy son seigneur. Si advint que 
icelluy fut roy après la mort du roy, et quant il fust 
en eage il fut fel et aigres, et n*amoit point ses barons 
ne ses chevaliers, ainçoys leur fut dur et fel, et pre- 
noit amendes et tailles , et effbrçoit femmes et usoit 
de mauvaise vie , tellement que il encommença guer- 
res à ses voisins et à ses barons, et tant que le royaul- 
me fut en essil et en povreté par moult long temps. 
Si avoit un baron moult preudhomme et moult bon 
chevalier, qui ala à un hermitaige où avoit un saint 
hermite moult religieux et qui moult sçavoit de 
choses. Si lui demanda le chevalier pourquoy ne 
comment ilz avoient tant de guerre au pais, et se elle 
dureroit gaire. Et le saint hermite respondy : « Sire, 
» il convient que le temps ait son cours , c'est assa- 
» voir, tant comme cest roy durera et un sien filz, la 
A tribulacion ne cessera, et vous diray pourquoy. Il 
«■est ainsi que cest roy n'est pas droit hoir, ains est 
» advoultre et emprunté , et pour ce ne pue^il jouir 
s> de son royaume ne de Tamour de son pueple, et 
» convient que lui et son royaume ayent doulour et 
» tribulacion tant comme faulx hoir y soit;. mais son 
i> filz n'aura ja hoir, et là fauldra la faulce lignée 
s et reviendra le royaulme aux drois hoirs , et lors 
» fauldra la pestillence et vendra paix et toute ha-^ 



Le Litre 

'B&on royaulme. n Et, ai 
le preudomme 1g dtBt, ainsi avint; et encore disl-il 
plus , car il parla de la faulce royne sa mère, laquelle 
seroil pugnie en ce siècle et en l'aulre , c'est assavrtr 
que ia femme du roy son Hlz l'encuseroit vers son 
seigneur que elle se eoucheroil aveeques un de ses 
prebsires, et que son filz le roy les trouveml en- 
semble el les feroil tous deuit ardoir eu une four- 
naise. Et ainsi comme le saint homme le dîsl il 
BdTiut.etpourceestbele&empleâ toutes femmes de 
soy tenir nettement en son mariage : car pour faire 
un &ulx hoir il advient tant de mal ot de tribulacioQ 
au paix où il a seigsouric ; car par les feulx hoirs w 
perdent les seigneuries, et les mères fîo sont damp- 
nécs pcrpeluellcmenten enfer, tant comme lescnfans 
en tiendront point de lu terre de leur parraslre.. 
C'est-à-dire du mary de leur mère. 



Cy parle de la femme du rojr Pharaon et de Joseph 
le fîlz laeob. 



: LVIIl". 



Joseph J 



rx^a^ elles filles, je vous diray un exe 
jffi mj» d'un grant mal qui vint par regrirt ri 
« I^V par folle pl^aance , si comme il advint 
■SmoB à Joseph le filz Jacob , celui qui liit 
vendu par ses Irëres au roy Pharaon. Cellui iosepti 
estoiiitmerveillesbeaulilz, saige et humble, et pou 
son bon service le roy l'amoit moult et Itû l»- < 



PU Chbyàliva DÉ Là Tour, isi 

bahdomut touz les biens de son lûyiAilme. la royne 
le regarda, qui le vit bel et jttenne; sy Tama mer- 
veilleusement de folle amour, et lui monstra moult 
de folz signes d'amours par regars et par autres 
fols semblans, et qumit elle vit que il n'y vouloit 
eitfendre ni se consentir à sa mauvaise volentë, elle 
en fut toute forsenée, et tant qu'elle Tappella en sa 
chambre et le pria de foie amour. Maiz lui, qui estoit 
preudomme, luy respondi que jà il ne seroit traistre 
envers son sôgnéur. Et quant elle^rit cela» elle se 
courrouça et le prist aux ponos par le mantel et s^esr 
cria à la force tant que tous vindrent, et elle dist 
qu'U la vouloit efforder, et lors le roy le fiât pciaîuk^ 
et mettre en la chartre; etyfust longtemps^ Et après 
ce , IKeu , qui ne l'oublia pas pour sa bonlé, le fîst 
délivrer, et ftist plus grand maistre que par avant ou 
royaume, et plus amé et plus honnouré. Et pour ce 
est cy bon exemple que Dieux reliëve tou^iours les 
justes et ceulx oà il treuve loyauhé, et la faulce 
royne fut punye; car il ne dônoura goures qu'elle 
momt mauvaisement et souddaineniént de mal^ 
mort. Et ainn Dieu guerredonne à chaseun son mé- 
rite. Et pour ce est cy bon exemple de bien faire ; 
car oncques de bien faire ne vin^ que bien et faonr- 
neur; ainsi, comme dit l'Esvangille, il n'est bien qui 
ne soit mery 61 mal cfiii ne èoi| puny. Car de fieire 
Êiulx hoirs ne viendra cpe maulx et tribuladons^ès 
lieux où ils smgneuriront M dont ilz auront la 
poesté', et les doulercHses mères seront livrées à la 
grant mort dleàfer, ne jamais n'en istcoat tant comme 
les advoukres ^'eles onifina tebdnmt terres ne biens 
du «oury leurs mères, ^e'eat chose vraye, si comme 



plusieurs qui s 
sainte Escriplui 



Le Livre 

'. le Icsmoignen^Q 



Cj- parle des fîllet Moah . 



U\'. 



% 



\ autre exemple vous vueii dire des 
nalviiises femmes (Jejadiz, comme desfil- 
I les Moab. Vous aveu ouy commenl Moab 
fui faulsemenl engendré contre la loy, cl 
s de mauvais arbre bl mauvais fruit. Car 
seslillcs furon t folles et plaines de pechiÈ de luaurs. 
Dont d ad\mt que Balaam, qui estoit payen, pour 
grever l'ost dca filz Israël , tisi coinlir et pansr celles 
folles RUes de très riches draps, et puis les envoya en 
l'ost des Ebrieux, c'estoil lepucple de Dieu, afîa de 
les faire pecb'er et de mettre Dieu contre euU en 
yre; si vindrcnt moull coinles et moult jolives en 
l'ost. Syen j otmouilqui furent tempiez et en RrenI 
leur fol delict, dont les princes de l'ost n'en firent 
poiol semblant , et Dieu s'en courrouça et manda 
par Hoyse que les princes qui celle iniquité avoîoni 
laiste et soustenuc, feusseï)! penduz el mis i 
mort, dont Moyse fil crier le ban que Dieu avoil 
commandé, et ainsi fut fait, et plusieurs fiirent |)ods 
et deslniiz pour celluy fait cl vil pechié de hinirc- 
Si est cy grant exemple aux chevctainefi des 06U 
qui suelîrent à faire force et qui sueCTrent les gtan» 
ribaulderies, etpueenlveoiri 



DU Chetàliea'dë'La Tour. i23 

Dieu le père, et la pugnicionqui en fut fkitte par son 
commandement, et puet Ten bien veoir comment tel 
pechié desplait à Dieu , et comment tant de màult 
en adviennént, comme ouy avez et comme vous or- 
rez, si comme le compte la Bible et la sainte Escrip- 
ture. 




Cy parle de la fille Madiam. 
Chappit&b LX«. 

|i vous diray un autre exemple comme au- 
tre foys en advint en Tost des filz Ysrael, 
|c*estoient les Juifs, qui estoient peuple de 
Dieu et tenoyent sa loy. Sy avint que la 
fille Madiam, qui païen estoit, et des nobles dlcelle 
loy, celle fille, qui fut temptée, ot le cuer si joly et si 
^y que elle se cointit et vint en Tost des Ebrieux, 
ce sont les fils dlsraél. Elle fut cointeetjolie et moult 
richement parée , et ne venoit que pour le cheval et 
le hamoiz, c'est à dire pour soy foire acomplir son 
délit, et tant advint que un chevallier de Tost la vit, 
lequel en fut legîerement tempté , et tant que il la 
fit venir en son logiz etfit son délit avecque elle. Et 
si comme il pleust à Dieu il envoya Finées, qui es- 
toit un des meilleurs chevalliers de Tost et Tun des 
plus grans dievetaines, et estoit nepveu Aaron. Celluî 
oyt dire que telle iniquité se faisoit en leur ost, 
éomme avecque une payenne qui n'estoit pas de leur 
ioy. Si vint courant Fèspée nue et les trouva ou fait; 



â le« va tout deux percier l'un sur t'auire, et a 
reni Tillaioeinent et ordemeoU Si avûi nom lo cht- 
nllier qui fxisoii la follie Zambry, du lignage Sy- 
meon, quienoil des ûj.phitceâ de laloj. MabpoDi 
ce De fiisl-il pas espargnié; car les priaces el Les cbe- 
velaines de l'osl, qui veoicnl commeut Dieu ouyroil 
pour culi qui combatuiienl à dix lant de gens que ili 
u'esloicot, et que toute la victoire et le sauTemcot 
que ih avoient leur venoil de b grâce de Dieu et de 
appert nùracle, el pour ce , avoienl paour de cbedi 
en [j-rt de Dieu, el en ceste cause lenoient-ib bouoe 
justice, car il u'estoit pas rajBon que leurs gensse 
couchassent avecques gcos d'autre loy, comme les 
Crcstieos avecque lesJuifz el Sarrasins. Elaossy^i 
se tcDoienl Qctiement cl ioyaumeat en la CTaînle e( 
en l'amour de Dieu, et Dieu leur donuoit victoiresal 
les garaniissoit des grans perilz, uc ja o'eusseui i 
faire à ù granl nombre de pueple ne de gêna d'ar- 
mes que Uz ne veoissenl au dessus. EtpouroertuOi 
ce que Dieu veull garder nulle chose ne lui peut 
nuyre, eipovezbicn veoir comment Dieux hct le pe- 
cliiii de luxure cl comment il veult qu'il en stnl 
puny, laquelle chose convient que soit ou eu ce sië- 
de ou en l'autre. 




ht) Ghetàlibu i>e La Touti. i25 

■ ■' ■ ' ■■ I II ■ r ■ H ■ 

De ThamUT, ta fiUe du roy Bavidé 
Chappitrb LXI<*. 

iDcores, mes chières filles , vous diray un 
autre exemple comment Ton ne doit pas 
estre ne demourer seul à seul avecques 
nul , tant soient ses psnrens ne ses pro- 
chains ne autres , si comme il advint de Thamar, 
fille au roy David, cïue son frère Âmon despucella. 
Celluy Àmon fut tempté contre Dieu et contre la 
loy, et, pour acomplir sa mauvaise vôulenté, il se 
fiaingny estre malade et se faîsoit servir à sa suer, et 
h *re^urdoit de fitulx regart et puis la bâisoit et 
acoloit, et tant fist petit à petit que il Teschauffa et la 
deÉpucella. £t quant Absalon , son frère de père et 
Aère , le sceut, il en fut tout forsenné et yré, et , de 
fine ire et courroux il occist son firere Amon, qui 
celle deloyauhé avoit fsdcte à sa isuer, et en vint 
moult de mal, et pour ce a cy bon exemple com- 
ment toute fenmie qui veult nettement garder son 
honneur et son estât ne doit point demeurer seul à 
seul aveeques nul homme vivant, fors avecques son 
seigneur ou avecques son père ou avecques son fils, 
et non avecques aoltres, car trop de maulx et de 
tentations en sont avenues, dont, se je vouloye, je en 
raconteroie moolt de telles de qui Ten dist qu'il leur 
est mal pris et de leurs proodiains parens. Sy est 
grant péril de se fier en nul; oar rennemi est trop 



136 Le Livre 

Boublilz, et la char qui est jueime et gaye esl aisiée 
à lempler, et pour ce se doil l'en garder en loulei] 
gardes et prendre le plus scur chemin, doatje voul-^ 
droje que vous sceussiez comment il en priBt à une , 
mauvaise femme qui csloil femme d'un cordier quij 
faisoit cables et cordes à gros vaisseaulx de mer ~ 
une bonne ville. 



1 ian homme quiesloit cordier. 

Chappiibb LXII". 

s bons homs estoit qui catoil cordier. 
L^ Si avoit une femme qui n'estoit pas trop 
e qui ne gardoit pas sa loyaullé 
s luy, oÎDS par une (aube houliërc qui 
pour un bien pou d'argent lalisi folaier, el s'accorda 
à un prieur qui estoit riches, grans maislres et 
htxurieux ; car la convoitise d'un petit don el de 
pcliz joyaux la fist venir au fait, et pour ce dist le 
saige que femme qui prcnt se venl. Sy advint une 
foiï que cclluy prieur esloil venus couchier par iiuit 
avecques elle, ci, ainsi comme il s'eo yssoit de 1& 
chambre, le feu se priiit à alumer, et lanl que le 
mary |p vil yssir hors-, si s'eflroya et dit qu'il avoit 
veu yssir gent. La femme en fist l'cffraiËe el dis! que 
c'estoit l'cnnemy ou le lultin. Dont le bon hotniM 
ai en fui en granl tristesce et en granl merencoliie. 
La femme, qui fut maUcieuse, alla à sa houlitre el & 
sacoramÉreelleur dist son fait. La houliere.fjoieo- 




DU Gheyalier dé La Tour. 127 

toit faulse, regarda qu'il aloit et venoit, portant ses 
cordons â faire la corde. Sy vint et commança à iiler 
à une quenouille de layne noire. Et puis, à l'autre 
retour que le bonhomme faisoit, elle en prenoitune 
autre de laine blanche. Sy luy va dire li bons homme, 
qui estoit plain et loyal : a Ma commère, il me semble 
que vous filliez maintenant laine noire. — Ha, dist- 
elle, mon compère, vrayement non faisoye. » Après 
il revint Tautrefoiz, et elle avoit prins Tautre que- 
nouille et il regarda et va dire : « Comment , belle 
commère, vous aviez maintenant blanche quenouille. 
— Ha, biaux compère, distrelle, que avez-vous? en 
bonne foy , il n'en est riens. Je voys que vous estes 
tout moume et bestoumé ; car vrayement il a esté 
anuyt jour et nuit, et, en vérité, l'en cuideveoirce que : 
l'en ne voit pas, et je vous voy moult pensif. Vous avez 
aucune chose. » Et le bonhomme, qui pensa qu'elle 
dist voir, lui va dire : « Par Dieu , belle commère, 
j'ay anuit cuidié veoir je ne sçay quoy issir de nos- 
tre chambre. — Ha mon doulx amy , dist la vielle , 
en bonne foy ce n'est que la nuit et le jour qui se 
bestoument. » Si le va tourner de tous poins et ap- 
paisier par sa faulceté. 

Après une aultre foiz lui avint que ileuida prendre 
une poche aux piez de son lit pour aler au marchié à 
iîj . leues d'illec, et il prist les brayes du prieur, et les 
troussa à son eisselle. Et quant Û fut au marchié et 
il cuida prendre sa podie, il prist les brayes , dont 
il fut trop dolent et courouèîë. Le prieur, qui estoit 
cachié en la ruelle du Ht, quant il cuida trouver ses 
brayes, il n*en trouva milles, fors la poche qui es- 
toit de cosié. Et lors il loeut bien que le mary les 



} 



ia8 Le Livre ^^^H 

ayoil prinses el emportées. Sifut la feiume à^î^H^ 
meschicT, étala k sa commère de rechief «t luy compta . 
son bit, cl pour Dieu qu^ellcymeist remède. Si hii 
difil : B Vou| prondréa unea brayeset je en preridray 
unes autres, el je lui diray que aous avons louUs 
Inuyes, et ainsi le firent. Et quanl le preudomme fui 
revenu moult dolenl et moult courouciez, sy vint la 
faulse commère le veoir, et lui demanda quelle cUière 
il taisoit : Car, mou compère^ distelle, je me âquble 
que vous n'ayes trouvé aucun mauvais encontre ou 
que vousn'ùez perdu du voslre. — VrByement,dîsl 
le bonhomme, je n'ay rïens pcrdn ; mais je ay bjen 
autre pensée. Et au fort elle fist tant qu'il laj dist 
comment il avoit trouvé unes brayes , et , quanl elle 
l'oay, elle commença à rire et à lui dire : Ha, mon 
chier compère, or voy-je bien que vous esleç àetea 
cl en voye d'estrc tempté ; car, par ma fby , il ny a 
femme plus prcudc fomme en cesie viUt\ que est la 
vostre , ne qui se garde plus nellemeot envers vous 
que elle Ml. Vraymcnl , elle et moy et aullres de 
ceste ville avons poses brayes pour nous garder de 
cesFaulx ribaulx qui parfoiz prennent ces bonnes da- 
mes a cop, cl, afin que vous sachie» que c'esl vërilâ, 
regardez se je les ay. Et lors elle hauJsa sa robe et 
luy monslra commentelleavoit brayes, el il regarda 
et vit qu'clleavoil brayes et qu'elle dîsdt voir ; ^ la 
crut, et ainsi la faulce commère la sauva par y. fbÎK. 
Hais au fort il convient que le mal s'^preuve ; 
car le bonhomme se prisl garde qu'dle aloit moutl 
souvent chicz cellui prieur et s'en donna mal cour- 
roux ; si luy va dcffendrc qu'elle ne t'ust sy hardw 
sur l'ueil de la icsle que plus elle n'y alast. Sj m 



DU Chevalier de La Tour. 129 

s'en peut tenir, comme Fennemy et la temptacion la 
poingnoit. Si advint que le bon homme fist semblant 
d'aler hors; si se mussa et cacha en un lieu secret, 
et tantost la foie femme ala diiez le prieur, et son 
sdgneur ala après et la ramena et luy distque male- 
ment avoit tenu son commandement. Sy ala en la 
ville et fist marchié à un drurgicn de renouer y. 
jambes cassées, et quant il eut fait son marchié il re- 
vint à son hostel. Si prist un pestail et rompist les 
deux jambes & sa femme et luy dist : a Au moins ten- 
dras-tu une pièce mon commandement, et ne yras 
plus où il me desplaist oultre ma deffencc.» £t quant 
il eust ce fait, il la prist et la mist en un lit ; sy en- 
voya querre le mire, et fust là une grant pièce. Et au 
derrenier Icnnemy la moqua ; car il lui fist tant 
trouver de foie plaisance en son fol pechié qu'elle ne 
s*en voulst chastier, ains, quant elle fîist aussi com- 
me guerie,le prieur vint à elle, et le bon homme s'en 
doubla et fist semblant de dormir et de renfiler , et 
toutcsfoiz il escouta tant que il ouyt faire à sa femme 
le villain fait, et il tasta, et trouva que le faii estoit 
vray. Et lors il fiist siforsené que il perdit toute mé- 
moire et tira toutbell^nent un long coustel à pointe 
et jetta hastivement de la paille ou feu , et, ce fait , 
quant il le vit, si fiert à coup, etva coudre et per- 
der tous deux ensemble jusques à la couste , et les 
oecist en cellui vil pechié. Et, quant il eust ce fait, il 
appelle ses gens et ses voisins et leur monstra le fait 
et envoya querre la justice. Sy en fut tenu pour ex- 
cusé, et se merveiUérent moult les voisins pour ce 
qu elle s'estoit tournée à amer cellui prieur, qui es- 
loit gros, gras, noir et lait et mal gracieux , et son 

9 



mary estoil juenoc el bon homme , i 
dommc et riche ; mniz aucunes femmes ressenUJ^t 
à la louve, qui eslit son amy le plus fsilly et le plus 
lait ; aiQsi le kit la folle femme par le peohié el la 
teinpladon de l'cnnemy, qui lousjoura attire le pé- 
cheur et la pécheresse ùpechiè mortel, et dotant 
comme le pechié est plus grant, a-il plus granl pnis- 
aancc sur les pcclieurs. El pour ce qu'il estott hom- 
me de religion et la femme mariée , cstoll le pcdiié 
greigneur: car pour ctrlain, selon l'escripture el se- 
lon ce que l'en en puel veoir partout visib1em«it, se 
une femme le bit à son parent ou ù son cMnpère, de 
tant comme le parent lui sem plus près de chair et de 
sanc, de tasi sera-elle plus fort templée cl ea sera 
plus ardante , el ausay fi gens d'esglise que à gem 
laiz Cl a gens mariez plus que A autres qui oe le soM 
mie. Et ain^, de tant comme le peclûè est pins «îl- 
lain et plus horrible , de tanl est la templadon plus 
ardente, ety a plus de fok et de mauvaise plaisance, 
pource que l'ennemy y a plus de povoir en un ^ranl 
pechié mortel que ou petit. El pource est bien âl\ 
que tant va la cruche à l'eaue que le cul y demeure. 
Car celle foie femme avait son sei^eur qui csloil 
fob plus bel el plus gracieux que le moyne, el si e 
toit cschappée de lelz perilx, comme la fausso fetii' 
me sa commère et sa houlîère l'avoil ij. foiz sau- 
vée el garcntic, et depuis y estoll alée surladef- 
fensr' de son seigneur, et de rechief depuis la grant 
douleur qu'elle avoit souITepIe, comme des ij. jam- 
bes avoir rompues, et encore ne s'en vouloil chu- 
ter. Et dont est-ce une chose vraie el esprouvée 
que ce n'est que leraplacion de renncoiî qui aînei 



DU Chevalier de La Tour. i3i 

tient les eeurs enflamblez de oeulx qu*il puet temp- 
ter et îaire cheoir ea ces laz et en celluy vil pechié de 
loxure et aux aujbnes pecbiez mortels, comme il fist 
à celle foie pécheresse et àoellui fol prieur, lescpielz 
il fist mourir ordemeat et villement. Or vous ay 
.monstrà par pluseurs exemples de la Bible et de 
g^tes des Roys et d*aatres escriptures comment le 
pechié de luxure put à Dieu et les desguiseures des 
foies femmes, eteomment le déluge en vint, et en fîit 
tout le monde pery fors que viij. personnes, et com- 
ment Gomorre et Sodome et cinq autres cités en 
furent arses de feu de souffire jusques en abisme , 
et comment tant de maulx et de guerres, d*occisions 
et de tribulacions en sont venues moult souvent par 
le monde , et comment la pueur en put aux angels 
et à Dieu , et comment les saintes vierges qui sont 
en la grant joye au del se laissiérent de leur pure 
voulenté martirer avant que eulx y consentir ne faire 
pour doua ne pour promesse, si comme il est conte- 
nu en leur légendes, comme de sainte Katherine, 
de sainte Marguerite , de sainte Cristine , de sainte 
Luce, et des unze milles vierges et de tant d'autres 
saintes vierges dont ce seroit grand chose à racon- 
ter la x" partie de leur bonté et fermeté de cuer et 
de eourage , qui vainquirent toutes les temptadons 
de la char et de Tamemi, dont elles conquistrent le 
royaume de gliûre où elles sont en la grant joye 
pudurable. Or vousdy, mes belles filles, qu'il n'y a 
que ûire qui se vieuU garder nettement, c'est amer 
Dieu et craindre de bon cuer et penser quel mal, 
quelle honte, quelle doleur et aviltance en vient à 
Dieu et au monde, et comment on y pert l'amour de 



i32 Le Livrb 

Dieu, cl i'ame, el l'amour àe ses parcos et roinour 
du monde. Sy vous pry tnoull doulcement comme 
mes très cbières filles que vous y pensez jour el naïl 
quant mauvaises lemplacious vous assauldront, et 
que aoîès vaillans et seures el résiste* fort encoa- 
irc, et regardez du lieu dont vouscstes e qaei mal et 
déshonneur vous en pourroit venir. 



Cr parle . 



r h fait d'orgueil. 

PITRE LXUI-'. 



^SGS^i ^ ^''><^'' louchier sur le fait d'aucunes tem- 
Tl^^VI '"^ ^^ ^'^ orguillirent des honneurs et 
\^^ J(( des biens que Dieu leur avott donoé M 
^la** ne povoicnt souffrir â aise, si coniine ïleet 
contenu en la Bible. Il raoompte de Apammia. ËUe 
dVn chevalier simple qui avoit nom Bèjait. Gdle 
Apcniena fust beUe el juenoe . et laot que le Hoy de 
Surye, qui estait moult puissant ray, la pris! en 
amour, tellement que par sa solize il la prinsl k 
femme, et fust royne, et quant elle se vit en sy grsDi 
puissance elsyhonnourèe elle ne prisa neos ses pa- 
rons, et avait honte et desdaing de t» vcoir ne cm- 
conlrer, «devint foie et orpuwllense sur toute riena, 
mesmentienl ne daingnoit-clle porter au Hoy ùgiwil 
honneur comme elle devoit, ponreequ'die le veoit 
«mpje homme et débonnaire, et ne daignoit luii>- 
nourer lesparensdu roy, tant fuat orguilleusoM de- 
te. Et tant Est que toutes manières de gens la prin- 



DU Cheyalierde La Tour. i33 

drent en hapie et tant qa*dle fiut eoiiitbucée vers 
le roy, fust à tort ou adroit, par telle manière qu'elle 
fiist chassée et envoyée par Fendictement des pa- 
ïens du roy. Et ainsy par son desespoir et par son 
orgudl elle perdit le grant honneur où elle estent ; 
ear nuûntes gens et maintes femmes ne pevent souf- 
frir honnour ne aise ensemble, et ne finent d'ac- 
querre buchetes et langaiges d'orgueil et d'enyie, et 
tant qu'elles se mettent du hault en bas comme fist 
ceste foie rcyne, qui estoit venue de petit lieu à 
grant honneur, et ne le povoit souffrir; car toute 
femme qui voit son seigneur doulz et simple , sans 
grant malice, de tant lui doit-elle porter plustost hon- 
neur ; car elle s'en honneure luy mesmes et ra a 
plus de louenge et de honneur de ceukqui la voient, 
et se doit plus tenir close et plus simplement , et 
soy efforcier de garder et de tenir s'amour et sa paix, 
car les cu^rs ne sont pas tousjours en un estât ; pierre 
vire et cheval chiet. L'on cuide par foiz que tel soit 
bien simple et sot, qui a malicieux cuer et dange- 
reux, et pour ce ne puet femme trop honnorer ne 
obéir à son seigneur quel qull soit, puis que Dieu 
le lui a donné. Je vous vueil dire l'exemple de la 
femme du roy Herodes le grant. 11 avoit une fem- 
me que il amoit moult merveilleusement. Sy ala à 
Rome, et advint que les gens de son ostel luy firent 
nuysance par devers son seigneur; car ilz ne l'a- 
moient point, pooroe que elle estoit trop fière, et luy 
rapportèrent qu'elle avcMt un privé amy. Sy ja des- 
honnourèrent,.d(mt Herodes fut moult courroudé 
et Je luy reprodu, et elle luy respondit tro^ fière- 
ment et orgueilleusement, et ne prist pas son sei- 



)34 Le LivHE 

gncur par bel ne par courtoisie ne si humbifll 
comme elle devoit. El son seigneur fust fol et âes-*" 
pileux de la ouïr parler ainsi orgnilleusemenl; sy 
priai un couslel e\ la feryt. Sy en morut, dont Q fust 
lapais moult coummdé, car il ne trouva paa Is 
rïiose vraye ; et ûiisi par son hauliain Ittngtige se 
tiat occire. Et pour ce c&l bon exemjile à loute benne 
femme de eslre humble et courloyse et de rospon- 
dre humblement et doulccmenl enconire lire et 
corrous de son seigneur. El pour ce le saige Sale- 
mon dit que par courtoisie et doutées paroles doi- 
vent les bonnes femmes abatrc lire el corroz de 
leurs seigneurs. Car 1c seigneur de son droit doit 
avoir sur sa femme le lianit parler, soit tortoudreit> 
et espeeialment en son yre devant les gais, et, son 
jre pasKÈe, elle luy puet bien raoostrer qu'il avoil 
tort, ei ainsi tendra la paix el l'amonr de son sei- 
gneur et de son hostc! , ne ne se fera pas bl3»ncr. 
ne baslre , ne occire , comme fiât la première fem- 
me au roy Herodes. 



Cj- parle de In royne Vatlù- ^^^M 

CaAPTiTB» LXnil". ^^ 

isdiray un antre exemple de laroyne 

5 Vastis, qui fugi femme an roy Assuère, U 

p adviniqueleroy tint une feateavecquesses 

^ barons, el là furent touz les grans barons 

a lerre. Sy mcngièrenl eu une sale et la rojiie 



BU Chevalier de La Tour. i35 

en une audtre, et, quant vint après disner, les ba- 
rons distrent au roy qu*il loi pleust qu*ilz veyssent 
la royne, qui merveilleusement estoit belle; le roy 
la manda une foiz, ij. foiz, iy. foiz, et oncques n*y 
daigna venir. Sy eust le roy moult grant honte, et 
demanda conseil à ses barons que il feroit, et le 
conseil fust que il la chaçast vij . ans hors de avecques 
luy, pour donner es autres exemple de mieulx obéir 
à leurs seigneurs. Et ainsi le fist le roy^ et en fit une 
loy que dès là en avant toute femme qui escondiroit 
son seigneur de riens qull lui conmandast et que 
ce feust chose raysonnable, qu'elle seroit v^. ans 
en mue à petit de viande pour lui monstrer sa 
defTaulte , et encore tiennent>îlz celle coustume en 
celluy royaulme. Sy eust honte la n^ne qui se vit 
bouter en mue, et ploura et se donlousa; mais il 
n^estoit pas temps ; car par son orgueil elle fust 
mise en mue vij. ans. Sy devez ycy prendre bon 
exemple ; car, par especial devant les gens , vous 
devez fiûre le conmandement de vostre seigneur et 
luy obéir et porter honneur et luy monstrer sem- 
blant d*onneur, se vous voulez av(Hr Tamour du 
monde. Mais je ne dy mie que, quant vous serez 
priveement seul à seul , vous vous povez bien es- 
largir de dire ou &ire plus vostre volcnté, selon ce 
que vous saurez sa manière. Je vous diray Texem- 
du lyon et de sa propriété; quant la lyonnesce lui a 
aucun despit £ût , il ue retournera plus à elle de 
tout le jour ne la nuit, pour chose qu*il aviengne.Sy 
lui monstre ainsi sa seigneurie, et est bon exemple à 
toute bonne femme, quant une beste sauvaige, qui 
nulle raj'son ne sœt fors que nature qui lui esmcut, 



(36 Le Livne 

se fail craindre el doubler â sa compaingne. OrJi 
gardez dont comment \s. bonne femme ne doyl dn- 
plaire ne désobéir à son seigneur que Dieui U a 
donné |>ar sod saint sacremeni. 



Cy parle de la fem 



ïqui fus! femme du seneachal du roy, et 
B vlntdenËanlct de petites gens;3j'deviDl 
riche par son service et acquist Icrres et possessions, 
el gouverna aussy comme le plus du royaume. £l 
quant il devint sy riclie et que il eust tant de bien , 
si s'en orguillist et fust iicr et presumpcieux, «1 tou- 
loil que l'en se agcnoillast devant lui et que chaseun 
luy feist une grant révérence. Sy advint que Martlo- 
cius, qui estoitnoublesbomset avoîlnourryla royne 
Ester, qui fut bonne dame et juste, et à eellui Jlar- 
doeius desplaisoil sur tous l'orgueil el la presump- 
don d'icellui homme, quiesloil venu de ofanl. Si ne 
lui daignait faire honneur ne soy lever contre lui ne 
lui faire nulle révérence, dont cellui Aaman m fiisl 
bien fe) et s'en plaigny à sa femme. El sa Icninie, 
qui futd'aussy grant couraigeel orgueilleuse comme 
lui, 1; conseilla que il feist lever on gibet devant son 
bostel et que il le feist p^dre iUecques, et lui meiei 
aucuD cas t sus. Et le fol creust sa femme i Mn 



DU GheyàLier de La Tour. i3j 

grant meschief , et qnaiit il fust pris et le gibet fîit 
levé les amis de luy alërent à la royne couraDt el 
lai domptèrent comment Aaman vouloit faire à cel-^ 
lui qui Tavoit nourye. Et la royne y envoya tantost 
pour celiuy lait et envoya querre cellui Aaman ; si 
vint devant le roy,.et fiist la chose bien enquise et 
diligemment, tant qu'il fut trouvé que Mardodus n'a- 
voit coulpe, et que Tautre le faisoit par envie. A- 
donc la royne Ester se agenouilla devant le roy son 
seigneur, et requisl que Ten feîst autelle justice de 
Aaman le seneschal , et qu'il feust pendu devant sa 
porte et ses vij. enffans,pour monstrer exemple que 
faulsement et par envie Vavoit jugié. Et ainsi com- 
me la bonne royne le requist il fust fait, et lui 
avec SCS Yij. enffans fut pendu devant sa porte , par 
son orgueil et par son oultrecuidance et par le fol 
conseil de sa femme. Dont c'est grant folie à un 
homme qui est venu de petit lieu et de néant de soy 
orgueillir ne se oultrecnidier pour nul bien terrien 
qall ait amassé , ne mesprisier autrui ; ainçois , se il 
est sage, il se doit à tous humilier, afiin de cheoir en 
la grftce de tous et affin que l'en ne ait envie ^ur-lui. 
Car Fen a plus souvent envie et despit sur gens qui 
viennent de petit lieu que sur ceulx qui sont de bon 
lieu et d'ancesserie. Et aussy la femme ne fîit pas 
saigc, quant elle vit lire et le courroux de son sei- 
gneur, de le soustcnir en sa folie. Car toute saige 
femme doit bel et courtoisement oster l'ire de son 
seigneur par donlces paroles, et espéciaulment quant 
elle le voit esmeu de foire aucun mal ou aucun vil- 
lain fait dont deshonneur ne blasme leur en peust 
venir, si comme fist la femme à Aaman , qui ne re- 



i38 Le Litre 

prist pas son seigneur de sa folie, ainçois i'atisa H 
îi donna foi conseil, pourquoi il mourut vilement et 
ordoment. Sy a cy bon eiemple comment l'en ne 
doit point souslenir son seigneur en son yrc ne en 
sa malc colle, aingois le doit rcn courtoisement re- 
prendre el mouslrer les raysons petit à petit, et com- 
ment il en pourroit avenir mal ou dommaige i l'ame 
ou au corps. Et ainsi le doit faire toute saige bmme 
vers son sdgneur. Pourqnoy, belles filles, prcnci y 
exemple et regarder quel mal en avint & Aaoum par 
la sotiic de sa femme. 



Cy parle de la royne Gaabel. 

Cbappitbk LXVK 

4I^^r prÈs vous compteraj l'exemple d'une malc 
^^a\« royne diverse el tropcruellc, et comment 
H^AU il lui prist. Ce fut la royne Gezabel, qui 
v^HMl avoit moult de maies taches. Premwre- 
ment elle haioit les povres et tout homme qui se 
peust chovîr, dont elle ne peut amander; elle Iwioit 
les hermites et les gens d'esglise et tous ceulx qui 
enseignoiesl la foy. elles faisoil rober etbalre, ay 
que il les enconvenoit fouir du royaulme. Elle n'a- 
voit merci de nul , et pour ce estoik msudhe et haye 
de Dieu et du pueple. Ung bon homme csttùt qui 
avoil nom Naboth , qui avoit une pièce de vingne 
moult bonne, cl le roy la vouloit moull bien avoir 
par achat ou autrement. Hais le bon bomme ne al ' 



i 




DU Ghbyalier de La Tour. 139 

vouldt ooDseotir de bon cuer. Si dist le roy Acas à 
celle dame sa femme que il estoit bien marry et que 
il ne povmt avoir celle vingne, et celle lui dit qu'elle 
la lui feroit bien avoir, et si fist-elle, car par trayson 
elle fist murdrir le bon bomme, et fist venir faulx 
temoings qui recordérent que le bon bomme lui 
avoit la vingne donnée, dont il en despleut à Dieu, 
et envoia le roy lozu pour le guerroyer, tant que 
ccUui roy prist le roy Acas et bien lu. enfihns, que 
grans que petiz, que il avoit ànourir cbiez ses hom- 
mes, et leur fist à tous les testes coupper. Ce fust la 
punicion et la vengence de Dieu. Et quant est de la 
maie royne Gczabel, elle se mist en un portail par où 
le roy Jozu passoit , et se cointit de draps d'or et de 
hermines à grans pierres précieuses, toute desguisèe 
en autre manière que les autres femmes n'estoicnt, 
tant estoit désespérée et orgueilleuse, et, dès qu'elle 
vit le roy, elle le commença à maudire et à Û dire 
toutes les villenies qu'elle povoit , et le roy la com- 
mença à regarder, et la oointise et la desguiseure de sa 
robe, et escoutcr la malice et l'orgueil de sa langue; 
lors il commanda à ses gens que ilz y alassent et 
qulls la feissent cheoir la teste toute première de- 
vant tout le peuple, et ainsi comme il le commanda 
il fut fait , car ilz la prindrent et firent cheoir la teste 
première, tellement qu'elle fut morte laidement. Sy 
coomnanda le roy que par sa cruaulté et les grans 
maulx qu'elle avoit fois faire qu'elle n'eust point de 
sépulcre, et non eust-elle, ne de sépulture, ains fust 
mengée des chiens et devourée. Et ainsi chcist son 
grant orgueil et sa fierté, et par telle voye se venge 
Dieux maintes foiz de ceulx qui n'ont pitié des po- 



)4o Le Livre 

vres el du povre peuple ei des serviteurs da< 
église, et qui par cniaulléel par convoitise font ftire 
muriresetfaulsiesmoiognages, comme fis! celle faul- 
ce royne.qui ainsi le tist el quisoustial son seigneur 
en folie, dont mal lui prist. Sy esl cy bon exemple 
eommenl l'en doit estre piteuse des povres el des 
serviteurs , el non enti.ser ne donner mal conseil à 
son seigneur, et aussi non de soy desgulser, maîh 
temr Testât des bonnes dames de son |>ays, el aussi 
non iCDcer ne dire grosses paroles A plus grans et k 
plus fors de soy. 



Cy parie de la royiie Atalia et de la royni 
Bruneheuai. 



Cha 



s LXVII*. 



I 



Sfi^^ *■' '^la'ia vous vueil dire un aulre cicm- 
1 kSIIi P''^ < '^t"^"^ ''t'st royne de Jtëniaalnn, 
H Uk£ ^^ '^st maie et diverse et sans pitié; «bt, 
iWSéŒl quanl Ozias son Qlz fut mort . ce fuU taie 
qui en [raison fisl oedre tous les cnfans de son fila 
et tous les hoirs, fors seulement ung que uns pir.tt- 
doras qui avoil nom Joadis lisi nourrir sccrelomoni. 
Celle roync se niist en saisine du royaume cl de loui 
les biens , et fist moull de dlvcrsilez au puepli^, do 
tailles el de subsides, si comme celle qui vtAaA sana 
rayson et sons pjlié , el (|uanl elle eusl assex lait de 
mal et de oruaullà au royaulme , l'eiiiTant qui norry 
esloil celeemcnl el cellui Joadis qui nourry Tavoil 
la iirindreul et la firent mourir de malle mon el 
honteuse. El ain» eust gucrrcdon de sa mérite 



à 



DU Cheyalier ds La Tour. i4i 

parim; car Dieu rent tousjonrs sa déserte à homme 
et & femme, ou à vie ou à mort. Car il n'est mal que 
une foyz ne soit pugni, ou au loing ou au près. Je 
vouldroye que vous sceussiez l'exemple et le compte 
d^one royne de France qui avoit nom Breneheust. 
Ce fust la femme dont Sebille parla en prophétisant 
et dist : « Brune vendra de vers Espaigne ou royaume 
de Gaule, c^est France, qui fera merveilles de cruaul- 
tez et puis sera detraicte. » Et ainsi en advint ; car 
elle fist oodrè de ses enffans et des enffans de ses 
enf&ns très grant nombre, ne ne vous en pourroit- 
on racompter k moitié de la cruaultô d'elle ne des 
meurtres ne traisons et occisions qu'elle list, et au 
fort elle fost payée si comme il pïeust à Dieu , car 
un enfibnt qui eschappa, qui fust fîlz de son filz, qui 
soeust les grans maulx et cruaultez qu'elle avoit feiz, 
brs mist le fait en jugement devant ses barons, et 
fnst jugée à destraire àqueuez de chevaulx. Et ainsi 
Iu8t fidt, et mourut mauvaisement tout aussi comme 
mauvaisement avoit fait murtrir le sang royal in- 
nocent. Et pour ce dit le saige que dès vij. ans vient 
eaue à fin, c*est-à-dire que tant va le pot à Teaue 
que le cul en demeure. 



\ 



Cy parle du fait d'envi 

CnAPPiTBB LXVtl^. 

e vous diray un exein{dc sur le Ut 4'cn- 
viedeHarïe, la suerdeHoyses, (jni dici 
^ par envie qu'elle cstoit aussi Uen it BiAi 
le Hoyses son frûre, et que IMen ouatt 
aussi bien ses resquestes comme celles do Xoyses, 
et ce dit-elle pour soy moquer et par envie, dont 
Dieu s'en corrouça et la fist devenir mest^e, UU 
qu'elle fusl ostée et séparée d'entre les autres gens, 
et loulcs voycs Moyses et Âaron eu eurent grani pi- 
lié el firent requesto à Dieu qu'il luy pleusl la pio- 
rir ; et à leur rcqueste Dieu la gueryt. Si prenei 
exemple comment il fait mal avoir onrie sut autruy, 
Gt comment Dieu punist cesie-cy, qni esloit une dM 
nobles damoyselles qui fust en celui temps, taol quïl 
la sépara d'entre le^ autres gons par celle moseUerie. 
Car maittles foiz Dieu punist ain« les envieux et les 
mesdisans. El pour ce, belles filles, prenez y boa 
exemple, car trop est villain vice de soy louer pour 
aullruy abais^r. 




DU Chevalier de La Tour. i43 

Cjr parle d'une des femmes Acharîa. 
Chappitrb LX1X« 

ont je Youldroye que vous sceussiez ua 
autre exemple sur ceste matière de une 
des femmes à ung grant seigneur qui 
avoît nom Archaria. Sy avoit ij . femmes se- 
l(m la loy, dont Tune avoit nom Phenomia et Tautre 
avoit nom Anna, qui moult estoit preude femme et 
bonne dame, mais nulz enffans ne povoit avoir. Sy 
estoient alors plus prisées et honnourées celles qui 
enfibns portoient que celles qui n'en portoient nulz, 
dont Tautre femme en estoit moult de grant orgueil, 
pour ce que elle en avoit moult de beaulx enffans, et 
pour ce avoit Tautre femme en despit et avoit envie 
et desdaing sur elle, et se mocquoit d'elle en disant 
villenies, et qu'elle estoit brehaingne et terre morte, 
dont Fautre avoit grant honte et ploroit menu et 
souvent, et se complaignoit à Dieu, et Dieux qui Tu- 
milité et la padence de Ihine vit, et Tenvie , le den- 
gîer et le despit de Tautre, et si regarda selon sa 
miséricorde , car il fist mourir touz les autres enf- 
ouis de Tautre fSemme , et à celle qui nulz n'en avoit 
il en donna plantivement, dont son seigneur la prinst 
en grant amour, et Tavoit plus chière que l'autre k 
qui ses enflans estoient mors. Et pour ce sont les ju« 
gemens de Dieu moult merveilleux ; car il hct toute 
manière d'envie, et les chastie quant il lui plest, et 



■ 44 Le LivRB 

essBuce l'umble qui mercy requiert, et |iour 
bon exemple que nulle femme ne se doil orguôDir 
des biens et des grâces que Dieux lui donne, ne avoir 
despil ne envie sur autres, si comme eustfheaomia, 
qui ftvoiL enffans et avoït envie et despîl sur Anna 
qui n'en avoit nulz, et pour ce Dieu ta puuist sur ses 
enfians, qui tous moururent, et en donna à l'autrcquï 
tous vescuraut. S; sont ainsi les jugcmena de Dieu. 
Et pour ce y doit l'en prendre bon exemple et m 
)]umiliei- envers luy et n'avoir envie oc dcs|Ht sur 
nalluy. Sy vous laisseray cesle matière et 
leray d'une autre sur le fait de 



Cy parle de Cl 
Chappiirb LXX'. 



ilcsusl^ldt 



e VOUE diray un autre exemple si 
d'une faulce femme qui eus) nom DalidA, 
r qui fut Cerome Samson fordii , lequel I'b- 
à merveilles, el tant qu'il ne feisi pai 
aucune chose que elle ne sceuaL Et pour le graol 
amour que il avoit en elle, il fustsyfolque S UdKs- 
couvrit que toute so forœ esloit ea ses cheveuli. Et 
quant la (aulcc femme le sceosl elle Bat (tire aux 
paiens, qui estaient ennemisde son seigneur, (tue,s4 
ilz luy vouloienl donner bon loyer, elle le leur lé- 
roit prendre. Et les paiens luy promislrcDt <]uo , M 
elle le povoil faire, ilz luy donroicni certaine SOmnH 
d'or et (le robes. Et celle, qui fust deccue par c<m- 



DU Chevalier de La Tour. «4^ 

voitise , fiât endormir son seigneur en son giron et 
puis lui tondit ses cheveulx, et envoya querre les 
païens qui estoient embuschez et le fist prendre, et, 
quant il fîi esveillié , il trouva sa force perdue, qui 
sceombatoitbienà iij. mille personnes, et, quant ils 
le tindrent, ilz le lièrent et puis lui crevèrent les 
yeulx, et le faisoient tourner à un moulin comme à 
ung cfaeval aveuglé. Or regardés comment convoi- 
tise deceust celle folle femme, qui, pour un pou d'or, 
traïst son seigneur, qui estoit le plus fort et le pluâ 
doublé homme qui oneques feust ne jamais sera. Et 
pour certain cuer convoiteux oze bien faire et en- 
treprendre tout mal : car il fait les nobles rapineux 
et tirans sur leurs gens , et les ders et les religieux 
symoniaulx en tirant lautry par faùlces semonces, 
et fait les bourgeois et autres usuriers, les povres 
larrons et murtriers , les pucelles et les mariées pu- 
tains, les enfOuis desirans la mort de leur père et de 
leur mère pour avoir le leur seulement. Judas, 
par convoitise d'argent , trahy nostrc Seigneur, et 
aussi par convoitise le font aijyourd'uy les advocads 
et plaideurs, qui vendent et bestoument venté , car 
ilz alongent le bon droit du bon homme pour tirer 
à avoir plus de l'argent , et y a plusieurs qui pren- 
nent <jLc ij. costés, et aussy vendent par c<mvoitise leur 
parole que Dieu leur a donné pour prouOiter au bien 
commun. Et pour ce est convoitise moult decevable, 
qui fist foloier et périr la femme Samson, qui tant es- 
toit bel et fort et puissant. Et pour ce a cy bon exem- 
ple pour soy garder de ccst vice. Et depuis Dieu ren- 
dit à celle femme son guerredon ; car elle espousa 
un des payons, et firent une nopce. Si le sceut Sam- 

10 



V 



i46 Le Livhb 

son, à qui ses cheveux estoient revenus et sa force 
revenue. Si sefist mener eo la maboD où iU estoient 
au dianer,prësilu maislre pillierdelasale,et, qs 
il fui au pillier, illeprïslâsesij. mains et le escoust 
si trËs fort que il abaiil la maison sur eux , et là fut 
mort le mary el la mariée cl le plus de gens qui es< 
toient aux nopces. £t ainsi se venga Je sa fkulcc 
femme , laquelle morut mauvaisemenl , car Dieu 
vouist qu'elle fust pugnie de sa tnauvaislië, et c'q&- 
toil bien raison que de mal l'aire ly vensisl mal. 



ty parle de c, 

CnAPPiinE LXX1°. 

s vueil dire commenl par un petit 
^ de ceurroux il advint grans mauU, Un 
V preudomme esloit qui moult e»toil noble 
J homme el qui estoit de mont d'Effraim, et 
se maria à une damoisalle île Bethléem. Sy Bilvint 
que pour pou de cbose elle se courrouça el s'en viol 
cbiez son père. Le preudomme en liisl moult do- 
lent et la vint querro , et son père la blasma el U 
rubailla à son seigneur, qui l'emmena el be anuita va 
la ville de Gabal, où avolt foies jucnncs gens et m- 
pris de luxure. Sy vindrent k lliostel où estoîl c«Ue 
femme et son seigneur, el rompirent les huis; ai 
prindreni k force la femme du preudomme «I l'co- 
fordèrent moult Tillainement et horriblement, a 
oncques ne la lessiéreol pour l'oslc, qni moull a 



DU Cheyalibr de Là Tour. «47 

fust dolent, eomme celui quivouloit baîllier une de 
ses filles pour la garantir. Mes oncques n'en voul- 
drent riens foire, et, quant se vint au matin, celle qui 
se vit ainsi honnye et deshonnorée eust telle honte 
et tel dueil qu'elle mourut es pies de son seigneur, 
dont le preudomme en deust mourir de dueil et de 
honte, et remporta toute morte à son hostel; et se 
pensa, puis que morte estoit , que il la mettroit en 
ûi. pièces avec certaines lettres et Penvoieroit à ses 
prouchains amis, affîn qullz en eussent vergoingne 
et que ilz en voulsissent prendre vengeance. Dont il 
avint que ses ami» et les an^is d'elle en eurent tel 
dueil et tel yre que ils se assemblèrent ensemble et 
vindrent à Gabal et ocôrent bien xxxiij mille per- 
sonnes, que hommes que femmes. Sy fut prins pour 
ung tel ùât telle vengence, et tel le compara qui n'en 
avoit que faire. Si a cy bon exemple comment femme 
œ doit point laissier ne guerpir son seigneur, pour 
yre ne pour courroux qu'ilz ayent ensemble, et 
eomment saige femme doit entendre et souffrir bel et 
«ourtoisemeiit le courroux de son seigneur et le lais- 
rier rappaisier, et le prendre par bel, non pas le laissier 
eomme fistcestedamoiselle, quilaissason seigneur, et 
eonvint qull la vensist querre chiez son père, par la- 
quelle aiée elle momt piteusement et en vint tant 
de maulx et de douleur, comme tant de pueple en 
estre mort. Car, se elle ne se fiist bougée d'avecques 
son seigneur, jà celluy mal ne fust advenu, et pour 
ce est-il bon de adouldr son cuer, et c'est le droit de 
eaige femme qui vieult vivre paisiblement et amou- 
reusement en la pok de son seigneur. 



Cy parle d'une femme 
au mandement de 



qui ne volait vt 
son seigneur, ' 

LXXIK 



vouldroïe que vous sccussiez le 
^ et l'exemple de la dame qui ne daignoit 
ir mengîer, pour niandemeni i|ue god 
' seigneur li feist, tanl esloUTole etdepileu- 
se, et pour pou de chose. Et quant son seigneur vil 
que pour mandement qull lui feist elle ne vouldt 
venir mengier, il envoya quorre son porchier, (pi» 
esioil vils et let, et lit apporter la louaillo de la Cui'- 
Sine, et iil dresser une labte devant elle et Dwllr» 
edie orde louaille, et fil asseoir le porchier, et puis lui 
disi; « Dame, puis que vous ne voulei venir àmon 
» mandement ne mangicr en ma compagnie, je vous 
n baille eest porchier et eeste toaoilte. » £i celle 
fiisl encore plus courroucée que devant, et au fwi 
elle vil bien que son seigneur subourdoild'Blie;sïse 
reffrcnaetcoRgnustsarolie, et pour cenulle femme 
lie dmt escondire ne rcffuser le mandemoni de son 
seigneur se elle vieull s'amour et sa paix garder. 
Car, par bonne raison , humblesce doit première- 
inenl venir de devers elle. 



BU Gheyàlibrdb Là Tour. 149 



-*>• 




Cjr parle de flatterie. 
CHÀ»»iTmB LXXIII». 

e YOU8 diray sur Texemple de grerie. Une 
grini dame avoît un filz qui avoit nom 
Giasana, qui estoit moult grant seigneur, 
et estoil ilé en une bataille où il momt. 
8y esloit sa mère à grant esmay et douleur de sça- 
Toir de ses nouvelles. Sy avoit un flateur en sa 
eompaignie qui ly disoit : « Ma dame, ne vous esma- 
yez, car monseigneur vostre filz a eu victoire et a pris 
moult de prisonniers. Si lui convient demeurer une 
pièce pour ordonner 4a son foit. » £t ainsy de telles 
flateries paissoit sa dame et lui disoit joye de néant. 
Car cellui. greeur ne deist jamais à sa dame chose 
qull sceust qull lui deust desplaire , aussi comme 
sont flatteurs et flatteresses , qui jà ne diront à leur 
seigneur ne à leur dame chose qui leur desplaise, et 
taysent la venté, et leur dis^t tout leur bon, et leur 
font joie de néant, si conune fist le foulx flatteur qui 
à Jouel, lai)onne dame , Daisoit accroire que son filz 
avoit eu victoire et en amenoit ses prisonniers ; et 
c*cstoit bien le contraire « car il estoit mort , dont 
depuis , quant la bonne dammc le secut, elle en 
deust mourir de dueil. Sy est mauvaise chose d'a- 
voir flateurs entoor luy ; car ilz n'osent dire la ve- 
nté ne donner 'loyal conseil, ainsi font souvent for- 
voier leur seigneur et -leur dame de droit chemin. 



i5o Le Litre 

Il semble les onclianteurs, qui font » 
rharbon que ce soit une belle chose; car ilz loentla 
ehosc par devaol et plus la blasmcnt par derrière. 
Sy ne doit l'en point croire en leurs los; car ilz ne 
vous font que decepvoir pour vous plaire ei pour 
avoir du voslre ; car vous les devee mieulz co^ois- 
trc que ils ne vous congnoissent, si vous estes sai- 
ges. Hais voua deve^ amer cculx qui vous diront 
vostre bien et ne vous cèleront point venté pour 
nulle double; et ceulîi seront voz amis. Car les greeurs 
semblent le faulx mire, qui prent l'argent sans veoa 
le mal ; liculx )1a(eurs déçoivent les riches, si comine 
tist un dateur à une vcnderesse defi^imaiges, qut A 
merveilles csloit laide, el il lu^ faisoil acroire que cite 
estoit belle et doulce. Et la Femme estoii si foie que 
elle cuidoit qu'il deisl voir, et k chacune Ibix hri 
donnoil un fromaige, et puis, quant il l'avoit eo , 3 
se moquoit d'elle par derrière. 

_Je vouidroie que vous sceussiez un exemple qtie 
je vy en Angoulesmc quant le duc de Mormandic 
vint devant Aguillon. Sy avoil chevaliers qui 
irayoient par esbat encontre leurs chappcrons. Si 
comme le duc vint en ccUui pMï , par e^l ai de- 
manda à un des chevaliers un arc pour traire, et 
quant il ot trait, il y en eut ij. ou i^. qui distrenl : 
n Monseigneur a bien trait. — Sainle-Harie. 6st un, 
B comme il a trait royde. — Ha , fist Vautre, je ne 
D voulusse pas esirc armé et il m'eusl feni. •> Sy 
conmencièrent à le moult louer de son trait , mah, 
à dire vérité, ce n'estoil que flatterie , car il tray le 
pire de louz, ei pour ce est granl meneille conmcnl 
choscuQ flate et grée aux seigneurs et eux dames du 



DU Cheyàlier de La Tour. . i5i 

jour dliui, et leur font acroîre que ilz sont plus grans 
et plus saiges que ils ne sont, et par leurs flatenes 
les font oultrecuidier. 




Cjr parle de descownrir le conseil de son seigneur^ 
Chàppiteb LXXIIIK 

e vueil que vous oyez Texeraplc de la 
femme Samson fortin, qui descouvry son 
seigneur. 11 advint que Samson fortin 
avoit fait une fermaiUe à xxx. robes de 
saye avecques certains gens qu'ilz ne pourroient pas 
deviner certaine devinaOle. Sy advint que sa femme 
ne 11 fina tant de parler qu'elle sceut que c'estoit et 
tant qull lui descouvry le (ait de la devinaille , et, 
quant elle le sceut, elle en descouvrit son seigneur, et 
lui fist perdre la fermaiUe de xxx. robes de saye ; et 
quant son seigneur sceust qu'elle Teust découvert, 
sy la commença à hair et la mist hors de avecques 
lui, et ala aux payens qui avoient gaingnéc la fer- 
maille , sy en prist xxx, lesquelz il despouilla pour 
despit de sa femme. Et pour ce a çy bonne exemple 
conment femme ne doit descouvrir pour nulle chose 
le secret ne le conseil deson seigneur, affin qu'elle ne 
diiéc en Tire et en oorroux de luy ne en sa hayne, 
comme fist la fenune Samson fortin, qui en perdy 
l'amour deson seigneur. Car c'est trayson quantï'eh se 
fie en sa femme et clic descueuvre ce qu'elle doit celer. 
Je vouldroie que vous sceussiez le compte de 




i5a Le Livre 

l'escuicr qoi essaya sa femme, que il vit Juemte. 8^ 

ly va dire : n M'amie , je vous diray nn grant con- 

u scil , mais que vous ne m'en descouvriés pas pour 
» riens. Je vous dj que j'aypomii-'^Hf'i. mas i»ur 
B Dieu ne le dictes mie. d Et elle respoudit que par 
sa foy non feroit-elle. Sy li iiisl bien tari que le jour 
ne venoitpourl'BlerdireA sa commâre, et, quant vint 
qu'elle peut trouver aa voisine, elle lui disl : o Ha, 
» ma très douloe amie, je vous deisse «n grant oon- 
» seil , mais que vous ne le déistes pas » , et elle lui 
promist que non fcroil-elle. « Se Diou m'aist , il cs( 
n advenu une granl merveille à mon scigiwur, car 
» pour certain, ma doulce amie, il a pont uj.Deu& 
» — Saincte Marie , fisl l'autre , commenl puol ce «fr^ 
» Ire? c'est granl chose, u Si b'«i paiiy celle A qut 
le conseil avoit cslè dit , cl ne se peut leolrdfi lïl6^ 
dire à une aulre , et lui dist que toi cscuier d avoit 
|>ODl ii^ . eufz. El puis celle le dit à un autre, qui dit 
que il en avoit pont v , et absi crcost la chose d'une 
en autre, quclcsij.eufzvindrcntàcent, etiantfjue 
loul le pays en fusl plein de renomëe . el que l'ea- 
cuier le sceust par plusieurs gens. Et lora il appoUa 
sa femme cl plusieurs de ses pareus, et lui disi : 
« Dame, vous m'avez raoull bien cren la chose quo 
" je vous avoîe dit en conseil , car je vous avoye dh 
■1 que je avoye ponlij. eufï; mais. Dieu mercy, le 
s conte est crcu, car l'en dil que il y en s cenl. Sy 
D avez desCDUvert mon conseil, u El ainsi colle ae 
lint pour honteuse el pour nice, el ne sceust que 
respondre. Et par ceste eïemple se doit jçardcr 
uiuie bonne femme de descouvrir lo secrcl de son sei- 
gneur. 



DU CHEVAtlBR DE La ToUR. iSi 




Cy parie de deèdèung. 
CflArviTRE LXXV^ 

elles filles , je vueil c[ae vous oyez Texem^ 
pie de Michel, la femme David, qui fut 
fille au roy Sattl. Le roy David , qui saint 
homme estoit, aimoit Dieu et Tesglise 
sur toute rien. Sy avint que, à une grant feste qullz 
faisoient devant Tarche , où estoit le saint pain de la 
manne qui vint du ciel , dontles pères furent rassa- 
siez , et les tables de la loy , et la verge dont Moysc 
avoit fait partir la mer, et, pour honnourer Dieu, le 
roy s'estoit mis en la compaignie pour chanter et 
pour harper avecques les prestres, et se desmenoit 
et fiiisoit la plus grant joye qu'il povoit à Dieu et à 
Feglise. Sa femme le regarda , si en eust desdaing et 
dcspit, et s'en bourda et lui dist que il sembloit un 
ménestrel et un jongleur, en se mocquant de luy. Et 
le bon roy respondit que Ton ne se pnet trop humi- 
lier envers Dieu, ne le trop sorir, né honnourer son 
csglise ; car de Dieu vient tout le bien et honneur 
que homme et femme pevent avoir. Sy en despleust 
à Dieu dont elle en avoit parlé; sy fust de lors bre>' 
haingne et malade , et aussy comme toute séparée 
de lui, parce que Dieu luy vouist monstrer sa folie ; 
car toute bonne femme doit esmouvoir son seigneur 
à servir et hoimorer Dieu et Tesglise , ne ne doit 
point son seigneur mcspriacr de ce que ilcuide bien 




iS4 Le Livre 

fare, ne bourder, ne avoir despit sur luy, né» 
cialment le reprendre devaol les gens pour rien 
lui aviengne, soit torl, soil droit, fors qu'er 
privé , quant il n'y a que euU deux. Car, selon ce 
que dit le saige en la sapicncc, quant homme se voit 
leedangier ne reprendre, devant les gens, desBEem- 
me ne de samesfioie, aucunefoiz le cuer luyenRc, 
ou en fait pis, ou on responl ouliragieusomoDt ea 
fait ou en dit , et pour ce est bonne chose de repren- 
dre doulcement et priveemenl son seigneur. 



Cr parle de sny pingnier dei'anl les geitn 

CHAfFlIRBLXXVl 



tgewi\ 
tdovamu 



^jE^irtl n nuire exemple vous diray de 1 
JH ^^K li* femme Unes , qui demouroit 

'^s-~^ giloil a une fenestre dont le roy la povràl 
liien veoir ; sy avait moult beau chîef et Julonl. El 
par cela le roy en fut temple et la manda, et fisi 
tant que il pécha avecques elle, el, par le faulx 
délit, il commanda â Jacob, qui etoît chei.-eloine 
de son ost , que il mcist Lrics en tel lieu do la ba- 
taiilo que il fusl occis. Sy porta Unes les lectros de 
sa mon, car ainsy fust faict. Et uosi pécha le ley 
David doublement, en luxure et eu bomidde , demi 
Dieu s'en corrova moult A lui, et en vint mooltda 
rnaulx ù luy et à son royaume, dont le complc w> 
roit long à escouter. El lout ce pocbiô vînt poitrAQ' 




DU Cheyalier de Là Tour. i55 

piogmer et soy orguillir de son beau chief , dont 
maint mal en vint. Sy se doitr toute fenftne cachier et 
oéleement soy pingner et s*atourner , ne ne se doit 
pas orguillir, ne monstrer, pour plaire au monde, son 
bel chef, ne sa gorge, ne sa poitrine , ne riens qui 
se doit tenir couvert. 




Cjr parle de folle requeste. - 
Chappitme LXXVIK 

|a mère au roy Salomon requist à son filz 
que il donnast la mère sa femme, qui 
'moult bonne dame'estoit, à Donno, qui 
estoit païen et ennemy. Sy respondit le 
roy que jà son annemy n'auroit la femme de son sei- 
gneur de père, et si se tint sa mère pour nice et 
pour honteuse d^avoir esté escondite, et pour ce 
doit toute fennne penser se elle requiert chose rayson- 
nable avant qu'elle requière son seigneur ; car celle 
requeste estoit bien diverse. Je vouldroye que vous 
sceussiez là foie requeste que la duchesse d'Athènes 
fist au duc 8(m seigneur. Elle avoit un frère bastart. 
Sy requist au due que il donnast sa propre suer à 
femme; et le duc, qui vit sa simplesce, s'en 
soubrist et lui dissimula le foit, et dist qu'il en par- 
leroit à ses amis. Et l'autre pourchassa touz les 
jours le fait, et au fort il lui dist qu'il, n'en serdt 
rien jà fait, dentelle s'jen corrouça et s'en mist au lit 
malade de yre et de corroz» et se fist prier devenir 



i56 Le Livre 

au duc et de couchicr avec lui , et au fort H 
corrouça,ct s'enfla le duc loUemcntquo par graôt jr6 
il jura que jamais elle ne coucheroil en son Ul, et 
l'envoya en un chaslel bien loing de lui. Dont )-c5 a 
bonne exemple que femme se doit bien garder de 
requerre à son seigneur de chose qui n'est bonnette, 
et après commentelle ne doit pour nul corroux dea- 
cibàr ft son seigneur, par quoy il se coirouœ aspre- 
ment contre elle , ne tenir son cuer comme list celle 
duchesce, que le duc chassa d'aveoques luy par sa 
folie et par son fol couraige. 



Cy parle Je trayêon, 
^BAPPiTKi LXXVIII, 



lient lo^M 



'exemple de une faulsc femme^ 
^deux temtnes estoient qui egtoientto 

n UD hoBtel, lesquelles Bvoient deux enf- 
afiins maies d'un temps. Sy advint a I^uie 
que son enfîant cstaingnil , et , quant elle le vit 
mort, si ala, commo faulsc femme, emblcr l'entlant 
vif qui estoit k sa compaigne et y mlst le mort su 
lieu. £t quant celle à qui estoitte vif vit cdlid mort 
au lieu, syle regarda et congnustqueoe n'esloll {MU 
le sien. Sy en fusi bien grana contcns, et en vint I?' 
cas et le fait devers le roy Salemon. Et quant il «U' 
oi leur débat il dist : o Baillez-moy «ne espte rt 
a en bailleray à chacune la moitié. » Celle ft <(«? 
l'enftiant n'esloil pas respoodist qu'elle le vouloit 



DU CUBYALIER DE La ToUR. iSj 

bien ; mais ïmtre dist que F^iffiinl ne fust pas ocds, 
et qu*eUe youloit tûen qu'elle Tenst tout quitte. Âr 
donc le roy juga que renffant feust baillé à eelle 
qui ne vouloit pas que renfihnt fust occis j et que 
le cuer et la diair d'elle en avoît pitié , et que Tau-^ 
tre, qui Youloit quil fust departy, n'y avoit riens. Et 
ainsi fust la trayson de k mauvaise femme csprou- 
vée. Et pour ce a grant péril de couchier petit enf- 
fant delès soy, car bien souvent ilz estaingnent; sy 
y chiet grant péril. 




€jr parle de rappine. 
Chappitrb LXXIX^ 

n autre exemple £eust de la femme au roy 
Jéroboam. Hz avoient un raffont malade. 
Sy envoya le roy la royne à un saini bom- 
me profdiète lui prier que il empetrastgué^ 
EÎaoaàleur enf&nt. Si se déguisa la royne et vini 
an saint bomuie» qui point ne veoit. Mais, par la grâce 
du Saint-Esprit , le saint prophète lui escria à haulte 
V0Î3L : c Royne, femme Jéroboam, vostre filz mourra 
» anuit de bonne mori^ maiz tous voz autres enf<^ 
» fans raoorront de maie mort, sans sépulture, tout 
o par le pechié de leur père , qui est tyrant sur son 
» menu pueple, et de mala eonsdenoe et luxurieux, y 
$i s'en retourna la rùyne et trouva son filz mort. Si 
dist le fiût à son seigneur. Mais pour ce ne s'en voult-* 
il amender, et pour ce périrent tous ses enfiEsuns. Et 



^!^-0* 6 vouldroie que vous socussicz le 
f^M U^ et l'exemple de la dame qui ne da^iA 
^£|^^ venir mengier, pour mandement que eon 
*^-^9 seigneurli feist, tanl eatoil foie elthipileu- 
se, el pour pou de chose. Et quant soa seigneur vil 
que pour mandemenl quil lui feisl elle ne voûtait 
venir mengier, il envoya querre sou porchiep, <ioî 
esloit vils et let, et lit apporter la touaille de ta oui- 
sine, et fit dresser une table devant elle cl meUre 
eelleorde touaille, et fiiasseoir le porchier. et puis lui 
dist; n Dame, puis que vous ne voulei venir à mon 
B mandement ne mangier en ma compagnie, je vons 
» baille cest porcbier et eeste touailic. d Et oalle 
fust encore plus courroucée que devant , et au fort 
elle vit bien que son seigneur se bourdoil d'elle; si ae 
reffrenaetcQDgnusl sa folie, et pouroenulte Temmo 
ne doit escondtre ne refTuser le mandement do scta 
seigneur se elle vieull s'amour et sa paix gnder^ 
Car, par bonne raison , humblesce i 
ment venir de devere elle. 




DU Cheyalibrdb Là Tour. i49 

Cy parle de flatterie, 
CHÀP»iTmB LXXIII». 

e TOUS diray sur Texemple de grerie. Une 
graol dame avoit un filz qui avoit nom 
Giasana, qui estoit moult grant seigneur, 
et estoit aie en ime bataille où il mbrot. 
8y estoit sa mère à grant esmay et douleur de sça-^ 
toîr de ses nouvelles. Sy avoit un flateur en sa 
eompaignie qui ly disoit : « Ma dame, ne vous esma- 
yez, car monseigneur vostre filz a eu victoire et a pris 
moult de prisonniers. Si lui convient demeurer une 
pièce pour ordonner 4a son foit. » £t ainsy de telles 
flateries paissoit sa dame et lui disoit joye de néant. 
Car eellui. greeur ne deist jamais à sa dame chose 
qu'il sœust qu'il lui deust desplaire , aussi comme 
sont flatteurs et flatteresses , qui jà ne diront à leur 
seigneur ne à leur dame chose qui leur desplaise, et 
taysent la venté, et leur dis^t tout leur bon, et leur 
font joie de néant, si conune iist le foulx flatteur qui 
à Jouel, laJbonne dame , DEÛsoit accroire que son filz 
avoit eu victoire et en amenoit ses prisonniers ; et 
c'cstoit bien le contraire « ear il estoit mort , dont 
depuis, quant la bonne damme le secut, elle en 
deiist mourir de dueil. Sy est mauvaise chose d'a- 
voir flateurs entonr luy ; car ilz n'osent dire la ve« 
rite ne donner loyal ccnseil, ainsi font souvent for- 
voier leur seigneur et^leur dame de droit chemin. 



i5o Le Litre 

Il semble les enciianteurs, qui fonl semblani au 
rharbon que ce soit une belle chose; car ilz loentla 
chose par devant et plus la biasmenl par derrière. 
Sy ne doit l'en point croire en leurs les ; car ilz ne 
voua font que decepvoir pour vous plaire et pour 
avoir du vostre ; car vous les àevez mieulz cognois- 
tre que ils ne vous congnoissent , si vous esl^ sai- 
ges. Hais vous devez amer ceulx qui vous diront 
vostre bien et ne vous cèleront point vcrili pour 
nulle double; elceulx seront voz amb. Car les greetirs 
semblent le faulx mire, qui prent t'argenl sans veolf 
te mal; ticukflateursdecoivcnt les riches, sicomme 
fist un flateur à une venderesse de fromajgea , qui ft 
merveilles estoit laide, et il luyfaisoitacroire que elle 
esloll belle et doulce. El la femme estoil » foie que 
elle cuidoit qu'il dcist voir, et à chacuDe fmz loi 
donnoil un fromaige, eL puis, quant il l'avoil bu, il 
se moquoit d'elle par derrière. 

Je vouldroie que vous sceussiez un exemple que 
je vy en Angoulesme quant le duc de HormamUe 
vint devant Âguilloo. Sy avcût chevalière qui 
trayoieut par csbot cucontre leurs chapperons. Si 
comme le duc vint en cellui parc , par eabal si de- 
manda k un des chevaliers un arc pour traire , cl 
quant il ot trait, il y en eut ij. ou iij. qui dislrcnt : 
» Monseigneur a bien Irait. — Sainte-Haric. iîst UD, 
» comme il a trait royde. — Ha, fist l'autre, je nC 
o voulsisse pas estrc armé et il m'eu^l féru. » Sy 
conniendèrcnt à le moult louer de son trait, mus, 
à dire verilé, ce n'esloit que flatterie , car il tray lo 
pire de louz, et pour ce est grant men-eille conment 
cbascun Qatc et gréo aux seigneurs et aux daaiesdd i 



DU Chevalier de La Tour. . iSi 

jour dliui, et leur font acroire que ilz sont plus graps 
et plus saiges que ils ne sont, et par leurs flateries 
les font oultrecuidier. 




Cjr pétrie de descomn'ir le conseil de son seigneur* 
Chappitre LXXIllK 

e vueil que vous oyez Texeniple de la 
femme Samson fortin, qui descouvry son 
seigneur. 11 advint que Samson fortin 
avoit fait une fermaille à xxx. robes de 
saye avecques certains gens qu'ilz ne pourroient pas 
deviner certaine devinaOle. Sy advint que sa femme 
ne li fina tant de parler qu elle sceut que c'estoit et 
tant qu'il lui descouvry le fait de la devinaille , et, 
quant elle le sceut, elle en descouvrit son seigneur, et 
lui fist perdre la fermaille de xxx. robes de saye; et 
quant son seigneur sceust qu'elle Teust découvert, 
sy la commença à hair et la mist bors de avecques 
lui, et ala aux payens qui avoient gamgnèe la fer- 
maille , sy en prist xxx, Icsquelz il despouilla pour 
despit de sa femme. Et pour ce a cy bonne exemple 
conment femme ne doit descouvrir pour nulle cbose 
le secret ne le conseil de son seigneur, affîn qu'elle ne 
chiéc en Tire et en corroux de luy ne en sa hayne, 
comme fist la femme Samson fortin, qui en perdy 
Tamourdesonsdgneur. Car c'est trayson quantl'ense 
fie en sa femme et ellcdescueuvre ce qu'elle doit celer. 
Je vouldroie que vous sceussiez le compte de 



iSa 



Le Livre 



i'escuîer qui esBaya sa femme, que il 
ly va dire : a M'ainie, je vous diray un grant coii~ 
H scit , mais que vous ne m'en descouvriés pas pour 
» riens. Je vousdyquc j'ay ponlij.ocub, maïs pour 
» Dieu ne le dictes mie. » El elle respondîl que par 
sa foy non fcrDit-elle. Sy li fus! bteo larl que le jour 
ne venoit pour l'aler dire b sàconunëre, ei, quant vint 
qu'elle peut trouver sa voisine, elle luidisl : a Hr, 
» ma 1res doulce amie, je vous d«sse un grant ccm- 
a seil , mais que vous ne le dei^Les pas <> , et elle lui 
promist que non feroil-elle. « Se Dieu m'aisl, H esl 
B advenu une granl merveille & mon seigaeur, car 
» pour certain, ma doulce amie , il a pont iij. oentt. 
a — Saincte Marie, flst l'autre, comment puel ce es^ 
» treî c'est granl cliose. u Si s'en parly celle A qui 
le conseil avoit eslè dit , cl ne se peut tenir de l'aier 
dire A une autre , et lui dbt que tel escuîer u avoit 
pont iiij.euFz. El puis celle ledit à un autre, qui dit 
que il en avoit poni v , cl ainsi creosl la chosfr d'une 
en autre, que les ij, eufe vindrenl h cent, ci «ut que 
tout le pays en fusl plain de renomme, ei que l'es- 
cuier le sceust par plusieurs gens. Et lors il appella 
_-sa femme ei plusieurs do ses pareas, et lui disi : 
R Dame, vous m'avez moull bien creil la cliose que 
H je vous avoie dll en eonsdl , car je vous avoye dît 
1 que je avoye pont iJ. cuft ; mais, Dieu mercy, lé 
« conte est creu , car l'en dîl que il y on a cent. SJ- 
■ avez descouvert mon conseil. » Et ainsi celle « 
Ilot pour honteuse et pour nice , c 
respondre. Et par cesie exemple 
toute boone femme de descouvrir le wcr^l de i 
gneur. 



DU Chevaiier de La Tour. i53r 




Cy parie de deèdiung. 
GHAPFITmB LXXV*. 

elles filles , je vueil que vous oyez rexem>^ 
pie de Michol, la femme David, quiiiil 
fille au roy Saûl. Le roy David , qui isaint 
homme estoit, aimoit Dieu et Tesglise 
sur toute rien. Sy avint que, à une grant feste qu'ilz 
faisoient devant l'arche , où estoit le saint pain de la 
nuume qui vint du ciel , dont les pères furent rassa- 
siez, et les tables de la loy, et la verge dont Moyse 
avoit fait partir la mer, et, pour honnourer Dieu, le 
roy s'estoit mis en la compaignie pour chanter et 
pour harper avecques les prestres, et se desmenoit 
et Sûsoit la plus grant joye qu'il povoit à Dieu et à 
Tegiise. Sa femme le regarda , si en eust desdaing et 
dcspit, et s'en bourda et lui dist que il sembloit un 
ménestrel et un jongleur, en se mocquant de luy. Et 
le bon roy respondît que Ton ne se puet trop humi- 
lier envers Dieu, ne le trop servir, né honnourer son 
csglise; car de Dieu vient tout le bien et honneur 
que homme et femme pevent avoir. Sy en despleust 
à Dieu dont elle en avoit parlé; sy fust de lors bre-' 
haingne et malade, et aussy comme toute séparée 
de lui, parce que Dieu luy voulst monstrer sa folie; 
car toute bonne femme doit esmouvoir son seigneur 
à servir et hoùnorer Dieu et Tesf^ise, ne De doit 
point son seigneor mespriser de ce que il cuide bien 



i54 Le Litre 

faire, ne bourdcr, ne avoir despil sur luy, ne. 
cialmenl ie reprendre dcvanl les gens pour riens qui 
lui avicngne, soit tort, soit droit, fors qu'en son 
privé , quant il n'y a que eulx deux. Car, selon ce 
que dit le saigc eu la sapiencc, quant homme se Toil 
lesdangier ne reprendre, devant les gens, de sa fem- 
me ne de sa mesfcnie, aucuncfoiz li! cuer luy enfle, 
ou en (ait pis, ou en respoul oultragieusament en 
Fait ou en dit , et pour ce est bonne chose do repren- 
dre doulcement el priveemeni son seigneur. 



Cy parle de soy pingnier devant les gens, 

ChafpitrbLXXVI'. 

lu tre exempte vous diray de BersaW^e , 
Ë* la femuie Uries , qui demouroit devaDl la 
'§ palais du roy Ilavid. Si se kioil et pio- 
V gnoit à une fenesire dont le roy la pm-oil 
avoit moult beau chief e* bjpnl. Et 
par cela le roy en fut temple et la maoda , «i fisi 
tant que il pécha avccques elle, et, par le btulx 
délit, il commanda ù Jacob, qui el(Hl chevetoioe 
de son ost, que il meist Dries en tel lieu de la ba- 
taille que il fust occis. Sy porta Uries les leclres de 
sa mort , car alnsy fiist faict. Et ainsi pécha le ko; 
David doublement, en luxure et en homicide, (tom 
Dieu s'eu corroda moult â lui , et en vint mooU de 
maulx â luy el ft son royaume, dont le compte se- 
roil long à osGOuter. Et tout ce pecliii vint pot» suy 



BU Chevalier bb La Tour. i55 

{Hogiuer et soy orguillir de son beau ehief , dont 
maint mal en vint. Sy se doit- fonte fenfme cachier et 
céleement soy pingner et s'atourner , ne ne se doit 
pas orguillir, ne monstrer, poar plaire an monde, son 
bel chef, ne sa gorge , ne sa poitrine , ne riens qoi 
se doit tenir couvert. 




Cjr parle de folle requeate, • 
Cbappitre LXXVIK 

la mère au roy Salomon requist à son filz 
que il donnast la mère sa femme, qui 
'moult bonne dame'estoit, à Donno, qui 
estoit païen et ennemy. Sy respondit le 
roy que jà son annemy n'auroit la femme de son sa- 
gnenr de père, et si se tint sa mère pour nice et 
pour honteuse d*avoir esté escondite, et pour ce 
doit tonte femme penser se elle requiert chose ray son- 
nable avant qu'elle requière son seigneur ; car celle 
reqneste estoit bien diverse. Je vouldroye que vous 
sœussiez là foie requeste que la duchesse d'Athènes 
fist au duc son seigneur. Elle avoit un frère bastart. 
Sy requist au duc que il donnast sa propre suer à 
femme; et le duc, qui yit sa simplesce, s'en 
soubrist et lui dissimula le feit, et dist qull en par^ 
leroit à ses amis. Et l'autre pourchassa touz le» 
jours le fieût, et au fort il lui dist qull. n'en seroit 
rien jà fait, dont, die s'en corrouça et s'en mist au lit 
malade de yre et de corn», et se fist prier de venir 



i56 Le Livre 

>D dac et de couchier avec lui , et au fort te due 9d 
corrouça, et s'enfla le duc lellemen l que par grani yro 
il jura que jamais elle ne coucberoil en son lîl , et 
l'envoya eu un chaaiel bien loing de lui. liant ycy a 
brmne exemple que femme se doit bicu garder de 
requerre à son seigneur de chose qui n'est honsNtp, 
et apris commentelle ne doit pour nul corrom des- 
(Aeir k son seigneur, par quoy il se corrouce asprp- 
meni contre elle , ne tenir son cuer comme fist celle 
duchesce , que le duc chassa d'aveoqucs luy par sa 
folie et par son toi couraige. 



Cf parle de Irajraon. 
Cbappitui LXXVIII. 



K^^SI 



S^ntho 'exemple de une faulse fenun&'Ai 
S^ ngS'''^'''' femmes esloienl qui esloienl logées 
^fiN^en un hostel, lesquelles Bvmcnldeuxeiif- 
iiiiiiiln fans maies d'un temps. Sy advîni k l'une 
que son cnffani eslaingnit, et, quant cllo lit vit 
mort, si ala, comme faulse femme, BinMer l'ifnfiant 
vif qui esKnt à sa compaigne ol y tnist le mort aa 
lieu. Et quant celle à qui esloitle vif vil cdlui mon 
au lieu, sy le regarda et cougnustquece n'esloHjias 
le sieu. Sy en fusl bien grans contens, et en vint \r 
sas et le fait devers le roy Salemoo. El quant it «Ut 
oz leur débat il disi : a Baillcx-moy une espéô pi 
M on bailleray à chacune la moitié, o Celle & <piS 
l'cnffant n'estolt pas reepoudist qu'eU* le vmiÛt 



DU Chevalier de La Tour. 167 

bien ; mais Tautredist que Tetifibnine fost pas occis, 
et qu'elle vouloit bien qu'eHe Veiist tout quitte. Ar 
donc le roy juga que renf&nt feutt baillé à eellq 
qui ne vouloil pas que renf&nt fost occis , et: que 
le cuer et la chair d'elle en avcHt (ntié , et que Tau-i 
tre, qui vouloit qu*il fust departy, n'y avoit riens. Et 
ainsi fust la trayson de 4a mauvaise femme csprou- 
vée. Et pour ce a grant péril de couchier petit enf- 
fant delès soy, car bien souvent ilz estaingnent; sy 
y chiet grant péril. 




Cjr parle de rappîne, 
Chappitrk LXXIX«. 

n autre exemple feust de la femme au roy 
Jéroboam. Hz avoient un enfElGmt malade. 
Sy envoya le roy la royne à un saint hom- 
me prophète lui prier que il empetrastguè-. 
risoaà leur enfihnt. Si se déguisa la royne et vint 
au saint homme^ qui point ne veoit. Hais, par la grâce 
du Saint-Esprit , le saint prophète lui escria à haulte 
toioL : « Royne, femme Jéroboam, vostre filz mourra 
9 anuil de bonne mort^ maiz tous voz autres enf-^ 
» fans mourront de maie mort, sans sépulture , tout 
B par le pecfaié de leur père, qui est tyrant sur son 
TÊ meno pueple, et de malaconsdaice et luxurieux. » 
$i 8*en retourna la r^e et trouva son filz mort. Si 
dîst le iait à son seigneur. Mais pour ce ne s'en voult^ 
il amender, et pour ce périrait tous ses enfiEans. Et 



i58 Le LivBE 

pour ce eel bon exemple de mener et user d 

vie, et de amer aon menu peuple et ne IcurblMm 

griofzelnul lort;carlcpeGhiédu père et de la mers | 

nuisl aux onfTans, si comme vous avez ouy que te 1 

saint homme le dist à la foyno de son seigneur. 



Cf parle de paeienc 
Cbappiibr mit: 






S Anna , ta femme Thobîe, parla folemcnl t 
n seigneur, qui csloil preudhomine ei 
itliomnio, elensevelissoit les mors ((ofl 
un roy Sarrazin faîsoit occire en despil do Iltmi M de 
sa loy, et avoit nom Scnnacberip. Si advint que les 
arroadcUes chièrcnl sur les yeulx du preudhomme 
Thobie, et en fut long4emps aveugle , dont sa km- 
me lui disi par grant despil que le Dieu pour qui Q 
enseveliasoit les mors ne lui rendroit mie la veue. 
Lepmdhomme eneut cntuypacicoco, el lui ropon- 
dil que loul seroit t son plaisir, doni i) advint que 
elle en fusl bien pugnye de malaïUes, et, quant il 
picusl ù Dieu , il rendit au bon tiomme sa veue , CI 
veoit tout cler. Et , par cesi exemple , toulA bonao 
femme ne doit point laidengier son seigneur, M 
megpriser de chose ne de maladie que Dieu luy ei^ 
Toye. Car le baston est aussi bien levé sur le salng 
eammc sur le malade, comme vous avea ouy de 
Tbobie qui tut guéry, et sa femme qui pari» ml fui 



DU Chevalier de La Tour. iSq 

malade. Dont je veul que vous saichez Texemple de 
la claviëre Sarra, femme au petit Thobie. Geste 
Sarra fut moult preude £emme et fust fille Raguel; 
elle ot vij. seigneurs, que Tennemy occist tous, pour 
ce quHz vouloient user d*un trop villain fait, que jà 
ne fait à nommer. Celle bonne dame reprist une fois 
sa clavière dhm méfiait que elle avoit fait ; mais celle, 
qui fust fière et orgueilleuse, lui reproucha ses sei- 
gneurs, en elle avilant. Mais la bonne dame nç res- 
pondist riens , ains ot pacience et ploura à Dieu , en 
disant qu'elle n'en povoit mais et que Dieux fist du 
tout à son plaisir. Et, quant Dieux vit son humilité, il 
luy donna cellui Thobie à seigneur, et eurent de beaux 
eniffans et moult de biens et d'oniieur ensemble. Et 
celle qui tença à elle et lui reproucha ainû , si fina 
mauvaisement et eut depuis assez moult de hontes, 
et la bonne dame beaucoup d'onneur. Et pour ce est 
bon exemple comment nul ne doit reprouchier le 
mal ne le meshaing d'autruy. Car nul ne se doit 
point esmerveillier des vengences ne des jugemens 
de Dieu ; car tel reprouche le mehaing d'autruy qui 
Ta après pire et plus honteux, si comme il plaist au 
créateur à iiEÛre ses vengences et ses punitions. 

Si vous diray encore un autre exemple sur le Ceût 
de pacience. Vous avez bien ouy, selon ce que ra- 
conte la Bible , comment Dieux voult et souffry que 
Job , qui fut saint homnie, feust tempté et trebuschié 
de ses grans honneors en bas , si comme cellui qui 
estoit saint homme et riche et puissant comme un 
roy» premièrement quant il perdit ses sept filz et 
troîx filles» et puis tontes ses bestes vivans et toutes 
ses richesses et tous ses babergemens, qu'il vist tous 



arJoîr, 



1 lanl quo riens ne iui dcmoura^f 



eorps d« luy el de sa lèmine, el fut si pauviQ^) 
luy conTÎnl goair en un fumier, où les vers lui avoiem 
tout rungiâ la teste el esloieat par ses cbeveuix. El 
sa femme lui apportoîl du relief et luy sotislcaoît la 
vie. Donl il avint que une fois elle se courrouça, si 
eomme elle fusttemptée, et lui dist : o Sire, mourtez- 
veus eu ce fumier, puis que aulremeD t ne vous povca 
avoir, n Et toutefois, combien qu'elle le deist paryre^ 
elle ne le vouloil pas, comme bonne preude feroms 
qu'elle estoil. Hais le preudhomme ne luy rcspondbt 
Fions, fors que tout fcust au plaisir de Dieu, ct.tpïl 
fusl mercië de tout. Ne oncques. pour mal a 
leur qu'il lui avcnist, il u'cn ilisl Rutremenlfora que 
mercier Dieu de tout. El quand Dieu l'eul bien es- 
sayé el bieu esprouvÉ , si le redressa Cl lui donna 
autant de bien et d'onueur comme il eut oncque*. 
El aussi comme ce fait advint au ^iol tcsiamool esl- 
il avenu au nouvel , donl vous en trouverez l'exem- 
ple en la légende saint Eustacc , qui perdîsl terres e( 
biens et femme et eoffans . bien par l'esiiace de »ij 
ans, et puis Dieux le releva el lui reodj- sa funtmo cl 
ses enflons et plus la moilië de terres, richesstia et 
honneurs icrriennes queilz n'avcÀenl onoqucs inaîi 
coz. Pour ce avous-nous cy bon exemple comment 
nul ne doit despire le mehaiug ne le mal d'autruy, 
car nul nescet qui àl'ueil lui pent, ne nul uesedott 
«mierveiilier ne esmaier des fortunes ne des ItiLiK 
lacions à soy ne & sçs voysins, et doit l'on du lout 
mercier Dieu , comme firent Job et saint Euttaoc. 
et avoir bonne espérance eu Dieu et soy humlUEr, 
et penser que Dieu est aussy puissaul de tondre le 



DU Chevalier ae La Tocr. 161 
bien au double «comme il le tôult,-et avoir en soy pa- 
denoe et humilité , et de tout mercier Dieu , et avoir 
en lûy bonne espérance. 




Cjr parie de laîssier son seigneur, 
Chappitre IIIUxI». 

n autre exemple vous diray des jmauvaises 
femmes. Si fut de Herodias, que Herodes 
tollist et fortraist à son frère , prophète, 
qui estoitsimpleshoms, etsonfrère Herodes 
estoit divers, malicieux et convoiteux. Ce fut celluy qui 
fist occire les innocens pour cuider occire legrant roy 
dont Testoille faisoit demonstrance. Car Hercxies avoit 
paour que eellui roy lui tollist son royaulme , et pour 
ce fist-il occire les innocens; il fut traistre et des- 
loyal à son frère , car il luy fortraist sa femme con- 
tre Dieu et contre la loy, dont saint Jehan Baptiste 
le reprenoit. Et pour cefust-il en hayne de Herodes, 
car celle faussefemme Herodias haioit saint Jehan, et 
par celle hayne empetra-eile sa mort vers Herodes, 
et fut moult diverse femme et fma mauvaisement, 
et son seigneur ausâ, comme eellui qui fùst occis par 
cirons ; tout aussi comme il avoit fait occire les pe- 
tîs innocens, tout aussi voulst notre seigneur que par 
les plus petites choses il feust occis en langueur, 
comme par cirons, qui sont les plus petites choses et 
bestes qui soymt. 
Or vous ay compté ite maies femmes, comme il 

il 



i6i Le Livab 

csL contenu en la Cible, qui fir^t moult den 
et de divcrsiiez , pour estre exemplaire aux BtUr» 
pour soy garder de faire mal. Si vous diray ei trail- 
teraydesbonnes, que la sainleEscriplure loue moult. 
Et pource est bon de mmenlevolr leurs bonnes taches, 
pour y prendre bon exemple el bonnes meurs ; car 
Icaliens faiz el les bonnes taches des bonnes qui odi 
esté sontmirouer et exemple i. celtes qui sont el qui 
à venir sont , dont la première exemple est de Sara, 
que lu sabte Escriplure loc. 



C/ laùse à parler d 
des bonnes et d 



I femmes et parle 
leur bon gouvernement, 
icle escriplure les loe. 



I 



Et premièrement de Sarra, femme Abraham. 
Chapitbk IllUïII" 

^9'^^\am fut femme Abrabam, moult bonne 
^^^^(lame et saige, cl Dieu k garda de moult 
^^â||]dc péril/.; car, quant le roy Pharaon la 
"'TW^îprisl, Dieu lui donna moull de maulz.de 
douleurs cl de maladies, et lanl qu'il convînt qu'il 
la rendit neclement à son seigneur. Ainsi Dieux la 
sauva par sa sainteté , si comme il a gardé plu- 
sieurs sains et saintes de feu et de eaue cl de glai- 
ves et de tourmens, si comme il est contenu eu U 
vie et en ta légende des sains et saintes. Car ainà 
sauve Dieux ses omis et ses amies. Ceste Sara souf- 



DU Chevalier se La Tour. i63 

'firit mouh de hontes et de douleurs. Elle fust bien 
eent ans brehaigne ; maïs pour sa sainte foy et ftour 
la ferme loyaulté et amour qu'elle portoit touzjours 

' à son seigneur, et pour son humilité, Dieu lui donna 
un âlz , qui fut saint homme ; ce fut Isaac , dont les 

,ii}. lignées y s^irent, et Dieu le lui donna pour la 
iprant bonté d'elle. 




Cy parle de Rebeca. 
^HAvitmi IlIIxxIIIe. 

n autre exemple tous diray dé Rebeca , 
qui à merveilles fust belle et bonne et 
plaine de b<Hmes mœurs. €este Rebeca 
est moult louée en la Sainte escripture 
sur toutes, comme d'estre doulce femme et humble. 
Elle fust femme Isaac et mère Jacob. L'escripture 
tesmoingne qu^elle ama et honnoura son seigneur 
sur toutes, et se tenoit devant luy sy humble et 
sy doulces responses donnoit, que pour mourir 
elle ne deist et ne feist chose dont etie le cuidast 
corroder, et pour son humilité elle sembloit mieux 
servante de Tostel que la dame. Elle fut moult lon- 
guement brdiaingne; mais Dieu , qui aime saint et 
net mariage et hmnilité, li donna ij. enf&ns en une 
ventrée. Ce lot Esafi et Jacob , duquel Jacob yssirent 
lesxy. enj&ns qui furent princes desxq . lignées dont 
l^espitrede la Tooisfi^ parie, si comme saint Jehan 
le recompte que- il vit qoant il fut ravy au del. Geste 



iG4 1'^ Livre ^^H 

Rcbeca aima le plus Jacob , qui esloit le puîariHV 
lui fist par son sens avoir la beneyçon de son pftw,- 
sicoinme un leyon le racompte. Elle aimoit le plus 
cellui t[ui le mieulx se savott chevir et qui osioil de 
plus grant pourveance. Elle sembloil â la leonnesse 
et t la louve, qui aymeut plus celui de leurs &ons 
qui le mieulx se scel pourchacier; car Jacob estoil 
de grant pourveance et Esaû avoil son cuer en chas- 
ses , en boys et en venoysons. Et ainsi ne sont pas 
les enffans d'un père et d'une mère d'une manière ; 
carlesunsaimentunmestierel une manière de oeu- 
vre et tes autres une autre. 

Je vous diray l'exemple d'un bon prcudonune 
et d'une proude femme qui furent long^temps en- 
semble sans avoir enfTans , cl à leur prière nosire 
Seigneur leur en donna un bel à merveilles. Or 
avoîenl-ilz promis que le premier sertnl mis et don- 
né à l'église pour à Dieu servir. Après cellui ils en 
eurent un autre qui ne fust pas si bel , et lors ilz vont 
changier leur propos et vont dire que ik meltr<Henl 
à l'église le plus lel et retendroient le plus bel pour 
eslre leur héritier, et Dieu s'en courrouça ei les priost 
tous deux, et ne leur Est nul tort, car l'un après l'ou- 
tre si furentdonnés, ne onques puis n'eurent lingnèe, 
dont ilz furent â grant douleur, Hais Dieu leur fist 
assavoir par le prophâle la cause el l'atdioison. El 
pour ce a cy bonne exemple que nul ne doit pro- 
mettre à Dieu diose qu'il ne vueïlle tenir, car nul ne 
peut moquer Dieu , comme cculx cy qui le cuidoîCnl 
moquer à bailler le plus Ici , et le plus bel retenir. 
Sy n'en verres ja nul bien venir à cculx qui ainsi le 
font, ne qui oslent leurs filz ne leurs filles de reli- 



DU Chbyalieb. de La Tour. i65 

gion , comme moygnes ou nonnains , puis que une 
fois ont esté baillez et donnez. Dont j'ay veu maint 
exemi^e de mes yeulx , comme plusieurs qui ont 
esté traiz des abbaies pour les terres qui leuF es- 
cheoient, comme de leurs frères ou seurs qui se 
moururent, dont la terre leur avenoit, et puis par 
convoitise Ten les ostoit.Mais, pour certain, de x. je 
n'en vi onques un devenir à bien , fors à meschiez 
ou honte, comme des hommes vivre et finer mal, 
et des nonnains que Ton ostoit tout aussi, car au der- 
renier elles toumoyent à mal et estoient blasmées, 
ou mouroient d'enffant ou finoient mallement. Et 
pour ce ne doit Ten oster à Dieu ce que promis et 
donné luy est une foiz. 



Cy parle de Âlia, la première femme Jacob, 
Chapitre IlIUxUHe 

e vous diray un autre exemple de Alla, la 
femme de Jacob. La Bible la loue moult 
comme elle amoit chierement son sei- 
gneur et la grant honneur que elle lui 
pourtoit , et comment elle se humiliet , et quant elle 
avoit eu effant elle en rendoit à Dieu grâces et mer- 
ds moult humblement et dévotement. Et pour ce 
Dieu lui donna les x^. princes qui furent les douze 
patriarches dont les douze lingnéesyssirent, qui tant 
furent preudommes, et aymërent Dieu et le crain- 
gnirent sur tous autres, et leur père et mère prioient 




i66 



Le Livre 



chascun jour Dieu pour culx dès ce que ilz eatoM 
petis, el qoe Dieu les voulsist pourveoir de s'amour 
et desa graeo; et ilouy bien leurs prières, carîlï' 
furent saintes gens et taonnourez sur Mus. El pour 
ce est bon exemple que loul père el mère dotl chas- 
cun jour prier Dieu pour ses enfans , comme firent 
Jacob el Alia. Et si vous dy que jamaiî, pour nulle 
faulle ne riole que ih feissent, ilz^t maudissoienl 
nullement leurs enffans, ainçois les blasmoient par 
autre manière ou les batoient ; car ii vauldrûit mieulx 
cent foiz batre ses enffans que les mauldire une 
seule foiï, tant y a granl péril. 

Dont je vous en diray une exemple d'une femme 
de ville. Elle esloit maie el se courrouçoil de le- 
gier, et aussy faisoit son mary, et par leur grant yrc 
ilz s'entrerechignoient cl arguoicnt souvent el menu. 
Sy avoient ung fi!/ d'enfaol qui leur avoil faite au- 
cune taulie ; sy le commenciérent louz deux à maul- 
dire, et l'enffanl, qui en fut yrè, leur respondit Iblle- 
mcnl, el le père et la mère, qui en Turent yrës, le 
voni donner â l'enncmy par leur courroux , el lors 
l'ennemy vient qui le saisy et le prisl par les bras el 
le haussa (oui de lerre , et par là où il tnlst Is miûn 
I e feu se prinst, cl perdit la main et le bras, par ^oy 
il fut pery toute sa vie. El pour ce est granl péril de 
maudire ses enffans ne de leur destiner mal , et pis 
encore de les donnera l'ennemy, par courroux ne par 
yre que l'en ait svecques enlx. Et pour ce prenez ey 
bonne exemple, el vous en souviengne, comme vous 
devez destiner tout bien à vos enQans , et prier IHen 
pour eulx, comme faisoit Jacob et sa femme A leufs 
enl&ns, que Dieu monta et exaaiça sur tooMleV'-' 



DU Cheyalike bb La Tour. 167 
lingnées et generacions, et non pas faire comme le 
fol homme et la foie femme, qui par leur grant yre 
maudissoient leur énfi^t , et ctepuis le domièrent à 
Temiemy, de quoy Fenfi^t fut pery toute sa vie. 




Cy parle de tiackel, la seconde femme de Jaçob* 
Chavvitrb lIIIxxV*. 

n autre exemple vous diray de Rachel, la 
secotide femme de Jacob, qui fut mère de 
Joseph, que ses frères vendirent en £gipte« 
Dlcdle parole moult lasainteescripture, et 
la loue comment elle amoit à merveilles son sei- 
gneur, et la grant obéissance que elle lui faisoit. Sy 
eust celluy Joseph, dont tant de bien yssy, et en mo- 
rut en gèsine, et dit-Fen que ce fut pour ce qu^elle 
s'enorgueilly de la joye qu'elle en eut, et n'en ren- 
dit pas grâces à Dieu comme faisoit Alia. Et pour 
ce a ey bonne exemple que toute bonne femme doit 
touzjours rendre graœs et mercis à Dieu dès ce qu'elle 
a eu enffant, à comme faisoit Alia et comme faisoit 
sainte EUzs^,quifut fille au roy de Hongrie et 
femme à Londegume^ Celle bonne dame, quant elle 
avoit eu eoffiuit, elle foîaoit vaiir ses prestres et ses 
clers, et leur faisoit rendregraces et mercier Dieu,.^ 
faisoit faire simples, levailles, sans grans arrois, mais 
à ses levailles ^e fi^soit donner à mangier aux po-- 
vres qui prioient pour son enfEeuat, et aussi la bonne 
dame prenoit son enfiuit aitre ses mains et Toffroi 



t66 Le Livre 

àraulelea reDdanl gracesà Dieu, el lui prîfntbi 
btement pour lui que il le voulsisi moultcplîer ea sa 
grâce el en s'amour, et en celle du monde. Et pour 
ce Dieux essaulça ses enfTans, lesquels vindrent à 
grani honneur. El pour certain tout le bien et hon- 
neur vient de Dieu , car c«lluy qu'il aime il Ves- 
saulcc vers luy et vers le monde , el tout cesl bien 
vient par humilité, comme par humilité de ces bon- 
nes dames advint bien à leurs cnHans ; car pour vray 
il n'est riensque Dieu prise eiayme tant comme hu- 
milité, car pour certain il ne fust pas descendu du 
ciel ou ventre de la benoisie vierge Marie k ne feust 
ce que elle se humilia tant que elle respoudist à 
l'ange Gabriel que elle cstoit chamberi^ de Dieu 
et qu'il fcysl aussy comme il lui plairoit. Elle ne se 
poroil plus humilier que de soy appeler chambe- 
riâre. 



Cy parle de la roj-ne de Ckippre. 
Chappithb mUiVK 



m 



^utn^ ont je vouldroye que vous sceussiez 
S ^^E l'exemple d'une royne de Chippre. Elle ne 
1 ^^i@ povoit avoir enffani el cstoit de dur aage, 
*^S&i et loulesfois.par la bonlfi de son seigneur 
et d'elle, à leur prière Dieu leur donna un beau fil», 
dont la joje fut moult granl ou royaume. Et de la 
grant joie que ilz en eurent iU firent crier fesies 
et joustcs , et envoyërent querre tom les grensMt^ 



170 



Le LiVRB 

n ah fcut mfe ï 



nvenoit qoe son Rh fcut mfe ï mort, sy la S 
un voissel et l'envoia sur Teaue, et alasl 
où il plairoit à Dieu , comme celle qui grant pitié 
et granl douleur avoit de veoir occire son filz (I0- 
vani elle. Sy avinl, comme il i^eust è Dieu, que le 
vessel va arriver devant k cliambre de la fille an roy 
Pharaon delez un prael, laquelle cstoh en Ves- 
bat en ce verger avecques ses damoiselles. Sy lu- 
rent cclluyvessel arriver delès elles. Syala elle eises 
damoiselles dedens le vaiascl, et trouvèrent l'enfbnt 
enveloppe , qui k incrVeilles estoit bel . Sy le regar- 
da la Hlle et en eut pilië, et le Ust nourir en sa gtkF- 
de-robe moult chiërement, et l'appeldl son lik par 
bourdes , duquel enffaut vint tant de bien ; car Dieu 
Teslust et esiably maistro et gouverneur de l«ut son 
pueple, et lui monstra moult de ses secret, et lut 
bailla la verge de quoy il departy la mer et la ro- 
clost, et de laquelle il k&l y^tre eaue vive et doulce 
de la pierre. Et aussy lui bailla les tables de la loy, 
et moult d'autres grans amislicï il lui dcmooslra. 
Et de celle nourriture et celluî servaige la damoy- 
selle en feust bien gucrrcdonnée, W Dieu ne oublie 
pas le service que l'on lui faisi pour charité comme 
nourrir les orphelins, car c'est un oeuvre de miséri- 
corde que Dieuxaymo moult, si comme il est contenu 
en la vie sûnte Elisabeth, qui norrissoit les onihe- 
lins et les faisoit aprendre aucun mestier. Dont une 
bonne dame qui n'ovoil enfTant que ung, lequel t'en 
ala baingnier; sy chey en une fosse et y fuatviij. 
jours entiers, et sa mère estoit charitable A Dieu «ti 
sainte Elisabeth ; dont il avint que, k luitiéme jour, 
la mère songea que son fils otUiïl en UHQ fsiSA- , 



DU Chetalier de La Tour. 171 

(Teaue, et que sainte Elisabeth le gardoit et lui (H*; 
soit : « Pour ce que vous avez tousjour& nourry et 
» soustenu les orphelins, nostre seigneur ne veult 
9 pas que vostre enflant muire ne ne périsse. Sy le fai- 
» tes peschier. » Et lors la mère se leva et ala' 
faire peschier son filis et le trouva tout sain et vif, 
dont renffjAnt dist que une moult belle dame Tavoit 
tousjours gardé et lui avoit dit : m Dieu vieult qu»' 
3> tu soyes sauvé pour la charité et miséricorde de ta 
» mère, qui voulenliers hourist et soutient les orphe- 
» lins et les petis enffons.» Et pour ce a cy bon 
exemple comment Yen doit norrir les orphelins et les 
petis enffans qui en ont mestier , car c'est à merveil- 
les grant aumosne et grant diarité, et qui mouh 
plaist à Dieu. Et de ce nous monstre exemple la bis- 
che et plusieurs autres bestes, qui, quant nva occis 
leur mère et leurs faons, demeurent sans nourreture, 
elles les nornssent de leurs bonnes natures jus- 
ques à tant que ils se puissent vivre tout par eulx. 



Cjr parle (Tune bonne dame de Jerico appelée • 

Raao, 

Chavpitrb IlIIxxVIII< 

n autre exemple vous diray sur cest fait.. 

Il advint que en la ville de Jerico avoit 

mue kaaoe cpii avoit nom Raab, laquelle 

estoit blasmée, mais charitable estoit. 

Dont -il avîntqiie eertains preodes honànesqui y es- 




1^3 Le Livre ^M 

toieni venus pour enseigner le pueplc sy trOÇH 
les gêna de U ville moult maulx et crueulx, 
qu'ils s'en alërent respondre et cachicr chiez celle 
femme, et les mussa dessoubz troa&scaulx de tin et 
de chanvre, et ne tes peurcnt trouver pour cerche- 
mentqiie ils feissent, et puis ta nuit les avala par 
une corde el les sauva. Dont il aviat qu'elle en fust 
(lien guerredonnèe, car la ville fui depubpiise, et 
hommes cl femmes tous mors, fors Baab et sa mcs- 
gnie, que Dieu fist sauver pour ce qu'elle avoit sauve 
sea sergens. Et pour ce dit bien la sainte Ëuvanjpllo. 
Ik où Dieu dit que le bien et le service que l'on lui 
fera, ou à ses serfs pour lui, que il le rendra à ceol 
doubles. Dont est-ce bon cxcmplo de faire bien 
depuis est rendue! meri àccnt doubles. Dont je mal 
que vouqjdchiez l'exemple de sainte Annastaiae, qui 
fust mise on charlre; mais Dieu la fisl deli^Ter et lui 
fisl assavoir qu'elle esloit délivrée pour ce qu'elle 
souslenoil du sien propre les povres prisonniers et 
les enchartrez, et là où elle sçavoit que aucun y c 
toit mis sans cause et à tort, par envie ou par aucune 
debte, elle y misl tant du sien el de sa peine qu'il 
feus t délivré. Et pour ce Dieu l'en guerredonna au 
double. Et mesmement le doux Jhesucrist dit en l'Eu- 
vangille que augrantjour du jugemcnl il auramcr- 
cydeceulxqui auroulvisité les encharlréz elles ma- 
lades el les povres femmes en gesines. Car à celluy 
jour espovantable il en demandera compte et en cou- 
vendra rendre raison , dont je pense bien que main- 
tes en seront rcprinscs de en faire bonnes respoaces. 
Et pour ce, belles filles, pensez-en à présent, à 
comme fist sainte Arragonde, qui fust rojucdefwt , 



BU Cheyalier de La Tour. 178 

ce, qui les povres enchartrez visitoit, repaissoit et 
nourrissoit les orphelins, et visitoit les malades. EU 
au fort, quant elle vit qu'elle n'y pourroit entendre 
à sa vouïenté, pour doubté de desobéir à son sei- 
gneur, elle laissa son seigneur et tout Tonneur et la 
gloire du royaulme et la joye mondaine, et s'en fouy 
en tapinaige de Paris jusques à Poitiers, el là se ren- 
dîst en Tabbaye et se fist nonnain, et laissa le siècle 
pour mieulx servir à nostre Seigneur sans crainte de 
nulluy, dont depuis Dieu fist tel miracle pour rà- 
mour d'elle que ung arbre qui donnoit umbre au 
millieu de leur cldstre, lequel estoit devenu sec 
tant estoit vieulx, mais nostre Seigneur à sa prière 
le reverdist tellement que il geta escorce et Âieille 
nouvelle, contre le cours de nature. Mais riens n'est 
impossible quant à Dieu , et maintes autres grans mi- 
racles fist nostre seigneur pour elle. Et pour ce est 
bon exemple de faire charité , comme ouy avez de 
ces ij. bonnes dames et de celle bonne dame Raab, 
comment elles firent et comment Dieu en la parfin 
les guerredonna de leurs bons services. 



De abstinence . 

«tt@ij?* 6 VOUS diray autre exemple du père ei 
£^U ^ ^'^ '^ '"^'^ '^^ Sampson fortin , qui es.- 
^^ ^ loienl saintes gens eu leur mariage , mais 
^O-^W nuls enffans ne povoionl avoir. Sy en tu- 
reut-ils envers Dieu en mûute olameuf et ortùson. 
UnjDUf la bonne dame fut Jil'esgUse, qui pourloR 
estoil appelle le lempla ; si comme elle prîoit nostre 
seigneur en plorant, Dieux ot pilië d'elle et lui en- 
TOia un ange qui lui dtst qu'elle auroit un filz qui 
seroit le plus fort homme qui onques l'usl, el loquel 
debastroii et essauccroti par sa force la loy de Dieu. 
La bonne dame vint t son seigneur et le li i^. SoQ 
seigneur se gêna eu oroison el pria Dieu quil lui 
pleust à lui demonstrer sou ange, el lors Dieu leur 
envola son ange qui leur disl celles paroles, el quilz 
jeûnassent et qu'ilz feisseut abstinences, el aussi que 
ilz se gardassent de trop boire et de trop gourman- 
der. n Car n, dist l'ange, « le trop gourmander el le 
B trop mengier, fors es heures deues, el aussi le trop 
u boire guerroyé le corps et l'âme, s Et quant tl 
leur eut ce dbt si se party, et \\i tirent le comman- 
dement de l'ange et jeûnèrent el tirent abstineooes. 
Et puis eurent reoffant, qui maintint moult bieoUloy 
de Dieu encontre les païens, et en fisl moult de oo- 
cbions el moult de grant merveilles, si comme Dieux 



DU Chevalier de La Tour. 176 

le soustenoit; car il desconfisl par son corps iij. mille 
personnes. £t pour ce est bon de jeûner et faire ab- 
stinence, qui vieult riens requerre à Dieu ; car confes- 
sion et jeunes empêtrent vers Dieu sa requeste, com- 
me Fange leur dist, et wp/rès leur dist que ils le gar- 
dassent de trop mengier fors à ses heures, par espé- 
dal de trop boire, dont, quant le saint ange, qui tout 
scet, leur defiendit ces y. vices, c'est bon exemple 
que tout hQmme et femme si s'en doit garder sur 
tous autres vices, car par cellui viceren entre en très- 
tous les autres vij. vices mortelx, comme vous le 
trouverez plus, à plain pu livre de voz frères, là où 
il parle comment un hennite. qui eslut cellui pechié 
de gloutCMÛe, et le fist et s'^yvra, et par cellui il 
cheist en touz les vij. péchez mortelx, et avoit cuidié 
eslire le plu» petit des vij^ dont je vous diray que 
Salemon en dist ou livre des enseignemens ; premiè- 
rement il dist que vin trouble et rongist les yeulx et 
afitiblist la veue et fait le chief dodiner et croller, et 
empesche Touye et estouppe les narilles, et fait le vi- 
saige pruneller et rougir, et fait les mains trambler 
et corrompt le bon sanc, et affaiblit les ners et les 
vainnes, et mine le corps et lui haste la mort, et lui 
trouble le senz et la mémoire. Dont Salemon dist que 
de XX. femmes une qui seroit yvrongne ne pourroit 
mie estre preude femme au long aler, ne amée de 
Dieu ne de ses amis, et qu'il li vauldroit mieulx es- 
tre larronnesse ou avoir d'autres mauvaises taiches 
que celle , car par odle elle entrera en toutes les au- 
tres mauvaises. Pourquoy, me^chières filiez, gardés- 
vous de eellui mauvais vice de trop boire, ne gour- 
mender, ne mengier fors aux droites^ heures, comme 



ijfi Le tivRB 

à disner et A souppcr. Car une foiz meogier esl vie 
d'ange , et ij. foiï est droite vie d'omme et de fome, 
ol plusieurs fois men^er est vie de besle, el tout 
cbiet par coiislume et par usa^e, car de telle vie, 
soit de boire ou de mengier, comme vous vouldrës 
acouslumer en voslre jeunesse, vous le vouidrez 
mainlenir en voatre vieliesse, et pour ce ne diiet 
que en vostre voulenlë à y mettre remède ù heure. 
Sy devez cy preudre bomie exemple au saint auge 
C]Ui en avisa le père et la mère de Sampson (ortiu ; 
rangenediBlpascommcillîstâZacane3;caril lidist 
que sa femme aurait ud filï qui auroit nom Jehan, 
qui ae buvroit point de vin ne de cervoise ; car l'un 
cnHant [ust cslably de Dieu pour garder la foy par 
espée contra les païens, ce fust Sampson, et S. Jehan 
fut eslably pour prescher et estra niirouoir de dias- 
teté, de jeunes et de abstinences, et de user la hùre 
el cslrc niirouoir de toute sainte vie. Si vous laî&se 
de cesle matière et vous diray d'im autre exemple. 



De aprendre saigesce et elergie.i^ 

Cbappiibe IllI»'i»X'. 

^V^-^ G vous diray une autre exemple AbhI 
i^M UÙ dame qui avoit une fille qui eust i nom i 
ïgÏ J^ Oelbora, laquelle elle misi k l'escole de i 
So^oS* saigesse et du saint esprit et de sj 
Celle Delbora apprist si bien qu'elle sceusl I 
escripture, el usa de sy sainte vie qu'elle sceu&l des | 



BU Chevalier de La Tour. 177 

secrez de Dieu et parla moult des choses à venir, et 
par son grant senz touz lui venoient demander con- 
seil des choses du royaume et de leurs affaires. Son 
seigneur estoit maulx homs et crueulx ; mais par 
son sens et par son bel acqueil elle le savoit bien 
avoir ; car elle Tostoit de sa frenaisie elle faisoit pai- 
sible et Juste à son pueple. Et pour ce a cy bon exem- 
ple que Ten doit mettre ses filles pour apprendre la 
dergie et la sainte escripture ; car pour en sçavoir 
elles en verront mieulx leur saulvement et recog- 
noistront mieux le mal du bien , si comme fist la 
bonne dame Delboraet comme fist sainte Katherine, 
qui par son sens et par son clergie , avecques la 
grâce du Saint-Esprit , elle seurmonta et vainqui 
les plus saiges hommes de toute Gresce, et par sa 
sainte clergie et ferme foy elle congnust Dieu, et Dieu 
lui donna victoire de martire et en fist porter le 
corps par ses anges xiiij. journées loing, c'est as- 
savoir ou mont de Sinay, et son saint corps rendit 
huille. Et le commencement et fondement de Dieu 
congnoistre fust par sa clergie, où elle congnust la 
vérité et le sauvement de la foy. Encore un autre 
exemple vous diray-je d'un enffant de Taage de ix . ans 
qui avoitesté iiij. ans à Tescole , et , de la grâce de 
Dieu, il desputoit de la foy contre les paiens si fort 
que il les vaincquit touz, et au fort ils Tespiërent tant 
qu'ilz le prisdrent , et quant ilz le tindrent en leur 
subjedon ilz le menacièrent à occire ou il renieroit 
Dieu. Mais, pour tourment que ilz luy poussent fai- 
re, il n'en yoult riens faire. Sy lui demandèrent où 
estoit Dieu, et il leur'dit: « Au ciel et adjoint en mon 
cuer. » Lorsde depililsleoccirent et lui fendirent le 

12 



ijS Le Livre 

cousté pour voir son cuer, se il disoit voir que Dieu 
y feust. Et, quant il fut feudu et ouvert , Ûz virent 
de son cuer yssir un coulon blanc, dont il y eut au- 
cuns d'eulx pour celui exemple se convertirent en 
Dieu. Et pour cest exemple et les autres est bonne 
chose de mettre ses enffans juennes à Tescolle et 
les faire apprendre es livres de sapience, c'estrà-dire 
es livres des saiges et des bonsenseignemens, où Von 
voit les biens et le sauvement du corps et de Famé, 
et en la vie des pères et des sains , non pas les foire 
apprendre es livres de lecheries et des fables du mon- 
de; car meilleure chose est et plus noble à ouïr et 
parler du bien et des bons enseignemens, quipue^ot 
valoir et prouffiter, que lire et estudier des fables et 
des mensonges dont nul bien ne prouffit ne puet es- 
tre ; et pour ce que aucuns gens dient que ilz ne voul- 
droient pas que leurs femmes ne leurs filles soeus- 
sent bien de clergie ne d'escripture , je dy ainsi que, 
quant d'escripre, n'y a force que femme en ssdche 
riens; mais, quant à lire, toute femme en vault 
mieulx de le sçavoir, et cognoist mieulx la foy et les 
périls de Tame et son saulvement, et n'en est pas de 
cent une qui n'en vaille mieulz ; car c'est chose es- 
prouvée. 




DU Chevalier de La Tour. 179 

De la dame nommée Ruth. 
Chappitrb IIIIxxXK 

n autre exemple vous diray d^une bonne 
dame appelée Buth , dont descend! le roy 
David. Celle bonne dame est moult louée 
en la sainte escripture , car à merveilles 
amaDieuetobey à son seigneur, et, pour Tamour de 
lui, elle honoroit et amoit ses amis et leur portoit 
plus de honneur et de privetè cpie es siens devers 
elle ; dont il advint que, quant son seigneur fust 
mort, que le filz de son seigneur d*une autre femme 
ne U voulait riens laissier, en terre, ne meuble, pour 
ce qu'elle estoit de loingtain pays et loing de ses 
amis, pour ce la cuida esbahir ; mais les amis de son 
feu seigneur, qui Tamoient pour la grant doulceur et 
la priveté et le grant semblant d'amour et service 
qu'elle avoit toujours porté , les mist devers elle, et 
furent contre leur parent, tellement que ilz firent avoir 
à la dame son bon droit et toute sa partie selon la 
coustume. Et ainsi la bonne dame sauva le sien pour 
Tamistié et la bonne compaignie qu'elle avoit fait aux 
parens de son sdgneur quand il vivoit. Et pour ce 
a cy bon exemple comment toute bonne femme doit 
servir et honnourer les parens de son seigneur ; car 
plus grant semblant d'amour ne li pourroit-elle faire» 
et en ce lui en pnet tout bien et honneur venir, si 
comme il fist à la bonne dame Ruth, qui, pour amer 



(8o Le Livre 

el honnourer les parens de son seigneur, elle recou- 
Tfa sa juste partie des heritaiges el des biens son s^- 
gneur, comme ouy avez. 



e doit xoiistcniT son seigneur. 

>PITRE I11IXXX.11'. 

liray un exemple d'une bonne ds- 
e qui bien doit estre louée. Celle bonne 
^ dame avoit nom Abigail ; elle avoit un eà- 
^ gncurqui estoit à mervrâUe maulx bons 
et divers et rioieux à tous sos roi^ns, e( mesdisi 
Sy avoit trop forfait au roy David , dont le roy le 
fisl desfler, el le vouloîl destriiire et nicltre à mort. 
Mais la bonne dame, qui sage esloit, vint dmers le 
roy el se humilia tant par ses doulces pan' 
qu'elle ttst la paix de son seigneur. Sy le gaitla celle 
foiz cl plusieurs au très de maints perilz où il se met- 
toil par sa mauvaise langue cl par sos foies sotises. 
Hais tousjours la bonne dame amendoii ses eottiea 
et ses folies, dont elle doit bien estre touèe, el ai 
de ce qu'elle soufîroit moult humblement de lui la 
paine et la doulleur qu'il lui faisoit iraire. Et pour 
ce a cy bon exemple comment tonte bonne femme 
doil soulTrir de son seigneur et le doit supporter, et 
par tout le sauver el garder comme son seigneur, 
combien qu'il soit fol ou divers , puisque Dicui: le hii 
a donné. Car lanl comme elle y aura plus à soiiflnr 
el elle le portera plus humblement et Gouvem la 



DU Cheyalier db La Tour. 181 

folie de lui, de tant aura-elle plus Fambur de Dieu 
et roimeur du inonde. 

Je Youldroye que vous sceussiez l'exemple d'u- 
ne bonne dame, femme d^un saiateur de Rom- 
me, si comme il est contenu es croniques des Ro- 
mains. Cellui sénateur estôit moult jaloux sans cau- 
se, et estoit moult dive^ homs et moult maulx et 
crueulx à sa femme. Sy advint que il eust à faire ung 
gaige de bataille encontre un autre. Or estoit-il trop 
couart et failli; le jour de la bataille son champion 
qui devoit jouster potir lui estoit malade, et ne trouva 
lors aucun qui pour lui se voulust combattre, dont 
il eust este débouté; mais sa femme, qui regarda le 
gnmt déshonneur que son seigneur y auroit , ala en 
sa chambre et se fist armer; sy monta à cheval et se 
mist en champ, et avoit son visaige deffait que 
nul ne la cogn^ist, et toutes foiz, pour ce que Dieu vit 
sa bonté et que elle faisoit selon Dieu son devoir, et 
rendoit à son seigneur bien pour mal , Dieu lui don- 
na telle grâce que elle gaigna la querelle de son sei- 
gneur honnourablement. Et quant vint que tout le 
traictié fust accomply, Tempereur voult veoir et 
sçavoir qui estoit le champion du sénateur. Si fiist 
desarmée et fust trouvé que c'estoit sa femme , dont 
Tempereur et toute la vÛle lui portèrent dès cellui 
jour en avant plus grant honneur qu'ilz n*avoient 
foit, et fust à merveilles honorée, tant pour ceste cause 
comme pour ce que elle se portent bel et doulcement 
des maulx que son seigneur ly fusoit bien souvent 
traire. Et pour ce a cy bonne exemple comment toute 
bonne femme doit humblement soufi&ir de son sei- 
gneor ee que eila nd puet ameeder ; car cdle qui 



)8ï Lk Livre 

l^its en seufTre sans en faire cbière e 
X. ion plus de boimcur que celle qui n'a cause de 
soufTrir, et qui a son seigneur bien cntacliië, 
comme dil Salemon , qui bien parle des fetama stm 
louanl les unes et blasmant les autres. 



De adoulctr l'ire de son aeignear. 
Crappitrb llIIo'Xlll* 



I 



1 autre exemple vous diray d'une de» 
[ij femnncsau roy David, commenl elle apai- 
l'ire de son seigneur. Vous avex bien 
comment Amon le fib David liespB- 
cella sa suer, et comment Absalon leur frËre vei>- 
gea celle honte et le fist mettre à mort, dont Ab- 
salon s'en tbuy bors du pays , car le roy le vouloit 
ttitc occire. Mais celle bonne dame lui list s paix , 
car elle monstra tant de bcmnes raysons à soa sei- 
gneur que il lui pardonna. 5y n'estojt-elle pas sa 
mère, fors femme de son seigneur. Hais die lenoit 
en amour son seigneur et ses enffaos comme bonne 
dame. El ainsi le doit faire toute bonne dame; car 
plus granl semblanl d'amour ne pnei-elle monstrer 
a son seigneur que amer ses enffans d'autre femme, 
et y conquiert honneur au double, et plus les doit 
soustcnirque les siens; car au derrenier il n'en vient 
fors que tout bien et honneur, si comme il adviul 
à celle bomiedame que, quant le roy fut mort, l'en 
lui vouloit loUir son droit, mais Absalon ne le touIsC 



BU Chevalier de La Tour. i83 

souffrir et dist devant touz que, combien que elle ne 
feust sa mère, que elle lui avoit porté honneur et pri~ 
veté et amour, et par maintesfois desblasmé vers mon 
seigneur mon père ; car elle ne perdra jà riens de 
son droit. Et pour ce a cy bon exemple comment 
toute bonne femme doit amer et honnourer tout ce 
qui est de son seigneur, comme ses enffans d'antre 
femme et aussy ses prouchains et ses parens. Car 
voulentiers nul bien n'est fait que communément ne 
soit mery, si comme il advint k ceste bonne dame, 
comme ouy avez. 




De querre conseil. 
Chappitre IIIIxxXIIII«. 

e vous diray un autre exemple de laroyne 
de Sabba, qui moult estoit bonne dame et 
saige, laquelle vint de vers Orient en Iheni- 
salem pour demander conseil d'un grant 
feit au roy Salomon , lequel la conseilla feablement, 
et bien lui prist de son conseil, et elle ne perdy pas 
son travail ne ses pas. Et pour ce a cy bon exemple 
que toute bonne dame doit eslire unbonpreudomme 
<H saige de son Ugnaige ou d'autre et le tenir en 
amour et soy conseiller à lui de ses besoingnes ; car 
te bon conseil foit la boraie œuvre, et fait tenir bonne 
amour à ses voisins et garder le sien sans parler et 
sans noter, et, se aucnn plait ou contens se met, le 
bon preudemmeeC lesaige conseil si leoste et amo- 



d^e la chose, et fait avoir le si 






saQS grans mises, et lousjours en vient grant Inen,* 
somme il vint â la bonne royne de Sabba, qui Ae sy 
loiug vint queire conseil au sûge roy Salemon. Et 
encores vouldroye-je que vous seeusâei l'exemple 
d'un empereur de Romme. L'empereur estoit malade 
au lit de lamorl. Chascundes seignenrG et des séna- 
teurs et autres pour lui plaire dissent que il seroît 
lanlost guery, mais que il eust sué. Mais amy que il 
eust ne lui parloit du prouffît de l'ame. Sy avdt 
avecques lui un cliambellan qui l'avoit nourry , le- 
quel le servoil d'enffance. Cellui veoit bien que il ne 
pou voit esctiapper, etquelousneleconscilloientfbra 
que pour lui plaire Beulemenl, Sy lui va dire le chsin- 
bellan ; « Sire, comment sentez-voï voslre cuerï » 
Et l'empereur luy dbt que bien petitement. Lors lui 
commengaàdire moult liuinblement:aSire, Dietn 
11 vous a donne en cest monde toutes honneurs elles 
w iMcna terriens et la joye mondaine , si l'en reoon- 
M gnoissez et merciez , et départez à ses porres des 
» biens que Dieu vous a donnez, tellement que il n'ait 
« que reprouchier sur vous, n L'empereur escoutn 
et dist deux motz : Plus vault amy qui point que- 
flaiieur qui oint. Et fusi pour ce que ses amb ne lui. 
avoienl parlé que de l'espérance de la santé du coq» 
pour lui plaire ; mais cesluy-cy lui parloit du sauve- 
ment de l'ame ; car qui ayme le corps il doit ainor 
l'ame, el ne doit l'en riens cellerà son amy dechosc 
qui lui porteprouOit et honneur, ne, pour amour ne 
pour hayne, ne le laisseàconscillierloyaiilmem, com- 
me preudommceibon amy, et ne le flatte pas ne fùre 
ie placebo ooiurae RtëuI tous les amis de rempomic^, 



DU Chevalier de La Tour. i85 

qsiyeoientbien qu'U ne povoit eschapper de mort et^ 
ne luioâoient pas -dire le prouffît de son ame comme 
fist son povre chambellain , qui le mist à la voie du 
sauvement. £t l'empereur le creust, car il donna et 
départi du sien largement pour Dieu. 




'preude femme qui amoit les sergens 
de Dieu. 

Gbapvitrb llll^^XV*. 

n autre exemple vous diray de une moult 
preude femme qui avoit un simples homs 
à mary. La bonne dame estoit moult cha- 
ritable et aymoit moult les sergens de 
Dieu . Sy avoit, vers les parties de Jherusalem, un saint 
preudomme prophète qui avoit nom Elizeus. Celle 
bonne dame avoit grant devocion au saint homme, et 
le pria de venir heii)ergier chiez son seigneur el 
chiez elle, et lui firent une (diambre solitaire où Ic^ 
saint homs, qui vestoit la haire, faisoit ses afflictions. 
Si ne povoit la bonne dame avoir enffiint de son sei- 
gneur ne lignée. Si vont prier le saint homme qoe il 
priast Dieu qull leur donnast enffans et lingnée, et 
lesaintprophète en pflaDîeu tant que ib eurent un filz 
à merveilles bel, qui vesquit bien xv. ans et puis 
morut, dont le père et la mère endeurent mourir de 
dueil. Sy fist mettre la mère renffant en la chambre 
du saint prophète, et ala par le pays tant qu'elle 
trouva le saint preudonmie, et quant elle Tettstlrouvé 



i86 Lfi LiYtiB 

eiie Famena en sa chambre et lui monstra VenfTant 
<;iui estoit mort et lui dist ': ce Ha, saint homme, veez- 
»: cy renffant que Dieu me donna par ta prière , qui 
/estoit toute nia joye et ma soustenance. Je te prie 
:d que tu Yueilles Dieu prier que il le me rende ou 
» qui! me preingne , car je ne vueil point demourer 
» après lui. » Et Elizeus le saint prophète eut pitié de 
la bonne dame; sy adouraDieu, et Dieu le revesquit 
à sa prière, et vesqui reniïant longuement et fîist 
saint homme. Pourquoy , mes chières filles ,. yey a 
bonne exemple comment il fait bon se accointier des 
sains hommes et les amer, et qui usent de bonne vie 
et de sainte, comme ceste bonne dame, qui ne povoît 
avoir enfîans et en eust à la prière du saint homme» 
et depuis que Fenffant fut mort. Dieux le ressuadt&à 
sa prière, et pour certain Dieux est aujourd'uy auBvy 
puissant et aussy débonnaire comme il estoit lors & 
ceulx qui le seniront. Si ne fault que mettre bonne 
painneet humble cuer à le desservir, et tenir la con- 
paignie des saintes gens qui usent de saincte vie, et 
les croire ; car tout bien en puet venir, comme il fist 
à la bonne dame. 



DU Chevalier de La Tour. iSj 




De Sarra, femme du petit Thobie, 
Chappitre IIIIx>XVK 

e vous diray un autre exemple de une 
bonne dame, qui avoit nom Sara. Vous 
avez bien ouy comment elle eust vij. sei- 
gn^rs, que Tenemi occist pour ce quilz 
ne vouloient pas user déloyal marîaige, et com- 
me sa clavière lui reprocha que mary ne lui po- 
voit arrester. £t la bonne .dame, qui vit que celle 
foie vouloit tender à elle , si lui dist comme saige 
mouJt humblement : « Belle amie , à toy ne à moy 
» ne appartient mie à parler des jugements de Dieu », 
et plus ne lui dist £iie ne sembla pas à la fille d'un 
des sénateurs de Romme, qui avoit le cuer si félon 
que elle tançoit en plainne rue avecques sa voisine, 
et tant crurent et montèrent les paroles que l'autre 
lui dist que elle n'estoit pas nette du corps , dont par 
celle parole, qui ala tant avant, elle en perdy son 
mariaige , feusl vérité ou mençonge. Et pour ce est 
grani folie à toute femme de tencier ne respondre à 
tenceurs ne à gens qui sont félons et cruelz et qui 
ont maie teste , dont je vous diray un fait que je vy 
d'une bien gentilz fenune qui tençoit à un homme 
qui avoit maie teste. Sy lui dis : « Ma damoyselle, je 
» vous loue et conseÛle que vous ne respondiez 
» point à ce fol; car il est assez fol de dire plus de 
9 mal que de bien ». Mais elle ne me voult crob*e , si 



i88 Le Litre 

Icnça plus fort en lui disant qu'il ne valoit r! 
il respondil que il valoit autant pour homme comme 
elle foisoit pour femme. Et tant montf reni leurs pa- 
rolles que il disl que pour certuiii il sçavoil bien un 
homme qui la baisoit de jour et de nuit quant il 
vouloii. El adonc ja l'appellay à cosié et lui dis que 
c'estoit folie de prendre k fol paroles ne lencons. Si 
furent lea paroles laides et devant moult de gens, et 
fust difTamée par Bon allayne et par son fol tencier, 
et fist sçavoir à plusieurs gens ceque ilz ne scavoienl 
pas. Elle ne sembla [>as la sage Sarra, qui ne fist pu 
grans responce» à sa folle clavière ; car aucunes foii 
l'en se met bien de son bon droit en son Wrt, et si 
est moult meschante chose et honteuse & genlilz 
femmes et autres de tencier nullement. Dont je 
TOUS diray l'exemple de la propriété de certaines 
bestes. Kegardez- moy ces chiens et ces masdns ; de 
leur nature ilz rechignent el abbayent, maisun gen- 
til levryer ne le fera pas. Ainsi doit-il oslredesgenBIï 
hommes et des genttlz femmes. Et aussi je vous di- 
ray l'exemple de l'empereur de Conslenlinoble. 11 
Gsloilliomme moult fier cl félon, mais jamais ne ten- 
çAst a nul, dont il advint que il trouva ses q. lilz 
tançant; mais 11 les eust batus, qui ne se feust mû 
entre deux, El puis dbt que nul genUl cuer ne de- 
voit tencier no dire villenie. Car au tencier l'en con- 
gnoisl lesgentilïdeavecqueslesvîllwns.careellni 
est villain qui de sa bouche dist villenie, el pour ce 
est grant gentillescc et granl noblesce de cuer à 
oeubc qui pueent avoir pasclencc et humilité en euli, 
et ne respondre point à toutes les foies paroles des 
(o\î ne des foies. Car pour certain il advient BOUvWt 



DU Cbeyalier BE La Tour. 189 

que une foie parole engendre telle foie responce qui 
puis porte honte et deshonneur; et pour ce, belles 
filles , est bon de y prendre bon exemple. Car le fol 
et la foie de félon et haultain couraige , quant Fen 
leur tient pié , ilz dient de leurs malices et de leurs 
yres aucunesfoiz villenies et choses qui oncques ne 
furent pensées, pour vengier leur grant yre. Et ainsi 
se doit garder toute bonne femme de riens respondre 
à son seigneur devant les gens pour plusieurs cau- 
ses; car à soy taire elle ne peut avoir que toute hon- 
neur et tout bien de touz ceulx qui le verront , et à 
lui respondre son desplaisir ne li peust venir fors 
honte et desplaisir et deshonneur. 




De la royne Rester. 
Chapitre IIIIxxXVII». 

e vous diray vn autre exemple de la 
royne Hester, femme au grant roy de 
Surye. Celle fut à merveilles bonne da- 
me et saige , et amoit et craingnoit son 
seigneur. Sur toutes dames la sainte escripture la 
loue moult de sainte vie et de ses bonnes mœurs. Car 
le roy son seigneur estoit mal et divers, et lui disoit 
aucunes foiz moult d'oultraigeuses paroles et vilain- 
nies ; mais pour riens que il lui deist elle né lui res- 
pondoit aucune parole dont il se deustcorroucer. de- 
vant les gens ; mais après , quand elle le trouvoit 
seul et veoit flkm lieu» elle se desblamoit et lui 



igo l'E l'IVRE 

monsli-oil bel el courloisement sa faulle, et pour ce 
le roy l'amoit à merveilles eldisoit on son secret qu'il 
ne se povoil courroucier à sa femme , tant le preiunl 
par bel et par doulces paroles. Certes , c'esl une des 
bonnes lâches que femme puistavoîr, quene refon- 
dre point en l'ire ue en courroux de son sdgneur. 
Car cucr gentil esl cremetcux et a touz^ours paours 
de faire ou dire chose qui desplaisc t cellui qull doit 
honnorer et craindre, dont l'en conte 6s livres des 
roys de la femme d'un grant seigneur qui esioit mal 
et divers et sa femme estoit moult douce , et motilt 
souffroit et estoit humble. Sj estoil un jour moult 
pensive, el ses damoiselles lui disoient: n Madame, 
B pourquoy ne vous esbalez-vous , comme juenne da- 
n me que vous estes? » Et elle respondit que il coo- 
venoit que elle se doubtast et se demcnasl comme 
die s(;avoit que estoit la voulentë de son seigneur, 
pour avoir la joye de iuy el la pûx de son hoslel. Et 
puis diaoit que la paour de trois prisons la destrci- 
gnoit de estre trop Joyeuse et trop gaye , dont l'une 
estoit amours, faulrepaoura, etlalierce honte. Ces 
i[|. vertus la maistrioicnl; car l'amour qu'elle avoit 
â son seigneur la gardoit de lui faire son desplaïsir; 
paour la deslrainguoit de perdre son honneur et de 
faire pechié, fors le moins qu'elle povoit-,honled'avoir 
villain reproche. El ainsi la bonne dame dit à ses 
damoiselles. Pour quoy, mes chiëres Biles , je vous 
prie que vous ayez ces exemplesenvoz cuers, et ne 
respondez nulle grosse parole ne envieuse à vostra 
seigneur, fora doulce et humble, comme faisoil celle 
bonne dame, la royne Hester, comme ouy avez, et 
comme cesle bonne dame qui disl à ses damoiselles 



BU Gheyàlier de La Tour, igt 

que son cuer estoit en Tamonr et en la prison de son 
seigneur, et pour ce ne povoit-dle faire fors que à 
tout son plaisir et vivre en sa paix. 




De Suzunne, la femme Joachim. 
Cbavpitre IIIUi'XYIIK 

n aultre exemple vous diray de Susanne , 
la femme Joachim , qui estoit grant sei- 
gneur en la chetivoison de Babilonie. 
Celle Susanne estoit à merveille belle da- 
me et de saincte vie. Si avoit ij. prestres de leur loy 
qui disoient leurs heures en un verger, et la bonne 
dame peignoit son chief , qui estoit blanche et blon- 
de. Sy arrivèrent ces ij. prestres sur elle et la virent 
belle et seule. Lors si furent temptez, et li vont dire 
que se elle ne vouloit faire leur voulenté , qu'ilz tes- 
moigneroient qu'ilz Fauroient trouvée en fait de 
luxure avec un homme, et pource que elle auroit enf- 
fraint son mariage, elle seroit lapidée ou arse, selon 
la loy qui lors couroit. Celle bonne dame fust moult 
esbahie , qui par faulx tesmoings veoit sa mort ; car 
deux tesmoings estoiont lors creus. Sy pensa et re- 
garda en son cuer que elle aymoit mieulx mourir de 
la mort mondaine que de la mort pardurable , et 
mist son &it en la voulenté de Dieu , auquel elle se 
fioit du tout, et lors respondit à brief qu'elle n*en 
feroit rien, et qu'elle amoit mieulx à mourir qu'à faul- 
cer sa loy ne son saint sacrement de mariage. Adonc 



les ij. faulx prestres alÈrenl es jug 
conlrc elle qu'iU l'avoienl trouvée en avoultrie, 
c'est à dire à autre que à son seigneur. L'on l'emme- 
na tanlosl et fust jugiée k mort, mais elle s'escria à 
Dieu, qui lout savoit , cl U loyaultë d'elle et de son 
inariaige. Et Dieu, qui n'oublie point voulentiers son 
sert, lui envoia secours el iisl venir Damel le pro- 
phète , qui n'avoit d'âge que cnlour cinq ans , lequel 
s'escria cl disl les juges d'Israël , c'est à dire du pue- 
pie de Dieu : " Ne occicz pas le sanc juale et inoo- 
9 cent de ccst fuit , et cnquerrex ehacua par 3oy, et 
» leur demandés soubz quel arbre ilz la Irouvëreot. s 
Lors le pucple fust csbay de veoir si petit en&nt 
ainsi parler. Si virent bien que c'esloit appert miracle 
de Dieu. Sy firent l'enquesle à chascun parsoy, 
dont l'un disl que il les avoil trouvez Boubz tm G- 
guier, el l'autre disl desoubz un pinnier, el ainsi fu- 
rent en faii coolmres; si furent jugiex fl mon, et 
quant ih virent qu'il n'y avoit point de nmiÈde , ilx 
rccogneurcnllaverilédufailetdislrenlqu'UxavoiâDI 
bien deservy la mort, et non pas elle. Et pour oe a 
cy bon exemple comment Dieun garde ceulï qui ont 
en luy fiance , et qui mctlenl leur fait en sa main , 
comme fist la bonne dame , qui mieulx vouloit se 
mettre en adventure de mourir que paijurer sa loy , 
c'esl assavoir enlfraindre son saint sacrement el son 
loyal mariaige , el si doublait plus la pcrdidon de 
l'ame et la mort pardurable que la povre ^e de o 
monde, dont par sa bonlé Ilieui lui sauva le cofps 
el l'ame , comme ouy avez. Et pour ce loule btnne 
femme doil tousjours espérer en Dieu , el , pour l'a- 
mour de lui cl l'amour de son mariage , soy jjar- 



DU Gheyalibr bb La Tour. 198 

der de perilz et ne de pechier si grandement ne si 
vilfnent comme enffrsJindre son sérement et sa bonne 
loy. 




De Eliz€iielh, mère saint Jehan Baptiste, 
Chappitrb IIII"XIX«. 

^,e vous ddray un autre exemple du nouvel 
Testament. Cest de sainte Elisal^eih, m^ 
saint Jehan Baptiste. Geste servoiit premi^- 
rcment Dieu et puis son seigneur. Elle le 
doubtoit sur toutes femmes, et, se il venslst de hoi^ 
et il lui feust riens mesavenu en Tostei, elle le celasi 
et le feit celer jusques à ce qu'elle yeist bien son 
point, «t pnis lui deyst si bel et si atrempeement à 
son seigneur que jamais ne s'en deust corroucier. 
Elle convoitoit touz jours la padz et la joie de son 
seigneur, et adnsi le doit toute bonne femme faire. 
Ceste ssdnte dame amoii et craingnoit Dieu et por- 
toit bonne foy à son seigneur. Et pour ce Dieu lui 
donna saint Jehan Baptiste. Et ce fiist bon guerre- 
don ; car femme qui ayme et craint Dieu et se garde 
de péchiez et se tient nettement. Dieu le lui guerre- 
donne à vie, et après la mort à cent doubles, comme 
il fist à ceste sainte dame à qui il donna biens ce- 
lesticulx et biens terriens à puissance, comme il fait 
à ses amis qui se tiennent nettement en leur ma- 
riaige et qui ont bonne espérance en lui, si comme 
sainte Susanne, comme vous avez oy. 

î.j 



i84 l'E Livre 

tibre la chose, et faiiavoirle ^en sans g 
sauB grans mises, et tousjours en Tient granl îrietar 
domine il vint à la bonne royne de Sabba, qui de sy 
loing vint quare conseil au saige roy Salemon. El 
encores vouldroye-je que vous sceusaiez l'eiemple 
d'un empereur de Romme , L'empereur eswil malade 
au lit de la mort. Chascun des aâgneursel des séna- 
teurs el autres pour lui plaire disuient que il s^tiit 
tantosl guery,mBis qucil enslsuë. Hai&amy queil 
eu6i ne lui parloit du prouffîl de l'ame. Sy avoit 
avecques lui un cbambclkn qui l'avoîl Dourry, le- 
quel le servoit d'enfTance. Cellui veoit bien que il ne 
pouToiteschapper, etque tousnelc conseil! oienl fors 
que pour lui plaire seulement. Sy lui va dire le cham- 
bellan : Sire, comment scntez-voï voslre euerî » 
Et l'empereur luy dist que bien pelilcment. Lon hii 
commença i i^re moult Immblement : sSire, Dieux 
il vous a donné en cesl monde toutes honneurs elles 
M biens terrîeus et la joye mondaine, si l'en recon- 
» gnoissez et merciez , et dépariez à ses porres deS' 
u biens que Dieu vous a donnez, tellement qne il n'ait 
M que reproucbier sur vous, b L'empereur escouta 
et dist deux motz : Plus vaull amy qui point que 
flatteur qui oint. Et fust pour ce que ses amis ne lui 
avoieni parlé que do l'espérance de bi santé du corps 
pour lui plaire ; mais cesluy-cylui parloit du sauve- 
ment de ï'ame ; car qui ayme le corps il doit amw 
l'ame, el ne doit l'en riens celler à son amy de chose 
qui lui porte prouffilel honneur, ne, pour amour ne 
pourbayne, nelelaisscàconseillierloyaulmenl, com- 
me preudomme el bon amy, cl ne le flalto pas ne faire 
lejj/ocaùo comme firent lous les amis de l'emporaw^ , 



DU Chevalier bb La Tour. i85 

qui yment bien qu'il ne povoît eschapper de mort et> 
ne luiçâoient pas -dire leprou£fit de son ame comme 
fist son povre chambellain , qui le mist à la voie du 
sauvement. £t Fempereur le creust, car il donna et 
départi du sien largement pour Dieu. 




D'une preude femme qui amoit les sergens 

de Dieu* 

Cbapvitrb lIIUxXV». 

n autre exemple vous diray de une moult 
preude femme qui avoit un simples homs 
à mary. La bonne dame estoit moult cha- 
ritaUe et aymoit moult les sergens de 
Dieu . Sy avoit, vers les parties de Jherusalem, un saint 
preudomme prophète qui avoit nom Ëlizeus. Celle 
bonne dame avoit grant devocion au saint homme, et 
le pria de venir heii)ergier chiez son seigneur et 
chiez elle, et lui firent une (diambre solitaire où le. 
saint homs, qui vestoit la haire, faisoit sesafflicti<ma. 
Si ne povoit la bonne dame avoir eoffont de son s^ 
gneur ne lignée. Si vont prier le saint homme que il 
priast Dieu quil leur donnast enffans et lingnée, et 
ïesaintprophète en pflaDieu tant que ib eurent un filz 
à merveilles bel, qui vesquit bien xv. ans et puis 
morut, dont le père et la mère endeurent mourir de 
dueil. Sy fist mettre la mère renffant en la chambre 
du saint prophète, et ala par le pays tant qu'elle 
trouva le aaint preudomme, et quant elle Feuflt trouvé 



i86 Le LiYiiE 

éi!e ramena en sa chambre et lui monstra TenfiTant 
(jai estoit mort et lui dist : « Ha, saint homme, veéz- 
»■ cy Tenffant que Dieu me donna par ta prière , qui 
/estoit toute ma joye et ma soustenance. Je te prie 
» que tu vueilles Dieu prier que il le me rende Ou 
» quil me preingne , car je ne vueil point demourer 
» après lui. » Et Elizeus le saint prophète eut pitié de 
la bonne dame; sy adoura Dieu, et Dieu le revesquit 
à sa prière, et vesqui renffant longuement et fa$i 
saint homme. Pourquoy , mes chières filles ,» ycy a 
bonne exemple comment il fait bon se accointief des 
sains hommes et les amer, et qui usent de bonne vie 
et de sainte, comme ceste bonne dame, qui ne povoit 
avoir enffans et en eust à la prière du saint homme, 
et depuis que TenfEant fut mort, Dieux le ressu8ciUw& 
sa prière, et pour certain Dieux est aujourd^uy auâÔT 
puissant et aussy débonnaire comme il estoit lors à 
ceulx qui le serviront. Si ne fault que mettre bonne 
painne et humble cuer à le desservir, et tenir la com- 
piaignie des saintes gens qui usent de saincte vie, et 
les croire ; car tout bien en puet venir, comme il ôst 
à la bonne dame. 



DU Chevalier de La Tour. 187 




De Sarra, femme du petit Tkobie, 
Ghappitre IIIIxxXVK 

e vous diray un autre exemple de une 
bonne dame, qui avoît nom Sara. Vous 
avez bien ouy comment elle eust vij. sei- 
gneurs , que Tenemi occist pour ce qullz 
ne vouloient pas user de loyal mariaige, et com- 
me sa clavière lui reprocha que mary ne lui po- 
voit arrester. Et la bonne dame, qui vit que celle 
foie vouloit tencier à elle , si lui dist comme saige 
moult humblement : «Belle amie, à toy ne à môy 
» ne appartient mie à parler des jugements de Dieu », 
et plus ne lui dist. Elle ne sembla pas à la fille d'un 
des sénateurs de Romme, qui avoit le cuer si félon 
que elle tançoit en plainne rue avecques sa voisine, 
et tant crurent et montèrent les paroles que l'autre 
lui dist que elle n'estoit pas nette du corps , dont par 
celle parole, qui ala tant avant, elle en perdy son 
mariaige , feust vérité ou mençonge. Et pour ce est 
grant folie à toute femme de tencier ne respondre à 
tenceurs ne à gens qui sont félons et cruelz et qui 
ont maie teste , dont je vous diray un fait que je vy 
d'une bien gentilz femme qui tençoit à un homme 
qui avoit maie teste. Sy lui dis : « Ma damoyselle, je 
» vous loue et conseille que vous ne respondiez 
» point à ce fol ; car il est assez fol de dire plus de 
» mal que de bien ». Mais elle ne me voult croh*e , si 



i88 Lb Livre 

tença plus forl en lui disant qu'il ne yaloit rienan 
il respondU que il valoit autant pour homme comme 
elle faisoit pour femme. Et tant montèrent leura j»- 
rolles que il dist que pour certain il sçavoil bien un 
homme qui la haiaoït de jour et de nuit quant il 
vouloit. Et adonc je l'appellay à coslé et lui dis que 
c'esloit folie de prendre ù Fol paroles ne tencons. Si 
furent les paroles laides et devant moult de gens, et 
ftist diffamée par Bon altayne et par son fol lencier, 
cl fÎBl scavoir à plusieurs genscequeilz ne scavoiont 
pas. Elle ne sembla pas la sage Sarra, qui ne fist pas 
grans responces à sa folle claviëre ; car aucunes foiz 
l'en se met bien de son bon droit en son tort, ei si 
est moult meschanle chose et honteuse à geutilz 
femmes et autres de tencier nullement. Bout je 
vous diray l'exemple de la proprietë de cerlaincs 
besles. Regardez- moy ces chiens et ces masIîDs; de 
leur nature ilz recliignent et abhayenl, mws un gen- 
til levryerne le fera pas. Ainsi doiUI eslredesfentilï 
hommes et des gentilz femmes. Et aussi je vous di- 
ray l'exemple de l'empereur de Constentinoble, H 
esloitliomme moult fier et félon, mais jamais ne len- 
çast à nul, dont il advint que il trouva ses ij. Slt 
lançant; mais il les eusl batus, qui ne se feust mis 
entre deux. Et puis dis! que nul gentil cuer ne de- 
Toil lencier ne dire villcnic. Car au tencier Ten eon- 
gnoist les gentilz de avecques les vîllaîns, car ccllut 
est villain qui de sa bouche dist villenie, et ponr ce 
est grant gentillesce et grant noblesce de cuer à 
oeulx qui pueeni avoir pascience et humililé en euli, 
et ne rcspondre poinl à toutes les folos paroles des 
fblï ne des tbles. Car pour certain il advint Eouvafii 



DU Chevalier DE La Tour. 189 

que une foie parole engendre telle foie responce qui 
puis porte honte et deshonneur; et pour ce, belles 
filles , est bon de y prendre bon exemple. Car le fol 
et la foie de félon et haultain couraige , quant Fen 
leur tient pié , ilz dient de leurs malices et de leurs 
yres aucunesfoiz villenles et choses qui oncques ne 
furent pensées, pour vengier leur grantyre. Et ainsi 
se doit garder toute bonne femme de riens respondre 
à son seigneur devant les gens pour plusieurs cau- 
ses; car à soy taire elle ne peut avoir que toute hon- 
neur et tout bien de touz ceulx qui le verront , et à 
lui respondre son desplaisir ne li peust venir fors 
honte et desplaisir et deshonneur. 




De la rojrne Rester, 
Chapitre IIIUxXVII». 

e vous diray vn autre exemple de la 
royne Rester, femme au grant roy de 
Surye. Celle fut à merveilles bonne da- 
me et saige , et amoit et craingnoit son 
seigneur. Sur toutes dames la sainte escripture la 
loue moult de sainte vie et de ses bonnes mœurs. Car 
le roy son seigneur estoit mal et divers, et lui disoit 
aucunes foiz moult d*oultraigeuses paroles et vilain- 
nies ; mais pour riens que il lui deist elle ne lui res- 
pondoit aucune parole dont il se deustcorroucer. de- 
vant les gens ; mais après , quand elle le trouvoit 
seul et veoit skm lieu, elle se desblamoit et lui 



igo Le Livre 

monstroit bel et courloisement sa faultc , el pour ce 
le roy l'amoit à men'eilles eldisoit en son secret qu'il 
ne se povoit courroiicier à sa femme , tant le prenait 
par bel el par doulces paroles. Certes , c'est une des 
bon Des taches que femme puistavoir. qucacrespon- 
drc point en l'ire ne en courroux de son seigneur. 
Car cuer gentil est cremeleux et a touzjours paours 
de faire ou dire chose qui desplaise k cellui qu'il doit 
honnorer et craindre , dont l'en conle is livres des 
roys de la femme d'un grant seigneur qui estoit mal 
et divers et sa femme estoit moult douce , et mosH 
souffroit et estoit humble. Sy estoit un jour moult 
pensive, et ses damoiselles lui disoient: « Madame. 
» pourquoy ne vous esbalea-vous , comme juenne da- 
» me que vous estes?» Et elle respondit que il con- 
venoit que elle se doublast et se demenast comme 
elle scavoil que estoit la voulentë de son seigneur, 
pour avoir la joye de luy et la paixdesonhostel. Et 
puis disoit que la paour de Irois prisons la destrei- 
gnoit de estre trop joyeuse et trop gaye , dont l'une 
estoit amours , l'autre paours, et la tierce honte. Ces 
iij. vertus la maistrioicnt; car l'amour qu'elle avcât 
à son seigneur la gardoit de lui faire son desplaisir ; 
paour la deslraingnoit de perdre son honneur et de 
faire pcchié, fors le moins qu'elle povoit ; honte d'avcnr 
villain reproche. Et ainsi la bonne dame dit à ses 
damoiselles. Pour quoy, mes chiëres filles , je vous 
prie que vous ayez ces exemples en voz cuers, et ne 
rcspondez nulle grosse parole ne envieuse à voslre 
seigneur, fors doulce et humble, comme faisml celle 
bonne dame, la royne Hcster, comme ouy avez, et 
comme ceste bonne dame qui disi â ses dam(»seUes 



BU Chetàlier de La Tour, ig^i 

que son cuer estoit en Famonr et en la prison de son 
seigneur, et pour ce ne povoitréLle faire fors que à 
tout son plaisir et vivre en sa paix. 




De Suzanne, la femme Joachim, 
Chappitre IIIIxxXVIIK 

n aultre exemple vous diray de Susanne , 
la femme Joachim , qui estoit grant sei- 
gneur en la chetivoison de Babilonie. 
Celle Susanne estoit à merveille belle da- 
me et de saincte vie. Si avoit ij. prestres de leur loy 
qui disoient leurs heures en un verger, et la bonne 
dame peignoit son chief , qui estoit Manche et blon- 
de. Sy arrivèrent ces ij. prestres sur elle et la virent 
belle et seule. Lors si furent temptez, et li vont dire 
que se elle ne vouloit faire leur voulenté , qu'ilz tes- 
moigneroient qu'ilz Tauroient trouvée en £adt de 
luxure avec un homme, et pource que elle auroit enf- 
fraint son mariage, elle seroit lapidée ou arse, selon 
la loy qui lors couroit. Celle bonne dame fust moult 
esbahie , qui par faulx tesmoings veoit sa mort ; car 
deux tesmoings estoient lors creus. Sy pensa et re- 
garda en son cuer que elle aymoit mieulx mourir de 
la mort mondaine que de la mort pardurable , et 
mist son £Eût en la voulenté de Dieu , auquel elle se 
fioit du tout, et lors respondit à brief qu^elle n*en 
ferQit rien, et qu^elle amoit mieulx à mourir qu'à faul- 
cer sa loy ne son saint sacrement de mariage. Adonc 



igï 



Le Li- 



les ij. fauix preslres alèrcnt èsjugea ei lesmwgnèrent 
contre elle qullz l'avoienl trouvée en avoultrîe, 
c'est â dire à autre que à son seigneur. L'on remme- 
na taulost et fust jugiée à mort , mais elle s'escria k 
Dieu, qui tout savoil , et la loj'auUë d'elle et de son 
mariaige. Et Dieu, qui n'oublie point voulenliers son 
serf, lui envois secours cl iist venir Daniel le pro- 
pliète , qui n'avoil d"age que enlour cinq ans , lequel 
s"o8Cria et dist les juges d"IsraSl , c'est â dire du pue- 
pie de Dieu : o Ne occieï pas le sanc juste et inno- 
B cent de ccal fait , el enquerrez chacun par aoy, el 
D leur demandés soubz quel arbre ilx la trouvèrent, g 
Lors le pueple fusl esbay de veoir si petit en^t 
ainsi parler. Si virent biea que c'esloit appert miracle 
de Dieu. Sy firent l'enquesle à chascun parsoy, 
dont l'un dist que il les avoit trouvez soubz on fi- 
^ier, et l'autre dist desoubz un prunier, el ainsi' fu- 
rent en iaiz contraires; si furent jugiez àmorl, el 
quant ilz virent quil n'y avoit point de remède , ilz 
recogneurentlaverilé du faite! dislronlqullzavoient 
bien deservy la mort, el non pas elle, El pour ce a 
cy bon exemple comment Dieux garde ceuU qui ODt 
en luy fiance , et qui mettent leur fait en sa main , 
comme fist la bonne dame, qui ntieulx vouloit se 
mettre en advenlure de mourir que parjurer sa loy , 
c'est assavoir enffraindre sou saint sacrement et son 
loyal mariaige , et si doubtoil plus la perdidon de 
l'ame et la mort pardurable que la povre vie de cesl 
monde , dont par sa bonté Dieux lui sauva le corps 
et l'ame, comme ouy avez. El pour ce loule bortne 
femme doit lousjours espérer en Dieu , et , pour l'a- 
mour de lui et l'amour de son mariage , soy gar- 



DU Ghbyâlier d» La Tour. 198 

der de perilz et ne de pechier si grandement ne si 
vUfnent comme enfïrsdndre son sérement et sa bonne 
loy. 




De Elizabelh, mère saint Jehan Baptiste, 
Ghappitre IIIUxXIX». 

le vous diray un autre exemple du nouvel 
Testament. Cest de sainte Elisalsieih, mène 
saint Jebim Baptiste. Geste servcSt premier- 
rement Dieu et puis son seigneur. Elle le 
doubtoit sur toutes femmes, et, se il vensist de bofs 
et il lui feust riens mesavenu en Tostel, elle le celasl 
et le feit celer jusques à ce qu'elle yeist bien son 
point, ^t puis lui deyst si bel et si atrempeement à 
son seigneur que jamais ne s'en deust corrouder. 
Elle convoitoit touz jours la paiz et la joie de son 
seigneur, et ainsi le doit toute bonne femme faire. 
Oeste sainte dame amoit et craingnoit Dieu et por- 
toit bonne foy à son si^gneur. Et pour ce Dieu lui 
donna saint Jehan Baptiste. Et ce fust bon guerre- 
don ; car femme qui ayme et craint Dieu et se garde 
de péchiez et se tient nettement. Dieu le lui guerre- 
donne à vie, et après la mort à cent doubles, comme 
il fist à cesie sainte dame à qui il donna biens ce- 
lesticulx et biens terriens à puissance, comme il fait 
k ses amis qui se tiennent nettement en leur ma- 
riaige et qui ont bonne espérance en lui , si comme 
sainte Susanne, comme vous avez oy. 



194 Lb Livre 




Cjr commence à parler des exemples du Nout^ei 

Testament depuis que Dieu vint ou 

ventre de la Vierge Marie. 

Et premiers de la Magdelaine» 

Chappitrb C% 

l'autre exemple est delà Magdelaine, qui 
I espurja et nectoya ses péchiez par ses ler-r 
mes , quant elle lava les pies à Jhesuemt 
de ses lermes et puis les essujfa de ses 
cheveulx. Celle bonne dame plouroit ses péchiez ^ 
requeroit pardon de ses péchiez. Ce estoit ameur 
de Dieu et crainte de son mcffait. Et ainsi par eelluy 
exemple le devons nous faire. Car nous devons pleu- 
rer nos meffaitz et noz péchiez., et avoir piUé et ver- 
goingne de les avoir faiz, et venir à confession hum- 
blement, et les regehir , et les dire et les racompter 
aussi villainement et ordement comme Ten les a 
faiz, sans rien polir ne celer. Car la crainte de Dieu 
et le hardement que Ten emprant de dire son mef- 
fait et son péchié , celle vergoingne et celle honte 
que Ton a dé le dire est une grant partie du pardon 
et allegance du mesfait, et Dieu, qui voit lumilitë et 
la reppentance, se esmuet en pitié et eslargist sa mi- 
séricorde et pardonne, comme il fist à saincte Mario 
Magdelaine , à qui il pardonna ses péchiez pour la 
grant contriccion et repentance qu'elle en eust. 



BU Chevalier de La Tour. igS 

Une aultre rayson est pour quoy la benoiste Ma^ 
delaine doit estre louée ; ce hist pour ce que elle 
amoit Dieu et craingnoit merveilleusement ardam- 
ment. Car pour les grans miracles qu'elle veoit qull 
faisoit, et que il avoit resuscité son propre frère 
le ladre, qui bien lui avoit dist merveilles de par de- 
là, et les paines, et elle veoit que il esconvenoit qu'elle 
mourist et qu'elle fust par delà punye de ses pechiés. 
Quant elle pensoit en telle chose , elle estoit toute 
esperdueetpaoureuse. Et pour ce fùst elle plus de xx. 
ans en un désert, en boys et en buissons, et, quant 
ellb eust tant jeune qu'elle ne le povoit plus souffrir 
selon nature, lors nostre seigneur la regarda en. pi- 
tié et 11 envoioit chascun jour par un ange le pain 
du ciel, dont elle fust rassasiée jusques en la fin. Et 
pour ce a cy bon exemple conmcnt il fait bon plou- 
rer les pechiés et soy confesser souvent et faire 
jeunes et abstinences, et amer Dieu et craindre, 
comme fist celle bonne Hagdalaine , qui ama tant 
Dieu et ploura ses péchiez sur ses piez et des peulx 
les essuya, et souffry tant de mal et de malaise es 
desers et es buissons, que Dieux si la conforta par 
son ange , qui chascun jour li apportoit du pain 
du ciel. Et aussi fera-il à toutes bonnes femmes, et à 
touz ceulx qui de vray cuer ploureront leurs pe*< 
ehiez, et qui aymeront Dieu et feront bonnes jeunes 
et bonnes abstinences, comme il fist à ceste bonne 
fenmie. 



De ij. bonnes dames à mescreont. . 

CBAPpixmK CI*. 

^=vti^« n autre excmpleje vous diray de ij. bon- 
m 6^K"<'s daijica qui cstoient femmes de mes- 
M ^™|^ creans , dont l'une estoil femme au senes- 
^=--^ cha! du roy Herodes. Celles bonnes dames 
suivoycnl nustre seigneur et lui administroient son 
vivre. Si est bon exemple que toute bonne femme , 
bien qu'elle ^l divers ou mauvais seigneur , ne doit 
pas |>our(antlaissierâservir Dieu ei lui obéir, ain^ois 
doit esire trop plus humble et dévote pour empêtrer 
gracedeDieu pour elle et pour son mary. Carie bien 
que elle fait amendrisl le mal de lui cl adoulcist lire 
de Bieuel leur garde leur bien ei leur chevance. Car 
le bien que elle f^l soubïpor le son mal , â comme il 
esl contenu ou liite de la vie des pères, là où il parle 
d'un mal bomme el tirant, qui par iij. foix fusl sauvé 
de villaine mort pour la bontë de sa femme , dont il 
advint que, quant elle fui morte, il n'avoit plus qui 
prlasl Dieu pour lui et par ses grans péchiez, le roy 
du pays le (ist mourir de maie mort. Et pour ce esl 
Iwnne chose et nécessaire & mauves bomme d'avoir 
bonne femme et de sainte vie, el, de tant comme la 
femme sent son seigneur plus divers ou pécheur ou 
de malc consdence , de tant a-elle plus graal mes- 
tier de faire plus grans abstinences et plus de bieae 
pour Dieu. Car, se l'on ne portoil l'autre, c'est-à^lire 



BU Chevalier de La Tour. 197 

le bien le mal, toutbesilleroitouyroitàperdicion. 
Et encoresvous dis-je queTobeyssanoede Dieu et la 
crainte fut premier establie que mariaige; car Ten 
doit premier obéir au créateur, qui les a fiûz a sa 
sainte ymaige et qui leur puet donner grâce d'estre 
sauvés ou perdus. Et ainsi la loy commande que Yen 
ne doit pas tant obéir au corps ne estre en Tobey^ 
sance de son seigneur que Ten ne obéisse premier, 
au prouffit de Tame, qui est un bien pardurable. Et 
dit la glose que toute bonne femme doit premièrer- 
ment tirer au bien de Famé de son seigneur et puis au 
âen^ice du corps. Car le bien de Tame n'a pareil, et, 
se Tame a bien, elle et ses enffans jouyront paisible- 
ment et beneurement des biens du mort, et, seTame 
a tribuladon, aussi au contraire. Et ceste chose est 
vraye et esprouvée , conune il est contenu en plu- 
sieurs lieus en la sainte escripture, et pour ce fait bien 
adviser son seigneur de faire bien et le destourber 
de faire mal à son povoir. Car ainsi le doit faire (bute 
bonne iemme. 



Cj^ parle de sainte Marthe, suer à la Magdelaine, 

Cbappitrb CII^ 

i*autre exemple est de Marthe la suer à la 

Magdelaine. Celle bonne dame estoit touz 

[jours coustumière de berbejrgier les pro- 

kpbètes et les sergens de Dieu qui pres- 

<dioient et enscignoicnt la loy, et estoit moult grant 




(g8 Le LivnE 

auntosniére Èa povres. et, pour la saïnie vie d'eDs^f 
ïJnl le doulx Jhesucrist soy lierbcrgier chïez pHe, 
Celle fust qui se plaigny à Jhesucriîit que sa suer 
Marie ne lui venoilpoint aydier ùfwre ei appareiller 
âinengi(rr;inaisnostrc seigneur lui respondil moult 
~ bumblemeiit etdistque Marie avoil esleu le neilleuF 
service. Ce estoit pour ce que elle plouroit ses pé- 
chiez et crj'Oit mercy en son cuer humblement. Et le 
doulz roy lui dist vérité, car il n'est service que Dieu 
aymc tant comme crier mercy cl soy repentir de son 
pechië el se retourner de son mettait. Cesle sainte 
Marihe 6st bon service à osleller Jhesucrbi et ses 
apposlres el les repeatre de viandes, de si grant de- 
vocion et de franc cuer comme elle le faisoîl ; car 
Dieu fil moult de miracles pour elle en sa vie el rint 
en son Irespassemcnt la conforter et querre la saïncte 
aine d'elle. Ce fuslbon guerredon. Si doil loute bonne 
femme y prendre bonne exemple, et commenl il fait 
bon herbergier les scrgens de Dieu , les prescheurs 
et cculx qui cnseigneni la foy el le bien du mal , et 
aussi herbergier les pèlerins et les povres de Dieu , 
sicommeDieulelesmoingneen la samloeuvangilie, 
qui disl qu"il demandera au granl Jour espoveniable, 
c'est au jour du jugement , comment l'en aura visite 
les malades et reçeu et herbcrgié ses povres au nom 
de lui , et conviendra rendre compte des hahoudan- 
CCS des biens terriens que il aura donnez et eoinmcni 
l'en les aura eRjployés et départis du plus au moins, 
c'est-à-dire aux povres souffreteux. El pour c 
moull nobles vertus de herbergier les peleriai 
povres el les sergenade Dieu; car tout bicnsiol 
venir, car Dieu paye le grand escoi el rtaté 



DU Chevalier ]>b Là Tour. 199 

doubles, dont il dis! en Teuvangille : Qui reçoit les 
prophètes et les prescheurs et les povres , il reçoit 
Dieu lui-mesme ; car ce sont les messagiers qui por- 
tent et ennuncent vérité. 




Cjr parle des bonnes dames qui jrlouroient après 
Nostre Seigneur quant il portait la croix. 

Chappitrb CI1I« 

l'autre exemple estdes bonnes dames qui 
plouroient après nostre seigneur quant il 
portoit la croiz sur ses épaules pour y transir 
la mort de sa voulenté pour nos pécheurs 
raimbre. Celles bonnes dames estoient de bonne vie 
et avoientles cuers doulx et piteux, et Dieu se tour- 
na devers elle et les conforta en disant : «Mes filles, ne 
plourei pas sur moy, mais plourez sur les douleurs 
qui à venir sont », et leur monstra le mal qui puis 
avînt au pays, si comme vous le trouverez en livre 
que j'ay fait à voz frères. Celles bonnes dames, qui 
euT^it pitié de la douleur que lesen faisoit souffrir à 
nostre seigneur, ne servirent par leurs lermestie leurs 
pleurs. Car depuis Dieu les en guerredonna moult 
haultemenW Et pour ce a cy bon exemple comment 
toute bonne fenmie doit avoir pitié du mal que Ten 
fait aux povres gens qui sont servans et ouailles de 
Dieu et representans sa personne, si comme il dit 
en Fenvangile : Qui a pitié du povre il a pitié de 
lui, et le bien que Fen lui ûdt il est fait à lui. Et 



100 Le LivkE 

encore disl plus, que los pilci^les :auroDt men^^ 
c'est assavoir que il aura mercyd'eulx, dont lesaiga 
dU que femme de sa nature doit ealre pl^s doulce ei 
plus piteuse que l'ommc. l^ar l'omme doit estre plus 
dur ei de plus haull couraigc. Etpour ce celles qui 
ii'onl le cuerdoux et piteux sont bommaus, c'est^- 
dire qu'il y a trop de l'omme. Encore lesaigetUst en 
la sapieiice que femme de bonne nature ne ddl 
point estre chiche de ce de quoy elle a grant mar- 
chié , c'est assavoir de lerme de humble cuer qui a 
pitié de ses povFCS parens à q«i elle voit avoir be- 
soing cl de ses povres voiâas, si comme avoit une 
bonne dame qui fust comtesse d'Anjou i l«|t»Up 
fonda l'abbaye de Bourgucilet y esteaicrTèe,<t4il 
l'en que elle est encores en sanc el en cljv. CtUt 
bonne dame, là où elle savoit de ses porres po^ 
reos qui ne povoient honestenient avoir leur estai, 
elle leur donnoit, et marioit ses povres parcniea et 
leur faisoit moull de bien. Après, là où eUo savoil 
(lovres gentilz femmes pucelles qui eatoicnl de bonne 
renommée , elle les avangoit et les marioit ~. elle làï- 
soit eoquerre les povresmeuiaigerB parles paroisses, 
et leur doonoil; elle avoit {hUë des povreâ lemmea 
en gèsinos et los aloit veoir et repestre; elle avoil 
ses lîsicicns et cirurgiens à guérir pour Dieu loul4 
manière de gens , el par espëdal les povres qui ne 
avoient de quoi paycj'. Elle avoit jnUè du m^alog 
du povrc, dont l'en dit que, quant l'en li IniUoit aon 
livre ou ses gans, que aucune foia ilz se leBoient (sd 
l'air loulparcux el moult d'autres si^înea que I)ii!ude< 
monstroitpourclle. Et pour ce toute bonne femitcy 
d^it prendre bon exemple etainsiar«irptliËi'iiai^ 



DU Chevaxicrde -La Tour. ^o% 

Tanlret et penser que^Dicu donne les l>iens pour 
itei^econgnoistre et avoir pitié dcis povrcs. Sy vous 
laisse de ces bonnes dames et de eette matière ; car 
je y reviendray arrière et vous parleray d'un autre 
exemple. 




Dupechié dejrre.. 
Chappitrb CIIII'. 

es cbières filles , gardez-vous bien que . 
le péchié de yre ne vous prdgne; car 
Dieux dit en la sainte euvangille que Teii 
doit pardonner à ceulx qui ont mesprins 
et meffidt , si humblement que , se on est ieru de son 
proudiain , c'est de son frère crestien , sur une joc, 
il doit tendre l'autre joe pour soy laissier referir, 
avant que soy laissier revéngier; car prendre ven-^ 
gence n'est nulle mérite, mais est le contraire de la 
vie de l'ame. Encores dist nostre seigneur que, se Ten 
a nulle rancune à nullui etTen viengne offrir à son 
autel, que l'en se retourne et ^'accorde à son prou- 
cbain et Im pardonner, car après le pardon puet venir 
seuremoit £ûre son offrande, et Dieu le recevra ; car il 
ne vi^ult avoir ofifrande oe ouir oroyson de homme 
ne de. ï&ame qui soit en péchié de ire ne en eour- 
roux, eoouneni Dieu, qui fist la patemosire, qui 
dist en adourant Di^ le père en entendon du pueple 
que Dieu pardoimast comme il pardonnoit, c'est 
quand ou dit imEidimmenobiê débita noslra^ etc.», 



Le U 



e dienL les a 



i£c1ers;t 



dont il advient, si comme d 
ceuk qui hâent aulruy e( sonlea rancune el Hz (fient 
la paiernoatro, ilz la|diBnl plus contre eiilx que 
pour eulï. Et sur ce fait, je vousdiray un exemple 
d'une grant bourgoîse , comme fay oy raconler fe 
un prescliement. Celle bourgoîse esloit moull riche, 
prisée et charitable, et avoil moull de grans âj^es 
d'eslre bonne creslienne. El tant advint que elle fol 
au lit de la mort; ay vint son curé, qui & merveilles 
estoit saiui homme et preudomme, (?t si la confessa, 
et, quant vint surlepéchiô cle yre, il lui dist qu'elle 
pardonuasl de bon cuer a tous coulz qui metTait lai 
avoyent, cl, quant à ccUuî article, elle respoody que 
une Temmc sa voisine lui avoit laot metToil que elte 
ne lui pourroit pardonner de bon cuer. Lors le saloct 
bomnie la comment à traire de belles paroles cl dé 
beaux exemples, comment Jhesucrisi avoit pardonné 
aamorl moult humblement, et aussi lui compta com- 
ment le filz d'un chevalier, & qui l'en avOit occis son 
père, que un saint hcrmitc conr«^oil, el, quant vint 
& ceilui de yre , il dist comment il ne pourroit par- 
donner à ceilui qui avoit occis son pËre , cl le preu~ 
domme lui monstra comment Dieu avoil pardonna et 
moult d'autres exemples moult boas et noliables , et 
tant lui dist et monslra que ceilui onCfant pardonna 
la mort de son p&re de bon cuer, tellement que. 
quant rcnffant revint s'agenouiller devant le amce- 
Jiz, le crucefiz s'mclina vers lui, et dist une vote : 
n Pour ce que lu as pardonné humblement et poor 
n l'amour de moy, je te pardonne tous les mefbb 
» et auras grâce de parvenir à moy en la celcsdelle 
e joye. n El ùnai monstra ceilui curé cesie 



DU Chevalier de La Tour. 2o3 

et pluseurs autres à la bourgiMse ; mais oneques, pour 
exemple ne pour admonestement que illuideist) 
elle ne lui voult pardonner de bon cuer, ains 
morut en cellui estât , dont il advint que , en celle 
nuiltée , il sembloit par advision à cellui chapellain, 
qui confessé Tavoit, que il véoit Tennemi qui empor- 
toitTame, etvéoitungroscrapautsurle cuer dVlle. 
Et, quant vint au matin , Ten lui dist qu'elle estoit 
morte , et vindrent ses enffans et ses parens pour 
lui parler de son enterrement, et qu'elle feust mise 
cfn leglise. Mais le chappelain respondit qu'elle n'y 
seroit point mise ne enterrée en terre benoiste, pour 
Ce qu'elle n'avoit oneques voulu pardonner à sa voi- 
sine , et qu'elle estoit morte en pechié mortel , dont 
les amis d'elle estrivèrent moult à lui et le menacié- 
r^t, et lors il leur dit : « Beaulx seigneurs, faites- 
9 la ouvrir et vous trouverez un gros crapaut dedens 
s son cuer, et, se il n'est ainsi comme je dy, je vueil 
]&i que elle soit mise en terre benoiste. » Lors ils par- 
lèrent ^semble et ne s'en firent que bourder et di- 
rent que ce ne povoit estre , et que hardiement elle 
fust ouverte pour eulx mieulx mocquier de lui et 
pour le approuver mençongier. Cors ils la firent ou- 
vrir et trouvèrent un gros crapaut sur son cuer moult 
hideux. Lors le saint cbappellain prinst l'estole et la 
croiz et conjura cellui crapaut , et lui demanda pour- 
qQioy il estoit là et qui il estoit. Et cellui crapaut res- 
pondist que a il estoit un ennemy qui par l'espace 
» de xxv ans l'avoit temptée, et par especial un pe- 
9. «béé où il avoit trop plus trouvé son avantaige, 
» e^estoit un pecbié de yre et de courroux; car dès 
B^lui temps avoit si grant jalousie et si grant 



Xoi 



Le Livre 



■ courroux avecques une siGone yoiimc q 
i> à nul jour ne lui pardonnas! ; car je y mis telle yre 
» qucjatnds ne la regardasl de bon oeil, et l'autre 
D jour, quant lu laconfessoics, jeestoîe sur son cuer 
» à iiij piez et le tenoie si enclavé el eschaufiJË du 
pechié de yre qu'elle ne povoit aïoir nulle vou- 
B ïenlâ de pardonner, el loulcvoiea fut-il beure .que 
njeeuspaour quelunelame lolUssce, et que lu la 
s convertisses par les prescIiemcDla, el loulesfuÙLJa 
H en eux la victoire lellementqu'elleest noatre etoi' 
u nostrc seignouric à touz jours mais, n Et, quant 
tous ouïrent dire ces parolles, sy furent moult csiner- 
veillez et n'osèrent plus parler de la meiire en terro 
benoisle, et n'y fusl point mise. Sy a cy moull belle 
exemple comment l'en doit pardonner l'un k l'autre; 
car qui ne pardonne de bon cuer. Dieu A paineslc 
pardonra, cl en pourroit bien prendre comme il priuL 
àlabourgoise dont ouy avez. 



Comment toutes femmes doiven 
amU en l' estât où elle, 



! CV'. 



I 



k@ ont je vousdiray un exempte. 11 fust u, 
&¥ chevalier moull bon homme et preudom- 
g£ me qui aloil aux voyages ouliru mer el 
CT^ ailleurs. Sy avoil ij. niepces qu'il avsU 
'«et mariés, lesquelles il amoilmoultà mcr- 
'.Sy ieuraclieptacnson' 



DU Chevalier de La Tour, ao^ 

à chascune une bonne robe courte et de bonnes pen- 
nes à les cointier. Sy arriva bien tost chiez l'une de 
elles et bûcha et demanda sa niepce, et lui fist dire 
quil la venoit veoir. Celle se bouta en sa chambre 
et se fist enfermer pour nettoier sa robe et pour soy 
cointoyer, etluy manda quelle vendroit tantost à luL 
Le chevalier attendist une pièce, et tant que il lien- 
noya et dist : « Ma niepce ne vendra pas. » Et ilz lui 
respondirent que elle vendroit tantost et qu'il ne lui 
ennuiast, et ainsi lui manda; dont le chevalier eust 
desdain de quoy elle tardoit tant , pour ce que il y 
avoit si longtemps que elle ne Tavoit veu. Sy monta 
sur son cheval et s'en ala sans la veoir , et vint veoir 
son autre niepoe, et, dès ce que il hucha et que celle 
sceust que ce estoit son oncle , qui loing temps avoit 
esté hors, celle par son esbat se estoit prise à faire 
pain de fourment et avoit les mains toutes pàsteu- 
ses; mais en Testât où elle estoit saillist au dehors, 
les bras lenduz , et lui dist : ce Mon très chier sei- 
»gneur et oncle, en Testât où je ouy nouvelles 
» de vous je vous sui venue vous veoir. Si me le 
» pardonnez ^ car la grant joye que j'ay de vpstrc 
» venue le lA^a fait faire. » Le chevalier resgarda la 
manière et en eut grant joye, et Tama et prisa moult 
plus que Tautre, et lui donna les ij . robes que il avoit 
achetées pour elle et pour sa suer. Et ainsi ceste 
qui vint lieement en Testât où elle estoit au de- 
vant de son onde, elle gaingna les y. pures de kk 
bes , et riiutre qA tarda pour soy cointier les perdy.] 
Et pour ce celle qui vint au devant de son onde 
en Testât où elle estoit, quant elle Teust mené en sa 
dmmbre, elle s*ala cointoîer, et puis lui dist : «Mon 



do6 Le Litrb 

y seigneur mon oncle , je me suis alée cointotet 

9 pour vous servir plus honnestemenU » Et ain^ 

elle gaingna la grâce ei Tamour de son seigneur 

oncle et Tautre la perdist. Si a cy bon exeno- 

pie comment Ten doit venir lieement en Testât oi^ 

Ten est en la venue de ses amis et de ses parens 

pour leur monstrer plus grant amour. Et aus» je 

yoùldroye que vous sceussiez comment une baron- 

nesse moult bonne dame ne se vouloit vestirpar 

chascun jour ne d'atour, ne de bonnes robes. Seç 

gens lui disoient : a Madame , comment ne vous te- 

p nez-vous plus cointe et mieuk parée? » Et elle leur 

respondit : ce Se je me tenoie chascun jour comte et 

» parée, de combien pourroye-je amender es festes, 

p et aussi quant les grans seigneurs me vendroîen^ 

» veoir? car quant je me vouldroye bien cointier, j^ 

)• vous semble plus belle qu'à chascun jour. » Sy n^ 

prise riens celle qui ne se scet amender quant il en 

est lieu et temps; car chose commune n*est point 

prisée. 



Cf parle de pitié. 
Chappitrb GVI^ 

e vouldroie que vous sceussiez Texemple 
d'un chevalier qui se combaty pour une 
pucelle. Il fust en la court d'un grant sei- 
gneur un faulx chevalier qui pria de folle 
amour une pucelle; mais elle n'en voulst riens -fidre 




DU Chevalier be La Tour, ao/ 

pour lui, pour don ne pour promesse, ains voulsf 
garder sa chair nettement. Et quant ceUui vit ce , si 
lui dist que il luy nuyroit. Si enpoisonna une pomme 
et la luy bailla pour donner au filz de Icans, qu'elle 
portoit entre ses bras , dont elle la lui donna et en 
mourut le filz. Si dist le faulx chevalier que la pu-« 
celle avoit eu salaire des hoirs de renffant pour 1q 
faire mourir. Sy fiist la pucelle mise en la chemise 
pour estre getiée au feu ;.si plooroit et se guermen* 
toit à Dieu comment elle n^ avoit coulpe et que ce 
estoit le faulx chevallier qui la pomme lui avoit bail-» 
lée. Mais il le deffendit , et elle ne trouvoit qui pouf 
le combatre se voulsist offrir , tant estoit fort et re- 
doublé en armes. Dont il advint que Dieu , qui paç 
ne oublie voulentiers la clameur du juste, si eustpi«> 
lié de elle , et, comme il lui pleust, il advint que un 
chevalier, qui avoit nom Patrides, qui moult estoit 
iranc chevalier et piteux , arriva ainsi comme Ton 
vouloit alumer le feu pour Tardoir. Le chevalier, 
qui regarda la pucelle qui plouroit et se doulousoit 
à Dieu , en eust pitié et lui demanda la vérité du 
lait; et celle li dist comment il en estoit aie de point 
en point, et aussi le plus tesmoingnérent pour elle. 
Lors le bon chevalier fustesmeu en pitié et getta son 
gaige pour la dcffendre contre cellui faulx chevalier. 
Sy fust la bataille forte et moult dure , et en la fin 
le faulx chevalier fut desconfit et la demoiselle sau- 
vée, tant qu'il congneuatlatrayson, et fut faicte jus- 
tice de lui. Si advint que le bon chevalier eust v. 
plaies mortelles, et, quant il fust desarmé, il en^ 
voya sa chemise, qui estoit percée en v. lieux, à la 
pucelle , laquelle garda la chemise toute sa vie et 



ào8 Lb Livre 

prioit cfaascun jour pour le chevalier qui telle doub- 
leur avoit soufTerte pour elle. Etainsd pour jàUè et 
franchise se combatist le gentil chevalier, qui en eut 
V. plaies mortels , tout aussi comme fist le doulx 
Jhesucrist qui se combatit pour .la pitié que il avoit 
de nous et de Fumain lignage qull lui fiiboit pitié de 
le veoir es ténèbres d'enffer , et pour ce en souSrist 
la bataille moull cruelle et moult pénible ou fust de 
Tarbre de la sainte croix, et fust percée sa chemise 
en V. lieux , ce furent ses v. douleuses plaies quil re- 
céust de son débonnaire plaisir et franc cueur pcRir 
la pitié que nous lui faisons. Et aussi doit tout 
homme et femme avoir pitié des douleurs et des mi- 
sères de ses parons, de ses voysins et des povres, 
tout aussi comme eust le bon chevalier de la pucelle, 
et en pleurer tendrement , comme firent les bonnes 
dames qui plorerent après le doulx Jhesucrist quaot 
il portoit la croix pour y estre crucefié et mis à mort 
pour nos péchiez. 



Des iîj\ Maries. 
Chappitab CVII«. 

l'autre exemple est des iij. Maries qui vin- 
[drent le bien matin de Pasques pour cul- 
^dier oindre nostre Seigneur. Elles avdent 
, fait faire moult précieux oingnemens et de 
grans coustz , et avoient grant devodon de servir 
Dieu à vie et à mort, ardans toutes en Tamour de 




DU Chevalibe bE La Tour. &09 

Dieu: "Et lâ'elles trouvèrent Tauge qui leur annonça 
et dist quH èstoit resuscilè, dont elles eurent moult 
grantjoye, et de la grant joye que elles en orent elles 
coururent le dire aux appostres. Gestes bonnes dg,- 
mes veillèrent moult pour faire fère les précieux 
oingnements, et furent levées dès Faube du jour 
pour cuidier venir faire leur service. Et pour ce a cy 
bon exemple comment toutes bonnes femmes, soyent 
mariées ou de religion , doivent estre curieuses et 
diligens, et esveillées ou service de Dieu, celles qui 
faire le pueent; car elles en seront reguerdonnées à 
cent doubles, comme furent les troix bonnes dames, 
que Dieux a moult essaucées. L'en list es croniques 
de Romme que, quant l'empereur Néron et autres ty- 
rans de la sainte foy iaisoient martirer les sains et 
les saintes, comme il est contenu en leurs légendes, 
que les bonnes dames de la ville embloient les sains 
corps, et les ensevelissoîentetles enterroient, et leur 
faisoient le plus de bien et d'amour qu'ilz povoient. 
Après celles aloient oïr les matines et les messes et 
le service de Dieu, dont l'en trouve que à cellui temps 
eust moult de charitables et saintes femmes à Rom- 
me et ailleurs, dont je pense que aujourdui la cha- 
rité et le saint service des femmes est bien cler se- 
mé en cesl monde , et en y a moult qui ont plus le 
cuer au siècle pour obéir et plaire au monde que à 
Dieu ; car elles sont bien esveillées pour elles coin- 
tier, pour avoir le plus dés regars des mùsars, dont, 
se elles meissent aussy grant paine de venir oïr le 
service de Dieu et dire dévotement, sans penser 
ailleurs, leurs heures, comme elles mettent grant 
paine à elles pignier et en leurs cointises , et à es- 

14 



210 l'B Ll\BE 

couler les j angles des foh, elles teîssent le meilleur; 
car l'un service esl rendu à cral doubles, comme 
i)ieu le dit de sa sainte bouclie, et l'autre service, 
qui est à sa desplaisance, c'est le délit du corps, osi 
pugui h cent doubles tout au contraire. 



Cy parle du si 



B CVIU*. 



il 



^p^S? our ce dit le saige en un prouverbe<^- 
ag^E quantie-s dames furent lev6es,pingnMs. 
(^ P^ ajournées et mirées, les croix el les pro 
vm&i-Jl cessions s'en furent alèes el Ira messes ' 
chantées ; c'est lout aussy comme Dieu parla en l'eu- | 
vangitlc des dnq saintes vierges qui lurent curieu- 
ses el esveillées et garnies de baille el de lumitrc 
en leurs lampes, et, quanU'e^uxfuBlvenu, clle^ 
ealrèrent avecques lui en la graol jof e du chastcl el 
Irouvèrent les portes ouvertes. Mais les antres cinq 
vierges, qui se esloicni endormies el ne s'eatoient 
point garnies de huilleet de luminaire en leurs lam- 
pes, quant elle» vindrenl, si trouvèrent les portes 
fermées, et quant elles demandèrent de l'uille , l'en 
leur dist : Neecio vos, c'est-à-dire que elles n'en bu- 
roient point, car elles estaient venues trop larl. Dont 
je double que k cesl exemple il en y a par le monde 
de moull endormies et pareceusca du service de 
Dieu l'ayre et oïr, et desgamics de ce qui appartient 
â leur sauvement, c'est de faire bomies el saintes 



DU Cheyaliea b^ La Tour, iit 

œuvres et de la grâce de Dieu avoir. Et me double 
que se elles se tardent à elles amender devant leur 
fin, de laquelle fin elles ne scevent Teure ne le jour, 
que elles trouveront la porte close. Et Ven leur dira 
conune Ten fist aux cinq foies qui se estoient endor- 
mies : Nescio vos. Lors ne sera mie temps de soy re- 
pentir, ains seront moult esbahies quant elles se v^- 
ront départies de Dieu et des bonnes, et mener ou 
chemin d'enffer en Torde compaignie et en la cruelle 
paine et doleur continuelle , qui jamais n'ara fiji ne 
joye, ne repos, helas ! tant seront chier vendues les 
coin lises , les foies plaisances et les £iulx delis dont 
Ten aura usé pour plaire à la folle chair et au mon- 
de. Ainsi et par celle voye yront les mauvaises fém- 
mes, et les bonnes au contraire ; car elles yront avec 
Te^poux, c^estavecques Dieu leur créateur, et trou< 
veront la porte ouverte pour entrer en lagrant joye, 
pour ce que elles auront estez esveillées et curieuses 
& leurs lampes et à leurs luminaires pour attendre 
Teure de Fespoux, c'est-à-dire que elles auront fiadt 
les saintes oeuvres et auront veillé pour attendre 
Teure de la mort, et ne se seront pas endormies en 
pechié ne en ordure, ainçois se seront tenues nettes 
et souvent confessées et gardées de pechié à leur po- 
voir, et auront amé Dieu et craint; car qui Taime et 
craint, il se garde nettement et hct pechié à faire; 
car pechié est le desplaisir de Dieu. Gestes cy seront 
les bonnes de quoy Dieu parla en Teuvangille, com- 
me ouy avez. 



Cf parle de Nos 



^Mv^r prcs vous parlËiray deune qui it'apoiolde 
.^^^© pareille, c"esldelabenoialeglorieusevierge 
^MJV^ Marye,iiiêreelusauveurcluinoiu!e,Cesie<^ 
*fâ*Bi estsyhaulleeKemplairequenuJneUpuesi 
dcscnpre.lantya de bien et de bonlè, eila haullesse 
de son cluer filz Vexauke et esUève son bien de jour en 
jour. Car par la renommËedu Ghcroistla renommée 
de la mère. Cesle douice vierge honnoura plus ei 
craingnisl son fiiz que nulle autre mère, pour ce que 
elle sçavoilbien dont il estoiivenu; elle fust cbam- 
bre et leraple de Dieu où furent faictes les cspousaO- 
les de la deité et de rumanité, qui apporta la vie et 
le saint sauvcmeuL du monde. Dieui voulsl que cUe 
espousasL le saint homme Joseph, qui ealoit vieulx et 
preudomme ; car Dieu voulsl naistre soubi umbre de 
muioge pour obéir à la toy qui lors couroit, pour 
esehever les paroles du monde , et pour luy bailler 
compaignie à la gouverner, et pour la mener en 
Egypte, dont il avint que, quant Joseph apperceusl 
que elle feusl grosse, il la cuida laîssier, et lui dist 
que U Mvoil bien que ce n'esloit pas de lui. Mus en 
celle nuit Nostre Seigneur lui envoya son saint ange 
visiblement, qui lui dbt que il ne se esinaiast pas ol 
que la groisse estoil du Sainl-Esperil, pour le sauve- 
mont du monde, et lors il en eust grant joye ei se 



DU Cheyâxiek de La Tour. ai3 

pena trop plus de la honnourer que devant ; car il 
savoit bien par le dist des prophètes que le iilz de 
Dieu devoit venir en une vierge qui auroit nom Marie. 
Sy en mercya Dieu moult humblement de la grant 
honneur qu'il lui avoit faite de lui avoir daingné 
donner sa doulce mère h la gouverner et de la veoir 
à ses yeulx. Et aussy la bonne vierge lui portoit hon- 
neur et obéissance, dont Tescripture len loe moult. 
Après elle est loée de ce que Tange la trouva seide 
ou temple , à genoulx en prières et en oroysons , et 
ainsi doit estre toute bonne dame en devodon et ou 
service de Dieu. Après la loe Tescripture de ce qu'elle 
se craignoit, et en ot un pon de paour quant Fange la 
saluoit, et demanda comment cepourroit estre qu'dlé 
conceust enfifant, elle qui oncques n*avoit congneu 
homme charnellement, et 11 ange Tasseura et luy dist 
que elle n'eust pas paour et ne se esmerveillast pas ; 
car il seroit du Saint-Esperit, et que nulle chose n'es-^ 
toit impossible à Dieu, c'estoit à dire que Dieu povoît 
faire tout à son plaisir; et mesmement sa cousine 
Elizabeth estoit enceinte bien avoit vj. mois, qui es- 
toit brahaigneet passé aage. Et lors, quant Tange lui 
eut ce dist, elle se asseura et lui dist : « Veez-cy la 
9 chambrière de Dieu ; soit fait selon ta paroUe. » Car 
elle voulst premièrement sçavoir comment ce seroit. 
Mais ainsi ne fist mie Eve, car elle estoit de trop le- 
gier couraige, comme font aujourdui maintes simples 
femmes qui croyent de legier les folz , dont depuis 
elles viennent à la folie. Elles ne enquièrent mie ne 
ne regardent à la fin où elles en vendront, comme 
fist la glorieuse vierge Marie, qui enquist à Fange la 
fin du fait que il luy anonçoit, et en fîist paoureuse, 



at4 Le Livre 

et ainsi doivent Taire les bonnes femmes et les H 
clames, quant l'en leur parle de jucnneaseou de cliose 
qai puisse venir au lieshouneur de elles. 



De hnnililé Naslre Dar 

Chappiirb CX'. 

<m»^ pri^s la lone l'escriplure de son bumilité ; 
^^^^x car, quant l'ange lui dist que elle serdt 
n^ran^ mère du filzdeDiea,duquellerègDeii'au~ 
••^•sB roit fin, elle ne s'en orgucillisl pas, aioçoi* 
dist que elle estoit la chamberière de Dieu el que U 
enfeust à son plaisir. Sy pleusl moult à Dieu, tant qae 
il sehumilia encore plus commcdcscendredu ciel et 
daÎDgnier prendre en son ventre virginal huitianiiè 
et devenir enffant, Pour ce a cy ban exemple com- 
ment toute femme se doit humilier vers Dieu et vers 
son seigneur et vers le monde. Car Dieu disl : Qui 
plus se humiliera et se tendra moindre, sera plua 
hault cssaudë et une foiz bonnourè. Et pour certaio 
Dieu et les anges ayment plus humilité que vertua 
qui soit. Car humilité se combast contre orgueil, qui 
est le pechiéque Dieu plus het, dont les mauvais 
anges chrârent du râcl. Et pour ce doit toute noble 
Temme soy humilier et estre courtoise au grant 01 
au petit, et prendre exemple à la vierge Marié, qui 
s'appella chamberière de Dieu. Aprfts rescripture la 
loe de SB courtoisie et de sa bonue nature, quant 
elle ala visiter sa oousine saiuu Elizabeth Mla^vou- 



DU Cheyaliee de La Tour. at5 

loit senir; et Tenfant de 1p sainte, ce fust saint Je- 
han Baptiste, s'esjoist ou ventre de sa mère tant 
que, par la grâce du saint esprit, sainte Elisabeth 
se escria que beneist feust son ventre et que elle es- 
toit benoiste sur toutes femmes, et que ce n*estoit 
pas rayson que la mère du filz de Dieu vensist veoir 
si povre femme comme elle. Ainsi se humilièrent 
Tune cousine envers Tautre. Et pour ce a cy bonne 
exemple conment les unes parentes, cousines et voi-^ 
sines , doivent visiter Tune Tautre en leurs gesines 
et leurs-maladies, et se humilier les unes envers les 
autres, comme firent ces q. saintes dames, comme oy 
avez , et non pas dire comme font aucunes , qui , de 
leur grant cuer félon et orgueilleux, disent : Avoy » 
je suis la plus noble, la plus gentil femme ou lapins 
grant maistresce ; elle me vendra la première veoir. 
Ou auront envie d'aler les premières et avoir le plus 
de la vaine gloire du monde ; tant que plusieurs en 
ont tous les cuers enfiQés d'envye et d'orgueil par 
telle guise que« quant elles ne sont mises les pre*- 
mières aux festes et aux assemblées, elles en per- 
dent le mengier et le boire , tant elles sont envieu- 
ses et despiteuses, ha. Dieux! tant elles pensent peu 
en la courtoysie et humilité de c^ y. saintBB dames 
et en ce que Dieu en dist en TEuvangille, comme 
oiiy avez, que les plus humbles seront les plus hault 
exaulciez. Helas, comme celles foies envies de aler 
les premières et de elles prisier le plus leur seront 
une foys reprouchiées et chières vendues , et sy en 
rendront compte. Dont la bonne royne iHestor en 
parle , disant que« de tant comme une femme est de 
plus grant lieu ou gceigneur maistresce» elle -doit 



ai6 Le Li\rï 

ratfe plus humble et plus courtoise , el de U 
porte elle plu3 de avenlaige , et d'honneur el do 
iouenge de touz; car les pciiï ae tiennent honoras 
quant les grans leur l'ont bonne chiëie, el que Ht 
parlent bel âeulx, cl en rapportent plus grons looen- 
ges et s'en louent à tous, et pourcen'est-U si hum- 
ble ne sy gradcusc vertus à toute bonne hiuille 
dame ne jeune femme comme de cstre humble et 
courtoise au grant et au pelit et soy humilier el «- 
siter les povres elleur porensel lignaiges, comme la 
royne du ciel ala visiter sa cousine et comme a " 
ndliérent l'un envers l'aulre. 



1 



De la pilU ei bénignité de NMtre Di 
Chappitbe CXI*. 

• prùs l'escriplure la loue en ce qu'elle fiu 
n Galilée en uopces et eual pitié pour ce 

I que le vin y failly, et requbt â son Tdz, 
i\ comme en soy complaignanl que le 
vin cstoil failly, et ledoulx Jhesiicrist eutpiUëdela 
pitiédesaroére, simual'eaueen vin. Et pour ce ac; 
bon exemple comment loule bonne dame elboone 
femme doit avoir piUÈ de ses parens et de sespovro* 
voisinsel leur aidier et secourir dece que elle pourra 
avoir; carc'csl une granteharil6 cl une frandienaUiro. 
Apres la doulce vierge adira son filz, lequel esloil 
aie disputer cl preschier contre les SMgcs de la loy. 
Sy euida ia bonne dame que il feugt moolé o« «el 



DU CHEYALlÈli DE 1a ToUR. 217 

et que il s'en feust aie. Sy le queroit partout, et tant 
quist que elle le trouva ; et lui dist : a Beau filz, yoz 
parens et moy avions grant paours de vous avoir 
adiré. » Et il respondit que ses parens estoient ceulx 
qui faisoient la voulenté de Dieu son père. Sy estoient 
les juifs et les saiges touz esbahis du grant sens 
qaeilztrouYoientenlui, qui avoit si petit aage. Après 
cette douleur qu'elle cuida avoir perdu son fiU» 
elle en eut une autre grant. Car, quant ilz le offri- 
rent au temple , saint Syméon , qui moult Tavoit dé- 
siré à veoîr et avoit touz jours prié Dieu que il né 
mourust point jusques à ce que il eust veu à ses yeùlx 
le filz de Dieu , et lors, par la grâce du saint Espe- 
rit, il congnust Dieu et (^t à haulte voix : «Yees cy 
la lumière et le sauvement du monde », et dist à sà> 
mère que une foiz il lui seroil advis que un glaive 
lui perceroit Famé et le cuer, c'estoît à dire que elle 
verroit sa sainte passion souffrir en la croix. Et pour 
ce a cy bon exemple jt toute bonne dame et bonne 
femme que, quant la royne du ciel et du mondé 
avoit douleur en ce monde, que nulle ne se doitesma- 
yer neesmerveiller si elle sueffire aucune mesaise, et 
se il lui viennent douleurs et tribulacions , piiisque 
'si haulte dame en souffry en ce cludstif monde. Et 
doDcques en devons bien souffrir et avoir pacience; 
nous qui sommes povres pécheurs et pécheresses et 
qui desservons pins mal que bien, selon noz merP 
tes, et ne devons par rayson estre espargniez d'avoir 
aucanes foiz douleur et tribulacion, quantilne espar- 
gna pa8 sa doalee mère. 



De la rharilé Noslre Dame. 

CnAPPlTRK CXIl'. 

g]^aE^ près les bonnes daines doivent GSlre pî- 
^^^^ leuses et charilables commo la sainte dame 
^^^^ qui donnoit pour Dieu et pourpilié le phi« 
<P*3*SldeM qu'elle 8Voil,el à l'exemple de elk 
fisi aussi sainte Elisabeth, sainte Luce, sainte Ce- 
dlle et plusieurs aultrcs saindes dames, qui estcuenl 
By cliarilaliles que elles donnoient le plus de leurs 
revenues aux povres et aux ntesaisiez , si comme il 
e;t contenu en leurs legeudes, dontje vouldroyeque 
voussceussiez un exempled'une bonne damedoKom- 
me qui esloit à la messe; elle resgarda delez die 
une povre femme qui Irembloit de froil par un fort 
yver; la bonne dame en eut pitië et ee leva do SOO 
fiàge, et appejla privëemenl la povrc femme et la 
mena en son hostcl qui estoit près et lui donna son 
pcticon. Sy advint tel miracle que le preslre ne pour 
voit sonner motneparlcrjusquesàtaDt que la bonne 
dame feust revenue, el dès ce que elle feustre- 
TCDue, la voix lui revint, el vit puis par advisionia 
cause el coramenl Dieu se louoit ft ses anges du don 
que la bomie dame lui fist. Sy a cy bon exemple 1 
toute bonne dame d'eslre charilable et aumosnJAre, 
et non pas taissier avoir froil , Tain ne mesaise 4 ses 
povres voysins ne voisines de tout ce qu'elles pour- 
ront avoir mestier, selon leur pôvoir. Car c'est granl 



DU Chevalier de La Tour. 219 

franchise de bonne nature et une chose qui à mer- 
veilles plaist à Dieu. Or vous ay-je parlé de la be- 
noite vierge glorieuse , à qui nul ne s'appareille , et 
vous en ay pou parlé ; car trop seroit longue la ma- 
tière à parler de tous ses faiz. Sy vous lairay de 
celle, quant en présent, et vous diray des bonnes 
dames veuves de Romme, lesquelles, quant elles se 
tenoient seintement et nettement en leur vefveté, Teii 
les couronnoit par honneur en singne de chasteté. 
Sy seroit longue chose à vous racompter la bonté et 
la charité de elles et de leurs bonneâ meurs. Sy vous 
ay parlé premièrement des bonnes dames: qui iiirent 
avant Tadvenement de nostre seigneur Jhesucristy 
si comme il a esté trouvé en la Bible. Après je vous 
ay raconté d'aucunes bonnes dames depnis le nou- 
vel Testament, c'est assavoir d^dis que Dieu vint en 
la glorieuse vierge Marie, et aussi comment la sainte 
esèriptore loue les bonnes dames de cellui temps. 
Il est raisons que nous louons aucunes de ce temps 
oft lioas sommes ; si je vous en diray de chascun es* 
tat mi ou ij. pour monstrer exemple aux autres i 
car Fen ne doit pas celer les bi^is et l'onneur d'icel- 
les, ne nulle bonne dame )ie doit avoir desdaing, 
fors soy esjouir du bien et du bon racompter des 
bonnes dames. Premièrement je y mettray la royne 
Jeluume de Franee. 



Cj- parle de la royne Jehanne de France. 

Cbappitbb CXIII'. 

i bonne royne Jehanne de France, qui 
? nia gaires qu'elle mourut, fusL saîge el* 
! , et moult charitable , plaine île 
Btlevocionsetdeauinosnes, et son estât liiil 
si net et si noble cl de bonne ordenance que gnoi 
obole seroit â le racomptcr. Après mectronfr-uousli 
duchesse d'Orléans, qui moull a eu fi souffrir, et tooi 
joures'est tenue sainclementelnetlemenl, devant «I 
apr&s ; mais c'est longue chose à racompter de ses 
bonnes meurs et de sa bonne vie. Et ne devons mie 
oublier la contesse mère au conte, comment elle 
s'est noblement gouvernée en sa veEvelè et nounS 
SM enflans et sa terre bien gouverné ei usé de 
bODne vie. Après si vous parleray de cbascun estais 
Sy vous parleray d'une baronnesse qui demouroit eil 
nostre pays, qui aresté bien vefvel'cspacedevingl- 
dnq ans, et eslott juenne et belle quant son seigneur 
mourut, et fut moult requise; mais elle disoit eo 
son secret que , pour l'amour de son feu seigneur et 
de ses enffans qui estoient jeunes , que jamais ne sA> 
roit mariËe; et a m^lenu sa vefvelé nettemmi, 
sans reproche, dont elle doit estre louée. El la tow 
deadaireray : c'est madame d'Artus. 




DU GhETÀLIER DE La ToUR. 221 

De plusieurs dames vefves, 
Cbappitrb CXIIII«. 

prés je vous diray d'une dame , femme à 
chevalier compaignon\ qui est vefve dès 
le tems de la bataille de Crécy, il y çi 
xxvj. ans. Celle bonne dame estoit moult 
belle et juenne , et moult a esté demandée de plu- 
sieurs lieux. Mais oncques marier ne se voulst, 
ains a touz jours nourry ses enffans moult honnora- 
blement. Sy doit estre moult louée, et plus encore du 
temps de son seigneur. Car son seigneur si estoit pe- 
tit, tort etborgne et moult maugracieux, et elle estoit 
belle et juenne et grant gentil femme de par elle. 
Mais la gentille dame Tama moult et honnoura au- 
tant comme femme puet amer homme, et le crain- 
gnoit et servoit si humblement que moult de gent 
s'en merveilloient. Sy doit estre mise ou compte des 
bonnes, pour ce que en elle n'a riens que reproucher 
ne devant ne d'après. Après vous compteray de une 
dame, femme d*un simple bachelier. La dame estoit 
belle et juenne et de bon lignage, et son seigneur es- 
toit vieil et anden et tourné en enffance, et faisoit 
SQubz soy comme un enffant et avoit maladie bien 
laide; mais non obstant la bonne dame le servoit jour 
et nuit plus humblement que ne peust faire une pe- 
tite chamberière ou une petite femme servante-; et 
meist à peines la main où celle bonne dame là met- 



122 Le Litre 

toit. L'en la venoit querre bien souvent pour la £ûre 
chanter et dancier es festes , qui estoient menu et 
souvent en la ville où elle demouroit. Mais trop poy 
y aloit, ne riens ne la tensist à Teure que elle sçavoit 
que il feust temps de faire aucun service à son sei- 
gneur. Et, se aucune lui deist : ce Madame, vous deus- 
» siez autrement esbatre et estre liée, et laissierdor- 
» mir vostre preudomme, qui n*a de riens mais mes- 
to tier que de repos » , sy savoit bien que c*estoîlà 
dire; elle leur respondoit saigement que, de tint 
qu'il estoit plus à malaise, avoitr-il plus grant mes- 
tier d'cstre scrvy, et que elle prenoit assés de joye et 
d'esbat à estre entour lui et lui faire chose qui hd 
pleust. Que vous diray-je? Elle trouvoit assez qui 
lui parloit de la joye et de Tcsbatement du siècle; 
mais nul n'y povoit venir ne pincier ne mordre, tant 
estoit loyale et ferme à son seigneur et à garder Toit 
neur de elle. Et après que son seigneur fiist mort, se 
elle se gouverna bien en son mariage , si s'est-elle 
bien gouvernée en sa vefveté, et nourry ses enffans 
sans soy vouloir consentir à mariaige , et par ainsi 
en tous estaz elle doit estre louée et mise en compte 
des bonnes, combien qu'elle ne soit pas grant mais- 
tresse ; mais le bien et la bonté d'elle doit estre bon 
exemple et mirouer aux autres, et ne doit Ten point 
taire le bien de ceulx qui l'ont desservy. Et pour ce 
vous ay-je racompté d'aucunes de nos dames d'aa- 
jourduy de chascun estât une ; quar, se je vouloyedc 
toutes racompter, je auroye trop à faire et seroit ma 
matière trop longue ; car moult en y a de bonnes ou 
royaulme de France et ailleurs. Gestes bonnes dames 
de quoy je vous parle sont sans reproche, et droite- 



DD Chetalibr de Là Tol'r. aa3 

mesïX esprouyées de bonté en leur mariage et en leur 
yefveté , et en ont moult eschevë les juennesses et 
les paroUes du monde, et ont tenu leur bon estai fer- 
me sans ce que Ten se peut jengler d'elles. Elles ne 
se sont pas remariées par plaisance à maindres d'es- 
tat que n'estoient leurs seigneurs ; car je pense que 
celles qui s'abaissent par plaisance, deleurvoulenté, 
sans le conseil de leurs amis , font contre elles. Et 
avient aucunefoiz que , quant un petit de temps est 
passé et que le temps se remue ainssi comme yver et 
esté , et quant la plaisance'se amendrist et fault , 
et elles se revoyent quant les.grandes ne leur por- 
tent plus si grant honneur comme elles souloient, 
Jors leur yst du cuer la vergoingne, et se revoyent. 
Et aucunes foiz elles chieent en repentailles ; mais il 
n^est pas temps, et, quant de ma semblance, il me 
semble que ceux qui prengnent leur grant dame à 
£emme et font de leur dame leur subgiete , je pense 
que c'est grant pitié de mettre en servaige si noble 
^ose et si haultaine comme sa grant dame d'on- 
nenr, par laquelle il peust venir tant de honneur et 
de vaillance ; car, de ce qu'il l'a espousée il est sire 
de celle qui souloit estre dame , et à présent est sire 
et sera appelle seigneur, et sera en grant crainte de 
faillir et désobéir, mais ce sera tantost passé. Il me 
semble que il vueille venir au repos , car les grans 
emprises de venir à honneur pour plaire à sa dame 
sont passées. Si a moult à dire en cest fait en plu- 
sieurs manières ; car cellui qui lui a juré foy et 
loyauté de garder son honneur et son estât à son 
povoir, et depuis l'a conseillié à soy abaissier et à 
faire contre la voulenté de ses seigneurs et de ses 




DU CHEYAIrlEl DE La ToUR. ^&5 

Cx parle de bonne renommée, 
Chappitrb CXVK 

es belles filles, si vous sçavés le granl 
honneur et le grant bien qui yst del la 
bonne renommée, qui tant est noble veï* 
tus , vous mettrés cuer et peine de y en-* 
tendre, tout aussi comme fait le bon chevalier d'oo- 
neur qui tire avenir à vaillance, qui tant en trait de 
paine et de grans chaux et de frois, et met son corps 
en tant d'aventure de mourir ou de vivre pour 
avoir honneur et bonne renommée, et en laisse son 
corps en mains véages, en maintes battailles, et en 
maints assaulx, et en mamtes armées et en maints 
grans perUz. Et quant il a assez souffert paine et 
endurée, il est trait avant et mis en grans honneurs 
et servis, et lui donne Ten grans dons et prouffîs as- 
sez. Mais nulneseapparrage à la grant honneur que 
Ten li porte, ne à la grant renomée. Et tout aussi 
est'il de la bonne femme et de la bonne dame qui 
en tous lieuz est renommée en honneur et en bien , 
c'est la preude femme qui met paine et travail à te- 
nir nettement son corps et son honneur, et refuse sa 
juennesce les foulx delis et folles plaisances dont 
elle puet recouvrer et recevoir blasme. Comme j*ay 
dit du bon chevalier qui telle peine sueffre pour es- 
tre mis ou nombre des bons, ainsi le doit faire tonte 
bonne femme et bonne dame et y penser, et comme 

15 



126 Le Litee 

elle en acquiert l'amour de Dieu el de son seigneur 
el du monde el aussy de ses amÎB , et le saurement 
de son ame, qui est le plus digne, dont le monde la 
loue et Dieu encore plus, car il l'appelle la predeuse 
margarite, c'est une Une perle, qui est blanche, 
ronde cl clËre , sans toiche y veoir. Si a cj' bonne 
exemple comment Dieux loua la bonne femme en 
l'euvanglUe, et si doivent toutes gens : car l'en Mn 
autaol faire de bien et d'ooneur fi la bonne dame Wi 
domoiselle comme au bon chevalier ou Cficuier, el 
pluË, doutle monde est aujourd'hui besiournA, et Inn- 
Hcur n'est point si gardée en sa droite règle et ea 
son droit estât comme elle souloil en plusieurs eas, 
et spMalement l'onneur des bonnes femmes. Et vons 
diray comment je l'ooy rscompter & mon seigMor 
de pèro et a plusieurs bons chei-aliere ol preudUOiD- 
mes, comment en son temps on hoonouroit les bon- 
nes femmes , et comment les blasmdes eslotent ru- 
sées el séparées de« bonnes , et n'a pas encore si. 
ans que ceste coustume couroil communément , se- 
lon ce que îlz disoient. Car en ceilui temps une fem- 
me qui liist blasmée ne feust sy hardie de soy re- 
Iraire ou renc des bonnes qu'elle n'en fcust r^ou- 
t6e. Dont je vous conleray de deux bons chevaltïen 
de colliii temps, dont l'un aToil nom Médire Raoul 
de Lngre cl l'autre Nessire GieBroy, el esldenl frè- 
res et bons chevaliers d'armes, qui lors courmcnt es 
ymojies, es tournoix et aux autres lieux lùobiltpo- 
voicnt trouver honneur. 11?. esloient renommts CI 
honoourés comme Cbarny, Bouciquaut ou Saintr6,ei 
pource Bvoienl leur parler sur louz, el convcnoitqne 
ils (eussent escoulès comme chevaliers aueiorisei. 




DU Chevalier DE La Tour, s^jr 

CommeM l'en doit croire les anciens. 
Chappitrb CXYII«. 

ont il advenoit que, se ilz veissent k im 
jennes homs de lignaige faire chose qui -à 
son homieiir ne feust, ilz luy montrassent 
sa fianlte devant touz , et pour ce jueniieé 
hommes les eraingnoient moult. Dont il avint qné 
j'oy raconter à mon seigneur et père que une fois 
il vint à une grant feste où avoit grant foyson de 
seigneurs et de dames et de damoyselles. Sy arriva 
comme Ten vouloit aseoir à table, et avdtvestu une 
eete hardie à la guise d*Alemaigne. Sy vint saluer les 
dames et les seigneurs, et quant il eust foit ses reve- 
Tances, eelhn Messire Gîrîfroy le va appeller devant 
tous et lui demanda où estbit sa vielle ou son ins- 
trument, et que il foist de son mestier. « Sire, je ne 
» m*en saurcûe mesler. « — a Sire », dit-il, a je ne le 
» pourroye croire ; car vous estes contrefait et yestu 
»0(mmie un ménestrel. €ar, en bonne foy, je con-^ 
» gnoys bien vos aneesseurs et les preudhommes de 
» la Tour dont vous estes ; mais onques mais je ne 
» vy qui ainsi se contrefist ne vestit telles robes. » 
Lors il luy repondist : « Sire, puisque ne vous sem- 
2 ble bon, il sera amendé. » Sy appella un ménes- 
trel et lui d(Huia sa ooste et la lui fist vestir, et {hîsI 
autre robe. Sy revint en la salle, et lors le bon cho-< 
valier lui dist : a Yrayement, cestuy-cy nese forvoye 



aa8 Le I.ivhë 

B pas, car il croit conseil Je plus vieuU 

D louzjuenncshoiniTicset jeuDesfemmes qui croient 

> conseil et ne coiilrarient mie le dit des anciens ne 

> peuvent faillir de venir à honneur, v Et iussi dit 
lepreudons, qui pour bien elbooneurravoit dît. El 
pour ce a cy bon exemple coin ment l'en doit ccx>irect 
avoir bonté CI vergoingno de l'enseignement des eoi- 
gcsetdeaplus anciens de lui. Carcequeilz dientet 
enseignent, ilz ne le font que pour bien et honBeâr;; 
mais noz juennes hommes et noz juennes femmes de 
aujourdliui n'y prennent mie garde, aïnçois U^inealA 
grant despil de ce que l'en les reprent de leurs fo- 
lies, et Guident aujourd'uy esire plus saiges que les 
andfflis et de ceuU qui ont plus veu que eulx. Si est 
grant pitiË et granl folie de telle descongnaisssBW 
avoir en eulx; car tout gentil cuer de bouae nafnre 
doit avoir grant joye quant l'en le reprcnl do m 
foulte. El se il est saige et ^oc il lui merciera, et 
1& voit-on esprouvée la bonne el la frnnche nature 
des juennes hommes et desjueimefi Eemmes; car nul 
viilain cuer n'en rendra jà grâces ne mercis, ne jft 
gré ne saura. Or vous ay parlé comment il?, parlè- 
rent El chastièrenl les jeunes hommes. Or vous dî- 
ray-je comment ilz donnoient bon exemple es bon- 
nes dames et 6s bonnes damoiselies en iedui temps. 




DD Chevalier de Là Tour. 229 

Des anciennes coustumes^ 
Chappitrb CXYIII». 

16 temps de lors estoit en paiz, et tenoient 
> gransfestes etgransreveaulx. Et toutes ma- 
' nières de chevaliers, de dames et de damd-- 
selles s*asambloientlà où ilz aloient etoùiiz 
avoient les festes, qui estoyent menu et souvent, et là 
venoient par grant honneur les bons chevaliers de cel- 
lui temps. Mais, se il advenist par aucune aventure que 
dame ne damoiselle qui eust mauvais renon ne qui ^t 
blasmée de son honneur se meist avant une bonne 
dame 00 une bonne damoiselle de bonne renommée, 
combien que ellefust plus gentil femme ou eust plus 
noble et plus riche mary, tantost ces bons chevaliers 
de leurs droits n'eussent point de honte de venir à 
elles, devant tous , et prendre les bonnes et les met- 
tre au dessus des blaspnées, et leur deyssent devant 
tous : « Dame, ne vous desplaise si ceste dame ou da- 
10 moiselle vait avant vous; car, combien que elle ne 
» soit si noble ou si riche comme vous , elle n^est 
D point blasmée, ains est mise ou conte des bonnes 
D et des nettes. Et ainsi ne dit Fen pas de vous, dont 
» me desplaist, mais Ten fera honneur à qui Ta 
» desservy, et pour ce ne voz en merveillez pas. » 
Et ainsi parloient les Ixms chevaliers, et mettoient les 
bonnes et de bonne renommée les premières, dont 
elles merdoient Dieu en leur cucr de elles estre te- 



33o 



Le Litbë 

par quov elles a' 



t honôr? 



nues nettemcDl, par quoy elles s'esloicnt 1 
et mises avant, cl les aulrcs se prenoîenl au nez et 
baissoicnt les visages, et reccvoient de grans honles 
et de grans vergoingnes. El pour ce estoil bon cuem- 
ple à toute genlil femme ; car pour la honte que eî- 
lesouolcot dire aux autres, elles doubtoicnteicrtin- 
gnoienl à faire le mal. Mais, Dieu mercy, aujour- 
duyl'on porte aussi bien hooDeurauK blasmèes coim 
me aux bonnes, dont maintesypremienl mal exem- 
ple et disent : o Avoy, je voy que l'en porle ausâ 
w grani honneur A telle, qui est blasnièc et diffamée, 
V comme aux bonnes; Il ni a force de mal faire; tout 
» se passe. ■> Mais toutes voies ceesl mal dit cl mal 
pensé, eombien qu'il y ait granl vice ; car, en bonne 
Iby , combien que en leur présence l'en leur faoe 
honneur et courtoisie, quant l'en est pari; de elles 
l'en s'en bourde, el disent les compalgnans et les gea- 
gleurs : u VÉea ey une telle ; elle esi irop bien cour- 
» loisedesou corps; lelettelseeabaiavecqueseHc »,■ 
et la racooient et la nombrant avecques les mauvai- 
ses. Et ainsi tel lui fait bomtcur et belle ctiiëre par 
devant, qui lui trait la langue par derrïtre. Mais les 
folles ne s'en apperçoîvenl mie , ains se csbaudissenl 
en leur folie, et leur semble que nul ne scel leur 
honte ne leur faulle. Sy est le temps changé comme 
il souloil , el je p«ise que c'est mal f&îl . cl qae il 
vaulsist mieuû devant lonz monstrer leurs faullct el 
leurs folies, comme ilz fûsoienl em cellui temps dont 
je vousay compté. El vous dirayencores plus, com- 
me j'ay ouy Gomplcr ù plusieurs chevaliers qui ti- 
rent cellui messire Gieffroy de Lugre el autres, que, 
se il chcvauchast par le pays, U demandait : « X ifflL 



hV CHEYAIilEft DE liA TOUR. a3l 

».est cellui hei^rgementlà? », et Ven lui deist: 
(T C'est à telle », se la damé feust blasmée de son 
honneur, il se torsist avant d'un quart de lieue que il 
ne vensist devant la porte, et luy feist un pet, et puis 
pransist un poy de croye qu'il portoit en son saichet 
et escrisist en la porte ou en Fuis : « Un pet , un 
pet », et y faisoit un signet et s'en vensist. £t aussi^ 
au contraire, se il passast devant Tostel à damé oii| 
damoiselle de bonne renommée , se il n'eust monlt 
granthaste il la vensist veoir et hucha3t : « Ma bonne 
» amye , ou bonne dame , ou damoyselle , je prie j^ 
» Dieu que en cest bien et ceste honneur il vous 
» vueille maintenir en nombre des bonnes ; car bien 
» devez estre louée et honnourée. » Et par celle voye 
les bonnes se craingnoient et se tenoiait plus fermes^ 
et plus closes de ne faire chose dont elles poussent 
perdre leur honneur et leur estât. Sy vouldroye que 
cellui temps fust revenu ; car je pense que il n'en^ 
feust mie tant de blasmées comme il est à présent. 

Dont , se femmes pensoient ou temps de devant 
Tadvenement nostre seigneur Jhesucrist , qui dura 
plus de v."" ans , comme les mauvaises femmes et 
e^[>ecialement toute femme mariée qui feust prouvée 
par y. tesmoings avoir eu compaingnie àautreque à 
son seigneur, elle feust arse ou lappidée, ne pour or 
ne pour argent elle n'en feust rachetée, tant noble 
feust, selon la loy de Dieu et de Hoyses , et encore 
ne sçay-je guières de royaulmes aujourd'uy , fors le 
royaulme de France et d'Angleterre et en ceste basse 
Alemaigne, de qui l'en n'en face justice dès ce que l'en 
en puet savoir, et qui ne meurent dés ce que l'en en 
scel la vérité, c'est-fr-dire en Rommenie, en Ëspai- 



a3« liE LîYR^' 

gne, en Ârragon et en plusieurs autres royaulHiés; 
En «ucuns lieux Ten leur couppe les gorgesv en an- 
tres lieux Ten les murtrist à touaillons , en autres 
lieux Yen les emmure. £t pour ce est bonne exem- 
ple à toute bonne femme que, combien que en eest 
royaume Ten n'en face plus justice comme Fen Sait 
ea plusieurs autres lieux , elles n'en laissent pas k 
en perdre leur honneur et estât, et Famour-de leur 
sdgneur et de ses amis, et Tonneur du monde, eonvf 
ftie donner langaige aux gragleurs, qui, au matin èt- 
au soir, en tiennent leurs esbatemens et leurs gon- 
lées de moqueries , et en oultre Tamour et la graee- 
de Dieu, qui est le plus fort ; car elle est séparée da 
livre des bonnes et des saintes femmes, si oonome 3 
est contenu plus à plaîn en la vie des Pères. Mais le 
compte en seroit trop longàraoompler, dont Je vous" 
dîray un moult bel et bon exem[de, qui est le phn 
noble et le plus hault de tous, comme ce dont Dieux 
parla de sa propre boucbe , si comme le racompic 
la sainte escripture, comment Dieu loua en son saint 
sermon la bonne preude femme. 



DU Chevalier de La Tour. a33 




Comment Nostre Seigneur hme les bonneB 

femmes^ 

Chappitrb GXIX'.. 

ienx lone la bonne femme, la nette et la 
pure, comme c'est noble chose et sainte 
que de bonne femme ; car, quant Dieu de 
sa propre sainte bouche la loue, dont par 
bonne nûson le monde et toutes gens la doivent bîeii 
amer et louer et ehier tenir. Il est contenu en Ten- 
vangiledcs vierges que le donlx Ihesucrist preschoit 
et enseignoit le peuple. Sy paria sur la matière des 
bonnes et des nettes femmes, là où il dist : Una pre^ 
dosa margarita campanwit sam. Je vous dy , dist 
nostre seigneur, que femme qui est bonne et nette 
doit estre comparée à la précieuse marguerite. Etee 
fust à merveilles dist; car une marguerite est une 
grosse perle réonde d^oriant, clëre, blanche et net- 
te; Et, quant elle est dère et nette, sans nulle tache 
y veoîr, celle predeuse pierre est appelée précieuse 
margarîte. El ainsi montra Dieux la valeur et la 
bonté de la bonne et nette femme. Car celle qui est 
nette et sans taiche , c'est-à-dire celle qui n'est pas 
mariée et se tient vierge ou chaste , et aussi celle 
qui est mariée et se tient nettement ou saint sacre*- 
ment de mariaige, sans souffrir estre avillée que de 
son époux que Dieu lui a destiné et donné, et aussy 
celle qui nettement tient son vcfvage, cestes-cy sont 



Le Livre ^^^^^^^^^ 
celles, si comme dit la glose, de qoï Dieu parla en sa 
sainte Euvangile. Ce sont celles qui en ces iij. estas 
se tiennent neltement et chaslemenl. Elles sont com- 
paragiÉes, si comme disl nostre seigneur Jhcaucrislt 
à la précieuse marguerite, qui est clêre et Délie, sans 
nulle laiche. Car, si comme dit la sainte cscripture : 
Nulle cliose n'est si noble que de bonni; femme, ol . 
plavBl à Dieu et auxaogels en partie plus que l'om- 
me, et doit avoir plus de mérite, selon raysM, j)Otir. 
ce que elles soDl de plus faible et legier couraEgo qus 
n'est tliomine, c'est-ïi-dire que la femme fcusl iraUbi 
de l'omme, et, de tant comme elle feust plus fojble 
et elle puel bien résister aux Uimptadons de l'enne- 
my et de la chair, et, enl'avenlure, de tant doil^llu 
avoirplusgraal mente quel'omoie. Et pour cela com> 
paraigeDicu â la noble precieuseniorguerile, qui est 
dère, El aussi dit la glose en un autre lieu que, 
aussy comme c'est laide chose à Laillier un blanc cl 
délié cueuvrechicl' â un grant seigneur ouquet «n lui 
baillant l'en espendroit grosses gouttes d'encre noi- 
re, «t aussy celles gouttes tmtes les cspandre sur 
une esculée de lait qui csi blanc, tout ûosi celle qui. 
doit eslre puuelle, et baille son puoellaige k autre; 
que à son espoux, ei aussy la mariée qui, par» 
gr^nt mauvaistié , sa Icîche el sa &usse Iccherio de- 
chair, rompt el casse son rasriaige et sou saintsacra- 
ment, et ment sa foy el sa loy vers Dieu et Vesgliee, 
et vers son seigneur , et aussi celle qui se doit leiûc 
nettement en sa vefvelè, cestes manières de remiiic& 
resembleni les taîches laides qui sur le blanc l^t ot- 
sur le cueuvreobief de grosses goules noires ap[>è- 
renl ; elles ne sont de rions au» prËdeuaefi m 



DU Chevalier de La Toub. a3& 

rites; car en la précieuse marguerite n*a milles tai-^ 
ches ne goûtes noires; Hélas ! tant la femme se doit 
bien haïr et maudire sa mauvaise vie, quant elle n*esl 
plus ou nombre des bonnes dont Dieu parla ainsi à 
ses appostres et au pueple. Dont, se elles pensoient 
bien à iij . choses. Tune, comme celles qui sont à m^, 
rier perdent leur mariaige , leur honneur et acquiè- 
rent la honte et hayne de leurs amis et du monde, 
comme chascun les monstre au doy ; les mariées ,. 
comme elles perdent toute honneur et Tamour de 
Dieu et de son seigneur et de tous ses amis et de. 
tous autres , et puis Dieu lui nuist à avoir bien et 
chevance ; car des difiamenres et laidures que Ten 
en dit seroit trop long à raconter. Car telz leur feront 
belle'chière par devant^ipuis leur traira la langue 
par derrière, et en tendront leurs comptes et leura 
moqueries, et en feront chacun jour leur parlement; 
mais après jamais elles n'aymeront de bon cuer leurs 
seigneurs, comme j'ay dit en Tautre. livre ; Tanncmi 
leur fera plus trouver de ardeur et ardant délit en 
leurs ribauderies et en pechié mortel dampnable que 
en Teuvre de saint mariage ; car, en Tcuvre de ma- 
riage, qui est euvre commandée de Dieu, n'a.point de 
pediië mortel, et pour ce n'a Tannemy que y veoir ne 
que y régarder; mais esk ribauderies et en pechié' 
mortel là aVennemy povoir, et y est en sa personne.' 
et esobauffe et atise le pécheur et la pécheresse au: 
faulx délit ; aussi comme le fèvre qui met le charbon 
et souffle en la foumaize, ainsi le feit Tennemy en. 
œlluy mestier^ et les y tient liés et enilambez decel^; 
luy ardent délit en pechié mortel, car il le fait pour- 
sa gaaingne, et sll les puet faire mourir en pechié 



s3S Le Livre 

mortel, il emporte l'ame en la douleor d _ 
et es a aussi grant joye et se liont aussi bien b]] 
comme !e chnsseur qui a toule jour chassé , 
puis au soir il preot sa hesle cl l'emporte ; i 
fail l'ennemy de telles femmes et de telles g 
et c'est bien rayson, si comme dit la sainte escri| 
re, qocceulu qui euvrent de telles chaleurs de lu» 
et y ont prins leur puant délit de la cliar soyent 
et portez en la chaleur et en la llambedu feud'enl 
Et c'est bien rayson , dit un saint hermile en la 
des Pères, que l'une chaleur soit mise avecqura I 
Irc, et que tout se poursuive en cesl monde el 
l'autre ; Car, si comme Dieu dît, il n'csl nul bien < 
ne soit mcry ne nul mal qui ne soilpugni. 



De la fille d'un chevalîiT quiperdy à i 

mariée par sa folie. l^^B 

CflAPPITBEVl"<. ^H 

^^dS] r vous diray un autre eiemple de la 
Ç^^^îjjd'un chevalier, qui pcrdy ù estre mai 
\^^Juâ un chevalier pour sa cointise. El t 
^^P© diray comment un chevalier avoit pluà» 
filles, dont j'ainsnte esloit mariée. Sy advint qui 
chevalier fist demander la seconde tille, et furei 
un de la terre et du mariage, et tant que le ch< 
lier vint pour la veoir el pour la tiaocier, se elh 
plaisoil, car oncqucs mais ne Tavoit veoe. Et < 
damoiselle, qui sccust bien que il dovoït itâni 



DU Chevalier de La Tour. àSj 

acesma et se cointy le mieulz que elle pot, et, poqr 
sembler à avoir plus beau corps et plus gresle , el]e 
ne vesty que une cotte hardie, deffourèe, bien 
estroitte et bien jointe. Si fist grant froit et fort 
vent de bise et avoit fort gelé, et celle, qui feust 
bien simplement vestue, eust si parfaitement gra^t 
froit tellement que elle feust toute noire de froit. Sy 
arriva le chevalier qui la venoit veoir, et regarda que 
sa couleur fust morte et pale et ternie , et aussy rer- 
garda l'autre seur, plus juenne que celle, laquelle 
avoit bonne couleur iresche et vermeille , car elle es- 
toit bien vestue et chaudement, comme celle qui ne 
pensoit pas si brief estre mariée. Le chevalier regar- 
da assez lune et Tautre, tant que après disner il ap- 
pella ij . ses parens, qui venuz estoientavecques lui, et 
leur dist : « Beaulx seigneurs , nous sommes venuz 
j> veoir les filles au seigneur de céans, et sçay bien 
3> que je auray laquelle que je vouldray; mais j'ay 
» avisé la tierce fille. » — « Avoy, sire», distrent \q^ 
amis de lui , « ce n'est pas bien dit ; car plus grant 
B honneur vous sera de sa suer ainsnée. » — « Beaulx 
» amis » , dist le chevalier, « je n'y voy point d'à- 
9 vantaige que trop pou ; vous sçavez qu'elles ont une 
» suer ainsnée de elles qui est mariée et dont sonlr 
» elles toutes puisnées, et je voy la tierce fille plus 
» belle et fresche et de meilleur couleur que la se- 
9 conde, dont l'en me parloit; si est telle ma plaî- 
]> sance. » Sy luy respondirent que c'estoit rayson 
que son plaisir si feust acompli et ce que il pensè- 
rent. Et ainsi advint; car il fist demander la tierce 
fille, qui lui fut octroyée, et en furent moult de gens 
esmerveillez, et par especial celle qui si bien si at- 



Le Livre '^^^^^ 

teodoii et qui EÛnsi s'esloit coinlie comme dut k' 
Si advint que, après un pou de temps, celle suer 
'Conde, qui perdu svoil le chevalier pour le grant G 
qui l'avoit faite ternir et pallir, que , quant vint i 
'é&» fust mieuti vestue et que le ICTnps fusl esehat 
que la couleur Itiî revinst, elle fusl plus belle et i 
frcschc d'assés que sa suer, que le cLevalier a 
prise, el tant que le chevalier s'en csmerrdlla 
etltdist: «Belle suer, quant je vins pour vouai 
N et voslre suer, vous ne cstiës point si belle <ts 
u pEU^ comme vouseslcs; car vous estes maiole 
B blanche et vermeille, el lors vous estiez aoit 
» palle , et csioit lors vosire suer plus belle < 
H vous; maismaintcnantvouslapasscz.jemedc 
> grant merveille. uLors respondit la mari^, fi 
me du chevalier : « Mon seigneur, je vous coi 
B ray comment ïl en fusl, el ne fusl aulj-cmCDl. 
r, que vous veés cy, pcnsotl, el si rsisiona-a 
D tous, que vous venis^ot pour la fiancer. S] 
n cointy pour avoir plus bel corps el plus gresle, e 
» wstit que une cote deffourte, et le froil fust gr 
" que lui permua la couleur, et je , qui ne penj 
D à tant d'onneur el de bien avmr comme de i 
me coinliay point, ajnsçoh 
u loiebien fourrée et chaudement veslue; si ai 
- meilleur couleur, dont je mcrcy IWcu de qut 
» chcy eu voslre plaisance, et benoist soit Dieu < 
» ma suer se vcsty si simplement ; car je sçay 11 
» se De feust celle aventure, que voua ne m'eut 
» pas prise pour la laissier. u Et ainsi se gogos 
mariée delà suer, et toutes ïoyes elle cUsoit 
enr ainsi perdit celle damoiselle le ehei 



DU Chevalier de'La Tour. 2^^ 

oointise, comme oy avés. Car par telle cointise elle 
devint palle et descoulourée. Sy est ey bon exemple 
comment Ten ne se doit mie si liagement ne si jo- 
lieUement vestir, pour scy greelir et faire le beau 
corps ou temps d'yver, que Ton en perde sa manière 
et sa couleur, si comme il advint à Messire Foulques 
de Laval , » comme il me dit que advenu lui estoil 
sur le fait de ceste exemple, dont je le vous comp- 
teray. 




De messire Fouques de Laval, qui ala veoir 

sa mie. 

ChAPPITRB VlXXle. 

essire Fouques de Laval estoit moult beaux 
chevalier et moult net entre tous autres 
chevaliers, et si savoit moult sa manière 
et son maintieng. Si lui advint, comme 
H ine compta, cpie une foiz il estoit aie veoir sa 
dame par amours. Sy estoit en ung temps d'iver que 
il avmt fort gelé et faisoit moult grant froit. Si 
se eaunt au matin eointy et vestu d'une cosle d*ea* 
earlate bien brodée, et avoit un thapperon tout san- 
glé sans penne, et n'avoit que la chemise , sa coate 
et an cbapperon tout sanglé et bien brodé de bonnes 
perles , el n*avoit mantel ne ganz ne moufles. Le 
vent et le froit fot grant, et il estoit bien joini et lûen 
estroit en celle cote, et enduroit le grant froit et es- 
toit tout noir et tout palle et tout entoussé. Et là vint 



et il eust fait le bien veignant, la dame 
ehière et liée et meilleur que à messire 
lui scmbloit, et lui tenoit plus grant ce 
dit la dame à Messire Fouques : « Ira; 
» du feu. Je double que vous estes ma 
» avez trop fade couleur. » El il respoE 
voit nul mal. El louteffoiz Tautre cheva 
leure ehière d'assez. Sy se passa la cho 
demeura pas plus d'un mois que mes 
espia que le chevalier devoit venir si 
où estoit celle dame, et, à la journée qi 
il arriva pour vooir la dame, il vint d'au 
retrouvèrent leans. Mes messire Fouqu 
bien autrement qu'il n*C8tpit à l'autre f< 
vesty bien et chaudement, â que il ne 
couleur comme à l'autre foiz, pour es] 
ment la chose yroit ne à quoy il teno 
certain il eust la meilleure ehière et 1 
à celle foiz. Dont il me dist que amoi 
tenir chaudement, et que il Tavoit espr 
ce est grant folie de soy cointir pour M 
et Dour estre crresle tant aue l'en en nei 



DU Cheyalikr de La Tour. 241 




Cf parle des Galois ei des Galoises. 
Chappitrb YlxxlK 

ellc8 filles , je vous compteray des Galois 
et des Galoises, si comme Temiemy par 
son arl en fist plusieurs mourir de froît, 
eonnne par la flambe de Venus , la déesse 
d'amours et de luxure. 11 advint, es parties de Poi- 
tou et es autres pays, que Venus, lacfaimè des amou- 
reux , qui a grant art et grant povoir en juennesce , 
c'est en juennes gens, dont elle fait auouns amer 
d'amours raysonnable et honnourable , et autres de 
foie amour desmesurée , dont aucunes en perdent 
honneur et les autres ame et corps. Dont il advint 
que elle fist entreamer plusiemrs chevaliers et es- 
cuiers , dames et damoiselles, et leur fist faire une 
ordonnance moult sauvaige et desguisée contre la 
nature du temps, dont Tune de leurs ordonnances 
estoit que , le temps d'esté, ilz seroient bien vestuz 
et diaudement à bons manteaulx et (happerons dou- 
blés, et auroioii du feu en leurs chémhiées. Jà ne 
fieist si grant chant, ih se gouvemoient parle temps 
d'esté eomme Fen deust foire le temps du fort yver 
en toutes dioses, et en yvcr se gouvemoient comme 
Ten doit en esié , et vous diray comment. En yver, 
par le plus fort temps, le Galois et la Galoîse ne ves- 
toient riens du monde que une petite cote , simple , 
sans penne ne sans esire lingée, et n'avoient point de 

46 



i4a Lp. Litrb 

mantel ne housse, ne cliapperon doublé;^ 
glfi, qui avoit une cornele longue et gresle, 
avoir chappeau , ne gana , ne moufles , pour gelée i 
vent que il en fcisL Et , en ouilre, en ycellny fo 
yver leurs chambres et leurs places estoieat l~ 
nettes ; et qui trouvast aucunes feuilles vertes, e 
feusscnt jonchées par l'oslel, et la cheminéo ci 
houssée, comme en eslè, de fraillon on de aucn 
chose veiie; eu leurs liu n'avoil que ui 
■ans plus, ne plus n'ea povoicnl avoir par celle oi 
denance. Et, enoullre, estoil ordenë entre etilxqi 
dès ce que un des Calots vcnist la où feusl la GabîM 
se elle eust mary, il convcnist par ccUe ordenani 
que il alast faire penser des chevaux au Galoys tp 
venus feust, et puis s'en partit de son boslel sans r 
venir innl que le Galoys feust avocquessa femme; < 
cellui mari estait aussi GaloisetaJatl vettrs'amie, un 
autre Galoise, et l'autre fcusl avecques sa femme , e| 
iènst tenu à grant bonté et déshonneur se le marj 
demourasi en son hostel , ne commandasl ne or 
denaal riens depuis que le Galùs (oust venu , cl n' 
«voit plus do povoir par celle ordenancc. Cy d 
œsle vie de cestes amouretes grant pièce, jusqw 
k tant que le plus de culx en furentmors et pemd 
&oit; car plu»eurs transsissoient de pur (roit el c 
moururent tous Tùydea dclcz leurs amies et aua 
leurs tunies delëz euU, et en parlant de leurs amoi 
retes et on oulx moquaot et hourdanl de ceubc ql 
estoienl bien veslus; d'antres, que il convcnoit i 
leur desserer les dens de cousteaux et les tosltûer t 
fréter au feu comme un poussin eugel^ et laonilU 
car Ht cuidojent conlrel'aire les autres el muer 



DU Chryalier db La Tour. i43 

temps et saison qui ordonnée est, pour nourrir corps 
^'omme et de femme autrement que Dieu n'avoit 
ordonné. Si doubte moult que ces Galdset Galoises 
qui moururent en cest estât et en cestes amouretes 
furent martirs d'amours , et que , aussi comme ilz 
morurent de froit, que ilz ont grant cbaut par delà 
et ardent; car se ils eussent soufferte la yij* partie 
îie la peine et -de la douleur pour Tamour du filz de 
Dieu, qui tantsouffry pour eulx, ilz en eussent méri- 
té et grant guerredon et gloire en Tautre siècle. Mais 
Tennemy, qui touzjours tant à faire désobéir bomme 
et femme, leur faisoit avoir plus grant plaisance 
et délit en fioles amours, désespérées et sauvaiges, 
que à nul serriee-de Dieu , et les aveugloit par telle 
manière que il les faisoit mourir et languir de pur 
froiL Ex pour eeste raison , qui est évident , est bien 
chose éprouvée comment Tannemy tempte et es- 
chauffe homme et femme , et soustient à périr corps 
et ame , et comment il donne et fait avoir foies plai- 
sances et plusieurs mauvaises manières , c'est-à-dire 
les uns par convoitise, comme de tirer à soy Tautrui 
et le détenir ; autres par orgueil, soy trop prisier et les 
autres deprisier ; les autres par envie de bien que au- 
trui a plus que lui; les autres par gloutonnie où le 
corps se deUte, qui faitesmouvoir le pechié, comme 
de y vresse, qui lolt raison et le fiedt venir au délit de 
la chair; les autres par luxure, comme Tennemy les 
fait entreamer de foie amour et foies plaisances où il 
les fait déliter, comme il fist iceuk fauk Galois et 
Galoises, où il mist tant de foie plaisance que il en fist 
plusieurs mourir de diverse mort, comme de froit, 
amis et amies. Pour ce ne di»-jemie que il ne soit 



a44 

de bonnes ai 



Le Livee 

s deshonnear fit dont 1I 



d'onneur vient. Celles sonl loyalles, qui ne requièrent 
chose dont deslioimeur ne abaissement viengne ; car 
eclluï n'ayme pas loyaulment qui pense à deshon- 
nourer sa dame et s'nime, ne abiùssier son homieor 
ne son eslat; car ce n''e8t mie amour, ains est faub 
semblant et tricherie; ne l'en ne puet faire trop grant 
joslice de telle manière de gens. Mus tant vous en 
dy-jc bien que il en court d'uns et d'autres, c'est as- 
savoir de loyaulx etfaulxeldedecevahles, de telziin 
se faignent et jurent el parjurent leurs fois et tet- 
mens, el ne leur chaull , mais que ils aient partaul 
leurs delii, el usent de faulx semblant el font les pen- 
ds, les debonnMres et les gracieux. Si en y a de 
trompez el de trompées assez par le monde, Et pour 
ce est le siècle moult fort â congnoislre er moufi 
merveilleux ; el de telz el de (elles le cuîdeul tien 
congnoislre qui en sont deceus, el si congnoisseoi 
moins que i!z ne cuidenl. 



Que nulle femme ne doit point (Toire trop U^ 
rement ee qu'on lui dit. 

Chappitrr VI>i»nK 

1 pour ce est noble chose à toute femme 

Ifdebienel d'onneur y prendre garde elsoy 

I garder, el non mie croire trop de legier ce 

"en leur disl, el se prendre de garde de 

( qui usent de telles faulcelez el qai fout depe- 



DU Ghbyalier de La Tour. «45 

tîz signes et des iaulx semblans, comme de làulx re- 
gars Ions et pensis, ^ de petis soospirs, et de mer- 
veUleuses contenances affectées , et ont plus de pa- 
roles à main que autres gens, Sy esl bon de soy 
garder de telles manières de gens qui veulent user 
de avoir tel siècle; car la bonne femme qui Men se 
scet garder de telx g^as d<Mt estre moult louée et 
bonnourée. Car c'est grant bonneur et grant victoire 
avoît fiât de eschiver le mal langaige du monde , et 
qui se poel tenir nettement et bors de leurs folles 
parienres, sans ce que celles folles langues puissent 
dire ne nioompter que ilz Faient trouvée en nulle foi- 
blesse ae mdesié de eoer, ne qui se puissent bour- 
der ne gangler de elles, et ccsies bonnes femmes 
qm ainsi se tiennent fermes, et qui ainsi se rusent 
de leurs fimlces malices, doivent estre bien louées 
entre les bonnes, tout ainsi comme Ten loue les bons 
chevaliers et les bons escuiers qui passent par vail- 
lance et par bonneur ; par la paine que ilz y ont 
tndt tous antres pour le grant labour que Uz y ont 
souffert pour venir à bonneur, sont ilz plus prisiez 
et honnourez que gens du monde. Tout aussy et par 
meflleur raison doit estre la bonne dame qui bien a 
rescoux son honneur contre telles manières de gens 
qni ainsi usent. Et si vous dy bien que mon entente 
n^est point par ccst livre à Uasmer bonne amour et 
ceulx qui usent de loyaulté ; car moult de grans biens 
et honneurs en sont advenus. Mais la bonne damede 
Villon, qui tant fîit belle et preude femme, dontpar 
sa bonté et sa beaulié moult de bons chevaliers fo- 
rent amoureux de elle, et elle, qui moult fot saige 
et de grant gouvernement, leur disoit que toute 



246 Lfi Livre 

saige femme qui bien vouloit nettement garder son 
honneur doit avant essaier son amy, c'est celui qoî 
la prye ou qui lui fait semblait d^amour. Et quant 
elle Taura esprouvé vij. ans, adone dlè sera certaine 
se il Tayme de cuer ou de bouche. Et lors le pourra 
accoler pour singne d'amour, sans plus. Hais de oeste 
bonne dame je me tais, car elle avoit le cuer trop" 
dur. Il est bien mestier que celles de aujourd'oy 
aient le cuer plus piieulx, et, se Dieux plrât, sy 
auront elles , car trop long temps a en vî}. ans. Le 
plus d'elles n'attendront pas que elles n'en ayenl 
plus brief mercy, se Dieu plsdst. Mes belles filles , je 
vous laisseray un peu de cest fait et de cestes Galm- 
ses, et vous compteray un débat qui eit entre vostre 
mère et moy, sur le fsdi qu'eUe ddxdqne nulle fem- 
me ne doit amer par amours , fors en eertains cas, 
et je soustiens le contraire , et pour ce est le iiebaî 
d'entre elle et de moy, sur lequel je vueil recompter. 



Cf parle du débat qui ai^int entre le chevalier 

qui fist ce lii're et sa femme, sur le fait 

damer par amours. Le chevalier 

parle, la femme respont après, 

Chappitrb VIxxIIIK 

es chières filles, quant à amer par a- 
mours, je vous en diray le desbatde vos- 
tre mère et de moy. Je vouloye soustenir 
que une dame ou damoiselle peut bien a- 
mer en certains cas de honneur, comme en esperan- 




DU Cheyalibr i>s La Tour. a47 

ce de mariage ; car en amour n*a que bien et hon- 
neur, qui mal n'y pense. Car en celles où Ton pense 
ou mal ou engin , n'est pas amour, ains est mal 
pensé et mauvaistié. Si vueilliez ouïr le grant con- 
tens et le débat de elle et de moy. Je dy ainsi à vos- 
tre mère : « Dame, pour quoy ne aymeront les da- 
mes et les damoisselles par amours ? Car il me sem- 
ble que en bonne amour n'a que bien, et, aussy com- 
me Tamant en yault mieux et s'en tient plus gay et 
I^us joli et mieulx acesmé, et en hante plus souvent 
les aimes et les honneurs, et en prent en lui meilleu- 
re manière et meilleur maintieng en tous estaz pour 
plaireà sa dame et à sa mie, tout ainsi fait celle qui 
de loi est amée pour lui plaire, puis que elle Tayme. 
Et.wiasy TOUS dy-je que c'est grant aumosne quant 
une dame ou damdselle &it un bon chevalier ou tm 
bon escttier. Cestes-cy sont mes raisons. » 

Cy jUirU la dame et respont au chevalier : Sy 
me respont vostre mère et dit : « Sire, je ne me 
mervdlle pas se entre vous hommes soustaiez cesie 
raison que toutes fenunes doivent amer par amours. 
Mais, puis que cest fieût et eest détuX vient en clarté 
devant noz propres filles, je vueil débattre contre 
vous le mien advis, et feablement, selon mon enten- 
dement ; car à nos ei^hns nous ne devonsriens celer. 
Vousdictes,etsifonttou8 les autres hommes, que tou- 
tes dames et damoîselles valent mieulx se elles ament 
par amours et qn'dles s'en tendront plus gaies et 
plu» renvoysiées et en sauront trop mieulx leurs 
numières et leur maintieng , et feront aumosne de 
faire un bcm chevalier ou un bon eseuier valoir.Cea- 
tes paroles aontesbatements de seigneurs etdeoom- 



^ 



348 L-E Livre 

paignons el un langaigc mouLlconnanD. CBrcoaTs^r^ 
disent que le bien et honneur qu'Dz foui, que ce smt 
par elles , qui les fonl vnloir él venir à honneur et 
souvent eulx armer étaler Es voiagcs, et moult d'ao- 
Ires choses que ih dïent qu'ilz font pour leurs annies. 
il ne leur cousle ^res à le dire pour Icqt plaire et 
(HDur cuidier avoir leur gré; car assei de telles 
paroles et d'autres bien merveilleux aucuns usent 
bien souvent. Hais, combien qullx disent que Ut le 
faceol pour elles, en bonne foy ilz le font pour culi 
moismes, et pour tirer i avoir la grâce et l'onneur do 
monde. Si vous di , mes cUiËrcs filles , que vous ce 
croicîpasvoslrepèreeDcecas, etvouspr}', sicbiftre 
comme vousni'avei,pourvostrehonneurgarderDtt- 
tement sans blaame et sans parlement du monde , 
que vous ne soyez point amoureuses, pour plusieurs 
raisons que je vous diray. Premièrement, je ne dy 
mie que toute gentil femme ne do^e mieulx amer les 
uns plus que les autres, c'est assavoir les gens de 
bien et d'onneur et ceulx qiû leur cons^llcront leur 
liooneur et leur bien; car l'en pucl bien fûrc mûl- 
leurc chièrc aux uns que aux autres en moult de 
cas. Mais, quant àeslre ai amoureuses que telle amour 
la maistroyc , atout le plaisir et le vouloir de son 
cuer, aucunes loisil advient souvent que telle anleur 
d'amour et cellul fol plaisir les maisiroyc et les 
maine t avoir aucun villain blasme, aucunes fois â 
droit, et aucunes fois A tort, par l'aguet que l'en 
a voulcntiers sur tel fait, dont l'on puet parfois re- 
eeioir grans blasmes et deshonneur, et l*;! cry qu'il 
uechieipas delegier, parles faulx aguelteurs otpar 
les mcsdisans, qui jà ne seninl saouU ne bssouiù 



DU CHEV-iLfER DE 1a ToiR. 149 

de agaiticr, parier et rapporter pics ujsA \h r.^l r% 
le bien. Dont, parieurs faulx iaâi^es, îje cjfls.r.rr.: 
et toUcnt iai>onne reDommée de nîainvï darr.? »c es- 
moisellc, et pour ce, toute femme a Htarâ? %e Mi»it 
bicD depporter de celluy fait. 

Dont i*une rayson estque juenne femme xr.^ns'-r^ 
se ne puet jamais servir Dk'U de fin c^er i^.r^.u 
vrav comme devant; car i'av ouv dire a ùwâr^TK. 
qui avoient esté amoureuses en ieur jf:<^Ley^ . çiit , 
quant elies estoîent à l'église, que la \^.hy^, *^ lit 
mcrcncolie leur feiaoit plus souvent per.ver % c^. «v- 
trois pensiers et deliz de leurs amovir? qje - vrn- 
ce de Dieu, cl est lart d'amours de teiieia'^-r^ tj^. 
quant Tcn est plus au divin office , ^'*!A\ Vwa 'xrr.-*rjfr 
le prestre lient nostre seigrieur sur 1 a»:te. . yr* .*-.■• 
venoit plus de menus pensiers; ^*^ .tr. 'ï-.'j* 
déesse, qui a nom Venus, qui eut le û:c: -: 7:^.% :. a- 
nettc, si comme je lay ou y dire a \l 'ji^r^r,' '.^.':>. 
prescheur, qui disoit que i'encCTn' vt rr.-ii 'f. .'.* 
femme dampnëe qui a mervelle f* • .'o-j-e fsfr.'.r..s: >-. 
amoureuse, et se misl i'eonefr.y 'î^rC.i.v. e.-* *•. H.- 
soitiaulx miracles, dont Ua \Ay*r.\ .'< \:/:^--r\ * 
déesse el la honnouroient co.T.n:e \}âr». <>..**•>" .* 
fui celle qui donna le conseii icr Trr/r#fr.i ç . .. / «r - 
voyasscnl Paris, le filz du roy hT4S*.. es ^s'-f^, 
querrc femme, laifuelle elle ici ivt'/x ai v:r- *f, '*^*. .: 
la plus belle dame du royax:flr«e oe^#f<yy:. ':*. <r. e ': : 
voir, car Paris avoit la belie Hht^u: . Ji :•.:; " ': '« . 
roy Menelaux , dont par oeLuy fait rLor .•••..' *. ;/. .■ ^>. 
xl. roys et plus de ceaC mille {it-.r^KiWf. . ',',',.*. a 
cause fust par l'attisement de c-ile c-^rw: \ f;r,M«. . 
fust une mauvaise déesse, el e^*. r^.':;i apiiarj.^»^:. *. v , <: 



'^ 



Le Livre 

n de l'ei 



c'estoil mauvaise IcmpUcion de l'enncmy. CSb^H 
déesse d'amours quiùnai attise les amourculxel 
penser et mercncolierjoiir et nuiienycculxdelïs e 
yceulxeslroispcnsiers, etparespecialplusàlameg- 
ee el au service de Dieu que cp autre part, c'est pour 
troubler la foy et le service el la devodon que l'a 
vers Dieu. El sachiez, belles filles, pour ccrtaù, qos 
Ja femme bien amoureuse n'aura ja partaîlamcnt le 
cueren Dieu, ne à dire ses heures devotletnent, ne 
Iccuer^ ouvert àoulrle saint service de Ujeu. Doal 
jOTous (liray un exemple, que j'ay toujours ouy n- 
conter, que ii fut deux roynos par deçà la mer qui 
leurs fiul\ delis de luxure faisoienl aux lenèbres ta 
jeudy absolu et le saint vendredy aouré, qusDl l'ei 
estaiiignoit les chandelles, et en leurs oratoires, dootil 
en des])luEl lantà Dieu que leur vil pedtià feusiscea 
et desclûrt, lellcmcnt qu'elles en morurani en chap- 
pes de plong. Et les deux cbevaliers leurs ribaux en 
monireut de si cruelle mon , comme ccuIk qui e 
furent escorchiez tous viis< Or povGi: bien vcmr corn- 
meol leurs rausscsamoursestoicalbiendesvoyAeBM 
dampuoblcs, et comment la tentation de Venus , ' 
déesse d'amours et la dame de luxure , les tompidt 
sifolcment, comme le saint vendredi bemiisl, que 
toute créature doit plourer ot genùr et estre en ikw>- 
don. Et par cest exemple est bien veu que tonts 
femme amoureuse est plus lemplée à l'egl 
service de Dieu ouïr que ailleurs. El l'en y doit dite 
ses heures plus que rni aulre lieu. Sy est ces to cy uns. 
des premières raîsons'par quoyjucnne femme sepuei 
déporter désire ai 
L'autre rayson est que pltisJeurs, qui sont IQUî , 



DU Chevalier de Là Tour. 35i 

Iz de requerrc et prier toutes les gentilz femmes 
î ilz treuvent, et jurent et parjurent leur foy et 
ement que ilz les aimeront loyaulment sans de- 
anoe, et qullz ameroyent mieulx estremors que ilz 
isassent YiHennie ne deriionneur, et quilz en vaul-. 
mi mieulx pour Famoar d*elles, et que, se ilz ont 
nne honneur, qu'il leur viendra par elles, et 
r demonstreront et diront tant de raysons et de 
isions que c'est une grant merveille à les ouïr 
ier. Et en oultre gémissent, etsouspirent, et font 
pensis et les merencolieux , et en oultre font ung 
Ix rcgart et font le débonnaire, tant que qui les 
roit il cuideroit que ilz fussent esprins d'amours 
yes eC loyaulx ; mais telles manières de gens, qui 
m osent défaire telx feulx semblans, ne sont^que 
eveurs de dames et de damoiselles. Si vons Aj 
h ont paroles sy à mains et sy forgées , comme 
Ix qui souvent en usent , que û n'est dame ne da- 
•dle, qui bien les vouldrôit escouter, qu'ils ne 
Bossent bien par leurs faulses raysons que elles ne 
ieussent bien amer. Et il en est bien pou, siellesne 
t roouUsaiges, qm bien tost n*en feussent deceues, 
t <mt paroles à main et tant font le gracieux et 
nt de faulx semblant. Geolx cy sont au contraire 
loyal amant. Car l'on dit, et je pense qu'il soit 
y , qoe le loyal amant qm est espris de loyal 
(wr, qoe , dès ce que il vient devant sa dame , il 
â espïis et paonreox et donbteux de dire ou iÎEdre 
06 qoi lui déplaise, qoe il n'est mie si hardi de dire 
deacouTrir un seul mot, et, se il ayme bien, je 
se qull sera iij. ans ou iiij. avant qiie il lui ose 
I ne deseouvrir. Ainn ne foot pas les faulx, qui 



a59 



Le Livre 



:s celles que ilz ti 



prient Loulcs 

vous ay dU , car ilz ne sont en crainte 

de dire tout ce qui â la boucbe leur vient, œ bcoB 

nevcrgoingne n'enont. Car,Beî1zu'eDOiilbonni) 

ponce d'une , iLz penseront à l'avoir meîllciiTe d'Une 

antre, cttoutce que ikpcvcat traire d'elles, ibEtip- 

portent tout et en font leurs parlemeols de» 

des autres, et s'en dMtnent de bons joim cl de 

graus gogues et de bons csbulcinens. Et par oeil» 

voyes s'en vont gcnglanl et bourdant des 

des damoysclles , et acroissent pLuûeurs paroles de 

quoy elles ne parlèrent onques. Car ceulx â qiû ili 

les disent y remelteol du leur et y adjoustcnL plus 

de mal que de bien, el ainsi de parole en paroleei 

par telle frivole sont maintes ^imes daines el t)»- 

moyselles (tiflamÉes. 

Et pour ce , mes belles filles , gardez-?ou8 btou 
de les escouter, et, se vous veeï ne appercevci 
qo'ih vous veullent usffl' de telles paroles ne di 
tell fautx regars, si les laissiez illecquea Uni» fi- 
quex, et appeler aucun ou aocuoe en disant : sVe- 
nei oïr et escouter c«t chevalier ou escuior, comqu 
il esbat sa jeunesse et se gengle.v Et ainsi par .IflUet 
paroles ou par autre nianièro lui romperés ses paro- 
les. Et sachiezquc, quant vous lui aurez fait une 
ou deux, que plus ne vous en parleront ; car en bcuoa 
foy ou derrenier ilz vous en priseront eldotlblcTOSt 
plus , et diront : Coste cy ost scure el rerme. Et pu 
cesle ïoye ilz ne vous pourront mettre on 
rôles necn leurs gangleries, ne ne pourrosavwriul 
diflamement ne blasme du monde. 

i'^chevolier responl. Lorsjcluir(«pOQdv:ii{)ime 



DU CilEYALlER DE La ToUR. 253 

VOUS estes bien malc et merveilleuse, qui ne voulez 
souffrir que voz filles ayment par amours. Me dît- 
tes vous que se aucun bon chevalier ou autre, qui 
soit homme de bien et d'onneur et puissant assez se- 
lon elles , qui les vueillent amer en entendon de 
mariage, pourquoy ne les aymeront^lles ? » 

La dame respont : « Sire, à ce je vous respons : 
11 me semble que toute femme à marier, soit pucelle 
ou vcfve , se puet bien batre de son bâton mesmes. 
Car tous les hommes ne sont mie d'une manière ne 
d'une autre , et ce qui plaist aux uns ne plaist pas 
aux autres. Car il en est d'aucuns à qui il plaist moult 
le bon semblant et bonne chiëre que Ton leur faist , 
et n'y pensent que bien, et aucunes fois en sont plus 
ardans de les demander à leurs amis pour les avoir 
à femmes. Et autres y a plusieurs qui d'autres ma- 
nières sont et tout au contraire ; car ilz les en pri- 
sent moins et doubtent en leurs cours que, quant ilz 
les auroient, que elles feussent de trop ligière vou- 
lentez et couraiges et trop amoureuses , et pour ce 
les liassent à demander , et aussy par trop estre ou- 
vertes en leur faire beaux semblant, plusieurs en 
perdent leurs mariaigcs. Car pour certain, pour soy 
tenir amplement et meurement et non faire guères 
plus grant semblant es uns mieulx que aux autres , 
elles en sont mieulx prisées et sont celles qui plus 
tost sont mariées. Dont une fois vous me déistes une 
exemple qui vous estoit advenue , que je n ay pas 
oublié. Vous souvient-il que vous me déistes une 
fois que l'on vous parloit de marier avecques la fille 
d'un seigneur que je ne nomme pas ? Si la voulsistes 
veoir, et si savoit bien que l'en parioit d'elle et de 



^54 I^K Livre 

TOUS. Et lors elle vous fist si grant chière. comme se 
elle vouz eust vea tous les jours de sa vie , et tant 
que vous la touchastes sur le fait d amourettes , et 
que elle ne âst mie trop le sauvaige de bien vouses- 
•couter. Et les responses ne furent par trop sauvaîges, 
mais assez courtoises et bien legierettes» et , pour le 
grant semblant qu'elle vous fist , vous vous retntyi- 
tes de la demander, et se elle se fust tenue un pea 
plus couverte et plus simplement vous réussies 
prise , dont j'ay ouy depuis dire qu'elle fut blasmée; 
ai ne sçay se ce fut à tort ou à droit. Si n'estes pis 
-le premier à qui j'ay ouy dire et parler qu'ilz en oot 
maintes laissiées à prendre sur leur iegier counûfftct 
attrait et pour leurs grans sonl^ans. Si esl movlt 
noble chose, et bonne et honneste à toute femme à 
marier, que soy tenir simplement et meurcment, et 
especialement devant ceulx dont elles pensent que 
l'en parle de les marier; je ne dy me que l'en ne 
doive faire honneur et bonne cbière commune, selon 
ce qu'ilz sont.» 

Le chevalier parle: «Comment, dame, les voulei- 
vous tenir si courtes qu'elles n'aient aucune plaisan- 
ce plus aux uns que aux autres ? » 

La dame respont : ce Sire, tout premierem^it, jene 
vueil point qu'elles ayent nulle plaisance k noix 
mendres d'elles, c'est assavoir que toute femme à 
marier n'ayme nul qui soit mendre que elle ; car, si 
elle l'avoit prins, ses amis l'en tiendroient pour a- 
baissiée, et celles qui telles gensayment, telle amour 
est contre leur honneur et estât et de grant deshoo- 
netir; c'est un grain de,fol et legier couraige et (te 
grant mauvaistié de cuer. Car l'on ne doit rien tant 



DU Ciieyalieh de La Tour. ^55 

oônToiltier comme honneur en ccst monde , et avoir 
et acquerrc Tamislié et amour du monde et de ses 
amis , qui par celle foie et legiere voulenlè est per- 
due; dès lors qu'elle se met hors du conseil et du 
gouvernement de eulx, elle est deshonnourëe moult 
vilment, comme, se je vouloie, j'en diroye bien 
Tcxemple de plusieurs qui en sont diffamés et bayes 
de leurs prouchains amis. £t pour ce je leur deffans, 
comme mère doit faire à ses filles , qu'elles n'aient 
nulles plaisances ne nulle telle amour en nuls men- 
dres d'elles, ne en nuls si grans qu'elles ne puissent 
avoir à seigneur; car les grans ne les aymeront pas 
pour les prendre à femmes, ains ne leur feront uul 
semblant d'amour, forz pour le cheval et pour le 
hanioiz , c'est assavoir pour le pechié et délit du corps 
et pour les mettre à la folie du monde. 

Après, celles qui aymeront trois manières de 
gens, comme gens mariez, gens d'esglise, prostrés , 
moynes, et comme valiez et gens de néant , cestes 
manières de femmes qui les ayment pour néant et 
folement, je ne les met à nul compte, fors qu'elles 
sont semblables et plus putes d'assez que iemmes 
communes du bourdel. Car maintes femmes de 
bourdel ne font leur pechié fors que par povreté, ou 
pour ce qu elles furent deceues par mauvais conseil 
de boulières et de mauvaises femmes. Mais toutes 
gentilz femmes et autres , qui ont de quoy vivre hon- 
nestement , ou du leur, ou par service ou autrement, 
il fouit, se elles ayment telle manière de gens, que 
ce soit pour la grant ayse où elles sont par la les- 
cberie de leur chair et mauvaistié de leur cuer, 
qu'elles ne daingnent maistrier. Moult de gens les 



I.E 1,1 vhb "^^^^^ 
tromcnl plus puies, b. toui regarder, que les en 
munes ; car elles s^vcut bien que l'amour des n 
riez n'i!&t pas pour les avoir à seigneur, ne susd I 
^ne d'cgUse , et aussi les gens de néant ; ceste amour 
n'est pas pour recouvrer hoimeur, miiia pour tmU 
vilIÉ et hODie recevoir, si comme il me semble. « 

Le chevalier parle : n An moins , dame , piûiqiit 
vous ne vous voulez accorder que voi filles ayi 
par (imours tant comme elles seront à marier, |^ 
vous souffrir que, quant elles seront marines, qae,{t 
elles prennent aucune plmsance d'amour pourdla 
tenir plus gajes et pluaenvoysièes, et pourmieulxiCt- 
voir leur manière et leur maintieng entre les gsu 
d'honneur, car, aussi comme auirefibis vous aj él, 
«e leur seroil grant bien de faire un homme do a 
valoir et estre bon. u 

La dame reipond : iSire, fice je vousrepôns^Je 
me altensbien que elles faceat bonnes cbiëresellifees 
t toutes manières de gens d'ooncur, el plus aux 
que aux autres, c'est assanar comme ils seront plm 
graRS et plus gentilz el medlears de leurs pcrsotm», 
«t, selon ce qu'ilz seroot , qu'elles leur portait hoo- 
e ot chiêre liée devant tous , et que 
elles chaDient et danssent, et se esbaltenl honnon- 
rablement, et leur faire bonne cliière cl bon vlsalge- 
Hais, quant à amer par amours, puisque elles SOfl 
est d'amour commime, comiBft 1^ 
d<Ht faire à gens d'honneur, si comme les arat 
bonnourerceuli qui plus le Talent, et qui ontphli 
mis peine et travail à venir à honneur par armt 
par bonté de corps, cculx doil-on plus amer, serrit 
et homiourer, sans y avoir plaisance, fors par ùbBlll 



DU Gheyalier de La Tour. 2^7 

d'eulx. Mais soustenir que une femme mariée doie 
amer par amour, d'amour qui la maistroie, ne 
prendre la foy ne le serement de nul que ils soient 
leur amant ne leur subgiet , ne aussi que elles bail- 
lent bien leur foy ne serement que elles les aymeront 
sur tous , je pense que dame ne damoyselle mariée 
ne autre femme d'estat ne mettra jà son honneur ne 
son estât en-tel party ne en telle balance, par plusieurs 
raisons, lesquelles je vous declareray, si comme U 
me semble. Dont Tune raison est comme dessus vous 
ayjàdit, c*est assavoir que femme amoureuse ne 
sera jamais si dcvottc à prier Dieu ne à dire .ses 
heures si dévotement , ne ouïr le saint service conmie 
devant. Car en amours a trop de merencolies, si 
comme Tcn dit, et en y a maintes amoureuses X|m, 
se elles osassent et elles ouyssentsonner la messe ou 
à vcoir Dieu et que leur amant leur dist : a Venez 
çà », ou qu elles peusscnt faire chose qui luipleust, 
elles laisseroyent à veoir Dieu et à ouïr son service 
pour obéir à leur amant. £t si n estnce pas jeu-par- 
iy , mais ainsi est la tentacion à Venus la déesse de 
luxure. L'autre rayson est que le mercier, qui poise 
lasoye, puct bien mettre tant de fillettes que lasoye 
emporte le poix, cest à dire que la femme se puet 
bien tant admourouser qu'elle en aimera moins son 
seigneur, et que Tamour et la chièie qu'il devr^ a- 
voir de son droict, que autre la lui touldra. Car, pour 
certain, une femme ne puet avoir deuxcuers i 
anoer l'un et 1 autre; car ce qui va en lun décline 
de Tautre: tout ainsi comme un lévrier qui ne puet 
courre à deux bestes ensemble , tout ainsi ne puet- 
elle amer feablement son seigneur et son amy qull 

il 



956 



Le Liïr 



n'y nil Taultc Cl deœVBncG. Hais Dieux 
torelle la contraint et detïenldel'aulre; car, si COfll- 
me disent les clers et lea prescheura , Dieu diis k 
commenceinant du monde assembla homme etfem- 
me par mariaige , et dès lors commanda compaignie 
de mariage, et, après ce, quantil fut veau ou muD- 
de, il en parla en plau sermon, devant tous, i;o 
disant que mariaige est une cliose si jointe de Dieu 
que ilz ne sont mie deux chars, mais une aaik 
chair et une seule amour et fragilité , et qullt X 
doivent si cnlr'amcr qu'ilx en doivent laissier pAnei 
mëre et loule autre créature. Et puisque Dieu lésa 
assemblez , homme mortel ne lesdoil séparer, c'est- 
fr-dire ne osier point l'amour l'un de l'autre. Ainâ le 
dit Dieu de sa sainte bouche, et pour ce A la porte 
de l'église l'en les fait jurer deulx aiuer el d'eatiL 
entregarder, sains cl malades, cloeguerpirfias l'un 
l'autre , pour pires ne pour meilleure. El dont je 
dy.puis que te créateur ledisl, que cen'esl que une 
mesme chose el que l'on doit toute amour guerpir 
pour celle; et le grant setement que l'en en a fait 
en sainte église, que l'amour ne le service de lun et 
de l'autre ne se doit changer pour pire ne pour 
meilleur, c'est-à-dire ne changîer ne mettre autre en 
son lieu. El dont comment pourrait femme marine 
donner s'amour ne faire seremeni à d'autre, sans le 
gré de son seigneur 1 Je pense, selon Dieu et sckn 
le saint sacrement de sainte ^lise , que ce ne se port 
faire deuement que il n'y ait foy brisée ou d'un couS' 
té ou d'autre. Et maint autre orrîble cas et lei , qui 
toui vouidroit nieaorer, a en celles qui baillent 1* 
foy et le screment, c'est l'amour, qu'elles deil&ti 



DU Chevalier de La Tour. aSg 

de leur propre droit à leur seigneur, la baillier àau- 
truy. Car, en bonne foy, je doobte que celles qui 
sont amoureuses et baillent leurs foys en ayment 
moins leurs seigneurs ; car il convient que Tamour 
pende de Tun costé ou de Tautre, selon raison, anssi 
comme le poix de la balance. 

L'autre raison de la dame. Après y a autre raison. 
Qui bien vieult garder Tamour de son seigneur net- 
tement, sans dangier et sans péril, c'est assavoir con> 
tre envieux et maies bouches qui font lez faulx rap- 
ports , c'est-à-dire que , se elle fait aucun semblant 
d'amours et aucun s'en apparçoivc, soient de ses 
servans ou servantes ou autres de eulx , quant ilz 
sont départis d'elle ilz en parleront aucuns mos , et 
ceulx à qui ilz en parleront en reparleront à d'au- 
tres , et ainsi de parole en parole, avec ce que chacun 
y mettra du sien et acroistra un pou davantaige , et 
tant yront les paroles que ilz diront que le fait y sera, 
et ainsi sera une bonne dame ou damoiselle, ou au- 
tre femme, diffamée et deshonnourée. Et se il ad- 
vient par aucune adventure que son seigneur en 
oye aucune parole , lors il la prendra en hayne , ne 
jamais de bon cuer ne l'aymera, et la rudayera 
et laidangera et lui sera plus rude , et elle lui. Et 
ainsi veez l'amour de leur mariage perdue , ne ja- 
mais parfiaitte amour ne bien ne joye n'auront en- 
semble. Et pour ce est grant péril à toute femme 
mariée de mettre son honneur et son estât et la joye 
et le bien de son mariaige en telle balance et en telle 
advanture. Et pour ce je ne loue point à nulle femme 
mariée amer par amours ne estrc amoureuse d'a- 
mours qui les maistroye , dont elles soient subjettes 



36o Le Litre 

à d'autres qu'à leurs seigneurs; car trop de b 
mariaiges en ont esté deffais et péris , et contre 
bien qui en est venu il en est venus cent mai 
Dont je vous en diray aucuns exemples de ceulx 
sont morz et peritz par amours. La dame de Co 
et son amy en morurcnt , et sy firent le chevallie 
la chatellainne de Vergy, et puis la duchesse ; t 
ceulx cy et plusieurs autres en morurent pour amoi 
le plus sans confession. Si ne sçay comment il 1 
en va en lautre siècle ; si me doubte bien que 
joyes et les delis que Uz en eurent en cest monde 
leur soyent cliières vendues en Tautre. £t poui 
les delis des amoureux, pour une joye quilz en c 
îlz en reçoivent cent douleurs, et pour une honm 
cent hontes. Et ce advient^uvent de par le mon 
et ay tousjours ouy dire que femme amoureuse n\ 
mera ja puis son seigneur de bon cuer, ne, tant coi 
me elle le sera , n'aura parfaicte joye de mariaig) 
c'est-à-dire avecques son seigneur, fors que mcrai 
colie et menus pensiers. » 

Le chevalier parle : «Ha, dame, vous me faic 
esmerveillier de ce que ainsi deslouez à amer ] 
amours. Me cuidiez-vous faire acroire que vous so 
si crueuse que vous n'ayez aucunes foiz amé et 
la complainte d'aucun que vous ne me déistes mie 

La dame respont : « Sire, en bonne foy je pense q 
vous ne m'en croiriez mie de en dire la vérité. M 
quant d'estre priée , se j'eusse voulu , par main 
foys j'ay bien apperceu que aucuns m'en vouloir 
touchier. Mais je leurs rompoye leurs paroUes, 
appelloye aucun, par qui je despeçoye leur foit el 
fait de leur emprise. Dont il advint une fois que t 



DU Gheyalisk de La Tour. a6i 

{riain de chevaliers et de dames jouoîent au Roy qui 
ne ment pour dire vérité du nom s'amie ; si me dist 
on , et me jura trop fort que c'estoit moy , et qu'il 
m'amoit plus que dame du monde. Et je lui deman- 
day sll y avoit guères qu'il lui estoit pris , et il dist 
qu'il y avoit bien deux ans, et oncques mais ne me 
Tavoit osé dire. Et je lui respondy que ce n'estoit 
riens de estrc si tost espris, et que ce n'estoit que un 
pou de tcmptacion, et qu'il alast à Téglise et preisl 
de Fcaue benoiste et deist son A ve Maria et sa Pater 
noatre, et il luy seroit tantost passé , car ces amours 
estoîent trop nouvelles. Et il me demanda comment, 
et je lui dek que nul amoureux ne le doit dire à sa 
mie jnsques à la fin de vij. ans et demy, et pour ce 
n*e8toit qne ua'pou de temptacion. Lors il me cuida 
argoer et trouver ses raysons, quant je lui dis bien 
haolt : Veez que dist cest chevallier ! 11 dit que il n'a 
({De deux ans que il ayme une dame. Et lors il me 
pria que je m*en teusse, et en bonne foy onquespuis 
ne m'en parla. » 

Le chwalkr parle: Lors je lui dis : «Madame de 
Lft Tour, vous estes moaltmale et estrange etorguil- 
leuse en amours , selon voz paroles. Si fÎEds doubte 
se vous avez toujours esté si sauvaige. Vous ressem- 
iez madame de La Jaille, qui m*a aussy dit qu'elle 
ne voult oncques riens ouir ne entendre la note de 
nul , fors une fois que on chevallier le lui disoit , et 
elle aguigna un sien onde , qui vint derrière esoou- 
ter le chevallier , dont ce fût grant trayson et gnmt 
pitié de faire espier le chevallier , qui moult esUài 
bien advisié et coidoit bien dire sa raison , et ne pen- 
soit mie que Ten Fescoutast. Yraiement, entre vous 



202 Le Litre 

et die, a poy que je ne die que vous estes gra 
bourderesses et peu piteuses de ceulx qui mercy qui 
rent. Et aussi jela tiens à aussy malle ou plus comn 
vous , car elle soustient voz oppinions, que dame i 
damoiselle qui est mariée se puet bien déporter d*i 
mer autre que son seigneur, par les raisons que voi 
avez dites dessus. Si je ne m'y pourroye consenti 
ne ja ne m y consentiray. Mais quant à voz filles , voi 
leur povez dire et eschargier ce qu'il vous plaist, 
après du fait sera fait droit. » 

La dame respond : « Sire, je prie à Dieu que à b« 
et à honneur puissent leurs cuers tourner, si como 
je le désire ; car mon entencion n'est point de en c 
donner ne deviser sur nulle dame ne damoiscUc 
fors sur mes propres filles , sur qui j V ^^'^ P^^ 
et mon chastiement. Car toutes autres dames et da 
moiselles se sauront bien gouverner, se Dieu plaiisS 
à leur guise et à leur honneur, sans ce que je m 
doye entremettre d'elles, moy qui suis moult po 
savant. » 

Le chevalier parle : « Au moins, madame, me vueî 
je un pou débattre à vous que, s'elles pevent faire v 
loir et venir à honneur aucun que jamais n'y tei 
droit ne n'auroit le hardement ne le cuer de Tentri 
prendre , se ne feust le plaisir qu'il pourroit prend 
en sa mie et la bonne espérance de tendre à estre bo 
et d'estre nommé entre les bons , pour tirer à ave 
honneur et pour mieulx cheoir en sa grâce et pla 
sance ; et ainsi pour un poy de bonne chière pu 
faire un homme de néant bon , dont de lui n'csU 
compte ne parole, ne de sa renommée, et à prese 
pour l'amour d'elle a tant fait qu'il sera nommé ei 



DU Chbvalibr de La Tour. a63 

tre les bons, et doncqnes réglez et amesurez se 
ce n'est mie convenable. » 

La dame respond : a Sire, il m'est advis qu'ilz sont 
plusieurs manières d'amours , se comme Ten dit, et 
en y a des unes meilleures que les autres. Mais, se 
un chevallier ou escuier ayme une dame ou damoy- - 
selle par honneur, tant seulement pour Tonneur 
d'elle garder, et pour le bien, la courtoisie et la bonne 
chière qu'elle fera à lui et aux autres , sans autre • 
chose lui requerre , ceste amour est bonne, qui est 
sans requeste. » 

Le chevalier parle : « Avoy, dame , et, se il la fe- 
quiert d'acoler et de baisier, ce n'est mie grant chose ; 
car autant en porte le vent. x> 

La dame respond : a Sire, de ce je vous res- 
pons quant à mes filles , de autre je ne parle point; 
il me semble bien et m'y consens qu'elles leurs pueent • 
bien faire bonne chière et liée, et encore qu'elles les 
accolent devant tous , et que par faulte de bonne 
chière devant tons plainement que ilz ne perdent pas 
à valoir, se vouleniè en ont. Mais quant k mes filles, ' 
qui cy sont , je leur de&éns le baisier, le poetriner et 
tels manières d'esbatonens. Car la sage dame Rc- 
beeca , qui fut très gentille et preude femme, dist que 
le baisier est germain du villain feût. Et la royne de 
Sabba dist que le signe d'amours est le regart, et 
après le regart amoureux on vient à l'accoler, et 
puis au baisier, et puis au fait, lequel fait toult l'on- 
neur et l'amour de Dieu et du monde , et ainsi vien- 
nent voulentiers de degré en degré. Et vueilliez sça- 
voir qull me semble que, dès ce qu'elles se laisseilt 
baisier, elles se mettent en la subjection de l'enne- 




3^4 Le Livre 

my, ([ui est trop sublil. Car telle se cuide au a 
ntencemcal tenir fcnno qu'il desçoîpt par lelz plai- 
sirs el par telz baîâers. Car, ainsi comme l'un boire 
altrail Taulre. el comme le feu se prent de paille en 
paille et puis se mesl au lit et du lil en la maison, 
cl puis eue art toute, tout ainsi csl-il de maintes 
amouretiis ; car premiërunenl ilz deniatideront le 
acoler et puis le tiaï^er, et tout plain d'aulrcs foU 
delis, et de celle ardeur d'amour aucunes foizcbëent 
en plus fol Tait , dont mains maulx en sont avenus el 
maintes (ois encoresadvienncnl, dont maintes en sont 
deshonnourËcs et difTamëes. Et encore» je dy que, 
se le fait ny est et aucun les Ireuvo seul à seul eolz 
enlrcbaisaul en bonne foy , si ne pueUelle faillir h 
eslre diffamée ; car cellui ou celle qui l'aura veu le 
(Ura et adjoustera plus de mal que de liiea , el par 
ceate mson et plusieurs aultrcs , ç[ui trop seroieni 
longues à toutes les dire , toul^s femmea qui Iclï si- 
gnes font el qui ainsi se laissent baîâer ii homme à 
qui elles ne le doivent faire, elles mettent \eur honr 
nenrelleur estât en grantbalaDCeà'eslredâtVaméos. 
Si vueil que mes filles se gardent que elles ne bai- 
sent nullui , se il n'est de leur lio^ge ou que leur 
seigneur ou leurs propres parcns le leur comman- 
dent; car en chose Mcle par commandemenl n'a nul 
mal. Et si vous dy , belles filles , que vous ne soycs 
ja grans Jouaresses de tables. Car c'est us tut qui 
trop attrait de folK allrais, et en y a aucuns qui se 
laissenl perdre, l«utâ leur escient clde leur grè, cer- 
taines fermailles el de pelîs joyauls, comme annelës 
11 autres choses. Car c'est une chose qui donne 



voye et aiirail d'ai 



e fois blasme. J'ay on/ 



DU Chevalier de La Tour. a65 

raconter d*uDC dame de Banièrc, moult belle, et di- 
soil len qu'elle avoit xx. subgiez qui tous Taymoient, 
cl à tous donnoit attrais de semblant d'amour, et si 
gaingnoit souvent à culx à cellui jeu corssés, draps, 
pennes de ver, perles et grans joyaulx , et en avoit 
moult de grans prouffis ; mais pour certain elle ne les 
pot onmies si bien garder que en la fin elle n'en feust 
moult blasmée et diffamée, et mieulx lui vaulsist 
pour son honneur avoir acheté ce qu'elle en avoit eu 
le denier x^. Si est moult grant péril à toute dame et 
damoisclle et à toute autre fenrnie de user de celle 
vie ; car les plus appertes et les plus saiges s'en tien- 
nent sur le derrenier pour moquées et diffamées. Et 
pour ce, belles filles, prenez y bon exemple, et ne 
jouez pas trop envieusement , et n'aiez mie le cuer 
trop ardant de gaingncr petites fermaiUes, et n'i aiez 
Biie trop le cuer. Car qui a le cucr trop ardant de 
prendre dons ne telz fermailles gaingnez par tels 
jeux, maintes en sont deceues, et sont senôblables 
es dons, car l'un vault l'autre, et qui est accoustu- 
miére et ardante de trop souvent prendre dons ne 
telles fermailles gaingnez par tels jeux , aucunes fois 
celles qui tri)p en prennent se mettent en subgidon, 
et maintes fois advient qu'elles s'en trouvent deceues. 
Si est bon de toutes avisâer avant le coup. » 



-*-■■ 



De la dame qui eaproui'c l'ermite, 

Cbappixiib V1ȕV. 

»<^^^ elles filles , je vous diray une des den*' 
^^M niËrcs exemples d'une bonne dame qui 
^^^V moult fait à louer; il est conlenuonlavîe 
fSiSUW des Pères comment la femme au prevosl 
d'AcquillÈc esprouva un hermite par sa bouiÂ. Il fui 
un saint hermitc qui bien avotl esté xx? . ans en her- 
milaige, où il mengott pain gros, herbes et racines, 
et buvoit eaue et jcunoit et esloil de moull satolfi 
vie. Et une fois il commença à dire : « Beau sire 
M Dieux, ay-jc en cest siècle riens fail doni je doye 
a avoirnuUemerile, ne fait chose qui le plaise T » Sj 
lui vint une advision qu'il lui scmbloit que on lui di- 
soil : Tu es bien de la mérite au prevosl d'A.cquil- 
16e et sa femme. » Lors , quant il ol ouy aOD adW- 
sioD, il se pensa que il yroit en Âcquillëç et veirwt 
et requerroil des meurs et de leur vie , Cl de quelle 
mérite ilz esloienl. Et pour sçavoirse ili avoient oui 
bien deservy envers Dieu , si se mist à chemin . el, 
comme Dieu le voult, par la grâce du saînl Esperil^ 
le prevost d'Acquillèe el sa femme Bcenreni M« h 
venue de l'ennitc pourquoy il venoit. Si advial, ooo' 
me l'ennitc arrivoil vers la ville d'Acquillëe, le |n9* 
voBt yssoil de la ville à moull granl fbyson de geU, 
et aloit faire jusiice d'un escuier qui avoil ocdsim au- 
tre escuier. El esloit le prevosl sur un grant i 



BU Chetalier de La Tour. 267 

sîer, vestu de draps de aoye , fourré de vair et d'er- 
mioes, moult noblement et richement aeesmé. Et, 
tantost comme le prevost vit Termite, il le congnut 
bien, par la volonté de Dieu ; si l'appelle à costé et 
lui dist : a Beau preudomme, allez à mon hostel et 
» bailliez cest annel à ma femme, et lui dittes qu'elle 
9 vous fiice conime à moy. » Si lui demanda Termite 
qui il estdt, et il lui dit qull estoit le prevost d*A- 
qniliée. Lors Termite, qui ainsi le vit noblement et 
rîdiement iqppareîllié, fut moult esbahi et esmerveil- 
lié poorce qull le yit en si grant cointise, et qull 
fidaoît defXaire un homme et le faisoit pendre. Si ne 
savoit que penser et estoit tout troublé , et lui sem- 
bldt qoll n'avoit riens desservy devers Dieu. Et tou- 
tes fois il alla à Tostel du prevost, et trouva la dame 
à qui il bailla Tannel, et lui dist que son seigneur lui 
mandoit qu'elle lui feist comme à lui. La bonne dame 
le reoeust à grant joye , si fist mettre les tables et le 
fist seoir delès elle et servir de bonnes viandes et de 
difludes et de bons vins , et Termite , qui ne avoU* 
pas apris ne aconstumé à avoir telles viandes , toa- 
tesfois mengea et bust et en fost bien aise. Et sur le 
derrenicr il lui sembla que la dame fiusoit despecier 
les mèz des viandes devant elle et mettre ou relief, 
et mengoit pain gros et boulie ctbuvoit eaue, et si 
fieûsoit ainsi. El, quant vint au wtCy la dame le mena 
en aa chambre, qui fut bien parée de couvertures' 
fourrées de vaîretdegrisetlrienencourtiné, etlid 
dist : « Beau preudoname, voos coucherez ou lict de 
mon seigneur et en sa chambre. » Si le cuida refh- 
ser, mais elle lui dist que ai feroit et qu'elle feroit le 
commandement de son seigneur et qull y ooudie- 



^68 ^^ Livre 

roit. Lors fist venir bons vins et espeos, et y trouva 
bonne saveur et beusl bien à tant qu'il fiit bien yvre 
et fiit joyeulx et emparlé; car le vin Teust tanlost 
deceu, pource qu'il n'avoit mie apris à point en 
boire. Après ce il s'en ala couchier, et , quant il lot 
couchiè , la dame se despouilla et se vint ooudûèr 
avecques lui, et le commença à acoler et le tester, et 
Termite, qui bien avoit mengè de bonnes viandes et 
de chaudes « et n'avoit mie oublié à boire , sa chiir 
se eslcva et s'esmeut , et tant que il vouloit &ire la 
diose à la dame. Et, quant la dame vit qnH le vou- 
loit faire, la dame lui dist : « Doulx amis, quant 
» mon seigneur le veult Mre, il se va avant laver et 
» baingnier encolle cuve d'eaaeqne vons veez, pour 
9 estre plus net. » Lors Termite, qui n'enlendoît fors 
à sa foie voulenté, saillist dedans la cuve et se bain- 
gna et lava en Teaue, qui fut froide conuiie glace, et 
fust tanlost transi de froid , et lors la dame TappeUa 
et il vint tremblant et sublant, et lui estoil bien la 
chaleur passée cl la mauvsôse voulenté. Et lors elle 
Tabria et puis eschauffa , et tant que la chair arrièrie 
lui esleva et voult faire son fol délit. Et quant elle 
vist qull feust bien entalcnté, elle le pria que enca- 
res il allast pour amour de elle soy baingnier une au- 
tre fois pour estre plus net, et cellui, quienoores 
n'avoit point dormy, ains estoit tout diaut du vin et 
avoit perdue sa menK>ire, saillist du lit et aHa arrière 
soy baingnier. Et lors Teaue froide le transist tout 
de froit , et lors la dame Tappella , et il vint tram- 
blant et daguetantles dents, et lui estoit bien la cha* 
leur passée. Et lors la bonne dame si Tabria et con- 
vry très bien et s'en parti et laissa reposer très bien 



DU CHEVALItR DE La ToUR. 269 

Termite. Et quant il bt un pou eschauffé il s'endor- 
my moult pesantcment, et ne se resveilla jusques au 
matin qu'il feust haulte heure, et lui douloit la teste du 
vin qu'il avoit beu , car il n'en avoît point aplis à 
boire. Lors il vint un vielx chappellain à son lever, 
qull lui demanda comment il* lui estoit. Et, quant il 
s'appercent que il avoit geu en si noble lit etqnll 
lui estdt ainsi advenu, il fut moult honteux et mouit 
esmervcillié dont il estoit ainsi cheu , et vist bien 
qullz estoient de plus grant mente que lui. Lors il 
demanda au chappcllûn de céans de Testre et de la 
vie du prevost et de la dame. Et le chappelain loi 
dist que ilz vcstoient la haire le plus de jours et Tes- 
tamine, et, quant les bonnes viandes estoient de- 
vant culx, ilz les mettoicnt en relief et en aumosnes 
et mengeoient le gros pain et les viandes de pou de 
saveur, etbuvoient de Teauc, et jeimoient le plus de 
jours. Lors il demanda pourquoy estoit illcc ocUe 
cuve d'eaue froide delez leur lit, et il respondist qu'elle 
estoit là mise pour ce que , quant la char d'aucun 
d^eulx s'esmouvoit au délit de la chair, afin qu'ils ne 
chcyssent en pechié de luxure, fors à un jour de la 
sepmaine, cellui d'eulx à qui elle esmouvoit se aloit 
mettre en celle cuve d'eaue froide pour reffraindre 
leur fol délit. Et, quant Termite eut ainsi enquis, il 
se pensa que le prevost , combien qull feust moult 
richament arrayé dehors , vestoit la haire ou TestSr 
mine, et en oultre qull tenoit justice et la faisoit faire 
devant lui, et aussi comment lui et sa femme vcoient 
à leur table les bons morceaux et les bonnes viandes 
délicieuses , et ne les vouloient mengier, ains les 
donnoient pour Dieu et mengoient pain gros et bu- 



%jo Le Litre 

vdent eaue, et considéra qàé vraiement ilz avoient 
vQ. fois plus de mérite que lui, qui ne veoit à son 
hermitaige nulle chose dont il lui prist envie^ et que 
c'estoit plus grant abstinence et en de?oient avoir 
plus grant mérite que lui, et pois se pensa comment 
il ne tint mie en lui qu'il ne feist la folie à la bonne 
dame, et comment elle Tessaia et esprouva. Si ot 
moult grant deul et grant vergoingne, et maukUsoit 
en son cuer Teure que oncques il estoit parti de son 
hermitaige, et que, en vérité, il n'estoit pas digne 
de les deschausser, et s'en ala mussant et pleurant, 
et moult honteux , et disoit à haulte voix : a Beau 
> sire Dieulx, il n'est plus noble trésor ne plus pre- 
» deuse chose terrienne que la bonne dame qui me 
9 essaya et a veu ma folie et esprouvé ma faillanfw ; 
» et vrayement. Sire, elle est bien digne d'estre nom- 
9 mée et appellée la précieuse marguerite, comme 
» vous le déistes, Sire, en la sainte euvangille, que la 
» bonne femme devoit estre comparée à la predeuse 
» marguerite. Mais, Sire, ceste bonne dame est une 
» de celles pour qui vous le déistes de votre sainte 
» bouche. » Ainsi parloit à soy-mesmes le saint her- 
mite et se repcntoit moult humblement en cryant 
mercy à Dieu et en louant la bonne dame qui de si 
bonne vie estoit. Et pour ce a cy bon exemple com- 
ment noble chose est de bonne dame qui bien s'es- 
preuve et qui se puet contenir contre les temptadons 
de Tennemy et contre la foyblesse de la chetive chair 
qui tous jours frit et désire la folle voulentè en son 
fol délit, et puis , quant le fol délit est eschappé et 
fait, l'en en ploureet s'en repent l'en; mais c'est tart, 
car Tennemy, qui cest fait a pourchassié, dès ce 



DU Chevalier de La Tour. «71 
qtt*il a peu fiedre aoomplir la folie et le mauTaîs (Mt, 
il les tient pour ses serfs et pour ses subgiez, et les 
assemble et les lie tant que à painne ilz s*en pevent 
deslier, tant y met grant plaisance par son art, et, 
de tant comme le pcchié est plus grant, de tant est 
la folle tcmptadon greigneur. 




Cy parle étune dame qui estoit riche 
et avaricieuse. 

Chappiteb VIxxVK 

n autre exemple vous diray d*une grant 
dame qui fust femme à un grant baron ; 
celle fust moult long temps velve, et n*a- 
voit que une fille, mariée à un grant sei- 
gneur. Sy advint qu'elle fust malade au lit de la mort ; 
sy fist faire son lit devant Tuis d'une tour où estoit 
sa chevanoe et son or, et fist mettre la clef de cette 
tour scellée en un drapel soubz ses reins, et, quant 
vint que la morts*aprocha, elle avoit tousjours les 
yeulx devers la porte de celle tour, et quant aucuns 
y aprouchoient , elle levoit la main et monstrmt si- 
gne que Ten n'y aproschat, et s'escrioit et tour- 
mcntoit toute que nul n'y habitast vers l'uis , et là 
avoit le plus de son entente , tant comme clic peust 
faire nul signe, et au fort elle trépassa. Si arriva la 
fille, qui grant dame estoit, et demanda aux gens 
se sa mère avoit point de chevance pour lui faire 
son arroy; ils respondirent qu'ilz ne savoicnt. 



2J2 Le Liyue 

fors qullz se pensoient bien que , se point e 
qu'elle feust en celle tour devant son lit. Et < 
rent comment elle ne vouloit souffrir que Ven n 
chast, et lui distrent comment la clef en estoil 
soubz ses rains. Lors la fille ouvrit la tour et ti 
XXX. à xl. mille, tant en or que en argent, 
vadsselle ; mais lors fut trouvé en linceulx de 
laine et en poupées de lin et en merveilleu! 
se, (jue tous en estoient esbahis d'en veoir 
nière. Âdonc sa fille se seigna et dist que c 
foy elle ne cuidoit mie qu'elle eust le xx) 
qu'elle avoit trouvé, et en estoit moult esl 
encores disoienl qu'elle et son seigneur 1 
venue veoir, n'avoit gaires , et lui avoient r( 
leur prester deux cens livres, jusques à certaii 
et qu'elle leur avoit juré fort sairementqu'clli 
point d'argent, fors sa vaisselle d'argent de < 
jour, et pour ce estoit elle moult esmcrva 
trouver ce qu'elle Irouvoit. Si lui distrent s( 
qui avoient esté avccques elle : « Ma dame, u 
» esmerveilliez mie , car nous en sommes \ 
» merveillicz encore que vous; car, se elle ' 
y> envoyer un messaige hors, ou aucune chos 
D elle empruntoit iij. solz ou iiij , et deist pai 
» qu'elle n'avoit point d'argent , et si estoil m 
» che et ne vouloit riens despendre. Et, qi 
» gens mangeoient, elle leur reprouchoit : Coi 
» serez-vous tout huv à table ? vous ne fai< 
» gaster et despendre tout le nostre. » Et si 
bien que l'en la tenoit moult escharse et cb 
toutes foiz elle laissa tout. Si n'a pas long tei 
je fus là où elle est enterrée ; si démandoitau 



BU CBETALtEft »E La TOCB. 

de Tabbaye où elle ^soit et a qwr î lebuc 0i>£( 
n'avoit une tombe on aoanK cfw^nwwflffigt ir>î2ie 
en leur église. Et ilz me res|xcâ»s& ^ut ywjqvfn . 
puis que renterraige futîût, amr qi*>s> *-»£ i «s. 
fist dire ne messe ne matines, ne îûn uù Ims. yuv 
elle néant plusqoe pour une povre feaoK % libaif». 
forz que tant seulement à son essemûf^, ui. d« ic 
beau service ; mais œ fut tout, car je ks; TT <A vfaL li 
a cy bon exemi^e comment l'esnemi est niUjlf^iv 
décevoir, et comment en l'un des vi}. pwiâa mm-^ 
telz, oùilpuet mieulx tempter bonoasM; et Vaam^^ 
ea eellui il met son entente et lie k» f^^z^xn tttà^ 
leinent que à painne s*en poeventHU <Mjer, etw^^ 
n*e8t par vraye confession , et le» fût ain: tefiz m. 
pechié, comme il fist celle grande daEBM ; «ar 1 i«c 
tant qn*elle fut serre et serrante a k« <cr «c t ml 
argent, tellement qn ellenes'en oia lia. laân vt lu^ 
tmy, ne pour Tarnoor du mocide, k ;<ii7 TwiMsuf . 
Et pour ce, bdles filles, aerUc 4fx«ai;4«e cm, m; 
il advenoit que IHea tobs dixattt kbouM; «sum^ <!S 
dievanœ terriemie , depvtez hJ «s. j&|$»3uac ^ «I. 
€ûctes bien , poor boBnenr de tciu . ^ ivt y^vx 
puens et voisns. Et n'atti^ger ;itt ^ j^ «syvlr 
eomme fist cdle dame , pcpv ^ OMçutt yuk ut lu: 
cbantè ne balle , ne fiûl nd bî» |w «î« ., «>wm 
ooy avez deasos. 



M 



«74 



D'iins dame honnouraèle, 
Cbappithb VUiVIl*. 

«eaji^ji n aulrç exemple vods rueil dire au mK 
wl ^^K traira de cestui de\-3nt; c'est d'unebooat 
Sj^Stf liame qni fut longtemps veufvo. SvU 
^'■"^^ moult (le sainte vie , et moult honnonrt^ 
ble, comme celle qui chascuo an tenoil festo k KoA 
de 8CS voisins, et les envoîoil querre prés ei lolOi 
tant que la salie en esloit bien plainno. Et at 
^I mie à demander se elle les servnlt et honnouroll 
bien, chascun selon soy, et à merveilles portoîl 
ffant honneur et privet^auiprendes femmes e(ani 
gens qui avoîcnl deservî lionneur, et là esloïenl les 
menesirolx et plusieurs inalrnmens, iqaiel\e^9oil 
moult {çrani cliières et leur donnoil du sien large- 
ment , tant qullï ramoient t granl merveilles , tc(- 
lemenl que, quand elle lut morte, ilz en Grentnm^ 
cbanson de regret d'elle , où il y a an reffWo ïjL 

Helas! ï la GalonnîËre ^^M 

N'aTons nous plus bel aler, ^B 

Comme endroit ma dame ehitre , 
Qui laul nous souloit amer. 

Et ainsi la regreloienl. Et après ce elle avoit telle 
coustume que, se elle sceul aucune povre (^tS- 
femme qui feusl mariée près d'elle , elle l'nrdonnul 
et arroiast de joyaulx et de mantel el lui faisoît Uni 



DU Ghetalier de La Tour. 276 

de biens qu'elle povoit , et , se elle n'y allast, elle y 
envdast de ses damoyselles Farroyer et lui faire hon- 
neur , et aloit aux enterremens des povres gentilz 
hommes et gentilz femmes et leurdonnoitlacireou 
ce qui leur iaisoit mestier, et puis se revenoit man- 
gier en sonhostel, et ne souffrist pas que gens qu*eUe 
eust leur fist nul coust. Son ordonnance de chaseun 
jour estoit qu'elle se levoit assés matin etavmt tons- 
jours deux frères et deux ou iij. chappelains qui loi 
disoient matines à notte et messe à notte» sans les 
autres messes « et, quant elle estdt levée, elle ve- 
noit tout droit à sa chappelle , et entrait en son ora- 
toire , et là disoit ses heures, tant comme Ten disoit 
matines et une messe. Et après elle se aloit arraier 
et attoumer, et après cela elle s'aloit esbattre es ver- 
giers ou à Tenviron son hostel , en disant ses heures, 
puis venoit foire aucunes petites messes dire et la 
grant messe , et pais aloit disner, et, après disner, 
s>lle soeut aucun malade ou femme en gésine, elle 
les aloit veoir et visiter et leur feist porter de sa 
meilleure viande et du vin , et là où elle ne povoit 
aler, elle tramettoit un varlet tout propre sur un pe- 
tit cheval , qui aloit veoir les malades là où ilz esr 
toient, et leur portdt vin et viandes. Et après ves- 
près elle aloit soupper, se elle ne jnnast, selon le 
temps et la saison, et fiûsoit au soir venir son maistre 
d*ostel , et vouloit savoir que l'en mengeroit lende- 
main , et ordonnoit de ses choses qui faiUoient, et 
vivoit par bonne ordenance , et vouloit que l'en 
se pourveist de loing des choses qui estoient néces- 
saires pour son hostel. Elle fiûsoit moult de abstînen- 
oes, et entre les autres choses elle vestoit la hairele 



a;6 Le LtVBE 

mercredi, le vendredî elle samedi. Commeiltjall 
BBÏB , je vous le diray. La bonne dame 
lieu qu'elle tcnoïl en douaire . qui esUril de mons^ 
goeur nioa père, et, quant elle fusl morte, nooBf 
venismes demourer, mes suers el moi, qui eS6M 
encore pctis. Et fut dcpedë le lit où elle raoruli i 
fut trouvée dedans une hairé. Si avoii leans 
moiselle moult bonne femme , qui avoit denwwrt 
avecques la dame; aipristlahaireet la misl enmi, 
el nous dist que esloil la hure k sa feue dame, (t 
qu'elle la vestoit iroix jours de la sepmainc, et 
compta la bonne vie et les meurs d'elle, et cominml 
elle se levoit chacune nuit iij. fob du n 
nouilloit en la venelle de son lit el reodotl grâces» 
Dieu , et prioil pour les mors cl faisoil mouJi d'absli 
nences, et esloit piteable Es povrca et mouli charï- 
talfle et de moult sainlc vie. ia boaae dame, qui 
bien fait à nommer, eut nom madame Olive de Belle 
Ville, ei je lui oy dire que son frère tenoll bien 
ivig. mil livres de rente ; mais pour ce elle esloit 
la plus courlobc dame el la plus humble que je vy 
ODcques, selon mon avis, el qui moins seprisoîE cl 
moins esloit envieuse, ne jamais ne voubisl que t'en 
mesdeisl de nulz ne ne voulasl oir parler roaulx de 
nulz, cl que l'eu parlast devant elle, et quant aucons 
enparloienl, elle les desblasmott el disoit que. si 
Dieu plaist, ilz se amenderont, el que DuU ne ssiwl 
qui lui esloit A venir, el que nulz ne devoil juger 
d'aulruy, et que les vongencos et les jugecoeiu 
de Dieu estoient moult merveilleux , el ainsi repn- 
noit ceulx qui le mahain el les maux parloient d'au- 
lruy, e[ lesfaisoil taire, sans les esbalr de ce que die 



DU Chevalier de La Tour. 377 

les reprenoit ainsi. Et ainsi doit faire tout bon homme 
et toute bonne femme à l'exemple de ceste. £t sai- 
chiez que c'est une noble vertu que non estre en- 
vieux ne joieux du mal d'aulrui recorder, selon Dieu 
et selon son honneur. Et, pour certain, labonnedame 
disoit que ceulx qui se ventoientetreprouchoientles 
maulx et les vices d'autruy et qui voulentiers se 
bourdoient de leurs voisins et d'autruy, que Dieux 
les punissoit de telz vices ou eulx ou les prouchains 
deeeulx, dontilzavoient puis honte. Et ce ay-je sou- 
vent veu avenir, comme disoit la bonne dame ; car 
nul n'a que taire de jugier ni reprouchier ne enquerre 
le mal de son voisin ne d'autruy. Et toutesfois ii me 
souvient bien de beaucoup de bons dis de la bonne 
dame; si n'avois-je que environ ix. ans quant elle 
moruC. Si vous di bien que, se elle eust bonne vie, 
eJleoi bonne fin , si belle que ce seroit belle chose à 
le raconter. Mais long seroit , et dist l'en commune- 
Bient que de bonne vie bonne fin , et pour ce est bel 
exemple de faire comme elle fist. 



Cjr parle des trois enseignemena que Ciathon disi 
à Catkonnelj son fUz. 

Cbaffiteb VIxxVIIK 

n autre exemple vous vueil dire comment 
Cathon, qui fut si saige qu'il gouverna 
toute la dté de Romme, et fist moult 
d*auetoritez , qui encore sont grans mé- 
moires de lui, ocUui Cathon ot un filz, et, quant il 




iy» Le Livre • UÊ 

fut ou tii lie la mort , il appella son flh . qui vmF 
nom Cailionnct, rt lui dil : b Beau fili . j'ay vesqa 
n moult louguemeot , et est lamps que je laisse eeat 
B monde, lequel es! fort (t congnoislre et moult mo- 
nveiUeux,et toujours empirera, comme je pense. 
D Mûsloutesfois, beaux chier 61s, je aroye inonll 
n chier que vostre gouvernement fust bon, àl'anKiar 
B de Dieu et & l'onneur de vous et de tous vos vÂ- 
» siDS et vos amys. Si vous ay hMlliè par escript 
3 moull d'enseignemeas qui moult vous poumul 
■e prouffiler, si vous voulez mettre cuer à les re- 
» tenir. Et loulesfois me suis-je pensé encore de 
B vous en dire trois aulreo avant ma morl. Si vous 
s prie de les bien retenir et les garder. 

D Dupremirr enseignemati. Le premier des Inûs 
n onseigncmens est que vous ne pr«igniez office de 
» vostre seigneur souverain , en cas que vous sures 
u assez chevance et bonne souflisance. Car qui # soa 
» estai bon et souflisanl , il a toute souflisance . au- 
« tant selon comme roj et cnapereur peut avoir , cl 
B ne doit plus demander à Dieu. Et pour ci^ ne vous 
B devez pas mettre â subjecUon de perdre par une 
B mauvaise parole ou par un mal r^iorl tout ce que 
» vous avez; car, beaux fils, il est des seigneurs par 
B le monde de plusieurs manières , comme de hasUs 
n ctquicroieut de léger. El, pour ce, quiasoufB- 
" sancc doit bien doubler de soy metire en nul péril 
V deavauturerson cslaiet honneur pour servir gens 
» de legiére voulenté. 

» Le eeennd etistignemtnt. Le second cnsclglW- 
•> menl est que vous ne respitex homme qui 8 mort 
B desservie, et par espacial qui est cousIUDuior ds 



DU Chetàlika de La Toce. 179 

9 fiûre mal ; car ou mal <idT1 feroil ^ns rose b&- 
» riez participant et eo tous les nuulx q..!! itrotl, <^ 
p à bon dr<Ht. 

9 Encore de CaUwnnet, Le tiers eiïwâg^srieLî >tC 
p que vous essaiez vostre femme, pour ibav^û? k *LJt 
p saura bien celler et garder vostre yixzeL qJ v^u- 
p cbera Tonneur de vostre frenfouie; csir ï, *iL ^su ôt 
p moult saiges et de bonnes qui sœve&t i/>& fx:^ 
p et qui donnent de bons ad^isemens, et«)i eb f^^ 
p telles qui ne se pourroient tenir de dir«; umJL ^. q*^ 
p len leur dit, aussi bien owire elles mnai^, ypa 
p elles. » Et ainsi le saige Cbaton kûiia ce% tr^^ie^- 
seignemens à son lilz au lit de la mort. Sj «^ •!;:: q-^ 
le preudomme morut, et son fiiz dfi&oyrï, q-J «v 
toit tenu pour saige, et tant qu« l>^j^&f*^' >> 
Romme lui bailla son îl\i a le garder et a J'a^çjre:»- 
dre et endoctriner. Et après c^la, 'ù ki fii^t ^cj^ < *v 
ire avec lui et de gouverner les gratta 2u r^. b.'x::::jt 
et lui fist promettre de grans prouffa . f:-: U::: q>e. 
pour la convoitise des grans pnàîLz , L v: *xx£Vxju^ 
à prendre l'ofiBce et s'en cLa.'g;ii , e: * .. l^u 'xo 'V^ 
lise oublier l'ensôgnement de v^ù ^.h, L: -.'uki:'. ^ 
lui en œllui office et il ebe% atïcc/i: ^ Jk. ::Jùaz^, 
me de Rome à grant eca&paigzùe ^ g.t;c!ft ç'J >; v^ 
voient, si eneontra on larron q:^ i 91 zimsu/H i^^- 
dre, qui esloit biouU bel joenu; i/x:..?i». -Si k'^'Jii^ '^ 
de sa compaigDÎe qui lui va cje : « Sj^, (//<•>' £a 
p nouvelleié de vostre offi<% , iom ^>*<3 (a«ki fbv 
p piter oest honmie que l'on va àtÀ^Jt. » .Si OjK 
qull disoit voir ; et, sans desua&kr m «^,"y2fy«; dy 
ftit, iilerespiueilefiaddi<^<:t l>snej:/w/j^,f/^/ 



cl ne lui souvint pas fi l'eure du commanderai 
son père luy avoil fail. 

De de meinics. Elquaal vintla nuit, qu1l euldor- 
my le prumier somme, si avoil veu moull d'avisions 
sur celte matière , ei tant qu'il lui va souvenir quîl 
avoil enfrainl deux des commandemons de Ronp^ 
et qu'il ne failloit plus que le tiers. Si Fut moull pen- 
sis, cl loutcsfois il dit à soy mesmes qu'il essaierat ce 
tiers, c'esl-à-direque il essayeroildesa femme Mcllels 
sauroilbien cellerd'uo grant conseil si il ledisoît â die. 
Si attend] que sa Tcmmc s'esveilla, et lors il luidiM: 
a H'amie , je vous deissc un très grant consct] qui) 

■ touche ma personne, si je Guidasse que vous le te- 
» nissiez secret, et que vous ne le dcîssiez à riens 

• qui! soit, o — a Ha, mon srigneur n, dist^elle, 

■ par mabonnefoy, jeameroyc mïeuIxAestremorte 
» que vous descouvrir de conseil que vous me deis- 

■ siez. B — a Ha, m'amîe «, disl-îl> donUevousdi- 

■ ray-je; car je ne vouasaurole riens celler. l\ eal 
» mnsi que devant hier, si comme j'aloie en nosife 
« tioslel , le fih de l'empereur, que nous avions en 

■ garde , me fist courroudë et me dist mou desplai- 
s sir. Si avoie bien beu et estoie courrouciè d'autre 

■ chose ; si me marry tant avecques lui que je l'oc- 

• cis. Et encore fis-je plus fort, car je nrrachay le 
scuer de son ventre, et le lis confire en IxûuM 
» dragée et l'envoyay â l'empereur son père et ù a» 

■ môre, lequel ilz ontmengié, et ainsi me sais je 

■ vengië de lut. Mais je sçay bien que c'est moull mal 
» faict et m'en repens; mais c'estàlarl.Je tous prie 

■ de bien celler ce conseil, car je ne le dirde à nol 
» du monde que à vous. » Et celle conuaeatti * 



DU Chetaliee de La Tour. i8t 

souspircr et à jurer que, puis que Vadvanture estoit 
ainsi advenue , que jamais ne le dlroit. Si se passa 
ainsi la nuit, et, quant vint qu*il fut jour, celle en- 
voya querre une damoiselle qui demourolt en la 
ville , (lui à merveilles estoit s'amie et sa privée , et 
à qui elle disoit tous ses grans conscilz. Et quant elle 
fut venue, elle commença à souspirer et à gémir, et 
1 autre lui demanda : « Ma dame, que avez-vousî 
1) Vous avez aucune grant tristesse en vostre cuer. » 
— « Vrayement, m*amie , je Tay moult grant ; mais 
» je ne l'ose dire à nul , car je vouldroie mieulx 
estrc morte que il feust sceu. » — « Ha, ma dame », 
dit-elle , « par sa foy, celle seroitbien hors du sens 
» qui descouvreroit un tel conseil , se vous le disiez. 
» Et , quant est de moy, se vous le m aviez dist , je 
9 me laisseroie avant les dens traire que le dire.» — 
a Voire », dist la femme Cathonnet , « le vous pour- 
» roie-je dire et moy fier en vous? » — « Ouil , par 
B ma bonne foy », dist-elle ; et l'autre en prist la 
foy et le seremcnt, et au fort elle dcscouvry tout, 
comment son seigneur avoit occis le filz de l'empe- 
reur, et envoyé le cuer en espices au pfîre et à la 
mère, qui Tavoient mcngié. Et l'autre se seigna et 
fist la mer\'eilleuse , et dist quelle le celeroit moult 
bien. Mais il luy fut moult tard de le dire , et tant 
que, quant elle fut départie de liens, elle aU Uiut 
droit à la court de l'empereur, et vint àl'emfjeni^r»*, 
et s'agenouilla pour fsdre le bienvenant , et lui dint : 
a Ma dame, je vueil parler a vous secretf:ment -l'in 
» grant conseil. » — Et lors remperi»;re rl*.i r;.s»»r 
ses femmes de sa chambre. I-ors celle isji v4 'î^r» 
a Ma dame, le grant amour que j'ay a -^^/a *r. [p. 



agi Le Livre _J 

> granl bien que vous m'avez foi! el que j'fl 
n que vous me facki: eocore me fail à vous venir 
• dire un grant conseil , loquel si ne diroie à nullujr 

■ tors à vostre personne , car je ne |)ourroye soof- 

> frir vostre déshonneur pour riens. 

I De ce mesmes. Madame, il esl ainsi que vouset 
B monseigneur l'empereur amei plus Calbonnet qut 
» nul, et bienyappen, car vous l'avez fait tout go» 
B verneur de la ûlë de Romme , et encores, pour lui 
» moDStrer plus grant amour, vous lui aviez baîlliit 

■ gouverner vostre filz. Si vous en a fail telle coro- 

> psignie qu'il l'a occis et en a arrachié le cuer de 
V son ventre cl le vous a fût mengîer en espices. t 
— ■ Qu'esl-ce que vous dictesî m dîsi ]'eDq>e' 
rière. a Ma dame , par mu foy, je vous dy vmr 

> pour certain; car je le sç«y si bien comme de la 
B bouche de sa femme propre, qui Je jn'a dît ea 

■ grant conseil, et en est la bonne dame moult k 
» malaise de. cuer, comme celle que j'en ay oy plou- 
n rer. » Et, quant l'emperiÈrereniendî ainâ, àcertes 
sy s'escria à haulte voii : « Las! lasse! n cl com- 
mença à faire si grant dueil que c'estoit menâlles A 
veoir , et tant que les nouvelles en vindreni h l'em- 
pereur commentrcmperièrefoisoitsi grantdueil. Lors 
ilfutmoultesbahisetviat la, ellui demanda pourquoy 
elle laisoit tel dueil ; el celle à paine lui povoit ro- 
pondre, et au fort elle lui compta tout ce que la da- 
moiselle lui avoit dit de leur enflant. Et quant l'em- 
pereur on les nouvelles qullï avoicnl mengiâ le 
cuer de leur enflant, si fui moult doulant et courrou- 
ci6, ne fait mie demander comment, et erraumont 
commanda que Catlionnet fut pendu haultement d#- 



BU GHETÀLiEa 1>B Là Tour. ^83 

Tant tous et qu il nV eust point de faulte. Lors ses 
gens le alèrent quérir et lui distrent le commandement 
de leur seigneur, et que c^estoit pour son filz quil 
avoit occis. Si va dire Cathonnel : « Seigneurs , il 
» n'est pas mestier que tout ce que l'en dit soit vraiy. 

V Vous me mettrez en prison et direz qu'il est trop 
9 tart et que demain, quant le ban sera foit devant le 
9 pueple, sera mieulx fiaite la justice. » Si Tamoyent 
moult toutes manières de gens , et le firent ainsi 
comme il le requist, et fut dist à Tempereur que ce 
seroit plus grant solempnitë et le mieulx d'en faire 
justice landemain, et qull estoit trop tart, et Temp^ 
reur Tottroia, qui grant dueil demenoit de son filz. 
Et toutesfois , comme l'en menoit Cathonnet en la 
ehartre, il appela un de ses escuiers et lui dist : ce Va^ 

V t'en à tel baron v, et lui nomma, « et lui dis com- 
9 ment l'empereur cuide que j'aye occis son filz, et 
9 que je lui mande que demain , dedans heure de 
9 prime, il amaine cy l'enfiant, ou autrement je se- 
9 rois en grant péril de mort villaine. » Cellui e&- 
cuier s'en parti et chevaucha à nuitée, et, entour mie- 
nuit , il arriva en l'ostel du baron à qui Cathonnet 
avoit baillé l'enfTant en garde , comme à son grant 
amy et voisin , lequel baron estoit preud'omme et 
saige, et à merveilles s'entr'amoient. Et, quant l'es- 
cuier arriva , il hucha à haulte voix, et tant fist qull 
vint au lit du baron à qui Cathonnet avoit baillé le 
filz de l'empereur , et lui compta le fait , comment 
l'en avoit donné à entendre à l'empereur que Ca- 
thonnet avoit oods son fils, et tellement qull en es- 
toit mis en prison, et le devoii-on landemain pandre. 
Quant cellui baron l'entendit, si fut moult esmcrveil- 



s84 .^^ Litre 

liez de ceste adventure , et lors il se leva coura 
el iist arroier ses gens, et vint au lit du filz de W 
pereur, et lui compta celle merveille. Et, quant 1^ 
faut Tentendit, il ne fait pas à demander se il ei 
grant dueil, comme cellui qui se hasta de lever el 
esveiller tous les autres, car à merveilles au 
- son bon maistre Cathonnet. Si vous laisse à pa 
de Teuffant de l'empereur et du baron , et reviei 
Cathonnet, qui estoit prisonnier. 

Comment Cathonnet fu prisonnier, Cathonnet 
toit à merveilles amé à Romme de toutes mani( 
de gens, comme cellui qui estoit saige, doulx, hi 
ble et courtoys. Si dist au matin à un sien grant i 
que à Tavanture il feist secrètement cachier les j 
dtrs de la ville jusques à heure de tierce, etTautr 
fist ainsi et eut son gré jusque à ceste heure. Si 
environ prime amené au gibet Cathonnet avec toi 
la commune gent de Romme. Et là ai moult ploi 
de toutes gens qui là esloient, et encores rcusl-i\ p 
esté; mais ils cuidèrenl qu'il eust commis le fait doi 
estoit accusé. Mais de cela ilz se donnoient gr 
merveilles et disoient : « Comment a esté si S2 
» homme temple de Tennemy comme d'avoir fai 
» grant cruaulté d'avoir occis le filz de l'empei 
» et leur en avoir fait mangier le cuer? Comn 
» puet-ce estre? » Si y en avoit grans paroles 
tr'eulx, dont les uns le creoient el les autres u 
povoient croire. Et toulesfois il fusl mené au gil 
et demandoit l'en où estoit le pendart, et le fist 
huchier partout et nul ne rcspondoit, dont il ad 
grant merveille ; car cellui lequel Cathonnet a 
respité de mort et sauvé la vie quant l'en le me 



BU Ghetàliek 9e La Tour. a85 

pendre saiilîst avant et disi: « Seigneur, le fait qull 
9 a fait est villain , et, pour honneur de Tempereur, 
» je m'offre à faire l'office, sll n'y a autre qui le fa- 
D ce. » Et chascuncÂle regarda, et distrenl : a N'est- 
» ce pas cellui que Gathonnet respita de mort? d — 
« Par foy », dirent-ils, « c'est cellui sans autre. » Si 
se commendèrent tous à seigner et distrent : « Y rsde- 
» ment , cellui est bien fol à droit qui respite larron 
j> de mort. » Et Gathonnet le regarde et lui dist : « Tu es 
X» bien appert; il te souvient pou du temps passé; 

V mais ainsi est des merveilles du monde. » En entr^ 
tant ils regardèrent une grant pouldre de chevaulx et 
ouirent grans cris qui crioient à haulte voix : a Ne 

V occiez pas le preudhonmie. » Et ils regardèrent 
chevaulx venir courans, et virent le filz de l'empe- 
reur qui venoit sur un coursier, si tost comme il 
pouvoit, en disant: a Ne touchiez à mon maistre 
» Gathonnet, car je suis tout vif. » Lors furent tons 
esmervcilliez de ceste chose , et l'eniïant descendy 
du cheval et va deslier son maistre , et le baisier en 
pleurant moult doulcement et en disant : « Ha, mon 
9 doulx amy et maistre, qui vous a ce pouréhadé, 

* ne « grant mençonge trouvée, et comment a mon- 

* seigneur mon père si legièrement creu? » Et en 
disant cela, U le rebaisa et acola, et le peuple, qui 
esUHt esmerveiilé, voiant la pitié et la bonne nature 
de l'enlTant plourant tendrement, de la grant joye et 
de pitié qu'ils avoient ilz mercioient Dieu grande- 
ment de celle délivrance, et estoient tous esbahis de 
celle merveille. Et toutesfois l'enftant fit monter Ga- 
thonnet sur un cheval et l'emmena au long des rues 
de Romme pir les resnes du dieval jusques au pa- 



iB6 l'E Livre 

lais de l'empereur. Elquanirem|>ereuret sa remmê 
oyrenl la nouvelle de leur eiifanl, îiz saillirent en- 
cODlre, lui faisant graot joye. Et quant ilz tîkiiI 
leur cnffaut qui ameiKHi Calhoooct par la resne du 
cbcvalcttout lepueple, sifurenlmouUcsmerveillïi!! 
de cette adventure, et ei se lenoieut moult honteai 
devers Cathonoet, cl vindrenl à lui et le accoléreoi 
et baisèrent, el lui lirent la plus graut fcsle , la plus 
grant joye et le plus grant honneur qu'ilz peurent, 
et se excusèrent devers lui de cellûj fait, et leur fib 
leur dit : « Ha, mon seigneur, continent vouliea-voas 
B faire si hasttve justice saos avoir avant hiea imquà 
DdudonncuràentendrrïCarbsulshomseoinmevoas 

■ en seroit plus losl blasmè que un autre ; car, se vous 
> l'eussiez faildestruire sans cause, r^anlez que) He- 
» maige et quelle pitié, el celles je Beasscjamaîa eu 
» joyeau cuer; car, se je s^ay nuJWeo, c'est par lui. ■ 
El l'empereur lui respondisi : " Benui fils, c'estolt mal 
B fait à nous, et y avons ea grant honte el grant vi~ 
u ce. Mais l'amour que nous avions ti toj . en espe- 

■ rance que tu vailles cl que tu foces aucun grasi 

■ bien , nous tolist toute rayson et noua troubla le 
s sens, n Adonc Caihonnet paria devant tous en di- 
aantainei : « Sire, ne vous esmerveilliez pas de cosie 
chose, car je vous diray comment il esl avenu. D 
■> esl vray que j"ay eu le plus saige homme â père, 
9 comme l'en disoit, qui feust en son temps en eeei. 
B pars. Si me monstra moult de bons enseignemens. 

■ se j'eusse esté seigeàlesretenir. Ellouiesfatg, qtianl 
» il fui au lit de la mort, il me bûcha, comme cellui 
» qui grant désir avoït que je eusse aucun bien. Sy 
a me pria de retenir iij. ensdgnemens entre les M- 



DU Chevalier de La Tour. 387 

9 très. Et pour ce , je les vueil recorder pour estrè 
9 exemplaire ou temps à venir, comme cellui à qui ilz 
» sont avenus et qui a fait le contraire. 

» Le premier enseignement que il me dist , fut 
» que, se Dieux me donnoit bonne chevance, quefen 
> dévoie Dieu mercier et avoir en moy soufiQsance , 
9 et que je ne devoye convoittier ne demander plus à 
» Dieu et au monde , et, pour ce que j'avoie souf- 
» fisance , que je ne me misse en nulle manière en 
» subjection d*avoif office de mon souverain seigneur, 
9 par espoir de convoitise de m'y mettre pour avoir 
9 des biens plus, car aucun envieulx ou aucun faulx 
9 rappors me feroient perdre moy etle mien. Car grant 
9 diose est de grant seigneur qui est de legiëre et 
9 hastive voulenté ; car aucunes fois aucuns ne en- 
9 quièrent pas les veritez des choses données à en- 
9 tendre, et pour ce font moult d*estrange et de bas- 
9 ti& commandement, et pour ce en avez tous veu 
9 cest exemple qui m*a deu estre si grief et si vil- 

* lain. Car si j'eusse creu le conseil de mon père, je 
9 n*eu8se mie esté ou party où j'ai esté. Èar, Dieux 

• merds, j^avoye des biens terriens assez et trop plus 
9 que je n*ayoye desenry envers Dieu,et me povoie bien 
9 déporter de prendre office. Le secont enseignement 
9 fatqae je nerachetasse point homme qui eust mort 
9 desservie , et par espedal larron ne homicide qui 
9 aotrelbîseii a ouvré, et que, si je le fiedsoie, je se- 
9 roye participant eo tous les maubi que il feroit dès 
» là en avant, et que jamais ne me aimeroit. Et cel- 
9 lui eommaiideoBeiit je Tay enfiraint comme de cef- 
» lui qui am'oardliuy s'est offert de moy pendre, le- 
9 qnd jlivoîe respité de mort ; sim'a offert petit guer- 



u me avant que lui dire ne descouvrir nu] grant cou- 
» aeil , car il y avoit trop de péril. Car il en est assez 
s quiscevcnt trop bien ccllerctenquircD trouve de 
s bons conseils et de bous confors, et en est d'autre» 
» qui ne souroienl riens celler. Jepensay l'autre auil 
a en mon lit que j'avoie enfroint deux des enedgae- 
s mens de mon pËre, etque jeeasayeroye le tiers. Si 
» csveillay ma femme et M dis pour la essayer qu* 
B j'avoie occis le fils de l'empereur et donné eu efr 
» pices le cuer à l'empereur el à l'emperiére, et que, 
» sur l'amour qu'elle avoil ù moy cl sur quanqtus 
» elle povoit envers moy meHiure. qu'elle te eeUai 
» si bien que jamais n'en teuat riens sceu. Si aj bien 
B esprouvë comment elle m'a bien celé, ccmmetil 
s chascun puctbieD veoir.Uaîsjenem'eD doitaepas 

V trop grani meiTeille, car ceo'esC pas nouvelle cbosc 

V que femme saiche bien loa^'oors celler les choses 
s que l'en lui dit. Car il en est de plusieurs maniè- 
» res, comme nature leur apporte , et en esl d'unes, 
> et d'autres de bien saiges et de soubUl engin , a 
9 que jamais ncdescouvreroient le conseil de leurs 
» seigneurs el des aolres aussy. 

Encore parle Cathonnct. a Si avez ouy com- 
Binentil m'en est prins, et queje n'ay aulremeal 
' creu le conseil de mon père, qui tant fusl sùff 
B homme, si ce m'en esl deu moult mal prendre- • 
Et toutes foys il dist à l'empereur : a Sire , je ne 
descbarge de vostre ofRce. » Si en fut deschai^ i 
grani peine, cl lou les fois fusi-il retenu âestrcmai»- 
ire du conseil de Homme, et espccialement des pv» 



DU Chbtaliek i>e.La Tour. 289 

fais. Et lui fist Tempereur grans prouffis et lui donoa 
de grans dons etTayma moult instans , et régna bien 
et moult saintement en Tamour de Dieu et du pue- 
pie. 

Et pour ce, mes belles filles, a cy bon exemple 
comment vous devez celler les conseils de voz sei- 
gneurs et ne les dire à nully de monde, car par 
maintes fois il en advient moult de mal , telles fois 
que Ten ne s'en donne garde. Car à bien celler, et 
])ar especial ce que Ten deffault , ne puet venir se 
bien non. Et aussy- comme la sayette part de Tare 
cordé , et, quand elle est partie , il convient qu'elle 
preingne son bruit, ne jamais ne reviendra à la cor- 
de jusques à tant qu'elle ait féru quelle chose que ce 
soit, tout aussi est-il de la parole qui îst de la bou- 
che, car puis qu'elle en est yssue elle n'y puet ren- 
trer qu'elle ne soyt ouye et entendue , soit bien, soit 
mal. Et pour ce est-ce belle chose, si comme le sa- 
ge Salemon dit, que l'on doit penser deux fois ou 
trois la chose avant que la dire, et penser à quelle fin 
elle pourroit tourner, et ainsi le doivent faire toutes 
saiges femmes. Car trop demaulx en ont esté fais et 
engendrez, de descouvrir conseil et choses qui ont 
esté dictes en conseil. Sy vous pry, belles filles, qu'il 
vous vueille souvenir decest exemple , car tout bien 
et tout honneur vous en puet venir, et si est une ver- 
tu qui eschiéve moult de hayncs et de maulx. Car 
je sçais et cognois plusieurs qui ont moult perdu 
et ont souffert moult de mal et de très grans haynes 
pour trop legierement parler d'autruy et pour recor- 
der les maulx qu'ils oyent dire d'autruy, dont ilz 
n'ont que fiaire. Car nul ne scet que luy est ù venir. 



990 Ls Livre dd Chet. de la Toub. 
El çeliai et celles sont saîges de seie naturel -qui ne 
iont mie nouveliers, c'est b dire qui se ^rdeat de 
recorder la fitulte se le mespris d'autmi. Car Dieoi 
aime celui qui desblasme ceux que l'on bU&me, sût 
jttori, soit à droit, caràtaireléiBsld'autniinepiiel 
TenÏT que tout là&D , si oonune il est coutenn ou liTre 
d«8 s^ges, et ausd en «ne evangille. 



Cjr fine le Livre du Chevalier de La Toar. 
Deogralûu, 






NOTES ET VARIANTES*. 




ag. 3 , lig« ao. Ce qu^il fant entendre par cette 
reine Prines on Prives de Hongrie et par son 
livre me parott fort douteux. Legrand d'iussy 
I propose d^y voir « Elisabeth de Bosnie, femme 
'de Louis I^', surnommé le Grand,et mère de 
trois filles , dont Catherine , Tatnée, fut accordée en 1374 
à Louis de France, comte de Valois »; mais il n'a pas 
va que son explication étoit inadmissible dès le point 
de départ, puisqu*i] est certain que le livre de notre 
auteur uVst pas postérieur à i^ya, date antérieure à cet 
accord. A prendre une reine contemporaine , il vaudroit 
mieux y voir Jeanne de Bohême, première femme du 
roi de France Jean II , dont il est question dans le 
commencement de Saintré, et qui mourut en i34g> avant 
Tavènement de son mari a la couronne. Mais il est plus 
juste de croire que , jusqu'à nouvel ordre , l'allusion de 
ce passage reste inexpliquée. 

Pag. i3, lig. 5, 4ewteMêi€Mi : L., espinoient ; P. a, espi- 
goient. 

Pag. 33, lig. g, félons : L., foulons.— Lig. 16 , esprc" 

.1 1 - f ■% • »v ; 



pier Mawai§e : L., ramage; P. i, ramaige ; P. 2, privage. 
— Lig. 35, Meuire Pierre de Craon ; P. 1 , messire de 
Craon ; P. 3, monseigneur de Craon. 

Le prénom de Pierre, qui se trouve dans le seul ms. de 
L. , montre qu'il s'agit de Pierre de Craon , seigneur de 
Ja Suse, de Cbantoce, de Briolé et d'Ingrande, 3^ fils d'A* 
maury 3* du nom, mort Je i5 septembre 1376. Cf. P. An-* 
aelme^ VIII, 573, c. 



1. L. tifnîfle le aunoscrit de Londres; Pi, Ps, les mss. de 
Paris, 74o3 et 7073. 



?ï 



292 Notes 

Pag* 94) lis* S» vertiller, et plus loin Tadjéctif, viennent 
de perterf, tourner. 

P&g* 99, lig. ao : P. 1 est le seul ms. qui ait le mot de 
pMcelUt. 

.'Pag. 35, lig. 8, faisait garder une anguille en un vaissel : 
P. a a le terme technique : en un bouteron. 

Pag. 37, lig. 14, Dame de Languillier : P. a, Laugallier. 
Voyez sur ce nom Tiniroduction , p. xi-xij. Il est remar- 
quable que, dans la 37^ nouvelle de son Heptaméron , Mar- 
guerite de Navarre raconte précisément le même fait, sans 
nom et comme une chose coutemporaine , et en mettant 
aussi la scène dans TÂnjou. 

Pag. 4o, lig. 16, envieusement : P. 1, ataineusemeut. 

Pag. 4i9 Hg. 8, homme de Dieu : P. a, homme de bien. 

Pag. 43, lig* 39) saul tur table : P. 1, sal sur table. 

Pag. 44, lig. 17-19. Cette phrase manque à L. et à P. 1. 

Pag. 46, lig. i5 : Ce Beaumanoir, « le père de cestuicy 
ui de présent est », a été bien désigné par AI. Paris 
V, 3o) comme étant Jean HI , chevalier, maréchal de 
Bretagne , celui qui combattit avec les trente Bretons. II 
eut deux femmes : Tiphainc de Gfaemillé en Anjou, celle 
sans doute dont il s'agit ici, et Marguerite de Roban. Ce- 
lui « qui est de présent » est Jean iV, mort en i385 , et 
mari delà fille de Duguesclin. Cf. P. Anselme, VU, 38o-i. 

Pag. 4? » iîg. 14. Par getu des eompaignes'û faut peul- 
ôtre entendre les grandes compagnies. — Lig. ao, la prin- 
cesse et autres dames d"" Angleterre'. « sans doute la princesse 
de Galles, Jeanne de Keiit , femme du Prince Noir.» P. 
Paris, V, 81. 

Pag. 5o, lig. 3. Jean de Clermont, seigneur de Chan- 
tilly, maréchal de France, et tué à la bataille de Poitiers. 
(Anselme, VI, 760-1. j — Lig. 14 , beau maintieng : P. 1 
et P. a, bien mentir. 

Pag. 5i, lig. 19. Il ne s'agit pas ici du fameux Jean le 
Maingre de Boucicaut, maréchal de France et gouverneur 
de Gennes, qui naquit à Tours en i368, mais de son père, 
qui mourut le i5 mars 1367 à Dijon , oîi il avoit été en- 
voyé vers le duc de Bourgogne par Charles V. Cf. Anselme, 
VI, 753-4. 

Pag. 54, chap. a4. L'aventure et la réponse du cheva- 
lier sont les mêmes que celle qu'on prête au poète Jean 
de Meung. 

Pag. 55, lig. 17, son seigneur lui donnait grans eslargisse- 
mens: L., grans belles (P. 1 et 2, elles; et eslargissemenl. 



ET Variantes. 293 

Pag. 57, lig. a. Malgré la bizarrerie du fait, couckast 
est bien la leçon des deux bons m8.,et il ne me parottpas 
aussi impossible de l'expliquer que Tont trouvé quelques 
personnes 11 est possible de penser que , dans une cir- 
constance ou de fête ou de guerre, la dame , pour donner 
à coucher au sire de Craon , ait eu à lui donner un asile 
dans son lit, ce qui se seroit d'autant mieux su qu'elle ne 
s'en seroit pas cachée. Je ne Yois pas Pavantage qu'il y 
auroit à lire : Je ne die pas qu'il ne me touchât en mon lit ; 
car là il y auroit déjà complaisance et bonne volonté. 

Pag 58, lig. 14. sa damoyselle : L et P. a, chamberière. 

Pag. 59, lig. t5, gens d'estat: L. et P. i, gens dehors 
d'estat. — Lig. 16, regars : P. 1, regrez. 

Pag. 64, lig. 19* espinguer : P. 1, pignier ; P. 9, ein- 
gnier. 

Pag. 65 , lig. 18, esloingner : P. a , alanguir — Lig. 
90, la masière : P. a, le mur. 

Pag. 66, lig. a, ne leper omnia : P. a , ne la préfasse. 
— Lig. 16, paroissiens ; P. a, prouchains. — Lig. 17, per- 
s<mne : L., le curé. — Lig 35 , au chapelain : P. 1 et a , 
à la personne. 

Pag. 68, lig. ao, matz : P. a, morts. — Lig ag, sur son 
péril : P. 3, sans pais. 

Pag. 69, lig. 19. rostre personne : P. a, prestre. Quoique 
dans tout ce chapitre personne soit toujours le prêtre , je 
ne crois pas qu'il faille y voir un sens analogue à celui de 
l'anglais piir«0ii ; cela veut dire l'homme qui est au Sei- 
gneur , et par suite seulement le prêtre qui est au Sei- 
gneur. 

Pag. 70, lig. 18, d reboun : P. a, au bort. 

Pag. 71, lig. 8, de corps : L. et P. 1, de cuer. 

Pag. 73, lig. a6, au bon de la messe : P a, au bout. 

Pag. 75, lig. 5, souspir : P. i, effroy. 

Pag. 78, lig. 4, haschie : L., douleur. 

^3g- 79» lig- 99) l'église de Nostre-Dame de Beanlieu peut 
être à Beaulieu près Loches, ou plutôt à Beaulieu près du 
Mans. (Cf. Sainte-Marthe, Gallia christiana^ IV, 149 et 154.) 

Pag. 80, lig. 3. Les mots « à une vigilles » manquent 
ao ms. de L. — Lig. 4* sergent de Cande en la mer : L., 
sergent de Cande; P. 1, serge:it de garde en l'année. 

Pag. 81, lig. 3. Chievrefaye, aLbaye de Poitou. — Lig. 
6, Pigiére : L., Pigerée ; P. a , Pigère. — Lig. aa. Pour 
comprendre la réflexion du che nlier, que dans l'église il 
nefant pas «s^entreregarder pur amour, fors par amour 



a94 Notes 

do mariage », il faut se rappeler que\. depuis les temps 
barbares, l'église servoit de refuge dans les guerres; et^ 
comme ou y viyoil comme dans une maison, Tégliseavoit 
accordé aux gens mariés une permission qui auroit été 
trop enfreinte si elle eût été refusée. 

Pag. 9a, lig. i3, comme les poisons et le venin : L., pois- 
sons; P. a, prisons. 

Pag. 93, lig. ai. Après les mauvais laissay P. a ajoute : 
« et encore y sont. » 

Pag- 94, lig* i4f angels : L.et P. a. angles. 

Pag. 96, lig. 93, pollicent : L. et P. a, polissent. 

Pag. 97, lig. 6, oUVen muée : L., où Ten le cuite. — Lig. 
9, se muce et reboute : L., se cuite et repout. 

Pag. 98, lig. 11, au temps de Voi : L. et P. a, NoëK Noé 
et Noél se sont prononcés de la même façon; qu^ôn se 
rappelle le refrain des Noéls : 

Chantons tous Noë, Noë. 

Lig. ig, coudées : P. 1, coules ; P a, cordes. — Lig. ao, 
perillié : P. a, par Helye. Nous pourrions citer souvent du 
ms. P. a des fautes aussi grossières , mais il suffit d*eD 
indiquer la nature par quelques. exemples. 

Pag. 99 , lig. a. La phrase feroit penser qu'il s^agit de 
la braguette ; mais elle n'étoil pas encore en usage. — Lig. 
a3, énamourer : P. a, anioureuser. 

.Pag. 101, lig. 8, ratissèrentà cousteaulx : L., esrachirent 
de cousteaulx. Cette histoire est la 16^ de la Disciplina 
clericalis et du Castoiement en vers frauçois. — Lig. 3a , 
lisez : mais nulfe ne voit en sa folie sens. L. unit à tort 
la première phrase du chapitre suivant en disant : nulle 
ne voit en sa folie fgrs celle, etc. Ces non-sens ne se ren- 
contrent pour ainsi dire jamais dans ce ms. 

Pag. 10a, lig. ^li, jolie : P. 1, jolive. 

Pug io3, lig. a3, en cest an qui est Van mil trois cens 
Ijcxij : L. , en cest an de Tan rail, etc. ; P. a. Tan mil iijc 
iiijx.\ et xij. Ce qui , de la grâce du copiste , feroit croire 
que le chevalier de la Tour-Landry auroit été Vingt ans 
à travaillera son livre! — Lig aô. La fête de Sainte- 
Marguerite est le ao juillet. 

Pag. 104, lig 4i ^^ Valour plaisant : L. , mais Tatour 
lui plaisoit; P. a, et Tcstour lui plai.soit bien. — Lig. 7 , 
la venaient veoir comme petis en fans • P. 1 et a, -comme les 
pelis oyseaulx. 
. Pag. io5. Celte scène du pèsement de Tûmc çi de ses 



ET Variantes. 295 

bonnet actioos dans un plateau de la balance ,- pendant 
que l'autre plateau est chargé du diable , des m&hantes 
actions , et surtout des belles robes , auroit été bonne à 
(titer dans le très excellent et très complet travail sur la 
Psychostasie publié par M. Maury dans la Kevw ërehéoUh' 
giqut» ' 

Pag. 106, lig a, fowrré€8 de vûir €t de §ri8 et lelticéea de 
hermines : L., et de letisses et de hermines. — Lig. 9, 
que longues, que courtes, que cotes hardies : h*, que lon- 
gues , que corsés, etc. — Lig. la, cottes : P. a, robes. — 
Lig. i4, duforfhit de sesrokes .'Lisez « du surfait », donné 
))ar L. — Ug. 19, de nuies et de wtaulvaises paroUes : P. a, 
de menues , etc. 

Pag. 107, lig. 31 , commis ce délit : L. et P. a , fait le 
fait. 

Pag. 109, lig. i4 , griffes : L., graffes ; P. s, gafTes ; ce 
seroit alors une perche ^mie d*un croc. — Lig. a3, ar-" 
rachii sonpeil : L., mnchié sespertuis; P. i, arrachiez ses 
pculz. 

Pag. 110, lig. 5y mësehier : P. a, delTouler. 

Pag. m, lig. 5, foible : P. a, flebe, plaintiTe, de fleàHis. 
— Lig. i5, mecereiif : L,, mardi; P. a , samedy. 

Pag. lia, lig. sa, Nostre~Dame-de-Rockemadcur , dans 
le Qucrcy, près de Cahors. Sur ce pèlerinage fameux , 
voyez le livre du père Odo de Gissey , imprimé pour la 
première fois en i63i , et celui tout récent de Tabbé Cail- 
iaa , chanoine du Mans , intitulé Histoire critique et reU^ 
gieuse de îtotre^bûme de Atf^lmatfoiir, Paris, Leelère» t834t 
in-80. Odo de Gissey dit tenir les anciens miracles qu*ii 
raconte d^in ouvrage- latin manuscrit d^Hugues de Fersit, 
e't M. Gaillau , n'ayant pu le retrouver, n*a plus pour a«» 
leur que le résumé d*Oao de Gissey. Je crois avoir r*» 
trou? é rouvrage de Hugues de Farslt : car dans un ms. de la 
Bibliothèque impériale se trouve, entre autres choses, et 
notamment, un poème français en quatrains monorimes, 
sur le miracle de Théophile, un ouvrage latin sur les 
miracles de Notre-Dame de Roe-Amadour. Le ms. eat d« 
iS« siècle, et excellent; il seroit très curieux, tout h 
fait en dehors du point de vue miraculeux, mais comme 
document d*hi8t(nre et de géographie, de publier, avec 
les notes historiques nécessaires, ces récits pleins de 
noms de personnes et de lieux , et de détails sur les an- 
ciennes mcpurs. 



p. ii3, lig- 90, Sûlnôl Marlla de Verlo : V. i, Vwlus; 
P. », Verlo. 

Toîr, sur Martin de Verlo , sa «ie dans A»«altt taiula— 
rum ordinia naKcti Benidkil , stBtrû. I, tioe premifere tie, 
3^S-8, El une seconde plus compltle, r. 6Bi-gi. Dans 
ceUe-cï , ce qui se rnpporlc b la ville d'Hvrbangea (dans 
la vie de ranonyme lalin BcrbaiUlai occupe les paragra- 
i^es5 b II. Dana la prose pour la fÂiede ce saint, qui se 
célébroil le 94 octobre, on n'a pal manqué de ri^ipeler 



:e fait ; 



Herbuiiai 



Le récit Tient d'autoul mieux dans l'kisloire de la feoune 
deLolh, que, dans la légeudn, la femme de l'hOle de 
Saial-Marliu fut de mjme changée en pierre. 

— Ligne 91, Ueriaiita.,.:l.. krbaagei;P . 3, Berhnnges, 

Pag. wE, lig. 11, m afit : P. i , esgati. — Ug. 16, 
nci tsU caste ie ma Iriilase : P. 1 , ma lrallre!se ; P. 1 , 
maquerelle. 

Psg.'iiS, lig. iZjfertert- P. 1 , punais. — Lig. js. 
Ame» : P. 1, Zazsin. 

Pag. 119, lia. 3, sscaamti : L., succesaions, qui eal 
excellent. — Lig. ib. Hoir ; L., air; c'est une façon 
d'écrire dlRérente, mais ai'iiisnl an infime sou. 

Pag. iQi, ctaap âs<. Une main un peu postérieure ft. 
dans le ms. P. i , réiabli, par quelques petits chau^e- 
oienls , la lèrilé de l'bialoire. Toutes les foii qa'il 7 a f« 
ruf ekaram , elle a coirigé en le prince du mu Vhoriiim , 
changé reine en prmcuie, et remplacé uvs tcn iieiu de te» 
rosaune par loui m iiem. Quelque juste que fût la cor- 
reciioa , nous avons laissé leur erreur aux cbapelûus da 
cbev aller. 

Pag, 191, lig.aS, r£w>»siI;.-P. 3, aaintJeban l'Efu- 
geline. — Lig. ag : peetli; de politlu. 

Pag. 193, lig. », FlnM : L., Furies. 

Pag. 194, lig. StZéahrv : L., Janbrj; P. 9. iambrï. 

Pag. 116, lig. 6, qui faUait caMet et cmdci i grès toi»- 
tnlxdener: P. i, cables et fuscaulx «Lgrans vaiuoant 



le iKlIbt : . 



. , luisaoD. 



ET Variantes. 297 

Pag. i3o, ligne ao, erwhe : P. 1, boire; P. «, bue. — 
Lig. 36, hinUière : P. 3, maqiierelle. 

Pag. i9i, lig. 91, sainte jMitine : P. 9, sainte Cristine. 

Pag. i39, lig. i5, Béjart : L., Berut; P. 9, Banes. 

Pag. i33, lig. 3, Vendietement : L., l^ennoiteoient ; P. 9 , 
rutissement. — Lig. 8, kuekelet.: L., branchettes. — Lig. 
18, pierre vire : P. i, pierre vierre. 

Pa^. i36, lig i3, il eust tant de bien : L., il emt la court 
empoigné; P. 9, il eust heaucoap empoigné. — Lig. ifi, 
Mardoeius : L., Emardachin ; P. 9 , MÙrdocbin. 

Pag. 139, lig. 6, fanlx teiMinge : P. i, faalx tesmoio- 
gnages. 

Pag. i4o, lig. 8. P. 9 ajoute de Dieu après des serfiteun, 

Pag. i4t, lis. 7. Noosn*aTons trouvé ces vers delà si- 
bylle ni dans rancienne édition d'Opsopœns , ni dans la 
noayelle de M. Alexandre, ni dans la publication du car- 
dinal MaL II est certain que notre cbevalier n*a pas en 
affaire à d*anciens textes , Hiaif à des remantments la- 
tins ou françois qu'il seroit difficile de retrooTer. 

Pag. 143, lig. 6, PkenêMia : P. 9, Pheronna. 

Pag. 147, lig. 99, adûulcir : P. 1, advenir. 

Pag. 148, lig. 7, depiteuseiL. 1, engoffée; P. 9, agoffée. 

Pag. 149, lig. 3, de grerte : L., de flateurs; P. 9 , de 
grieux. « Li^. 90. Le nom de Jouet manque dans P. 1. 

Pag. i5o, lig. 90. Sur Tépoque du siège d* Aiguillon , 
voyez la préface, page xiij. — Lig. 39, grée aux seigneurs : 
L. et P. 9, graye les seigneurs. 

Pag. i59. Dans l*histoire du mari qui a pondu des œufs, 
qae, depuis La Fontaine, il fout appeler les Femmes et le 
Secret, et qui se retrouve dans le Ménagier de Paris et ail- 
leurs (Cf. La Fontaine, éd. de Robert, II, 197), le ms. 
de L. met à tort cinq au lieu de cent» 

Pag. i63, lis. 19, en ta e^tpaiptiê : L., h rencontre. 

Pag. i55. Cf. le livre des Juges ^ L., cap. II» pour com- 
prendre le commencement du chapitre. 

Pag. i57, lig. 16. L. ms. P. 9 a ici une lacune d*uu 
feuillet qui commence au mot empetrast , et ue reprend 
qae page 169 , lig. 6, au mot htm exempte. 

Ptg. i58, lig. iS, Sennaekerip : L., Sepnacberim. 

Pag. 169, lig. 90, cansint : P. 1 et 9, esconvint. 

Pag. 164, lig. 1, puiêué : L , mainsné; P. 9, pesné. 

Pag. i65, lig. 17. La correction d*Alia en Lia est si 
évidente qae J*ai préféré respecter le texte do cheva- 
lier. 




agfi Notes 

Pag, 167, llg. 5, péri '• !"> pire. - 
lahcl, tut fui fillt an roï de Honarie. et femmt A Lnu^tg^mt, 
lisn : fetnmei leuiegraiii. Son mari , Louis IV, él(iit,an 
Gffel, laudgraïe de Thuringe. — Lig. aB, I'e/]*al, lisM : 

Pag. i6a, eban, lii. Cccbapltre ■ élé exlraît du ma. 
■!!ioi,fnr tS.àiMailBW\e,poiiTaau Histoire tterumeCkf 
vre eiiHS le rèine dcgfrlocei il la umiun de Lsiisnst, t. It, 
ilooumeiila , partie I, Paris, itifii, in-g", p. i3a. Il mai 
le TaïL Tersl'Bnuée i3i4< c' ajoute celte nola: n ConsUNM 
» d'A.ragoD , reiume de Henri II de Lusignan , morle ains 
" Gllf[uil9 , eat la seuJe reine de Cbjrpro fi qui je poissa 
a rappitTier cctio anecdote, qui u'a laissé aucune trace 
» daus les chrouiques cypriotes. » 

Pag. 169, lig. 5, rciMji^f ; L., ordatinfe. — Ug- S, 
abri^-. P. 1, plain. 

Pag. 171, lig. 4 . »"(« : P. ^.nieurge, — Lig. ^i,li 
elUe ie Jiria, : L , la tille de la Cbarità ; P. m, ta tille de 
Charité. 

Pag. 179, lig. 3i>, d'en faire : L., et n'en feront mie. — 
Lîg. 3i : sHiDle Arragonde est «aiule Radagoode, aur la- 
quelle on {leut voir le recueil desBollandisies, su >3 août 
(Augutli, t. 111,)). 46-gG),el,pourIesrsuv0iibibIiogrB- 
pbiquea, la llIliliathËque de la France, du père Leiong , 

Pag. 173, 'lig. i, dovwe : P. 1, p»ur. 

Pag, ijS , li^. 11, les aMmuil tiow norUlj : L. cl P. 
s, les attires îij ïiocs de «ij pcdher morltU. — Lig 1», 
II» : P. 1, un, — Lig. no, naTillei : P. 1, uarinea. 

Pag. 178, lig. ,o,mMiia: P. 1 et ï.eneiicoinla. 

PaB..i77,lig.i5,]iarciM:P. a, ptans. 

Pag. 181, lig. 5. P. 1 et a ne donnent pu» dci Romain 
après iti cntUfiat. C'est ï peu prôs la traduction du titre 
des Ctela RtaatBr*iii, 

Pag. iSS, lig. aS, »e met : L., sourt. 

PBg. iKg, Ug. 4, feton : l., ter ; P. a, (el. 

Pag. igo, lig. 7, creatleux : L , cremilleni; P. 9, ere- 

Pag. 131, lig. s, aieftvïijtm pour Checelaim», enii- 
lamerie, gouvememeat. — Lig aTtittef : P. i, lawj. 
Pag. iga, lig. 3, gBni, q^ grire : L-, oinhre. 
""«■ 'gS, lig. ï3, dei petU lei tinaa. — Le copiste da 

ilepuis les esauja. P. 1 



ET Variantes. 399 

- Pag. 196, lig. i5, soubzporte : L., supporte. 

Pag. 196, lig. a4i *^*^^ ' P* 9i soit pour sait. 

Pag. 197, lig. 1, beaiUeroU : L., exilleroit. — L. i5, 
tribulacion : P. i et 3, tribouil. 

Pag. 199. lig. 16, en livre, lisez : on livre, et Le Ms. 
P. 1, ajoute ici en marge : « No. quMl fist ung livre pour 
SCS fils. » 

Pag. aoo, lig. 6, hommeauxi P. 1, hommasses. — Lig. 
i3 La comtesse d'Anjou qui fonda Tabbaye de Bourgueii 
est Emma, femme de Guillaume duc d*Aquitaine et comte 
de Poitiers; elle fonda ce monastère en 990. (Cf. le Gnj- 
lia ChrisUaM de Sainte-Marthe, in-fol , IV, aoi-7.) 

Pag. 3 01, lig. 91, preigne : L. surprengue ; P. a, subz- 
preugne. 

Pag. ao3, lig. 17, erapout: L., crepoust. 

Pag. ao7, lig. 7, salaire : P. 1, loier; P. 9, louer. 

Pag. a 10, lig. 10, ffroeessiûns '. L. et P. a, professions. 

Pag. a 16, lig. a5, adira : L., esdira. 

Pag. 217, lig. 4i adiré: L., ésgaré. Il est inutile de re- 
marquer qae le bon chevalier se trompe en mettant les 
noces de Cana avant la scène de Jésus-Christ parmi les 
docteurs. 

Pag. a 18, lig. 7, Cecille: P. 9, Sezille. 

Pag. 219, lig. 3, i'appareille : L., s*acomparaige. 

Pag. aao. La reine Jeanne de France n*est pas la femme 
de Charles V, mariée en 1349 et morte en 1377, cinq ans 
après la (omposition du livre des Enseignements; ni 
Jeanne , fille du comte de Boulogne , seconde femme de 
Jean II, mariée en 1349 et morte en i36i, dix ans avant 
que le chevalier écrivit; mais Jeanne, fille de Louis, 
comte d'Evreux, troisième femme du roi de France Char- 
les IV , dit le Bel, mariée en i3a5 , veuve en i3a8, et 
morte en 1370, après avoir passé la fin de sa vie dans la 
plus fervente pratique des bonnes œuvres; le mot da 
chevalier de La Tour wtarle »'a gaires prouve qu*il n*a pu 
psnscr qu*à celle-là. 

Si la phrase relative à la duchesse d^Orléans , « qui 
moult a eu à souffrir et s'est toujours tenue sainetement 
devant et après », étoit une interpolation, on la rappor- 
teroit naturellement à la belle et touchante Valeutine de 
Milan. Si elle est bien du chevalier de La Tour Landry, 
cela est impossible, car Valentine n*épousa le duc Louis 
d*Orléans qu'en 1389. Avant elle il y a eu une antre du- 
che>se d'Orléans, Blanebe, fille de Charles IV le Bel et de 



^00 Notes 

U reina Jeanne dont nous leuooa da parler, née en liaj 

et niorle le ■) fËvrïer iSgg, après uToir épousé, le tSJan- 
lier i344 , Philippe duc d'Orlfans, dernier Bis de Pb\~ 
lipua Vi de Valois, et mort le i" sepleoibre iS-;5 lau 
enranis légitimes Ce qui me parait siipporier celle iit' 
terpr6vaUan, c'eat que le ms. da L, eit le seul qui dlael* 
duekesie d'Orltani , tl las autres la dtclieae dérremére il 
cote fsvMi ee qui ne peut ae comprendre que dernilre 
fille de la reine ieaane, et cette première ducbesse ■l'0> 
iéans est eu réalité sa dernière fille. — Sur ce Pliilippt 
d'Oiléana, onpeut loirun article de Pollucbedaos lejltr- 
csrc de France, numéro de juillet i;4oi I'- ^9- 

Pag, aii.lig. S, ilsfliJï; on»; L., cl n'a enTiron. — 
Lig. ia, iacheller : L. et P. 9,clieialier. MaIsbaatielJcrBe 
s'appliquait pas seulement aux degrés litléruiréE, et est 
la vrai lerme. Vojci la Préface, i<j. — Lif>. 94, mtladu 
iim laide: P. 1, eneheoile; P. 9, eneboalf. 
Pag. 931. lig. i>, tikataiie: P. 1, méssiiié. 
Pag. 994, lig. 10, MiuiredeDBivtt: lisez Derval. Dan* 
l'armoriul deGillvs le BDUvier,dil Berry. premier bérauil 
d'armes de Cliurles Vit (fondi Colbert, a'> g,G5J.5. 5 ,jc 
vois dans le Poilou, au nom de sire de DerraJ, qu'il por- 
loit d'argent ï deui (asces de gueules Dus L. et P- 1, 
touie cctie phrase do texte est au présent. - Lig. i5, te lu 
tourilB.- P. I, d'eslre aiu» beunlé; P. 1. Im bourdais. 

Pag. 996, lig. 5, jierli : t., pelle.— Lig, îo. Le Charoj 
dont il est question ici doit Jlre Ceofrroj de Cbamj, sei- 
gneur de Lire;, qu'on loît dans les guerres depuis issi, 
et qui mourut ti la bataille de Poîlicrj. Son fils, qui tut 

ÎDrle-orïtlamme de France, mourut U 99 mai iSqB. 
Cf. Anselme, Vni,30(wi,) C'est del'un des dcu» que diii- 
vent élre les mauuscrila ludiques dans le catalogue de la 
bibliolllèque de Bourgogne. Inventaire de Vïglius, a°34ti 
utig petit Irsité de Cbai'ny, en rime, doni le numéro ac- 
tuel est iD,54g. Les autres sont eu prose et aTeu le eoa 
de Godefroi: a" ii.isi, le Livra de Ghevalerie ; u" it.iiS, 
les Demandes pour jousles et tournoi); n' ii<ii6, l'Etat 
des geua d'armes. — Lig. 3d, Sainlri: P. 1, Ciîulri; L, 
Saiui-Tref. 
Pag. 997, lig. 10, Ss arriva : P. ■ ajoute stupidenem: 

un Écuyer. — Lig. 94, «11 meatslrel :L., uu I ' 

— Lig. Bj, farnoti : P. i, forsyaje. 
Png. 9^0 , lig. Si , Gieffreg de Luare : L. i 



Çieffroj ; P. 






I, Luge, 



ET Variantes. 3o'i 

Pag. a3i. lig. 6, eacrisist ; L., P. o, escripsit. — LIg. 
33, Rcmmenie : P. a, Romanie. 

Pag. aSS, lig. 19, comme j'ai dit en Vautre livre : Il veut 
dire dans le commencement de son ouvrage, qu'il vouloit 
diviser en livres, division qui n'a pas subsisté ou qui n'a 
pas été faite. 

Pag a38 lig. 11, para : L., fois. 
Pag. 939, cbap. lai. Messire Foulques de Laval étoit 
le fils de Guy iX de Montmorency Laval , Tépoux de 
Jeanne Chabot, dame de Rais, et le chef de la branche de 
Laval-Rais; il mourut en i36o. (Cf. Paris, V. 85.) 

Pag. a4«» IJg* 3, ehappeau : P. 1, chappel; P. a, ta- 
qaoer. — Lig. 8, frailion : P. a, (rallon. — Lig aa, plut 
de popoir : P. 1, plus point de povoir. — Lig. 3o, tostoier: 
P. a, toustaier. 

Pag. 343, lig. 7i toufferte : P. 1, trait. — Lig. 18, et 
souiliént : L., en subtillant. 

Pag. 944f lig- 9« court : P. 1, cueurt. 
Pag. a^^t lig* ^9f '^ chevalier qui ftst ce livre : P. i, le 
chevalier de La Tour. La femme qu'il fait ainsi parler avec 
tant de sens et de finesse est sa première femme, Jeanne 
de Rougé, puisqu^on a va (préface, p.xiv) qu'elle vivoit 
encore en i383. — Lig. 38, Comme en espérance de ma^ 
riage ne se trouve que dans le manuscrit P. 1, qui l'a- 
joute en marge. 

Pag. a49, lig. 1, agaitier : L., caquetier. — Lig. 3o , 
xJ roys : L., Ix roys. 

Pag. a5o, lig. ai» denogies : L., desvées. 
Pag. a5a, lig. 9, de gram goguès : P. 1, gogais. — Lig. 
a3, i7 eebat sajeuneue : P. 1, il s'esbat. 

Pag. a55, lig. 17. Le ms. de L. repète ici à tort : La 
dame respond. — Lig. a6, houUérei : L., houliert. 
Pag. 369, lig. 99, oye : P. 1, aye 
Pag. sGo , lig. 5. On connott les histoires de la dame 
de Coucy et de la ch&telaine de Vergy ; il ii*est pas aussi 
simple de savoir ce qu'eet l'histoire de la duchesse. J*A^ 
vois pensé au roman de Panse la Duchesse ; mais il ne 
convient nullement. 

Pag. a6i, lig. a, jouoient au Roy qui ne ment : P. a, qui 
ne peut. — Lig. a8. Seroit ce Marguerite , dame de la 
Jaille, femme de Hardouin de la Porte , seigneur de Vè- 
zins en Anjou, des enfants de qui le père Anselme indi- 
que deux mariages . dont l'im est du 9 joilfet i388. (Cf. 
II, 448, D ; et YI, 766, A.} 



Pag. îBa.lig. i,ic la 

tau: I"i ^ Bussy malla 

Pag. 3^3, lig. ii,lepi 



Notes 

,i, agEifui ; L-, Gil aigae i 
S, ie la fieiii d imig nofff i 
plus quo TOUS. 



la rojBf df Sotta ; P. a 
Pag. 364, lig- 4, li 






JDer. — Lïg. ai, 

1, de iiBiUu tû 



Pag 365. On poutToil aussi bien lire BnTïire; mttlH 
doil eire un nom fraDfois, etBanière paratl uieillear qiM 
Bavière. Le ma. de GaigniËres a Beiitre , eL P. a , Bel- 
siâre-, L. dltalmpUmeui : une dame baronnesEe. 

Pag. a65, Ug S, (fïM jegavlx : L., Ions joyaoll. — 
Llg. II, Je inia-xij : P. m, ï double. — Lig. i5, tutlii- 

Pag. aGB, ubap. laS^, Cf. la même hisioire en vers el 
plus ancienne, publiée par Miou , supplénieiil h ses Fn- 
Uiaux, II. 

Pag. lES, lig. ig, lïJ'IitTiI ; P. 3, friblacl. 

Pag. 369. lig. s , commeal II lui tiliiU : L., pniunient il 
le Isiaoit. — Lig. i3, el l'eilimi*e : L-, de la sepmaiat. 
— Lig. 3o. Le ma. P, a a ici une noutelle lacune d^n 
tenillol (jui comnience an mol ; ttima, et reprend dana 
la sticonde histoire. 

Psg. 171, tig. ii,P. I, k unbarandouble;P.i,tL un 
grant burou. 

Pag. 17a, lig. 3a, aJ dUMiKhiil luu geiu. Liaei : û de- 
mauday aux gens. 

Pag. 373, lig. 9, car jt le SI ely fiu, nete Irome que 
dans P. 1. 

Pag iie,l\e. »,moMllbeimefenme:P.->, m ou) I belle 
demoiselle. — lig. 14, venellt : P. 1, ruelle. — Lig. iS, 
HadamiOlbicitoBelleYUle:P.3, I'Bp|>elle Aline; dans la 
traduciien aagloise du lemps de Uenry VI ( Cr. Rriretp. 
aevieio,p. iflS), elle eal appelée a Cecyle of Balle» j!le. » 
Dana ce passage il y a une faute de lecture on d'impres- 
sion ; il ne foKoit pas she held In Bevaye], msia she *eW >■ 
itoioo^e. — Dans l'anuorial déji cité de Cilles le Bou- 
Tier, DU iroaie, daus li partie consacrée au Poitou, l'ica 
du seigneur de Betlevitle, quatre de gueules et quatre 
vairéa d'azur et d'argent. — Elle étoit pent-£lre de ta '- 

mille de Jean de Harpedenue, 5« du nom —" 

BellcTille, en Poitou, que Charles Vil m» 



ET Variantes. 



3o3 



rile, t» iCBDr nslnr«ltc, lille de Cbarlea VI cl J'Odelte de 
Cbampdiven, la pclile rciDt. 

Pag. 377, '^)>'P- o^*- l-1>isloira de Galbonncu— Dan« 
L. le nom csl toujours écril ChaLonaei. 

Pag. aSi, lig. 97, J'mjMni>r« : P. 1, l'«miicreïj. 

Pag. 1S4, lig. 39, icpndarf : L.Je peodaal. 

Psg. 1B6, Ug. i3, i* iatitar ie*lnire,Ma]vmeTHàa:as 



Pag. «87. lie ii,tw<t(wir:L, P. i.P. 1 



- Lig. ,<,, 




•.-TTrrr- 



CATALOGUE 

!>■ LA 

BIBLIOTHÈQUE ELZEVIRIENNE 

ET DES AUTRES OUTBAGES 

DU FONDS DE P. JANNET 




PARIS 

Cbfz P. Jahkbt, Ldbramt 



Âyertissenient. 3 

Bibliothèque elzeyirienne. 7 

Ouvrages de différents fonnats. tS 

Publications de la société des Bibliophiles. 3 1 

Manuel de T Amateur d'estampes. 32 



AVERTISSEMENT. 

^orsque j'entrepris, il f a deux oos, la 

fl pubIJcatioD de l^i Bibliolhéque elstvl~ 

ricHnc.je m'étais posé ce problème : 

u Publier une collectioDd'ouvragesd'é- 
i>lite, digues ileldUE par leur siécution 
i> matiiriiMie, à la portée de tous par la modicité de 
B leur prix, o 

Jusque alors, les curiosités littéraires du genre de 
celles qui doivent composer en grande partie la 
BibUolhèque eUevirienne n'étaient — lorsqu'on les 
publiait — tirées qu'à un très petit nombre d'eiem- 

riiûfes , destinés i des amateurs riches et fervents. 
a rareté native et le prix exorbitant de ces publi- 
cations les rendaient inabordables pour le plus grand 
nombre des lecteurs, et particulièrement pour ceux 
qui lisent pour les autres : les littérateurs ne sont 
pas tous asseï ricbes pour acheter des livres sans 
regarder au prix. 

En présence du mouvement qui porte la généra- 
tion actuelle vers l'étude sérieuse des mceurs, de la 
littérature et de l'histoire du passé , je crus hira une 
chose utile en vulgarisant , autant qu'il serait en dmm 
pouvoir, les documents propres àfadliter cette élutto. 

Malgré ma Toi dans la posûbililé de créer un pu- 
blic nouveau pour ce genre de livres, je crusdevtâr 
faire de mon mieux pour satisfaire les goûts du pu- 
blic déjà existant, goûts que je partage d'ailleurs ; 
je trouve qu'un bon texte ne perd rien à être im- 
primé avec un certain luie. 

Le luxe dans les livres, je l'entends k ma manière. 



Pen de tnle dans un grand format, sur de bes 
papier très blanc, brillant, glacé, satiné — ma 
brûlé, cassant , d'une qualité déplorable — ce n'e 
poB là mon fait. Le Format, je le veux commode; I 
papier, je le veuï solide avant tout; du texte, j'en 
veux pour mou argent. Qu'il soit net, lisible sans 
fatigua, et cela me suffit. 

Au point de vue des résultats —-je ne parle pas 
des moyens — l'art d'imprimer les livres a fait peu 
de progrès depuis deux siècles. Les petits volumes 
sortis des presses des Elzevier auront long-temps 
encore de nombreux admirateurs. En donnant à ms 
collection le nom de ces imprimeurs illustres, j'ai 
compris retendue des obligations que je m'imposais. 
J'ai fait de mon mieux pour ne pas rester trop au 
dessous de mes modèles. J'ai fait fondre des carac- 
tères, graver des ornements, fabriquer du papier, 
modifier des presses. Les éloges que des BmaleurG 
d'une autorité considérable ont bien voulu donnera 
mes petits livres me prouvent que je suis dons la 
bonne voie. Je tâcherai d'atteindre le but. 

Si le formai et l'exécuGon matérielle de mes volu- 
mes ont trouvé des approbateurs, l'entreprise en 
elle-même a été bien accueillie. Le public sur lequel 
je comptais a répondu à mon appel; son concours 
m'a permis d'entreprendre la publication d'un assez 
grand nombre do volumes, qui sont sous presse ou 
en préparation. 

Je ne crois pas nécessaire de donner un catalogue 
détaillé des ouvrages que je me propose de faire 
entrer dans la BibUoMque ehevirietine. Il sufSI de 
rappeler le plan général. Cette collection doit se com- 
poser : 1" d'ouvrages anciens, inédits ou rares, utiles 
pour l'élude des mœurs, de la littérature ou de l'his- 
toire ; a" des ouvrages antérieurs au XVIII' siècle 
qui jouissent d'une réputation méritée. Les ouvrages 
postérieurs au XVII" siècle ne seront admis que par 
eiceptioa. 



DVilleurs , chaque volume qui parait jette un nou- 
veau jour sur le plan que je me suis tracé. Ainsi 
j'ai publié : 

Moralistes. La Rochefoucauld, La Bruyère, le 
Livre du chevalier delà Tour, qui serait mieux placé 
parmi les conteurs. Plus tard je donnerad Montai" 
gne. Charron, Vauvenargues, 

Beaux-Arts. Mémoires pour servir à Vhisloire de 
V Académie de peinture. — Le livre des peintres et 
graveurs. J'ai d'autres ouvrages du môme genre à 
faire paraître. 

Poésie. Les Mémoriaux de Saint-Aubin des Bois, 
Villon , Régnier, Chapelle et Bachaumont. J'ai sous 
presse ou en préparation : Gérard de Rossillon, 
poème provençal; plusieurs Chansons de gestes, 
entre autres Regnault de Montauban, en 17,000 
vers ; divers recueils importants ; Matheolus , Grin- 
gore, Roger de Collerye, Clément Marot , Vauquelin 
de la Fresnaye , Saint Amand , Senecé (œuvres con- 
nues et inédites), et quelques autres. 

Théâtre. Quatre volumes de VAncien Théâtre 
françois. A côté de cette collection, je donnerai les 
œuvres de Larivey, Molière, ComeiUe, Racine , etc. 

RoMAifs ET Contes. Melusine, le Roman bour- 
geois y Don Juan de Vargas, Six mois de la vie d^un 
jeune homme. J'ai en préparation plusieurs autres 
romans et une suite considérable de conteurs. 

Facéties. Les Quinze joyes de mariage, la Nou- 
velle fabrique des excellents traits de vérité. J*ai sous 
presse ou en préparation : les Evangiles des Que- 
nouilles, Rabelais, Tabouret, les Caquets de l'Ac- 
couchée , et beaucoup d'autres. 

HuToiRB. L'Histoire notable de la Floride. J'ai 
sous presse quelques autres relations de voyages , 



les Aventures du baron de Fœneste^ ^bs Souvenirs de 
Madame de Caylus, et en préparation plusieurs ou- 
vrages intéressants. 

Paris, le i5 Février i855. 

P. Jannet. 



AVIS IMPORTANT. 

Les volumes de la Bibliothèque ekevirienne 
sont imprimés sur papier collé et très chargés 
d'encre : il est difficile de les relier tout de suite 
sans les maculer. D'un autre coté, leur couver- 
ture en papier blanc perd promptement sa fraî- 
cheur, et on ne peut les garder long-temps bro- 
chés, rai pris le parti de faire couvrir ces t»o- 
lumes d'un élégant cartonnage en toile, à la ma- 
nière anglaise , ce qui permettra aux amateurs 
soit de les garder toujours ainsi, soit de ne les 
faire relier que dans un an ou deux. A partir 
d'aujourd'hui , tous les volumes seront vendus 
cartonnés , non rognés et non coupés, SANS AUG- 
MENTATION DE PRIX. Les personnes qui possè- 
dent des volumes brochés non coupés pourront les 
échanger, sans frais, contre des volumes carton- 
nés; quant aux volumes coupés , je me charge- 
rai de les faire cartonner moyennant 75 centi- 
mes. 




BIBLIOTHÈQUE ELZEVIRIENNE 



LIVRES EN VENTE. 



Moralistes. 




é flexions. Sentences el Maximes mo- 
rales de La Rochefoucauld. Nou- 
lYelle édition, conforme k celle de 
1678, et à laquelle on a joint les An- 
notations d'un contemporain sur chaque maxi- 
me , les yariantes des premières éditions , et des 
notes nouyelles, par G. Duplessis. Préface 
par Sainte-Beuve, i vol. Prix : 5fr. 

Les Annotations d*un Contemporain sur les Maximes 
de La Rochefoucauld ont été attribuées à madame 
de La Fayette. Elles paraissent ici pour la première 
fois. Quelaues unes seolement araient été publiées 
par Aimé-Martin. 

Les Caractères de ThÉOPHRASTE , traduits du 
grec , avec les Caractèreê ou les mœurs de ce 
siècle, par La BrutÈRE. Nouvelle édition, 
collationnée sur les éditions données par Tau- 
teur, avec toutes les variantes, une lettre in- 



«^teJe La Bruyère et des aotes littéraires et 
historiques, par Adrien Destailleur. a Yn- 
Imnes. lofr. 

CclU idition est le fruit de plusieurs année) d« 
traiail. H. DestailJDur s'est attacha à reproduire 
toutes les Tariaulcs des idilioas données par i'aa- 
tear. Il a indiqué aiec soin les passages des mora- 
listes anciens ot modernes qui se sont rencontrés 
■TecLaBrufire. 11 s tait assez pour que H. S. deSa- 
cy ait pu dire : " Voilà enËa uu La Brujère auquel 
il ne manque rien. » 
Le Livre du chevalier de la Tour Landry, pour 
renseignement de ses filles ; publié d'après 
les manuscrits de Paris et de Londres, par M. 
Aiiatûle DE MoMTAiGLON, membre résidant 
de la Suciété des antiquaires de France. 5 tt. 
Ce litre, œuvre d'un gentilhomme du qusiarziè- 
me siècle, contient de préciem renseignemenls sur 
les mœurs du moieuSEC!. LesseDlimentsducbeTsIier 
sur l'éducallon des filles, diduils arec une nalreté, 
une liberlÉ d'expression qui paraissent étranges aux 
lecteurs de noire Époque , sont appuyés du tieil d'à- 
Tentures empruuléoi tt la Bible, sus chroniques el 
aux souienïra personueli du clieialiec de la Tour, 
récits sautent piquauts cl toujours gracieux, qui t>- 
siguent â sod livre une place disIiuguËe p&rm' '" 
ttuvres des couleurs français. 






Beauk-arts. 

emoires pour servir à rHistoire de 

V Académie royale de peinture et de 

sculpture, depuis i648 jusqu'en 

i66>4, publiés pour la première fois, 

d^apvès le manuscrit de la Bibliothèque Impé> 

riale, par M. Anatole DB Montaiglon. 2 

vol. 8 fr. 

Ces Mémoires, que M. de Montaiglon attribue à 
Henri Testelin, secrétaire de l*Académie de peinture 
pendant plus de trente ans, contiennent une foule de 
renseignements précieux sur les artistes qui brillè- 
rent en France au XYII^ siècle. 

Le livre des peintres et graveurs , par Michel DE 
Marolles , abbé de Villeloin. Nouvelle édi- 
tion, revue par M. Georges Duplessis. 1 
vol. 3 fr. 

Ce petit livre , curieux spécimen de Tincroyable 
yersification d*un écrivain beaucoup trop fécond , a 
cependant un mérite : il apprendra une infinité de 
choses aux hommes les plus versés dans Tbistoire 
de Fart. 




Poésie. 

^ yfajgg )) hansons , ballades et rondeaux de 
S^B^^S-hfwn.not de LESCtlREL, poète fran- 
^U^raF çnis du XIV* siècle , publiés d'après 
StaS^lc manuscrit unique, par M. A. de 
MONTAIGLOa. 1 vol. 
OEuures complètes de François Villow. Nou- 
velle édition, revue, corrigée et mise en ordre, 
avec des noies historiques et littéraires, par 
P. L.-Jacob, bibliophile, i vol. ôfr. 

OEuvrea de Mathurin Régnier, avec lej corn- 
meutaircs revus et cornsés, précédées de ^ff^«- 
toire de la Salim en France, pour scr\-ir de 
discoui's préliminaire, par M. Viollet le 
Duc. 1 vol. 5 fr. 

Le travail de M. Viollet Le Dne , publié pour 1» 
première fois en iS-èi, a èiè rero et nioiliBS pur lui 
pour la oouvetie édition, f Oùieire d fia satire a rtiv 
des additioiii. 
Extrait abrégé des vieux Mémoriaux de l'ab- 
baye de Saint-Aubin~des-Boys , en Bretagne. 
1 vol. 9 it. 

Pièce en vers, publiés par H. Fraacisque-Hiebtl. 
Quoique daiée du \II* siiclâ, elle est rèelleoieni da 
XVil«. C'est le résultat d'une de ces supercberies 
qu'on s'est parroia permisM poar relever nlluslr»- 
tioB de certaines familles. 
OEuvres de Chapelle et de Bacuaunokt; 
nouvelle édition, revue et corrigée sur les flinl' 



11 

leurs textes, notamment sur l^édition de 1 782^ 

Î récédée d*une notice, par M. Tenant de 
<ATOUR. 1 yol. 4 fr« 

Lefèyre de Saint^Marc , à la fin des œuvres de 
Chapelle et de Bachaumont, qu'il donna en 1755, 
exprime le regret de n^avoir pas connu à temps réé- 
dition de 1733, et engage les éditeurs futurs à con- 
sulter cette édition Jusqu'à M. Tenant de la Tour, 
les éditeurs de Chapelle et de Bachaumont ont re- 
produit la note de SaintrMarc , mais se sont bien 
gardés de consulter cette édition de 173a, qui con- 
tient réellement un très bon texte du célèbre Voyage. 

Sous presse. 

Gérard de RossiUon^ poème provençal , publié, 
d*après le manuscrit unique, par M. Fran- 

CISQUE-MiCHEL. 1 Tol. 5 fr. 

Le livre de Matheolus. — Le Rebours de Ma- 
theolus. 2 vol. 10 fr. 

OEuvres de Roger de Collerye , nouvelle édi- 
tion, revue et annotée par M. Charles d'HsRi- 

CAULT. 1 vol. 5 fr. 

OEuvres complètes de Pierre GrinGORE , avec 
des notes par MM. Anatole de Montaiglon 
et Charles dHéricault. 4 vol. 20 fr. 

OEui^res complètes de Saint-Am AND , revues et 
annotées par Ch. L. Livet, 2 vol. 10 fr. 

OEuvres choisies de SenecÊ , revues sur les di- 
verses éditions et sur les manuscrits originaux, 
par M. Emile Chasles. 1 vol. 5 fr. — Œu- 
vres posthumes de SenecÉ, publiées diaprés 
les manuscrits autographes, par M. Emile 
Chasles. 1 vol. 5 fr. 




Théatbe. 

ermeSS: ""^'' ihéâlre français, oa Collecàoil 
^^hj^D des ouvrages dramaliques les plitsre- 
fl^n^S marquablcs depuis les mystères jus- 
ffl^jfcS qu'à Corneille, publié, avec des non- 
ces et éclaircissements, par M. Viollet LE 
DiiC.TomeslàlV. Levol.5fr. 

Les trois premiers Tolames aonl ]« reprodaetion 
d'un recueil unique conservé tiiMaaieBrHaanique,i 
Londres, contenant e4 piècËsdoiii loîci les [tires : 

1. Le Conseil An Honveau marié, h deui peison- 
nagos , c'est assaTOir : la Mary *l le Docteur. 

a. Farce noatelle, très bonne et tort joseuse , da 

Nouveau marié qui ne peull fonmir k l'appoiiicie- 

ment de sa femme, b quatre personnage», c'est -■ 

gatoii' : le Nouveau Uarié, la Femme, la UÈre e 

I Père. 

5. Farce nouvelle, trts bonne clfort joreuse, de 
robatination des Temmes, t. deux personaaiges, £'«■> 
assavoir : le Mari et le Femme. 

j. Farce nouvelle, tris bonne et fort joyeuse, du 
Cuvier, b irojs personnages, c'est aiasToir : iiqui- 
Dol, sa Femme et la Hère de sa {emme. 

5. Farco nouvelle, trts bonne et fort joyeuse, k 
Irojs peraonnages, l'esi assavoir : Jolyet, In Femme 
El le Père. 

6 Furce nouîclle, b cinq personnaiges, des Pem- 
mea qui fout refondre leurs marys , c'est assainir ' 
Tbibauli , Collart, Jennetle, Peraelle et le Fo 



13 

7. Farce nouvelle et fort joyeuse du Pect, à quatre 
personnages , c'est assavoir : Hubert, sa Femme, le 
Juge et le Procureur. 

8. Farce nouvelle, très bonne et fort joyeuse , des 
Femmes qui demandent les arrérages de leurs maris 
et les font obliger par nt«t, à cinq personnages, c'est 
assavoir : le Mary, la Dame , la Chambrière et le 
Voysin. 

9. Farce nouvelle d'ung Mary jaloux qui veult es- 
prouver sa femme, à quatre personnages, cVst as- 
savoir : Colinet, la Tante, le Mary et sa Femme. 

10. Farce moralisée, à quatre personnages, c'est 
assavoir : deux Hommes et leurs deux Femmes, 
dont Tune a malle teste et l'autre est tendre du cul. 

11. Farce nouvelle et fort joyeuse, à quatre per- 
sonnages , c'est assavoir : le Mary, la Femme , le Ba- 
din qui se loue et l'Amoureux. 

la. Farce nouvelle , très bonne et fort joyeuse , de 
Pernet qui va au vin, à troys personnaiges , c'est as- 
savoir : Pernet, sa Femme et l'Amoureux. 

i3. Farce nouvelle, très bonne et fort joyeuse, 
d'un Amoureux , h quatre personnages , c'est assa- 
voir : l'Homme , la Femme , l'Amoureux et le Méde- 
cin. 

i4* Colin qui loue et despite Dieu en un moment, 
à cause de sa femme , à troys personnages, c'est as- 
savoir : Colin , sa Femme et l'Amant. 

i5. Farce nouvelle , très bonne et fort joyeuse, à 
quatre personnaiges, c'est assavoir : le Gentilhomme, 
Lison, Naudet, la Damoyselle. 

16. Farce nouvelle . à troys personnaiges , c'est 
assavoir : le Badin^ la Femme et la Chambrière. 

17. Farce nouvelle, très bonne et fort joyeuse . de 
Jeninot qui fist un roy de son chat, par faulte d'aul- 
tre compaignon , en criant : Le roy boit , et monta 
sur sa maistresse pour la mener à la messe, à troys 
personnaiges, c'est assavoir : le Mary, la Femme et 
Jeninot. 

18. Faree nouvelle de frère Goillebert, très bonne 
et fort joyeuse, à quatre personnages , c'est assavoir : 
Frère Guiliebert, l'Homme viel, sa Femme jeune, la 
CofDmère. 

19. Farce nouvelle , très bonne et fort joyeuse , de 
Gnillerme qui mangea les figues do curé , à quatre 



i4 

penonnaige», c'est Assavoir : le Garé , 6uillerme,le 
v^oysin et st Femme. 

ao. Farce noaYelle, très bonne et fort joyeuse , de 
lenhi, ftlz de riea , à quatre personnaiges, c*est as- 
saYoir : la Mère etienin, son fils, le Prestre et le De- 
vin. 

91. La Confession de Margot, à deux personnaiges, 
e^est assavoir : le Garé et Margot. 

•s. Farce nonvelle, très bonne et fort joyease, de 
George le Yean . à quatre personnaiges , c'est assa- 
voir : George le Veau , sa Femme , le Curé et soa 
Glere. 

TOMB II. 

•5. Sermon joyeax de bien boire, à deux fiersao- 
naiges, c'est assavoir : le Presdiear. et le G^si- 
nier. 

•4. Farce noiiveUe:, très bonne et très joyease, de 
la Résurrection de Jenin Landore, à quatre person- 
naiges, c'est assavoir : Jenin, sa Femme, ie:Car6 
et le Glerct 

•5. Farce nouveUe, fiurt joyeuse,- du Poot aux 
Asgnes, à quatre oeisonnaiges , c'est tLKàwoir : Le 
Mary, la Femme , Messire Domkte de et le Bosche— 
ron. 

96. Farce nonveOa, très bonne et fort joyeuse , k 
trovs personnages , d*an Pardonnenr, d'an Triaclenr 
et d'une Taveraière, c'est assavoir : le Triaoleur, le 
Pardonneur et la Tavemière. 

97. Farce nouvelle du Pasté et delà Tarte, ii qua- 
tre personnaiges , c'est assavoir : deux Goquins, le 
Paticier et sa Femme. 

' 98. Farce nouvelle de Mahuet , badin , natif de Bai- 
gnolet, qui va à Paris au marché pour vendre ses 
csufz et sa cresme, et ne les veult donner sinon au 
pris du marché , et est à quatre personnages, c'est 
assavoir : Mahuet, sa Mère, Gaultier et la Fem- 
me. 

99. Farce nouvelle et fort joyeuse des Femmes qoi 
font escurer leurs chaulderons et deffendeut que on 
ne mette la pièce auprès du trou , à troys personua- 
ges, c'est assavoir: la première Femme, la secondée! 
le Maignen. 

3o: Farce nouvelle, très bonne et fort joyevse, à 



i5 

troys personnages, d'un Ghauldronnier, c'est as- 
savoir : rHomme, la Femme et le Ghauldron- 
nier. 

3i. Farce nouvelle, très bonne et fort joyeuse, à 
trois personnaiges , c'est assavoir : le Chaulderon- 
nier, le Savetier et le Tayernier. 

3a. Farce joyeuse, très bonne et récréative pour 
rire, du Savetier, à troys personnaiges , c'est assa- 
voir : Audin, savetier; Audette ,8a Femme, et le Cu- 
ré. 

35. Farce nouvelle d'ung Savetier nommé Galbain, 
- fort joyeuse, lequel se maria à une Savetière , à troys 
personnages, c'est assavoir : Galbain , la Femme et 
le Galland. 

3\. Farce nouvelle, à quatre personnaiges, c'est 
assavoir : le Gousturier, Esopet, le Gentilhomme et 
la Ghamberière. 

35. Farce nouvelle , très bonne et fort jojeusej à 
troys personnaiges , c'est assavoir : Maistre Mimin ie 
Goûteux, son variet Richard Je Pelé, sourd, et le 
Chausselier. 

56. Farce nouvelle d'ang Ramoneur de cheminées, 
fort joyeuse, à quatre personnaiges, c'est assavoir : 
le Ramoneur, ie Yarlet, la Femme et la Yoysi- 
ne. 

37. Sermon joyeux et de grande value 

A tous les foulx qui sont dessoubz la nue , 
Pour leur monstrer à saiges devenir. 
Moyennant ce, que, le temps advenir. 
Tous sotz tiendront mon conseil et doctrine ; 
Puis congnoistront clerement, sans urine, 
Que le monde pour sages les tiendra. 
Quand ils auront de quoy : notez cela. 

38. Sottie nouvelle , à six personnaiges , c'est as- 
savoir : le Roy des Sotz , Triboulet, Mitouflet, Sotti- 
net, Coquibus.» Guippelin. 

39. Sottie nouvelle, h. cinq personnages, des Trom- 
peurs, c'est assavoir : Sottie, Teste Verte, Fine Mine, 
Chascun et le Temps. 

40. Farce uonyelle, très bonne, de Folle Bobance* 
à quatre personnaiges, c'est assavoir : Folle Boban- 
ce, le premier Fol, gentilhomme ; le second Fol, mat- 
chant; le tien Fol, laboureux. 



ono»îg«B, t'eatUïsaîoir : loCuré, Cnilleme K 

a Fcmma. 
I, FarcB naniellc, Crti bonne e[ fort jajea», ti 



11. La Confession deHargol, â deux personniint. 
c'est assavoir : le Cura et Margot. ' 

>9. Farce nouvell», trts bonne ei Furt joyeuse, de 
George te Venu , à qaatre penoanitîges , c'est v~ 
^ttir : George le Vean , sa Femme , U Curé el 
Clerc. 

TOHE II. 



ii4. Farce nourella , très botrne el très joyeuse, de 
U RÊsuiTDClioii lie Jenln Liedore, k quatre perioo- 
naigcB, c'est issaioîr ; Jeuin, sa Femnie, Je Curé 
et le Clerc. 

35. Force Daa<ell0, fiirt joueuse, du Podi sut 
' BÎgos, c'est flSMio/r : Le ■ 

Bonite il et le BOMbc— 



16. Farce DouTene,tcè« banne et fort joieuse, à 
Iroys personnages , d'un Padonnenr, d'un Triacleur 
et d'une Taieraière, c'est ssiaioii : le Triacleur, le 
Pardonaeur et la Taiemiàre- 

37. Farce nouvelle du PastË et de la Tune, b qua- 
tre penonaaiges , c'est assavoir ; deux Coquins , le 
Paiîeier et ca Peuiote. 

- 18. Farce nouvelle de Mahuet, badïu , natif de Bai- 

gnolel, qui vu k Paris au niarcbé pour vendra lei 

I <eufi cl sa crestne , el ne les veult donner siuon au 

- pris du marcbé, et est ï qnatre personnages, c'est 

* «Esavoir ; Habuel, sa Uïre, Gaultier ei la Fem- 

9. Farce nouvelle et fort joyeuse des Femmes qiu 
roui eieurer leurs cbaulderons et defTendenl qae on 
ne iBfllte la pièce auprès du trou , à troys persaniia- 
ges, c'est assavoir: Ispremiâre Femme, la seconde cl 
la Haisnaii. 
3a. Farce nourelle, trûs boiine et (art jojaoi 



i5 

troys personnages, d'un Chauldronnier, c*est as- 
savoir : THomme, la Femme et le Chauldron- 
nier. 

3i. Farce nouvelle, très bonne et fort joyeuse, à 
trois personnaiges, c*est assavoir : le Chaulderon- 
nier, le Savetier et le Tavemier. 

3a. Farce joyeuse, très bonne et récréative pour 
rire, du Savetier, à troys personnaiges, c^est assa- 
voir : Audin, savetier ; Audette , sa Femme, et le Cu- 
ré. 

33. Farce nouvelle d*ung Savetier nommé Calbain, 
fort joyeuse, lequel se maria à une Savetière , à troys 
personnages, c'est assavoir : Calbain , la Femme et 
le Galland. 

3/|. Farce nouvelle , à quatre personnaiges, c'est 
assavoir : le Cousturier, Efsopet, le Gentilhomme et 
la Chamberière. 

35. Farce nouvelle , très bonne et fort joyeuse , à 
troys personnaiges, c'est assavoir : Maistre Mimin le 
Goûteux , son varlet Richard le Pelé , sourd, et le 
Chaussetier. 

36. Farce nouvelle d*ong Ramoneur de cheminées, 
fort joyeuse , à quatre personnaiges, c'est assavoir : 
le Ramoneur, le Varlet, la Femme et la Yoysi- 
ne. 

37. Sermon joyeux et de grande value 

A tous les foulx qui sont dessoubz la nae , 
Pour leur monstrer à saiges deyenir. 
Moyennant ce, que, le temps advenir. 
Tous sotz tiendront mon conseil et doctrine ; 
Puis conguoistront clerement, sans urine. 
Que le monde pour sages les tiendra , 
Quand ils auront de quoy : notez cela. 

38. Sottie nouvelle , à six personnaiges , c'est as- 
savoir : le Roy des Sotz, Triboulet, Mitouflet, Sotti- 
net, Coquibus, Guippelin. 

39. Sottie nouvelle, à cinq personnages, des Trom- 
peurs, c'est assavoir : Sottie, Teste Verte, Fine Mine, 
Chascpn et le Temps. 

40. Farce nouvelle, très bonne, de Folle Bobance' 
à quatre personnaiges, c'est assavoir : Folle Boban- 
œ, le premier Fol, gentilhomme ; le second Fol, mar- 
€hint$ le tters Fol, Uboureux. 



{i.FsrM ]a;eniC| IriiboDue, Ik deux nenooDi- 
ges, du Gmidissrar, qui se iBiitedeses faicu, etusg 
Sot, qui lui respont nu coulraire, c'est aasSToii ' U 
GsudisMur cl Je Sol. 

43. Farce nauTCtlGi irti bgnne ei fart recreaiirc 
pour rire, des cris de Parii , â Irojs personoaigu, 
c'est asasToir : le premier Gallsai, leïecond Gailaai 

43. Farce noaTelle du Fraac Archier de Bïigaa- 

44. Parce jojeuse de Hiislre Mimin , k six per- 
soiiiioiges, c'est «ssasoir ; le Haîstre d'escolle; 
Mai sire Mimin, eatudiant; Raulel, sou père; La bi- 
ne, sa mère; Raoul Machue, et la Bru Uaisirelti- 

45. Farce nouielie, très bonae et rorl joyenje, t 
iro;s persoimniges, de Pernetqui Ta A reseollaïc*»! ' 
assiToir : Pernei , la Htre , le Moistre. 1 

46. Farce noufelle, LrËs tunne et fort joyeuse , i 
trovB porsonnuiges, c'eat agaaioir : la Uère, le Fili 
el 1 ExaminaleDC. 1 

47. Farce nouvelle de Colin, fi II deTitavoi le Mai' I 
r«, qui vienl de HaplM et amène uu Tara priaooDier, 

à quatre perso nnaigea . c'est asaaioir: Tbeiot le ' 
Maire, CdIiii iod fliz, la Femme, le Pèlerin. 1 

48. FHree nontella. h trois personnaiges. c'est as- ■ 
■Bvoir: Tout Hesuaiga, BeungnefalGte, la Cbamb»- 
rïère qui est malade de plusieurs maladies, comme 
sousïEfrei ci-dedans, et leFol quitaicl du médecin 
[tour U guarir. 

4g. Le Déliât delaHonrrisse el de laChamberière, 
k iroys persconaises, c'est assaioir : la Nourrisse, 
la Cbamberièro, Johannea. 

So. Farce noQselle des Cbamberières qui tout 
a la messe de cinq beures pour aloir de l'eaae tt- 
nisle, i quatre personnaiges, c'est assaioir : Domt- 
iie Johaunes, Troussetaqaeue, la Haurrice «tSiu- 
picquel. 

TOHB III. 



*7 

de Desespoir au gibet de Perdition , et Taultre se 
convertist à bien faire. Et est à treize personnages , 
c^est assavoir : le .Fol , Maintenant , Mignotte , Bon 
Âdvis, Instraction, Finet, premier enfant; Malduit, 
second enfant; Discipline , Jabien , Luxure, Honte, 
Desespoir, Perdition. 
5a. Moralité nouvelle, contenant 
Comment Envie, au temps de Maintenant, 
Fait que les Frères que Bon Amour assemble 
Sont ennemis et ont discord ensemble , 
Dont les pisrens souffrent maint desplaisir, 
Au lieu d^avoir de leurs enfans plaisir. 
Mais à la fin Remort de conscience, 
Vueillant user de son art et science, 
Les fait renger en paix et union 
Et tout leur temps vivre en communion. 
A neuf personnaiges , c*est assavoir : le Preco , le 
Père, la Mère, le premier Filz, le second Filz, le 
tiers Filz, Amour Fraternel, Envie, et Remort de 
conscience. 

53. Moralité nouvelle d'ung Empereur, qui tua son 
neveu qui avoit prins uue fille à force; et comment 
ledict Empereur estant au lict de la mort, la sainte 
Hostie lui fut apportée miraculeusement. Et est à dix 
personnaiges, c^est assavoir : TEmpereur, leCba|)- 
pelain, le Duc. le Conte, le Nepveu de TEmpereur, 
llSscuyer, Bertaut et Guillot, serviteurs du Nepveu ; 
la Fille violée, la Mère delà Fille, avec la sainte 
Hostie qui se présenta à l^Empereur. 

54. Moralité ou bistoire roumaine d'une Femme 
qui avoit voulu trahir la cité de Romme , et com- 
ment sa Fille la nourrit six sepmaines de son lait eu 
prison , à cinq personnaiges , c'est assavoir : Ora~ 
clos, Valerius, le Sergent, la Mère et la Fille. 

55. Farce nouvelle, fort joyeuse et morale, à qua- 
tre personnaiges, c^est assavoir : Bien Mondain, 
Honneur spirituel. Pouvoir Temporel, et la Femme. 

56. Farce nouvelle, très bonne, morale et fort 
ioveuse, à troys personnaiges, c'est assavoir : Tout, 
Bien et Cbascon. 

57. Bergerie nouvelle, fort joyeuse et morale, de 
Mieulx que devant, à quatre personnaiges, c'est as- 
savoir : Hieulx que devant. Plat Pays, Peuple pen- 
sif, et la Beripère. 



i8 

58. Farce nouvelle moralisée des Gens Nouveai 
qui mangent le Monde «et le logent de mal en pii 
àqnatre personnaiges , c'est assavoir : le Prém 
Nouveau , le Second Nouveau , le Tiers Nouveau, 
le Monde. 

59. Farce nouvelle à cinq personnaiges, c^est a 
savoir: Marchandise et Mestier, Pou d'Acquesl, 
Temps qui court , et Grosse Despense. 

60. La vie et hysloyre du Maulvais Riche , à trei 
personnaiges, c'est assavoir : le Maulvais Riche, 
Femme du Maulvais Riche , le Ladre , le Prescbeu 
Trotemenu, Tripet, cuisinier; Dieu le Père. Rt 
phaél, Abraham, Lucifer, Sathan , Rahouart , Agra; 
part. 

61. Farce nouvelle des Cinq Sens de THommi 
moralisée et fort joyeuse pour rire et recréative , 
est à sept personnaiges , c'est assavoir : THommf 
la Bouche, les Mains, les Yeulx, les Piedz, TOuj 
et le Cul. 
6a. Débat du Corps et de VAme, 

63. Moralité nouvelle, très bonne et très exce 
lente, de Charité, où est démontré les maulx q\ 
viennent aiijourdTiuy au Monde par faulte de charité 
à douze personnaiges; Je Monde, la Charité, Jeunesse 
Vieillesse, Tricherie, le Pouvre, le Religieux, 1 
Mort, le Riche Avaricieux et sou Varlel, le Bon R 
che Vertueux, et le Fol. 

64. Le Chevalier qui donna sa Femme au Dyabh 
à dix personnaiges, c'est assavoir : Dieu le Père 
Nostre Dame, Gabriel, Raphaël, le Chevalier, s 
Femme, Amaury , escuyer; Anthenor, escuyer; 1 
Pipeur, et le Dyable. 

Le tome IV contient les œuvres dramatiques d'E- 
tienne Jodelle ; les Esbahis, de Jacques Grevin ; !< 
Reconnue, de Remy Belleau. 

Sous presse. 

Théâtre complet de Larivey. 2 vol. lofr 

Histoire de la uie et des ouvrages de CORNEILLG 
par M. J. Taschereau. 1 vol. . 5 fr 



*9 





Romans. 

elusîne , par Jehan d'Ârras ; nouyelle 

édition, publiée par M. Gh. Brunet. 

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Keproduction exacte de Pédition ori- 
ginale, de Genète, 1478, in-fol. 

Le Roman bourgeois^ ouvrage comique, par An- 
toine FuRETiÈRE. Nouyelle édition, avec des 
notes historiques et littéraires par M. Edouard 
FouRNiER, précédée d'une Notice par M. Ch. 

ÂSSELINEAU. 1 vol. 5 fr. 

Le Roman bourgeois^ décrié au XYII^ siècle par les 
ennemis de Tauteur, mal réimprimé au XVIII<», était 
à peine connu an XIX<». L'édition publiée par MM. 
Asselineau et Foumier a rétélé à nos contemporains 
un des litres les plus sensés, les plus amusants, les 
mieux écrits du siècle de Louis XIY, le plus précieux 
peut-être pour Téiude des mœurs bourgeoises et lit- 
téraires à cette époque. 

Six mois de la vie d'un jeune homme (1797), 

par ViOLLET LE Doc. 1 vol. 4 fr. 

Tiré à petit nombre pour la collection. Prix des 
exemplaires sur papier ordinaire, a fr. 

Les Ai^entures de Don Juan de Yargas , ra- 
contées par lui-même , traduites de Fespagnol 
sur le manuscrit inédit, par Charles Nayarin. 
1 vol. 3 fr. 

Don Juan do Yargas a-t-ii existé ? Si tous lisez son 



■itcle, nide 4'iiTaDtures et servi à aoubait. SbItci- 
le dus \n qun« parties du monde , so^et tAnoùi d< 
les hanta uiti d'amour et de guerre, toqs troareKk 

□n homme réel , qui a vu les lieai qu'il décrit ,'b^ 
sistè aui ivéïiements qu'il raconte, ud homme en 
chsir et en os autant qu'bomma du monde. — Si 
vous coosullei des critiques doués d'une pËaélrslien 
iucoateslable , le terrible avetltirier Dou Juan de Var- 
gag uriit un être imaginaire , cré6 de toutes pièces 
par nmagïuaire Cbarle^ Naiarïn. La question ainsi 
posée, s'est au public à la résoudre. Apr6s tout, n il 
» a bien de l'esprit, ce don Juan de Vargas. Il j i 
u de nmaginatioD et de la grâce dans ces aventuras 
' apocrjpbes. " U. Jules Jauin , qui dit cela , parait 
ne point regretter les quelques beures emplojées I 
la lecture de ce livre. 

Hilopadéta, ou rinstruction utile, recueil d'apo- 
logues et de coDtes, traduit du sauscrii par 
M. Ed. Lancereau. i vol. 5 fr. 




ai 




Facéties. 




es quinze Joy es de mariage. Nouvel- 
! le édition , conforme au manuscrit de 
lia Bibliothèque publique de Rouen, 
\ avec les variantes des anciennes édi- 
tions et des notes, i vol. 3 fr. 

Cet ouvrage si remarquable, qu'on attribue à l'au- 
teur du Petit Jean de Saintré, Antoine de la Sale , a 
toujours eu de nombreux admirateurs, au nombre des- 
quels se trouvent Rabelais et Molière. Il a été. im- 
primé plusieurs fois ; l'éditeur a recoQnu l'existence 
de quatre textes différents, tous plus ou moins tron- 
qués. En s*aidant des anciennes éditions et du ma- 
nuscrit de la Bibliothèque publique de Rouen , il est 
parvenu à rétablir le texte tel qu'il a dû sortir de la 
plume de l'auteur. Les variantes recueillies à la fin 
du volume justifient pleinement ce travail , et les 
notes placées au bas des pages rendent l'intelligence 
du texte facile aux personnes même les moins versées 
dans la connaissance de notre littérature du moyen 
&ge. 

La Noui^elle Fabrique des excellens traits de 
vérité, par Philippe d^ÀLCRiPE, sieur de Neri 
en Yerbos. Nouvelle édition, augmentée des 
KouveUes de la terre de Prestre Jehan, i vol. 

4fir. 

Cet ouvrage » de la fin du seizième siècle, est le 
type et la source de ces nombreuses histoires où 



Texagération joue un si grand rôle. De ce volume 
Tiennent en droite ligne les Facétieux devis etpUUtMt 
contes du sieur d» Jf^n/inc/, les histoires de M. de Crac 
et de sa famille , et les célèbres Aventures du k§m 
de Mtinchausen. En somme, c'est un livre fort amusant, 
et qui fait connaître un des côtés de Tesprit railleur 
de nos pères. 

Le» Evangiles des Quenouilles^ i vol. 3 fr. 



Sous presse, 

OEuvres de Rabelais , seule édition confonae 
aux derniers textes revus par Tauteur, avec les 
variantes des anciennes éditions, des notes et un 
Glossaire . a vol. i o fr . 

Recueil gênerai des caquets de V accouchée. Nou- 
velle édition , revue sur les pièces originales , 
avec des notes littéraires et historiques , par 
MM. D. L. et Edouard FouRNiER. i vol. 5fr. 




Histoire. 

MjK^A istoire nota&le de la Floride, conte- 
Q ^M Hnant les trois voyages faits en icelle 
g B9 ^ par certains capitaines et pilotes fran- 
CrEKSçois, descritsparlecapitaineLAUtkON- 
HIËRE ; 4 laquelle a été ajouste ua Quatriesme 
v<^age , fait par le capitaine Gourgiies. i 
voliune. 5 fr. 

Cet ouvrage, pBrfailemïDl écrit, «st d'une lecture 
■tlrayBDte, tout iniérËi bistorique mis il pari. Vt- 
ditian ancienne (Pirw, i5S6, in-8) est extrjmcnient 
rare, ei celle-tj, tirée â petit nombre, pourra le de- 
Tenir pronpieHieDt. 

Sous pretse. 

hes Aventures du baron de Faneste, par D AU' 
BIGNË. Edition revue et annotée par M. Pros- 
per HËRiMËB, de l'Académie française, i vo- 
lume. 5 f. 

Souvenira de madame de Caylua. i Tol. 





si^ariétês Itistoriquesellittérairet, re- 

eil de piic«s volantes rares et cu- 

n prose cl eu vers. Le voln- 

Sfr. 

Le i" lalume pariiUra dans la coursnl du inois 
de mars. Parmi les pièces qui cam|>iisciit les [irs- 
Diiers voliimea, nous dlerons les suivauics : 

Let Singeries des Fmames de ce temps deseauur- 

tes [i6a3] — Lb PoliM d«s Panrre», par 0. Noa- 

tsïgnc. — Le Bailet nou'eJevimi dansé ùFaniaioe- 

Ble^u par les Dames d'amour [ifiiSj. — Le Rcveil 

duCbai qui don, etc. lifiiE). — Lss Siatuls des H- 

loux. — Examen sur llnconuo. el noinelle Calialle 

■ des frèi'es de la Roiêe-Croîi iiSu^l. — Les Entw- 

V tiens de quatre Femmes en leur Tayage k Charcuiao 

' (tGJS). — Disloire espouiantable de deux Hepeieai 

qui ont elâeilranglez dans Paris, la MDiaiule sainK- 

— Plaidoyer pour les Laboureurs contre [esCeu 

d'armes (iGiâ) — La Cbasse et l'Amour i Ljsiilor 

(iBiT 1.— La Plainte des Amants contre les Aunnlffl 

et 11 ReuoEse des Amantes. — La Blonque des FillM 

- Facétieuse adioniure de deui Boor- 



sol, de ce temps (i6i3}. — Les plaisantes EfhraiB- 
rides et Prouosti ce lions 1res certaines pour sii si' 
nées, eiivofêes par le capitaine Ramonesa de I'M' 
ire monde (1619). — La Mine ecenléc des Dîmes d( 
CQunoisiede Paris, etc. (1619^ — Le Songe dor< 
de )a Pueelle. 



iIVRAGES BE DIFFÉRENTS FORMATS. 



Bibliographie ltonkaise duxt^ siècle, par M. A. 

Péricaud aîné. Nouy. édit. Lyouj imprimerie de 

Louis Perrio, 1851, in-8. 1>^ partie. 7 50 

2* partie, in-8. 4 » 

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des livres traitant des vertus, faits et gestes de 
très noble et très ingénieux Messire Luc (à Re- 
bours], seigneur de la Chaise et autres lieux, mê- 
mement de ses descendants et autres personnages 
de lui issus. Ouvrage traduit du prussien et enri- 
chi de notes très congruantes au sujet , par trois 
ftavants enitô. fn-8. 10 » 

Catalogue de la bibliothèque lyonnaise de M. 
CosTE, rédigé et mis en ordre par Aimé Vinglri- 
nier, son bibliothécaire. Lyon^ 1853, 2 vol. gr. 
iD-8. (18,6il articles). 12 y> 

Catalogue des livres imprimés, manuscrits, estam- 
pes, dessins et cartes à jouer composant la biblio- 
thèque de M. C. Leber, avec des notes par le col- 
Jecteur. Tome lY, contenant le supplément et la 
table des auteurs et des livres anonymes. Paris, 
1852. in-8. avec 6 fig. 8 » 

Grand papier, fis. col. 25 » 

Grand papier vélin, fig. col. • 30 » 

Catalogue des livres composant la bibliothèque 
poétique de M. Viollei le Duc , avec des notes. 
Pam, 18i3, in-8. 9 » 

Supplément au premier volume: Chansons» 

fabliaux , contes en vers et en prose , facéties, etc. 

Parts, 18i7, in-8. 5 i> 

Les deux volumes réunis. 12 » 




CnnoniOUK KT flvsTnrBE faicle el composée par revc- 
rend perc en Dinu Turpin, contenunt les proues- 
ses et faicli rtarmcs advcnuz en son temps du Ins 
roagnanime Ro; Chiirlemaigne, el de sun nepteu 
RaouUnd. {Parii, l83S,)iu-4. golh. A 2co1.,aTet 
Icltres inltinles fleuries et lourneurcs. 30 " 

Fap. de Hollande. 3S .. 

Dialogue (le) do pol et dd sage. {Paris, 1833,] pel. 

in 8. golh. 9 •• 

Pap. deHoll.fà 10e»en[ipl.). 12 o 

Pap. deChine(à4eiempl.). IS " 

DiALOGCE facelienx d'un genlilhomme françois se 
compbignant de l'amour, et d'un Berger i)ui, li^ 
trouvant dans un bocage, le reconrorU, partant 
à tuy en son pntois. Le tout fort plaisant. Metî, 
1671(1847), in-16. oblong. 9 ■■ 

DicrionriAiRE pour l'intelligence des auteurs classl- 

Îjes, grecs el latins, tunt sacrés que proranes, par Fr 
[.bb.ilhier.Pans,1813,in-8.(l.37'etdern.). 6 v 
Dit (le) db uenage, piêre en vers, du \IV' siècla, 

Eublice pour la première Tois par M' ti.-S. Tro- 
utien. [Paris, 1835,) Jn-S. golh. 2 50 

Pap. de Doll. 4 < 

Dit Ccn) daventcbes , piËce burlesque el satirique 
du XI 11' siècle, publiée pour la première fois par 
M. G. S.Trebulien. [Parié, 1835,] in-8. golh. 2 SO 
Pap. de Uoll. 4 » 

Essai synthétique sur l'origine el la Formation des 
langues (par Copincau), Paris, 1774, in-8. 4 » 
HisToiBR des campagnes d'Annibal en IUlic pen- 
dant la deuxième guerre punique, suivie d'un 
abrégé de la lactique des Romains el des Orccs. 
Fréd. Guillaume, général de brigade. MSm, 



27 

de rimpr. Royale , 1812, 3 vol. gr. în-4. et atlas 
de49 planch. gr. in-foi. 20 » 

Histoire DU Mexique, par Don Alvaro Tezozomoc, 
trad. sur un manuscrit inédit par U. Ternaux- 
Compans. Paris, 1853, 2 ?ol. in-8. 15 » 

Lai d'Ignaubès, en vers, du XII® siècle, par Re- 
naut, suivi des lais deMelion et du Trot, en vers, 
du XIIP siècle, publiés pour la première fois par 
MM. Monmerqué et Francisque Michel. Paris, 
1832, gr. in-8. pap. ?él.,avec deux fao-simile co- 
lor. 9 » 

Pap. de Holl. 15 » 

Pap. de Chine. 15 » 

Lanternes (Les) , histoire de Tancien éclairage de 
Paris, par Edouard Fournier , suivie de la réim- 

Eression de quelques poèmes rares (Les nouvelles 
anternes, 1745. — Plaintes des filoux et écu- 
meurs de bourses contre nos<:eigneurs les réver- 
bères, 1769. — Les Ambulantes à la brune con- 
tre la dureté du temps , 1769. — Les Sultanes 
nocturnes, 1769). Paris, 1854, in-8. 2 fr. 

Lettre d'un gentilhomme portugais à un de ses 
amis de Lisbonne sur l'exécution d'Anne Boléro, 
publiée par M. Francisque Michel. Paris, 1832, 
pr. in-8. pap. vél. 3 • 

Litre (le) des légendes (Introduction) , par M. Le 

Roux de Lincy. Paris^ 1836, in-8. 3 » 

Pap. vélin. 6 » 

Manuel du libraire et de l'amateur de litres, 
par M. Jacq.-Ch. Brunet, quatrième édition ori> 
«nale. Paris, 1842-1844, 5 vol. gr. in-8. à 2 col. 

100 » 

Moralité DE la tendition db Joseph, filz du pa- 
triarche Jacob; comment ses frères, esmeuz par 
envye, s'assemblèrent pour le faire mourir.... 
Parié, 1835, in-4. goth. format d'agenda, pap. 
4» Bon. 36 » 



sonna g». Pan» 
mat d'agenda. 


Siheslre.ISSa 


in-4. goth.Tor- 
12 > 


MOHALITÉ aoUÏBI-LIÎ DD B 

k douze personnages. 


[Pans. 1833,) pet, in 8 


^"pap. de Holl 
Pap. de Chin 


(à 10 

e(à4 


exempl.). 

exempl.). 


13 - 
IS • 


in-*, gothique, 
lande. 


non DE DcKD. (P 

formai d'agenda 


aria . 1831 ,) pel 
papier de Hol- 



MrSIfeRB DE SAINT CrBSPIN ET SAINT CrESPINIEN, 

public pour la première fou, il'aprës un manu- 

scril conserTÉ aux archi*es du royaume, par L. 

Dcssalles et P. Chabaille. Paris, 1836, gr. in-8. 

orné d'un foc-sjmile. U " 

Pap. de Holl, (fac-timiie sur yèlih). 30 » 

Pap. de Chine. 30 » 

NoDTBiDi DocDMEnTs Inédit! ou peu connus sur 

Montaigne, recueillis et publics par le D- J.-F, 

Payen. In-8. de 68 pages, avec plusieurs /■««-«"- 

mto, l^r. pap, rergérorl. 3 » 

Grand papier vélin, fac-similé sur papier (lu 



XVI' siècle. 



(tE) occiTANiEN, OU choin de poésies ori- 
ginales des troubadours, lirées des mannscriti 
nationaux (publié par M. de Rochegude). Tou- 
louM, 1819, in-8. — Essai d'un glossaire occtla- 
nien pour servir à l'inlelligencc des poésies dci 
Troubadours (par le méioe). Touloian, 1819, în^. 
Les 2 vol. 10 » 

Pap, Tél. M - 

PoÉsiKa vBAKçoiaBa de J. G. Alione (d'Asti), compo- 
sée» de 1494àl^0; avec une notice bîot 



29 

Î[ae et bibliographique par M. J.-C. firanet. Paris, 
836, pet. in-^. goth. orné d'un fac-similé, 15 » 

Pboybrbbs basques, recueillis (et publiés avec une 
traduction française) par Arnauld Oihènart ; sui- 
tIs des poésies basques du même auteur. Seconde 
édition, revue, corrigée, augmentée d^une tra- 
duction française des poésies et d'un appendice, 
et précédée d'une introduction bibliographique. 
Bordeaux, iM7 y inS. 10 » 

Rkcubil de réimpressions d'opuscules rares ou cu- 
rieux relatifs^ l'histoire des beaux-arts en France, 
publié par les soins de MM. T. Arnauldet, Paul 
Chéron, Anatole de Monlaiglon. fn-8. papier de 
Hollande (tirage à 100 exemplaires). 

I. Ladoyicns Henricus Lomenius,Brienn8e Cornes, de 
pinacotheca sua. 1 50 

II. Vie de François Cbau^eau, graveur, et de ses deux 
fils, Evrard, peintre, et René, sculpteur, par J.-M. Pa- 
pillon. 3 50 

Rblatiok des principaux événements de la vie de 
Salvaiog de Boissieu, premier président en la 
chambre des comptes de Dauphiné, suivie d'une 
critique de sa généalogie , et précédée d'une No- 
tice nistorique, par Alfred de Terrebasse. Lyon, 
imprim. de Louis Perrin, 1850, in-8. fig. 7 » 

BoHAN DB Mahombt, cu vcrs, du XIII* siècle, par 
Alex, du Pont, et livre de la loi au Sarrazin, en 

Êrose, du XIV* siècle, par Raymond Lui le; pu- 
Ûés pour la première fois, et accompagnés de 
noies, par MM. Reinaud et Francisque Michel. 
Paris, 1831, gr. in-8. pap. vél., avec deux /oc- 
iimik coloriés. 12 » 

EoKAir ob ul Violbttb ou de -Gérard de Nevers , en 
▼ers, du XIII* siècle, par Gibert de Monlreuil, 

Ëlié pour la première fois par M. Francisque 
bel. Paris, 1834, gr. in-8. pap. vél. avec trois 



3o 

fM-êimiU ei si\ gravures enlourées d'arabesqHa 
et lirces sur papier de Cliine. 36 " 

Pap, deCfiine. 60 " 

Roman [hsi du HETiAftT, publié d'après les manu- 
scrils lie la bibliolhcque àa Roi, par Mëun, 4 toI 
in-8. Gg. iS >■ 

" . pap. ïé!., Gg. avant la lellrc et i 



les. 



En papier ordinaire. 



50 « 
c le sapplëiDcnt ci- 



Kdmak d» Rbnakt (SD^plémcnl), publié d'après les 
manuscrits des bibliolbëques du Rui et de TAr- 
senal, avec variantes et correclions, par M. Cha- 
baille. Paris, 183S, in-8. avec fac-similé. 6 " 



Roman (Lk) de Robpbt lk DiAitE, en vers, du XIII' 

siècle, publié pour la première fois par G.-S. Tre- 

bulifti. Paria, 1837, pet. in-J.. goth. à deuï col., 

avec lettres tourneures et grar. en bois. 30 » 

Pap. deHoll. 30 » 

Pap. de Chine. 36 « 

Et OMAN DD SaCNT 

'après 



IL, public pour la çremii-re 
inuacril de la Bibliolhcque 
Royale, par Francisque Michel. Bordeaux, 1811, 

Iio»ANs(ti) de Bauduin deSebourc,llI* roy de Jhé- 
rusalem, pnème du XIV" siècle, publie pour la 
première fois d'après les manuscrits de la Uiblio- 
Ihèque Royale (par M. L. Boca). Valencimna, 
184i,2ïol. gr.in-8. br. 28 » 

Tablb des auteurs, traducteurs, commentateurs, 
etc., avec les tilres des ouvrages anonymes, sui- 
vie des prix d'adjudiralion , des livres composaot 
la bibliothèque de M. le comte de La B'" (La Bé- 
doyèrc). Gr. in-8. pap.vél. 2 60 

T*iLs des prix d'adjudication des livres coinpo 



3i 

la bibliothèque de M. L*** (Libri). Paris, 1847, 
in-8. 1 50 

Table des prix d*adjudicalion des livres composant 
la bibliothèque de M. 1. m. d. R. (du Boure). 
Pam, 1848, in-8. 1 25 

Trésor des origines, ou dictionnaire granrtmalical 

raisonné de la langue française, parCh. Pougens. 

Paris, imp. roy., 1819, in*4. 6 » 

Pap. vél. 9 » 



Publications de la Société des Bibliophiles françois. 

Apparitiou (l*) de Jehan de Meun , ou le Songe du 
prieur de Salon , par Honoré Bonet. Paris^ 18i5, 
in-4. fig. 22 u 

Carrosses (les) à cinq sols, ou les Omnibus du XVII* 
siècle (par M. deMonmerqué). Paris, 1828,in-12. 

2 » 

Jeux de cartes tarots et de cartes numérales du 
quatorzième au dix-huitième siècle , représentés 
en cent planches d'après les originaux , avec un 
précis historique et explicatif. Paris, 1844, pet. 
in-fol. Fig. noires* 72 » 

Fig. color. 120 » 

Méicagier (le) de Paris , traité de morale et d'éco- 
nomie domestique, composé vers 1393 par an 
bourgeois parisien. Paris, 1848, 2 vol. in-o^ap. 
fort. 2i » 

Mélanges de littérature et d'histoire. Paris, impr. 
Crapelet, 1850, pet. in-8. de XXllI et 363 pa- 
ges. 10 » 

L'Heptameron des Nouvelles de Marguerite 
d'Angodlêmb, Beine de Navarre, nouvelle édi- 
tion , publiée sur les manuscrits. 3 vol. pet. in-8. 

36 » 
Grand papier. 72 » 



MANUEL 



I 



L'AMATEUR D'ESTAMP' 



COHSIDÉHATIONS SUR L'HISTOIRE DE LA QRIVUI 

PAK H, CH. LE Bf.ASC 

Du dtpurUmcnl ia Eilimpei as li BiblioUilque IwftnA 
ui vh*i;e DEbiai • f*iue ïcite m 

Manuel du Libraire cl de l'Amaleur de Livres 



caloniicB . ImmiiDtei lur pBpier tarft , ••(£ aïoiiatniBmci iùun 
diDi ]g IDIK. Le prii d> cbique liir. ni txt tilt.io c; Q i« 



•ieCuinudci ctJuuau>i.33fl,r, 




•STUDY 

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